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de la contemplation a produit et produit encore aux Indes, par exemple — l'excès complémentaire des épidémies et des famines où des centaines de milliers d’enfants et d'adultes sont emportés par le typhus, la variole et la diarrhée. Si l’excès du machinisme a tué ou mutilé pendant la guerre, par ses moyens perfectionnés, des millions de jeunes gens, ce sont se$ autres excès, ceux de la stérilisation du lait, par exemple, ou du drainage des marais, qui ont élevé en moins d'un demi-siècle, le niveau de la vie humaine d'une vingtaine d'années.
Toute conquête entraîne des excès, c'est-à-dire des souffrances, des meurtres même, mais elle indique, aux profondeurs du drame humain, la persistance du mouvement qui sauve de la stagnation et crée de nouveaux moyens, de nouveaux désirs, de nouvelles raisons de vivre. loutes les époques, sans exception, ont fait tour à tour ou simultanément bon et mauvais usage des instruments qu'elles ont inventés. La puissance dans le mal d'un outil quelconque se mesure précisément à sa puissance dans le bien. Le feu, source de la machine, détruit et crée, souvent dans la mème action. Ce qui détruit et crée, et toujours dans la même action, c'est la vie. Demandez au dieu Shiva. La machine est quelque chose dans le genre du dieu Shiva. Mais un dieu Shiva réincarné, et méconnu, parce qu'il ne porte plus le même nom et qu'il a capté les flammes au milieu desquelles il dansait. [l faut plus de courage pour abattre les vieux dieux que pour adopter les nouveaux. Il s’agit ici d'un mouvement d'instinct le plus souvent irrésistible, et là d'une renonciation aux habitudes dont la plupart survivent si longtemps, dans nos réflexes spirituels, à l'abandon des idées qui déterminaient ces réflexes. Ainsi tant de « matérialistes » se rallient-ils au christianisme par peur de la fée électrique et de l’ogre d’acier. Ainsi
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sans doute, toute mystique nouvelle est-elle condamnée à accomplir des excès souvent atroces, afin de toucher en profondeur et de transformer à notre insu même nos sensations, nos réactions et nos idées. Ce n'est que quand une mystique nouvelle nous obsède par ses excès que nous nous apercevons vraiment des besoins qu'elle a fait naître. Les excès de la Terreur ont intronisé en Europe l'égalité civile et le développement fécond de l’industrialisme. Les excès du christianisme — l’ascétisme, la soif du martyre — en ont imposé peu à peu la nécessité à tous les esprits. Tout mode naissant de conquête doit frapper l'imagination et forcer la main aux multitudes résignées aux habitudes machinales du geste et du mot.
Parlons sérieusement. Cette révolte de toute une classe contre la machine — car c’est la classe dirigeante qui, après avoir créé la machine, renie le monstre naissant
prêt à la dévorer — témoigne en même temps d'une
mauvaise foi majestueuse, d’une singulière absence d'esprit critique et d’une ingénuité qui serait touchante si elle n’était aussi férocement intéressée. Elle oppose la mécanique à l'intelligence, d’abord comme si elle détenait le monopole de l'intelligence, ensuite comme si, pour construire une machine, le cerveau était superflu, et enfin comme si, quand une machine marche seule — Ô miracle de l'esprit ! — son automatisme interdisait à l’homme qui est chargé d’en huiler les ressorts une fois par heure, le vagabondage ou l'essor de l’imagination. Elle oppose l’impersonnalité du technicien à la personnalité de l'artisan comme si ne se substituait pas peu à peu, au travail délicieux de l'émotion sensuelle,
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par les rapports nouveaux que révèlent l’ajustage, la mise au point, la captation de la fée tapie dans les organes subtils des accumulateurs, des moteurs, des turbines, la manœuvre glissante des ailes dans les courants aériens, l’engloutissement volontaire dans les flots et le surgissement ‘à leur surface — illustration du mythe érotique et solaire que les anciens n'avaient pas prévu —— Un nouveau fact spirituel de la maîtrise des nerfs, du calme peu à peu conquis dans le Jugement et le choix, une éducation musicale des vérités mathématiques en action. Elle oppose la cruauté des membres d'acier qui broient et tranchent et des étincelles qui foudroient, à l'appel chrétien vers la communion des âmes, comme si ces étincelles et ces membres d'acier n'avaient pas apporté déjà un secours bienfaisant à l'effort exténuant du manœuvre, à la souffrance du malade, et comme si l'appel chrétien n'avait pas fait couler, au cours des siècles, des fleuves de sang. Elle oppose l'anonymat de la machine à l'individualisme du talent, comme si le talent ne s'était pas répandu avec le plus d’abondance justement dans les œuvres anonymes des chrétiens, des bouddhistes, des brahmanistes, des musulmans. Elle oppose l'espérance en l'au-delà à l'espérance immédiate, comme sil n'y avait pas une consolation aussi bienfaisante et peut-être plus noble à croire qu'on peut épargner à ses enfants la misère et la maladie par le moyen de la machine, qu’à les abandonner pour garder les yeux plus jalousement attachés sur le mirage de sa propre immortalité. Elle oppose l'esclavage du manœuvre à l'indépendance de l’homme libre, Elle oppose la tourbe des « métèques » qu'attire à elle l’industrie, aux clans racistes qui mirent l’ordre dans le monde. Elle oppose, pour tout dire, comme à chaque pas décisif de l'humanité, «la matière à l'esprit ». Ainsi, quand chrétiens et chrétiennes se cachaient dans les catacombes pour y appro-