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pas seulement parce que l’économique a pris — ou plutôt consenti à avouer — dans nos déterminations morales, la place immense que Bentham, Malthus, Saint- Simon, Proudhon, Stuart Mill, et surtout Marx nous ont révélée. C'est aussi parce que la technique a mo- 4 difié tous les rapports antérieurs entre les continents, AE les nations, les classes, les hommes. C’est aussi parce IE que la psychologie a situé dans le subconscient les ori- Bines des réactions mentales que nous nous imaginions appartenir au surnaturel, ce qui me paraît être, au moins en cette matière, un renversement des valeurs qu'on | peut, sans exagération, qualifier de radical. C’est parce Que, par la mécanique céleste, le transformisme et l’ato-
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ces les préoccupations métaphysiques d'où justement était sortie la conception éthique du monde sur laquelle nous vivions depuis vingt siècles, et rendu à ces préoccupations, dans la hiérarchie des valeurs, la place qui leur revient. Nous nous apercevons qu'en dernière analyse, l'homme ne peut vivre en profondeur, et peut-être même en surface, qu'à condition de croire qu'il appartient à un ensemble de rapports universels que les religions, jusqu'ici, avaient charge de lui dicter.
Il ne peut donc être question de retourner purement et simplement les principes de la morale, c’est-à-dire du contrat entre les hommes, entre les peuples, entre les individus et les groupes sans qui la vie sociale demeure impossible. Mais bien d’y introduire des modifications si profondes que nous ne parviendrions même
pas, il faut l'espérer, à reconnaître dans les petits-en-.
fants de nos enfants la réalisation de nos propres espérances. La morale soit antique, soit judéo-chrétienne, soit catholique, soit protestante, soit laïque, n’a constitué jusqu'ici que la rhétorique du cœur, parce que les religions et les lois n’ont pu jusqu'ici que traduire, par leur méconnaissance des éléments qui forment l’homme, la rhétorique de l'esprit. Si nous voulons intégrer la morale aux profondeurs vivantes de nous-mêmes, nous devons nous persuader avant tout qu'il faut accepter en nous-mêmes les bouleversements que la sciencè de l'homme et du monde apporte, depuis moins d’un siècle, à notre conception du monde et de l'homme. L'homme peut et doit changer. Ses instincts premiers restent immuables, certes, mais leurs points d'application, si l’on peut dire, se modifient en raison des stylisations que l’ordre économique, l'éducation, le plus ou moins
d’inégalité dans les conditions humaines infligent aux
rapports qui s’établissent entre ses semblables et lui.
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Ceux qui prétendent que l’homme ne change pas sont précisément ceux qui ont travaillé avec le plus d’obstination à l'empêcher de se connaître et de connaîtreses conditions universelles et sociales d'existence, en interposant entre elles et lui l’écran opaque du surnaturel et les barrières d’une loi qui lui dissimulait la nature des plus irrépressibles et par conséquent des plus nécessaires de ses instincts. [Il est aussi puéril de croire qu'il nous est impossible de révéler l’homme à lui-même — ce qui est le meilleur et même le seul moyen de le changer — que d'affirmer que nous n’avons pas le pou voir de modifier l’état précaire de la vie matérielle qui fut jusqu'ici la sienne. Aussi paradoxale que la chose puisse paraître, c'est en faisant de l’homme ce qu'il est qu'on le changera. On ne réhabilite pas le « spirituel » en l’écartant chaque jour un peu plus de notre atteinte, mais en nous le montrant mêlé à notre existence la plus quotidienne, la plus humble, la moins surnaturelle, et jaillissant sans arrêt de ses sources permanentes qui sont le pain, le vin, la terre où poussent le pain et le vin, le ciel du soleil et des nuages qui nourrit le pain et le vin.
La découverte de ce Nouveau-Monde que nous devons aux astronomes, aux -physiciens, aux biologistes, aux psychologues, et en qui se solidarisent, avec une rapidité croissante, ce qui est en haut et ce qui esten bas de l'échelle des grandeurs matérielles, ce qui est en haut et ce qui esten bas de l'échelle des grandeurs morales, nous a montré des perspectives démesurément élargies par le seul fait que la notion de durée s’introduisait peu à peu — et le plus souvent à notre insu — dans notre notion de l’espace. Lamarck, le vrai démiurge de
l'épopée qui s'ouvre, Lamarck au niveau de la pensée
de qui ni les savants, ni les philosophes, ni les poètes, n1 les mystiques, ni à plus forte raison les chefs de peu-
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