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à ne plus rire, bien qu'ayant à sa solde Ja loi et ceux | \ qui l’appliquent, quand un cortège de pauvres passe RE sous ses fenêtres sans mot dire avec des faces häves et des Se vêtements délabrés. La plupart de ceux qui commandent Le n'ont inême pas appris à s’obéir. La confusion s'est En établie si radicale entre la possibilité d'accomplir tel ou | à tel geste sans qu'un gendarme vous mette la main au ee collet et l’introspection passionnée qui fixe sur les mo- lee biles de nos actes notre besoin de nous connaitre, que Er la plupart d’entre nous ne savent plus distinguer ce qui Frs sépare la notion d'autonomie individuelle de la notion ee d'harmonie collective. Tel goûte le repos de la eons- LS cience et les récompenses méritées de la morale pu- ES blique, qui fabrique des canons ou des gaz empoisonnés : { Hh avec une probité serupuleuse quant à la valeur de sa ti marchandise et les conditions de ses marchés. Tel Er autre fera tuer son fils sur un champ de bataille. ou se Le fera tuer lui-même dans quelque manifestation politique lo plutôt que de renoncer à regarder l'évêque, le procu- Et reur, le général, le préfet comme les seuls aptes, parmi = les hommes, à éviter aux peuples l'épreuve du sang et EST du feu. Un artiste de la plus grande noblesse d'intelli- ie gence et de cœur ne me ‘disait-il pas récemment que Eee j'accepterais d’être, en admettant quon me l’offrit, ad- E ministrateur du Canal de Suez ou de la Banque de Er France? Notez que cet artiste est un ami très cher et ie, très ancien, qu'il m'aime sincèrement, qu'il s'imagine EE me connaître et se connaître lui-même. Mais, après tout, Fee peut-être est-il fondé à eroire que c'est moi qui ne me Er connais pas? Vous le voyez, de quelque côté qu'on se Le tourne, débandade des mots et confusion des valeurs. se Je suis à peu près certain que les hommes dits « de | di droite » qui se risqueront à lire les chapitres précé- ee dents, me regarderont comme un révolutionnaire dan- Fa gereux, cependant que les hommes dits « de gauche: » Lo
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verront en moi un réactionnaire attardé. Paul Souday n'a-t-1l pas Créé — si Je me trompe, n'attribuez pas cette erreur à un accès de fatuité — le mot de « belliciste » à propos d'un livre de moi paru à la fin de la guerre, La Sainte-Face, dont un journaliste aujourd'hui célèbre me reprochait, les dents serrées et les poings fermés dans ses poches, le caractère « pacifiste »? I] est étrange que la passion de découvrir la cause des événements indépendamment des impulsions sentimentales qui nous mènent, se heurte à l'hostilité presque unanime, et que presque tous refusent de rechercher, sous. l'exposé douloureusement impartial des données du problème, à quelle cadence réelle bat le cœur d'un homme assez humble pour ne pas croire que ses sentiments intimes puissent avoir force de loi. Je connais des savants dont lobjectivité en matière scientifique est aussi serrée que possible. Dès qu’ils touchent au domaine social, religieux ou politique, ils sont parmi les plus obstinés dans le refus d'accorder une attention suffisante aux mouvements qui ont déterminé les orientations de l'Histoire et une créance sérieuse à ceux qui croient obéir à ces orientations parce qu’ils observent encore les formes extérieures qui les avaient consacrées. Ainsi, ceux qui ont le plus contribué à introduire la notion de durée dans nos méthodes d'exploration de l’espace sont souvent Ceux qui échouent le plus piteusement dès qu'il s'agit d’acclimater cette notion à l'atmosphère de l'histoire des événements et des idées. Le dogme et la vie jaillissante ne cessent et sans doute ne cesseront Jamais de se combattre, alors que bien souvent ceux qui prônent la vie refusent de reconnaître
que le dogme fut jadis établi pour donner plus d’accent
aux impératifs de la vie et que ceux qui défendent le dogme refusent d’aperceVoir qu'ils réprouvent, dans la vie, les intentions premières qui donnèrent au dogme
REGARDS SUR LA TERRE PROMISE en:
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Sa force et sa nécessité. Un conseil en passant. Gardezvous d’accuser d’insincérité les’ ennemis de vos idées philosophiques ou politiques. Le plus grand danger qu'ils représentent pour elles, c’est la sincérité des leurs.
