‹ Regards sur la terre promiseChapitre 78 sur 121 · OCTO AE NEE DD SRE LE · texte numérisé non relu

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Son propre empire intérieur est devenu le seul domaine que l’homme puisse réclamer sans déchoir.

Comme la liberté ou la morale, la propriété ne peut

rester ou devenir ennoblissante qu'incorporée à une

puissante mystique vis-à-vis de laquelle elle demeure responsable de ses actions. Elle n'a pas d'autre moyen de conquérir, dans l’ordre esthétique et social, une physionomie dont l'originalité devienne et demeure fonction d’une activité générale subordonnée aux besoins réels de l’ensemble du corps social. Une forteresse féodale, un château Louis XIV, un Hôtel Louis XVI même est un acte qui le cède à peine à l'affirmation du Parthénon, à la profession de foi de la cathédrale ou à la soumission à la raison pure du Temple du ciel à Pékin. C’est encore l’individualisme qui a détruit la légitimité de la propriété, comme il a ruiné les assises de la morale et fauché les floraisons escomptées de la liberté. Je ne vois pas d’inconvénients très graves à ce que la propriété des modes personnels de vivre et de travailler — l'outil, le livre, le meuble, ou même à la rigueur l'immeuble d'habitation — persiste au cœur d'un organisme social dont les moyens de produire seraient devenus communs. Mais à qui fera-t-on croire que la possession par quelques-uns du sol, du soussol, des trésors qu'il crée ou recèle, de l'or, du charbon, du fer, du pétrole, des forces électriques, des transports, de tout ce qui peut faire circuler parmi l’unanimité des hommes le bien-être. la curiosité, l’ingéniosité, l’activité et la vie, puisse passionner tous les hommes au point qu'ils persistent à se sacrifier pour la maintenir, alors qu’elle n’est presque toujours le fait que du hasard des héritages et des naissances, décide de la guerre et de la paix, déchaîne dans le monde entier la famine et la misère et enchaîne le désespoir sur tant de seuils ? A qui fera-t-on croire que les sociétés

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ne puissent vivre que de l'imagination et de l'initiative les trois quarts du temps atrophiées de ces quelques individus, et que ces facultés bienfaisantes ne soiênt pas transportables, pour la gloire de l'espèce, du sentiment de la propriété dans celui de l'instinct de domination et de commandement qui n'a rien à voir avec lui ?

Pour être libéré de la plupart des servitudes spirituelles que son individualisme hypertrophique entraine nécessairement, l’homme doit être délivré d’abord de l'une des pires d’entre elles, celle qui lui reconnaît la propriété des instruments de travail que d’autres que lui-même utilisent à son profit. I] est fatal que la généralisation des groupes professionnels, par un processus analogue à celui de l'extension du réseau circulatoire et nerveux de la terre, transmette cette propriété à ces groupes eux-mêmes. Le sentiment de la propriété repose, comme tant d’autres, sur la vanité et l'habitude. La vanité étant immortelle d’essence, il s’agit donc, en changeant d’habitudes, de la satisfaire au sein même de la propriété devenue commune à tous les individus. Il s’agit de la transposer dans la fonction de l’homme, en ennoblissant cette fonction, quelle qu’elle soit, par rapport à l'organisme commun, et en l’encourageant à progresser et à grandir dans cette fonction elle-même. Une hiérarchie organique doit nécessairement donner aux cellules du foie et aux fibres de l'intestin une im-

Portance égale à celle des cellules du cerveau et des

fibres du cœur, simplement parce qu'il est patent que leur importance est égale. C’est le moyen, précisément, d'assurer la suprématie des organes nobles, mais dans les limites exclusives du rôle qu'ils :ont à jouer et qui est solidaire de celui que jouent les organes humbles. Un organisme établit seul sa hiérarchie, si toutefois ses organes sont prêts. Îl ne s’agit pas d'autre chose que de montrer qu'ils le sont.

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