‹ Regards sur la terre promiseChapitre 77 sur 121 · FY · texte numérisé non relu

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mais la propriété commune des autres organes et des tissus que ces nouveaux appareils doivent innerver et nourrir. Le drame social n'est que là. Il n’est plus admissible que ce qui est commun en fait appartienne en droit à un fragment infime de la communauté. Il n'est pas admissible que le cerveau, un fragment du cerveau, une cellule quelconque, même sclérosée, qui

se prend pour le cerveau, garde la direction sans con-

trepoids des appareils d'échange et des glandes spécialisées dont l'interdépendance devient évidente pour tous. La vie végétative du monde a pris une importance telle que tous ses éléments sont menacés de mort si tous ne contribuent pas à accroître la vitalité de chacun. Les tissus — le sol, le sous-sol, Pair, les fleuves, la mer — ne connaissent plus l'isolement depuis que leurs produits circulent avec une facilité que les gouvernements s’acharnent à contrarier pour le profit de plus en plus hypothétique des oligarchies qu'ils condamnent à leur propre ruine. Les organes — nations, métiers, techniques — sont devenus si solidaires que la suppression de l’un d'eux conduit à l’atonie, puis à

la sclérose de tous. Les fonctions — produits à extraire,

à fabriquer, à consommer — provoquent la congestion ou l’anémie et des tissus et des organes si leur répartition n’est pas proportionnée à la consommation normale de ces organes et tissus. Il est donc naturel de constater l'échec des ministres australiens qui consentent, au nom de la propriété individuelle qu’ils condamnent mais n'effacent pas de la loi, et alors que plusieurs centaines de

millions d'hommes souffrent de la faim dans le monde, à:

ce que quelques éleveurs enterrent huit cent mille moutons au lieu de faire condamner ces éleveurs, dans les vingt-quatre heures, soit au bagne, soit à la mort. Socialistes ou non, ceux qui protègent de la hache les brûleurs de café du Brésil, les noyeurs de blé du Canada, les fos-

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soyeurs de bétail de Danemark ou de Hollande sont promis eux-mêmes à la hache. La méconnaissance obstinée du drame économique qui marque le monde moderne nous accule nécessairement à ce terrible dilemme : mourir, ou substituer à leur propriété privée que la loi couvre, la propriété commune des grands moyens communs de produire et d'échanger (‘),

La révolution française n'eut évidemment pas tort de proclamer la propriété sainte. Un finalisme pratique, et prochain, marque les actes de l'Histoire. Le Tiers- Etat européen réclamait ce levier puissant pour susciter les énergies individuelles et créer dans le corps commun d’une humanité en genèse des organes d’activité et d'échange qui préparaient son unification. Mais tandis que la propriété prenait, aux yeux des masses, un caractère d'intangibilité qui s'inscrivait dans la loi, son mode de distribution balayait les derniers vestiges d'une aristocratie qui ne reposait pas et n'avait jamais reposé Sur elle, mais sur la responsabilité redoutable — au moins jusqu'à Richelieu — qu'entraînaient, pour qui voulait la prendre, les fonctions élevées du commandement dans la politique ou la guerre. La propriété, telle qu'on s’est habitué à la concevoir aujourd’hui, a cessé d’être une délégation tacite et temporaire de la masse à qui veut et sait commander. Elle renonce à être créatrice. Elle rejette à l'extérieur les sentiments aristocratiques qui pourraient germer, fleurir et fructifier dans l'esprit. Je le sais. Je l’ai éprouvé par moimême. J'ai dû me livrer des combats épuisants pour me débarrasser des miasmes que fait lever dans le cœur son glissement sournois du plan matériel sur le plan moral. Dès que son sentiment domine, il apparaît comme l’antithèse de la véritable noblesse. Le christianisme à fait à l’humanité beaucoup de mal. Mais son mépris de la propriété suffit à racheter et ses péchés et ses erreurs.

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