Je garde donc la conviction mélancolique que les trois volets de mon triptyque ne seront goñûtés et compris que de bien peu de spectateurs. Aussi n'est-ce point pour essayer de les convaincre que j'y annexe celui-ci. Je m'adresse plutôt à ceux qui auront pleinement saisi le sens humain de ma pensée pour les prier de reviser à mon côté quelques-unes des affirmations et des négations qu'apportent ces pages et de m'aider à leur -restituer leur véritable sens. Si j'ai pu puiser personnellement dans la guerre quelques ivresses que je ne renie pas, parce qu'elles ont contribué à m'éclairer sur moimême, } ai horreur que les hommes se fassent la guerre et ne puis supporter l’idée qu'elle massacre mes enfants. S1 la forme et les débats de la Société des Nations me semblent ridiculiser jusqu’à l’idée déjà bien compromise que nous nous faisions des mœurs et des milieux diplomatiques lors de son avènement, je me refuse à me ranger parmi ses ennemis, n’ignorant pas derrière quels mensonges intéressés ils s’abritent pour la combattre et à quelles palinodies ils seraient prêts à se soumettre si elle secondait leurs desseins. Voilà qui est bien ‘en-
tendu.
J'ai trop scrupuleusement énuméré, dans quelquésuns de mes livres antérieurs, La Sainte-Face, La Danse sur le Feu et l'Eau, Napoléon, les vertus possibles de la guerre dans le passé afin de la combattre plus effcacement dans le présent, pour revenir une fois de plus sur cette question aujourd’hui enterrée sous la masse des cadavres et le poids des événements. La guerre noble sera un jour, elle est probablement déjà dépassée par l'Histoire même. Il pouvait être héroïque d’ar-
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rêter un cheval furieux. Il ne saurait être héroïque de se placer devant un train lancé à toute vapeur. Je crois qu'un jour ou l'autre — plutôt l’autre — les hommes renonceront à la guerre parce que son extension aux corps entiers de chaque peuple et de l'humanité même annihilera ses vertus et Jusqu à leur souvenir. Une maladie locale; ou même générale, peut susciter dans l'organisme des réactions salutaires, et même,quand survient la défaite de lenvahisseur, restituer à l’ensemble de cet organisme une santé renouvelée et plus florissante qu'auparavant. Une infection totale, étendue à tous les tissus et susceptible de modifier jusqu’à leur structure intime, se continue à peu près fatalement par un cortège interminable d'infirmités ou par la mort. Et désormais la guerre ne peut se limiter ni aux seules surfaces du corps n1 aux seules fonctions de ses organes. Devenue organique au sens biologique du mot, elle ne pourra fournir aux groupes humains, dans un avenir peut-être assez proche, aucun des sursauts vivants qu’on lui attribuait jadis. Je crois que ce rôle essentiel sera quelque jour réservé aux conflits silencieux qui auront renoncé aux armes sanglantes pour observer, à l’intérieur des peuples comme à l'intérieur de l’homme, la germination des idées qui ne peuvent manquer d’en naître. Je suis moimême un combattant. Je m'avoue une âme guerrière. Mais désormais c'est dans ma solitude spirituelle qu’elle se livre bataille. J'ai remarqué dépuis longtemps que mes renaissances intimes sont infiniment plus fertiles quand je renonce à la dispute avec autrui pour surveiller en moi-même la succession imprévue des idées et des images qui naissent de mon propre drame intérieur.
