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ou sur le plan des idées (”). La confrontation des hommes, des races, de leurs intérêts, provoque celle des consciences. L'analyse de la matière et l'analyse de l'esprit découvrent, dans ces conditions nouvelles d'existence, d'immenses champs d’expérimentation. La science s’unife et s’universalise. La physique nouvelle l'oriente vers des vues quasi-métaphysiques qui standardisent les modalités morphologiques de la matière et de la force, et substitue au vieux dualisme révélé des religions ethiques un monisme expérimental. La gravitation entraîne dans un mouvement unanime les astres et les atomes cependant que le transformisme solidarise à la croissance de l'esprit la fermentation des marécages et que le freudisme va chercher dans les abimes de la vie végétative les plus puissants ressorts lyriques de l'intelligence et du cœur. On dirait d’une nébuleuse naissante qui roule dans l’âme humaine pour intégrer dans un complexe inédit tous les éléments sociaux et intellectuels libérés jadis par la Renaissance et peu à peu çondamnés de la sorte à un regroupement nouveau.
La concentration progressive des capitaux, des produits, des techniques, des multitudes, n'est pas sans provoquer en nous des réactions spirituelles inattendues. Elle à déjà substitué des émotions collectives aux émotions individuelles. L'attraction grandissante de la radiophonie et du cinéma, formes d'art qui unissent les individus dispersés, relègue au second plan l’action de la littérature et de la peinture en voie de désagrégation. Les exigences de la fabrication et des fonctions de la machine ont modelé une architecture mobilière et immobilière qui commence à masquer de son impersonnalité grandiose les manifestations convulsives de la vanité artistique dont la pullulation n'est qu'un signe d’agonie. Le groupement des professions entraîne le groupement des besoins communs à tous ceux qui les
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exercent et la croissance des organisations qui en assurent la lente et progressive victoire parmi les drames sanglants des reculs temporaires et des résistances intéressées. Un élan vers l'union, qui s'exprime chez quelques-unes par la renaissance apparente des contessions anciennes et chez la plus grande partie par l'association de combat des intérêts positifs, succède peu à peu au désespoir, qui atteint aujourd’hui son comble, de l'isolement où nous avaient conduits le libéralisme économique et son frère jumeau l'individualisme moral. Il n’y a pas loin de cet état d'esprit à une mystique nouvelle. Et ce sera celle de l’obéissance consentie, parce que créatrice de bien-être et de dignité. Tandis que les aventuriers politiques et les représentants camouflés des idéologies mortes se réclament de la « liberté», la nécessité d’une discipline inflexible s'impose aux multitudes en vue de conquérir une hiérarchie organique, seule capable de recréer l'autorité. Le caractère anachronique de l’individualisme moderne prépare. la restauration de l'individu régénéré dans un complexe social que rajeunit l’automatisme du processus de concentration où nous sommes entraînés.
Si l'on tente de pénétrer les apparences anarchiques de la production universelle, on s'aperçoit même que le principe de collaboration se substitue plus ou moins vite au principe de concurrence. Le coopératisme, le syndicalisme, toutes les formes de l'association plus ou moins accomplies l’attestent. Je ne médirai de la concurrence que dans la mesure où la concurrence ellemême, en empruntant la voie du libéralisme économique le plus orthodoxe, a méconnu sa vertu primitive pour briser les cadres de la loi écrite et de la morale élémentaire entretenus par les formes nordiques du christianisme jusqu'à l’avènement de la machine, et pour nous mener au gangstérisme des hautes et basses
classes argumenté là par la mitrailleuse et ici par le revolver. La période la plus brillante du capitalisme a vu l’apogée de la concurrence entre le milieu du x1x° siècle et la guerre. Non seulement il ne la combattait pas, mais il l'encourageait alors, ce qui est le seul moyen de lui faire rendre le maximum de bienfaits collectifs qu'elle peut produire dans le cadre individualiste. Mais l'homme est ainsi fait que la liberté, quand elle a épuisé le territoire de son autorité normale, le conduit à l'anarchie, comme l'anarchie le reconduit à l'autorité pour dégager d'un organisme en formation les éléments d'une liberté inédite. La révolution russe, en écrasant l’anarchie que provoquait la concurrence, a transporté la con-
currence dans les cadres rigides — trop rigides, mais une société en formation exige des lois de fer — d’une
collaboration obligatoire. Ainsi l'émulation, l'initiative, l’action personnelle devenues d'autre part entreprises de brigandage, pourraient glisser du terrain de la concurrence intellectuelle et morale/qui ne peut manquer d'apparaître entre sujets inégauX d’aptitudes, d’intelli gence, d'énergie, d'imagination et de santé, Comme concurrence entre individus aboutit jadis, en fin de compte, à créer par sélection la force du groupe, la collaboration des groupes doit recréer, par un processus analogue, la force de l'individu. L'avenir montrera s'il est vraiment utopique d'assurer le pain à tous pour faire refluer dans les âmes les puissances d’action aujourd’hui trop exclusivement employées à la conquête de la proie par n'importe quel moyen.
C’est toujours la question du concerto et de la sym- = phonie qui se pose, et de la confusion qui règne entre ne. la candeur équivoque de la thèse individualiste et les F0 moyens d'accroître la valeur réelle de l'individu. Il est tellement plus aisé de paraître un homme dans la cohue que d’être un homme dans le rang! Intégré en profon-
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deur dans là puissance de l'orchestre, : la ‘puissance de l'individu y grandit si celle de l'individualiste, sans y gagner en qualité, tend nécessairement à en disloquer l’ensemble — car je ne vois pas bien un violon, fût-1l le premier, jouant la Marche lorraine ou même une sonate de Mozart alors que tous, autour de lui, interprètent une symphonie de Beethoven ou un oratorio de Bach. Et remarquez que tout musicien d'orchestre a le droit d’aspirer à en devenir le chef, onu tout au moins d'être celui qui fait entendre Îe er profond du hautbois ou la lamentation du violoncelle au-dessus des rumeurs complices dont lenvironne la multitude des
exécutants.
[II
J'ai développé dans un ouvrage antérieur :, mes idées sur le processus littéralement chimique qui semble faire passer les civilisations par des rythmes alternants où se succèdent à tour de rôle l'intégration par l'amour et la désintégration par la connaissance. Je ne crois pas que l'Histoire se puisse concevoir autrement. J'y ai renoncé pour mon compte. Si j'ai surtout fait appel, pour développer cette idée, à des exemples de nature esthétique, c’est que je les tiens pour les plus: élevés dans l'ordre de l'esprit. J’ai tenté de montrer que l'architecture interprète la croyance et les intérêts communs d'un même ensemble d'hommes demeuré aussi anonyme que l'architecture elle-même, et où l'individualisme n'est pas même soupçonné. Que la sculpture apparaît timidement par places sur le temple nu, puis l’envahit peu à peu, puis descend de lui sur les places et dans les jardins comme l'individu émerge, puis sort de la foule. Que la