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la tension trop grande d'un effort dont la persistance le brise, ou le renoncement qui l’expose très vite au reflux victorieux des énergies environnantes. Le niveau commun de ces énergies, quand elles sont mal distribuées, tend sans cesse à s'établir, et quand elles ne se ruent pas du dehors, elles montent du dedans. Supposez que la France consente, quelque jour, à se retirer du Maroc. Elle répudie, par cet acte même, les iniquités et les massacres de l'impérialisme colonial en faveur des iniquités et des massacres d’un féodalisme local pressé d'y reprendre la place dont celui-là l'avait dépossédé, et abandonne du même coup à l'économie médiévale des territoires que réclame, pour réorganiser le mônde, l’économie rationnelle. Excellent moyen, dans les deux cas, d'accorder la notion abstraite de la justice avec la notion concrète de l'intérêt général.
La notion d'évolution, dans certaines intelligences, s est confondue avec le désir moral, émané d'un apriorisme touchant, qui à fait considérer les nations comme des êtres autonomes marchant à la conquête de la liberté définitive par le bulletin de vote, et de la sagesse parfaite par l'éducation des mœurs. Mais les peuples seralent bien plutôt comparables à des fonctions apparaissant, disparaissant, se modifiant selon le besoin qu'en éprouve l'organisme humain unanime le long d’une durée indéfinie, et qui expriment un instant une spiritualité complexe dont le rôle éventuel n'est pas de « perfectionner », et moins encore de « moraliser » l'espèce, mais de la maintenir vivante, c'est-à-dire combattanté, par tous les moyens. Le fameux argument pacifiste qui montre la lutte des provinces se substituant à celle des cités, la lutte des nations à celle des provinces, la Hutte des continents à celle des nations pour réaliser enfin l'unification du globe, conditionne d’abord le découpage de mille ou deux mille ans d'Histoire, ce
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qui est bien court. Îl conditionne la croyance en quelque finalité géographique, comme s’il existait de toute éternité une France, une Allemagne, une Russie, une Chine destinées, par une harmonie préétablie, à être ce qu'elles paraissent être nationalement aujourd’hui. S'il veut mettre l'accent sur la langue ou la « race », 1l conditionne l'ignorance de quelques faits évidents, par exemple que la Corse, la Provence, le Pays basque, la Bretagne, le Roussillon, l'Alsace n'ont rien de spécifiquement français. Que certains groupements, la Belgique, la Suisse, la Russie, le Canada, les [Indes ne possèdent pas l'unité de langue, que d’autres, parlant la même langue, constituent des groupes différents, Allemagne et Autriche, Espagne et Amérique du Sud, Portugal et Brésil, Angleterre, Etats-Unis et Australasie, Celtes d'Irlande et d'Armorique, Basques de France et d'Espagne, et que les Juifs habitent la tour de Babel. Il conditionne la méconnaissance de faits contemporains même, des nations naguère constituées dans leurs cadres soi-disant normaux et qui se fragmentent en royaumes et républiques autonomes. Îl conditionne l’oubli des empires romain ou arabe réalisant une paix qu’on put croire définitive sur des territoires immenses, et ne tenant nul compte des « races » ou des contours naturels. Il conditionne la négation d’une possibilité nouvelle, celle de patries économiques dispersées sur le globe entier et ne coincidant plus nulle part avec quelque unité géographique que ce soit. Il conditionne l'ignorance de tout ce qui fut avant le découpage de l'Histoire que nous avons effectué pour les besoins de nos croyances finahstes — absence de cités, de provinces, de patries, et les grandes migrations qui semblent devoir recommencer. Ce sont pourtant ces migrations qui constituèrent ces noyaux de stabilité et de force autour desquels se sont Concentriquement® organisées quelques-unes d’en-
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tre les nations modernes, la France autour des Francs, l'Angleterre autour des Normands, l'Espagne autour des Wisigoths et des Suèves, la Prusse autour des Slaves, comme autrefois la Gaule autour des Celtes, puis des Romains, Ou la Grèce autour des Doriens. [l n'y a pas de raisons — même s1 l'on ne tient pas compte du facteur économique, cependant le plus important de tous, pour que, dans un avenir qui pourrait être très proche, la statique actuelle des peuples ne se brise, comme se sont brisées les statiques celte ou arabe, où romaine, annoncant du même coup, par un ÿroupement nouveau des éléments dispersés, la dynamique imprévue des assocations futures.
Le vilain bâtard de la nationalité qui fit, elle, de grandes choses, je veux dire le nationalisme, est donc acculé à un dilemme redoutable : soit la guerre éternelle,
sil veut maintenir ou accroître ses positions — et la guerre qui risque de l’anéantir lépouvante — soit l’ab-
dication définitive. Comme il ne faut pas compter que son choix Ss'arrête sur ce second terme, c'est donc encore et toujours le problème de la guerre qui surgit, et avec d'autant plus d’imminence que les « nations » réduites à des alternatives de travail forcé et de misère pour le seul profit des oligarchies dirigeantes, sont entraînées à crever les frontières pour conquérir à leurs produits, qui les saturent, des marchés nouveaux. Vieille vérité, certes, mais qui entraîne immédiatement, à mon sens, un deuxième dilemme non moins cruel que le premier, qu’on n’a peut-être pas encore mis en lumière et qui, cette fois, s'impose aux nations elles-mêmes, et non plus aux nationalismes : ou bien consentir à la guerre pour délivrer par la guerre — ce qui fut le cas pour la Russie — l'embryon des révolutions bridé par un corset de fer dans le ventre des patries, ou bien frapper au cœur la guerre
et les patries avec leurs propres armes et, dans l’un comme dans l’autre cas, mettre résolument de côté, pour ce faire, la méthode sentimentale. Le seul moyen d’apporter au problème une solution durable n'est pas de combattre la guerre sur le plan idéologique où ses profiteurs entraînent les naïfs, mais bien sur le plan pratique, par l'organisation inexorable de groupements d’intérêts assez forts pour faire reculer dans lombre, par la réalité même de leur croissance, les spectres de
Tanarchie économique où sombre le monde entier. La sup-
pression de la propriété privée du sol, des matières premières, des moyens collectifs de production, de transport, d'échange, constitue l'unique voie actuelle d'une harmonie universelle durable, sinon définitive. Encore conviendrait-il que les associations de producteurs tant manuels qu'intellectuels ne s’obstinent pas à ne pas comprendre que la seule affirmation de leur réalité organique, sous la forme syndicale par exemple, aurait une action autrement efficace contre toute entreprise d'impérialisme nationaliste, que leur négation systématique et généreuse, mais diffuse, du fatalisme guerrier. Et pour cela qu'ils se préparent à la guerre, mais d’abord contre ceux qui prétendent les y jeter. Ici intervient, il est vrai, l’autre facteur du problème. Certains événements peuvent surgir, qui nous Contraignent à nous demander si cette préparation à la guerre ne risque pas de réncontrer leterrain dangereux d’un nationalisme de circonstance. L'exemple de la Russie suffit à prouver que l'Etat «socialiste » ne semble pas devoir s'établir partout à la fois et qu’un impérialisme révolutionnaire naîtra peut-être un jour de la nécessité d'imposer aux peuples récalcitrants les organes destinés à les arracher aux routines économiqnes et aux formes politiques désuètes pour incorporer leurs parties vivantes à l'organisme universel. Or, conseiller « la paix à tout prix »
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