Si les guerres qualifiées de « coloniales » paraissent elles-mêmes sur le point de constituer une sorte d’anachronisme, il faut encore voir ici l'intervention des
moyens de contact et de circulation, si brusquement
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développés depuis trente ans qu'ils soulignent lhorreur des agressions sanglantes naguère légitimées par la nécessité d'organiser dans le corps du globe un réseau nerveux et circulatoire complet. L'Europe, sans doute, détient encore la mission de créer par la route, le rail, le moteur, l'électricité, tout ce qui construit et ordonne, des outils de développement mieux reliés que ceux dont disposent les peuples primitifs ou arrêtés dans leur évolution, au réseau d'échanges rapides qui va unifier le monde. Mais la guerre a cessé d’être l'instrument de choix d'une unification qui, par surcroît, ne peut plus s'exercer au seul profit d’un impérialisme de classe dont elle représentait l'argument suprême quand la force matérielle ne se connaissait pas d'équivalence. Les avantages qu'elle comporte, même du point de vue moral, ne peuvent plus entrer en balance avec ceux que propose une pénétration pacifique devenue possible un peu partout. Sa noblesse ancienne -disparaît d'autant plus vite qu’elle renonce avec plus de cynisme à l'égalité approximative dont disposaient jadis les adversaires en présence. Et c'est dans ce sens-là, peut-être, qu'une Société des Nations constituée dans l'avenir non plus par des délégations d'Etats, mais par des délégations de métiers et de peuples dont les intérêts seraient devenus solidaires grâce à la socialisation de la propriété et du capital, pourrait agir avec quelque efficacité en introduisant dans l’activité internationale des mobiles révolutionnaires auxquels présentement elle n’a même pas le droit de songer. Les gouvernants commencent à craindre les peuples, et la Société des Nations, en partie soustraite déjà par son internationalisation de fait et la publicité de ses débats aux influences féodales, pourrait bien apprendre, par crainte des peuples, à résister aux gouvernants. Ainsi régénérée, du dedans et du dehors, elle parviendrait sans doute à se surmonter elle-même
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et effacerait des esprits la mystique de la guerre, non plus par crainte d’obéir ou de désobéir à la lettre du pacte, mais de. faillir au rôle profond que lui assigneraient les peuples débarrassés des mascarades diplomatiques dont les oligarchies tiennent les fils.
On dirait en effet qu'un phénomène nouveau vient d'apparaître dans le monde. Depuis qu'elles ont compris, grâce au miracle des échanges instantanés, qu'elles étaient les principaux acteurs et les seules victimes de la guerre, les multitudes modernes semblent en repousser presque unanimement jusqu'à l’idée. Celles qui y consentent encore avouent par là l'ignorance où elles demeurent des intérêts camouflés qui les y poussent et du rôle joué par les traités de « paix » qui les acculent à cette solution de désespoir. Les événements prodigieux qui ont la terre pour théâtre depuis le début du drame militaire et de ses répercussions morales, témoignent d’une évolution extraordinaire des esprits. Et il est remarquable que cette évolution paraisse surtout accentuée chez les peuples qui ont placé l'écran de la Société des Nations entre les appétits qui grondent autour d’eux et leur propre lassitude, comme s'1l se produisait chez eux un déplacement de forces capable de livrer la puissance réelle au quatrième état spiritualisé par la souffrance et décidé à réparer, afin d'introniser la paix, les injustices auxquelles il consentit à participer par la guerre. Il est évidemment possible que je m'abandonne moi-même en ce moment à l'illusion que je dénonçais naguère chez les peuples sursaturés de richesses et de fatigue et que l'attitude d'un groupe humain tel que le Japon, par exemple, réserve tôt ou tard un terrible réveil à ceux qui croient le fatalisme de la guerre susceptible de perdre assez rapidement ses positions réputées comme les plus sûres.
Cependant un choc intérieur semble avoir ébranlé dans
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