‹ Regards sur la terre promiseChapitre 23 sur 121 · JE · texte numérisé non relu

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Par malheur, les multitudes sont encore organisées

selon le mode national, et les groupements de produc-

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teurs en formation restent acculés à combattre, par une de ces contradictions qui font l'Histoire si vivante pour qui sait l'interroger, ses organismes en décomposition, Les conflits artificiels entretenus entre les peuples par les intérêts oligarchiques, contrarient l'épanouissement normal des forces profondes qui montent de la technique et de la misère associées, mais acCCroissent par là, sans aucun doute, leur tension désespérée, Que faire donc, en présence de ces confrontations brutales qui opposent les unes aux autres les masses raciales ou nationales isolées ou coalisées, et suscite dans leur sein même des agglomérations de producteurs qui contrarient ces intérêts oligarchiques et contredisent la nécessité de leur action ? Le Cataplasme émollient de la Société des Nations s’est montré, à l'usage, ce quil ne peut pas ne pas être. Pour en apprécier les effets, je ne m'adresse pas aux faibles que la moindre con-

nm a mé

Ai | TRIPTYQUE 55 | tradiction jette dans un abîme de colère, et parfois de | désespoir. Je m'adresse au gens de courage. Je n'apporte pas ici le sarcasme, ni l'ironie, pas même la négation. Je plains qui ne respecte pas la souffrance antique des peuples. Celui-là n'a pas souffert. Celui-Ià nest pas | respectable. J’apporte un cœur saignant, une conscience tourmentée, Mais aussi un regard qui veut percer les apparences. L'homme de l'Occident, le Français en par | ticulier, a toujours eu tendance à croire que les intérêts | ou les sentiments de la génération présente définissent et délimitent ceux des générations futures, En vue de donner à nos petits-fhils la liberté, le bonheur, la justice, et autres entités qui changent de sens selon Fheure et pour l'amour desquelles nous nous empressons, d'abord, de faire tuer nos fils, nous risquons d’'enchaîner les âmes futures en méconnaissant des besoins qui naîtront après notre mort. Des besoins contraires aux nôtres, où pour le moins dissemblables. Lesquels ? Je l’ignore, car je suis plus humble que vous.

C'est un homme humble qui vous parle. Je vous demande avec orgueil de ne pas l'oublier, Je n'ai point votre suffisance qui croit asservir le futur. Je me méhe des œuvres dites éternelles dès l’heure où elles voient le jour. Un seul être m'inspire confiance, l'ouvrier qu fait son métier. Une fable de La Fontaine ne prétend

| pas faire tourner le monde autour d'un brin d'herbe |

penché sous le poids d’une fourmi. S'il y tourne, aujourd'hui, ce n’est point par la vertu d'un décret de La Fontaine, mais par la vertu de son art, qui se borne à constater. Je voudrais constater. Essayer de constater. Car je ne suis point La Fontaine, et n'ai point d'art.

Quand on voit de vieilles nations se blottir, comme près du feu ceux dont le sang se glace, autour d'une formule idéologique quelconque, on peut affirmer que

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c'est là un signe de lassitude dont la chance de devemir un ressort humain unanime — tels que furent le Bouddhisme, le Christianisme, l'Islamisme — disparaît

par le fait qu’elle s'établit sur des textes auxquels elle prétend donner force de loi. La Société des Nations nest qu'une combinaison d'assurances mutuelles destinée à sauvegarder les biens des participants. C’est une nouvelle Sainte-Alliance contre les révolutions. Trois où quatre nations fatiguées, à qui s'est agrégée une poussière de petits peuples doués d'un médiocre appétit, ou le plus souvent trop faibles pour poursuivre seuls les conséquences menacantes de cet appétit, se sont groupées pour maintenir le sfatu quo politique, social, colonial, économique dans le monde. spectacle

qui serait digne d’inspirer, par les contrastes et les

contradictions énormes qu'il accuse, le doux et déchirant génie de Charlie Chaplin. Carees trois ou quatre nations fatiguées sont aussi des nations repues, et ces grains de poussière craignent d’être aspirés par de trop larges poumons. « Ne bougeons plus ! » La France et l'Angleterre (1), possédant la moitié du monde, répandent ce conseil paternel et photographique à l'heure où les Craquements se font entendre partout dans l'édifice, où des lézardes ouvrent le-mur, où les solives disloquées risquent d'écraser l'habitant. Il est certainement touchant de penser ainsi à la justice universelle, au droit des gens, à la libération des peuples quand l'effort qu'on doit faire pour garder ce qu'on possède devient plus pénible et meurtrier tous les jours. « Laissez-moi la paix. Je vous la laisserai désormais, moi, soyez tranquille. » Cependant, à votre droite, ce milliard d'Asiatiques qui

aim et que d'immenses mys-

(1) Cet essai a été écrit et publié dans la revue Europe en 1926.

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d'énergie demandant à briser leurs digues ? A votre gauche, ce peuple montant sur l'Histoire avec un fracas monstrueux, à laise dans ses vêtements, certes, mais trop jeune pour sy complaire, mesurant d'un regard dédaigneux vos vieilles terres, doutant qu'elles suffisent à lenvergure de ses bonds ? Près de vous, ces frères vaincus par vos intérêts associés, bien que chacun d’eux regorgeant d'enfants, regorgeant d'idées, regorgeant de forces confuses, me semble plus vivant que vous, et réclamant pour ces enfants, ces idées, ces forces confuses le droit de s'imposer à vous, même si vous n’en voulez pas ? Les peuples non rassasiés, les peuples non raisonnables, les peuples en pleine ascension ou en pleine renaissance, tous ceux que leur ceinture gêne, tous ceux qui sentent fermenter dans leurs ardeurs inassouvies ou réveillées quelque chose d’inconnu qui s'avère capable de balaver les vieilles ratiocinations, les vieux intérêts rétractés, les vieux désirs éteints ou satisfaits boudent vo-

tre Société des Nations, qui d'autre part ferme ses portes à.

quelques cinq cents millions de populations asservies d’Afrique ou d'Asie. Quelques-uns même des peuples « victorieux » qui s'orientent avec Confiance vers un avenir qu'ils n'ont pas besoin de prévoir pour l’accepter, mais que leur sève étouffe en se portant du dedans au dehors où des remparts artificiels Parrêtent, n’y adhèrent qu’à contre-cœur. On y rentre, on en sort au gré des intérêts de l’heure (”). Je sais bien qu’on se montre sévère à l'égard de ce petit Jeu : «je n'ai plus faim, donc tu as mangé. » La dernière 1llusion de lidéalisme européen pourrait du moins prétendre qu'à défaut du nombre, et contre les intérêts « sordides » de la foule des peuples forts et des peuples pauvres aspirant à devenir forts et souhaitant devenir riches, elle à l'appui de la « conscience universelle », si la « conscience universelle » tenait compte de la faim. Mais jamais nulle conscience n’a tenu compte de la faim,

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