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rale qui l'anime, à corriger l'excès de ruse et de cautèle qu'on reconnaît au peuple italien en général. Et peut-être la sécheresse rationaliste du Français compense-t-elle ces élans du cœur, cette générosité souriante et désabusée, cette noblesse innée de sentiments qui donnent tant de charme à la Française, On trouverait facilement ces contrastes chez tous les peuples, que l'étude de leurs éléments ethniques vient encore compliquer. Qui sait par exemple si la légende de la virilité prédominante du peuple allemand ne vient pas de ses râces baltiques, guerrières et ordonnatrices, réagissant contre les tendances contemplatives de ses races du sud, à qui tous les musiciens, tous les écrivains, tous les peintres, presque tous les philosophes de l’Allemagne appartiennent? Et si la grande poésie anglaise n’est pas une réaction féminine des Celtes et des Saxons contre la brutalité conquérante et positive des Normands ? L'exploration d’un tel domaine doit réserver, à ceux qui voudraient l’entreprendre, de vives satisfactions. Quoiqu'il en soit des actions et réactions sur l'esprit des peuples de leurs éléments sexuels, l'émancipation des femmes, en supprimant les obstacles matériels qui leur assuraient la part la plus dissimulée, mais peut-
être aussi la plus irrésistible de leur force, exercera une
influence capitale sur les destinées des Américains et des Russes: Et je ne serais pas surpris que la Russie fût, de ce côté-là, assurée de l'avantage, grâce à la féminité prédominante du peuple russe en général, chez qui la suppression de ces obstacles matériels ne me semble pas devoir compromettre, mais au contraire multiplier l'action jusque-là secrète du dynamisme féminin. Il ne faut pas oublier que l'Amérique est parvenue sans effort à la notion d'égalité — ce qui ne veut pas dire d'identité — de l’homme et de la femme, en se plaçant sur le terrain social, politique, moral où cette égalité
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n'est pas contestable, étant donné le caractère complémentaire des deux sexes, mais où son acceptation ne pouvait donner lieu à aucun élan mystique. En Russie, au contraire, existe une corrélation émouvante entre l'avènement des femmes à la vie politique et l'immense révolution morale et sociale qui l’a rendue possible et nécessaire. Or, il en est ainsi de toutes les grandes révolutions, de toutes les grandes résurrections dont le christianisme, avant celle-ci, est le plus illustre exemple.
J'ai cru longtemps que l’homme représentait dans Île monde l'esprit révolutionnaire, la femme l'esprit conservateur, Et c’est vrai en un sens puisque, tandis que l’homme, depuis toujours, sort de la caverne primitive ou de la maison la plus moderne pour aller à la chasse ou à-ses affaires, imaginer, inventer, combattre, modifier le rythme de la vie, la femme, confinée dans la maison ou la caverne, prépare les repas, élève et nourrit les enfants, conserve le feu du foyer. Mais justement, ce rôle de vestale conditionne une vigilance morale qui provoque des convulsions terribles quand l’homme, lassé de sa tâche, abruti de travail forcé ou de plaisirs égoiïstes, n'apporte plus le combustible dont la flamme se nourrit, L'esprit conservateur et l'esprit révolutionnaire, comme la femme et l’homme mêmes, et la vie, sont faits de puissances contradictoires dont l'équilibre exige la collaboration des sexes. Je me suis interdit de rien prédire dans la question qui nous occupe, et même de rien choisir. Mais la stagnation des sociétés où la femme est maintenue dans la servitude, l'élan vital des sociétés dont l’origine est due surtout à l'action passionnée des femmes m'impressionnent. Si je croyais à « l'émancipation de l'univers », j'accorderais à l'action des femmes dans cet événement... sensationnel, une singulière importance, Comme je ne crois pas à l’'émanci-
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pation de l'univers, mais à des déplacements plus ou moins féconds de liberté et de fatalité, je dirai seulement que la femme russe paraît devoir imprimer son accent à la tragédie qui s'ouvre, quelle qu'en soit l'issue d'ailleurs. Qui sait, en effet, si sa libération ne la ramènera pas à reprendre, dans un monde élargi, spiritualisé, le rôle naturel dont elle a dû sortir pour rappeler à l'homme que le meilleur moyen de la respecter est de se respecter lui-même ? Qui sait si, grâce à elle, l’instinct profond du peuple russe ne le reconduira pas à substituer pour des siècles aux analyses morcelées de l'intelligence, les grandes harmonies collectives de la foi? Et qui sait si la femme russe ñe prépare pas dans un accord étrange avec le positivisme de l'homme d'affaires américain, une fusion possible des deux civilisations venues de deux horizons opposés mais marchant vers ces harmonies collectives qu'annonce une concentration analogue des moyens de production ? Les maïtres virils de la Rome antique et la tourbe des esclaves et des femmes du Levant n’ont-ils pas construit, dans l'édifice catholique, le poème que leur antagonisme ne permettait pas d'espérer ? Je sais bien qu'il a fallu le torrent des Barbares pour cimenter cet édifice. Mais sommes-nous bien sûrs qu’il n'y ait plus de Barbares prêts à jouer ce rôle-là ?
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