‹ Regards sur la terre promiseChapitre 63 sur 121 · ACTE · texte numérisé non relu

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sère et la faim sont désormais le lot de la plupart suffit à le démontrer : c'est que la fortune publique, devenue automatiquement commune par le jeu des rapports du capital et du travail, demeure la propriété de quelques individus. La diversilé, comme les changements brutaux des régimes politiques, ne servent qu'à masquer à $es nictimés la réalité de ce drame. Et c'est pourquoi, en présence des hésitations des « partis» dont les uns, cramponnés à leurs habitudes sentimentales et à leurs intérêts matériels comme des naufragés à la carcasse d'un bateau qui coule, cherchent des moyens de fortune pour aveugler ses votes d'eau, et dont les autres. trop souvent, s'imaginent qu'une utlilude de négation et de blâme suffit à armer le chantier d'où partira le beau navire, il me semble indigué de dénoncer iet les activités de combat et de construction qu'il convient de réaliser dans le droit comme elles tendent à l'être dans le fait — quitte à briser les quatre clichés qui les résument après en avoir épuisé toutes les images :

1° Socialisation immédiate, et absolue, de la propriété du sol, du sous-sol, du capital, de tous les moyens communs de produire et d'échanger ;

2° Syndicalisme obligatoire pour toutes les professions ;

3° Soumission de la machine, qui ne demande que cela,

à la volonté d'abolir les travaux forcés pour tous, et de libérer par là même les lois d’une rythmique universelle ‘que seule, depuis la mort des religions, elle est capable d'établir : | |

4° Abandon partiel des enfants à la communauté sociale qui seule aura la charge de leur dispenser, dans l'égalité complète du départ, la nourriture, la santé, l'éducation physique et intellectuelle scientifiquement basées sur les droits naturels de tous et les facultés de chacun. |

La mystique de « l'autorité » trouvera-t-elle son compte dans ces quelques propositions ?

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J'ai dit, peut-être mème répété, que les peuples’attendaient la naissance d’un organisme nouveau. Où est-il donc, et quel est-il ? II convient d'ouvrir ici une large parenthèse. Un phénomène imprévu a fait chanceler le monde, et ceux mêmes qui le dénoncent n'en soupconnent pas la portée. C'est pourquoi ils se désespèrent et maudissent les organes encore mal harmonisés du corps social en formation dont nous prenons péniblement conscience. Le « retour à l'esprit », avec la variante élégiaque du « retour à la nature », reconnait tantôt pour cause et tantôt pour conséquence la levée de boucliers à peu près unanime dont la machine est l’objet. Tous s’en mêlent, sociologues et philosophes, poètes et romanciers, dramaturges et même cinéastes, Dieu me pardonne. Douglas Fairbanks vit tout nu sur un atoll du Pacifique, dans un bois de cocotiers. Mais c'est par le truchement de la machine à enregistrer les images qu'il nous conte son aventure, Et ce qu'il y a de plus curieux, c’est qu’aussitôt qu'il doit pourvoir à ses besoins, il construit des machines élémentaires avec des lianes, des épines, des calebasses, des pinces de crabe et des fibres de palmiers. Jusqu'à un appareil de T.S.F., je vous le dis en vérité. Douglas Fairbanks,

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qui est un sympathique naïf, n’a certainement pas songé à réhabiliter la machine par ces arguments ironiques. Mais Douglas Fairbanks baigne, comme nous baignons tous, dans un monde où la machine nous presse de partout à notre insu, et rythme nos gestes — même et peutêtre surtout — réflexes, de plus en plus profondément.

‘On acclame, me dit-on, une comédie qui condamne la machine avee autant de virulence que d’esprit. Mais je suis convaincu que la plupart des spectateurs ont retenu leurs places par téléphone, qu'ils se servent de leurs jumelles pour voir de plus près les belles épaules des actrices que font briller les projecteurs et que leur automobile les attend au coin de la rue. Et je ne doute point qu'ils consentent à ce que leur fils qui souffre d’un abcès du cerveau, soit trépané le lendemain matin avec la fraise électrique. N’est-il pas arrivé, huit jours plus tôt, un événement affreux chez leurs voisins de palier ? Un enfant pris dans la nuit d’une crise d’appendicite. Le père qui ne tolère pas chez lui le téléphone, allant chercher son médecin à pied, car l'auto qui se propose est repoussée avec dégoût. Le médecin déjà appelé pour un accouchement. La longue attente jusqu’à l'aube, un autre patient ayant déjà fait appel au praticien. Celui-ci, autre naturiste, ne disposant n1 du téléphone ni de l'auto, refusant l’autobus, refusant le métro, courant avec le père à l’autre bout de Paris chez le chirurgien fui-même adepte de la mystique nouvelle et qui vient juste de sortir. L'opération pratiquée, après dix courses haletantes avec vingt-quatre heures de retard. Est-il nécessaire de conter la suite ? Les principes saufs, mais l’en-

fant agonisant, alors qu'il était encore possible de le

sauver, le chirurgien spiritualiste se chargeant de mettre bon ordre à cette éventualité par trop matérialiste, car, d'accord en cela avec ses coreligionnaires, le père et le médecin, il ne veut pas entendre parler de cette

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machine indigne de l'Esprit qui s'appelle un autoclave. Que cette histoire ne soit que symbolique, n'est-ce pas souligner la naïveté (?) d'une campagne dont les protagonistes prétendent condamner des armes qu'ils préfèrent réserver à leur usage personnel ? Cela rappelle à s y méprendre le conclave génevois.

Les excès qu'on reproche à la machine avec une sévérité croissante ne sont cependant pas choses nouvelles dans le monde, sinon par l'apparence que sa puissance leur impose. L'histoire entière de lesprit est l’histoire de ses excès. Parce que nos ministres parlent trop, devons-nous nous couper la langue ? Souvenez-vous des drames qui ont accompagné la découverte de l'imprimerie, privant l’'enlumineur et le scribe de leur art et de leur pain : le bûcher, la roue, la potence, le pilori dressé aux carrefours comime une moisson spontanée. En remontant plus haut, l'instrument de domination et d'oppression donné par l'écriture à [a tribu qui l'avait inventée. Plus haut encore, la tragédie vécue par celles qui isnoraient la hache de silex ou la domestication du cheval, et sur qui se ruait la horde munie des armes nouvelles. Plus haut encore, les terribles excès du feu, promené par quelque poète guerrier parmi les populations primitives comme un glaive jailli du ciel. Plus haut enfin, à l’origine des temps même, les avantages assurés aux premiers anthropoïdes qui avaient substitué aux onomatopées et aux gestes le langage articuléetse concertaient pour l'ordre et la poursuite du combat, pour l’asservissement du vaincu et son maintien dans l'esclavage. Le premier langage, la première technique, la première science, le premier culte sont un excès d'intelligence qui s'élève au-dessus de l’état de nature et dompte les forces anarchiques pour établir, dans le drame et la lutte, le règne d’une volonté organisée, et d’un peu plus de compréhension et même d’un peu plus d'amour. L’excès

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