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nisent le machinisme naissant. Ce serait substituer à une oligarchie bancaire et industrielle une oligarchie + exclusivement industrielle qui nous reconduirait très vite à l'impasse où nous sommes encore bloqués et dont nous ne sortirons qu’en donnant au producteur la place prééminente qui fera rentrer du même coup « l’exploitation de l’homme par l'homme » dans un domaine légendaires Il n'est pas intedit de prévoir, chez les techniciens, le développement d’une attitude intellectuelle, et même morale, capable de remplir le vide immense que nous a légué la déroute des vieilles notions de conscience sur qui nous vivions tant bien que mal depuis l'apparition des religions révélées. Tout ordre intérieur inédit a pour conséquence inéluctable un ordre extérieur renouvelé. Sans doute cet ordre intérieur dont nous commençons à apercevoir les prodromes a des origines scientifiques, — extérieures par conséquent. Mais 1l en fut toujours ainsi. Toutes les aristocraties reconnaissent pour origine des phénomènes amenés par l’évolution de l’économie et des mœurs, qui prennent corps dans certaines consciences pour les ordonner plus précisément et leur indiquer le but. La civilisation mécanique exige une adaptation nouvelle non seulement des esprits, mais des cœurs, aux conditions d’existence qu'elle crée, et il me semble fatal qu’elle s'intériorise à mesure pour refluer peu à peu, humanisée et sensibi- | lisée, dans toutes les directions de l’activité unanime. | Ce nest point que je méconnaisse les dangers courus par les jeunes chefs, dont la plupart n'ont pas même entrevu le rôle qui les attend — et notamment cet excès d'individualisme où sombre la classe dirigeante qu'ils sont appelés à remplacer et qu'elle a transmis à Ja vanité des plus médiocres d’entre eux. Mais je crois bien que le véritable aristocratisme consiste à sentir vivre en soi les rapports naïissants qui l’attachent à l’en-
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semble du groupe au sein duquel il œuvre, et aux groupes qui les complètent dans un ,équihibre en formation.
Maintenant, cette aristocratie naissante n'est-elle pas condamnée, par l’extension même du machinisme, soit à être écrasée dans l'œuf, soit à se retourner contre les masses dont elle est issue? Un problème nouveau se pose, peut-être le plus grave de tous. J'ai dit que le triomphe de la technique avait créé des métiers. Mais il en supprime chaque jour beaucoup d’autres. [| me semble paradoxal d'affirmer que la « crise » est due pour la plus large part à l’accroissement de la puissance de l’homme par un machinisme dont lautomatisme croissant élimine chaque jour une plus grande quantité -de bras, puisque c’est l'arrêt de la production, c’est-à-dire de la machine, qui a jeté brusquement tant de travailleurs à la rue. Mais il est certain que la machine, en restreignant de plus en plus la main-d'œuvre, joue dans l’extension du chômage un rôle comparable à celui du capitalisme oligarchique dans le rétrécissement progressif de la consommation. Ainsi, ces deux maux associés risquent de créer une classe de misérables qui flotterait entre celle des possédants et celle des producteurs, et subirait nécessairement par suite l'hostilité de l’une et peut-être bientôt de l’autre. Là encore, le remède est dans la suppression d’une propriété individuelle des instruments communs de production qui constitue, bloque ou détruit à sa guise les stocks dans l'intérêt de quelques-uns et empêche, en fermant par toute la terre les grandes routes de l’échange, la consommation de créer autour d'elle, et à propos d'elle, mille et mille métiers nouveaux. Ne peut-on concevoir, d’ailleurs, grâce précisément à la machine, libératrice et créatrice de la consommation universelle, une diminution croissante des heures de travail qui, tout en
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restant assez remplies pour maintenir la discipline de l'effort, ouvrirait des horizons immenses à l’activité désintéressée, et crécrait dans l'esprit et l’imagination une multitude de rouages capables de multiplier les éclairs de l’intelligence ?
Le problème de ds faim et des aristocraties qu’il a toujours fait naître reste donc le noyau du drame unanime. Les idéologies religieuses n arrivent Ras à le masquer. Les idéologies bre ne viennent que loin derrière, et si les associations professionnelles croissent en étendue, en cohésion, en densité, elles ne doivent adopter le chimat de celles-là que dans la mesure où 1l leur prépare un terrain plus favorable à leur croissance, et surtout à leur pureté. Il ne faudrait pas creuser très profondément ÎIcs paroles de saint Paul pour découvrir, dans les communautés chrétiennes primitives, les germes de l'intérêt matériel qui pressait à ce moment-là l’humanité occidentale. Mais 1l parlait le langage qu'elle était préparée à entendre, et cenest pas le même qui doit servir à des hommes pénétrés de psychologie réaliste, de disciplines exactes et d'économie positive. Le | principe de l'esclavage étant compromis, le problème | de la main-d'œuvre se posant impérieusement avec sa disparition, il était peut-être nécessaire de détourner des biens de ce monde la convoitise du pauvre, pour lui faire accepter une forme de servitude qui permît la constitution d’une hiérarchie nouvelle et préparût efficacement l'institution du servage, appelé à résoudre ce problème-là. On ne diminue pas l'idéologie chrétienne en constatant qu'elle ne put féconder les esprits qu’au moyen de ce tour de passe-passe transcendant. On rend au contraire plus dense le cristal spirituel qu'elle enferme, Ë en montrant sa gangue formée d'une accumulation de |
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réalités sociales, riches en sucs terrestres eten minéraux substantiels. Une idéologie. quelconque ‘n'a aucune
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chance de s’annexer la vie des cœurs si elle ne repose, en dernière analyse, sur les intérêts primordiaux de la masse affamée. La formule « liberté, égalité, fraternité », par exemple, ne constitue plus, même pour un regard superficiel, que la cendre résiduelle d'intérêts qui ont cessé d’être vivants. Le principe de l'association réaliste, au contraire, contient les germes d’une spiritualité en genèse, dont le développement s’'accomplit au fur et à mesure que l'association obéit à une discipline plus rigoureuse en vue de la conquête des biens matériels que l’organisation monastique du moyen âge, sous le couvert de l'idéologie chrétienne, représentait assez bien, n’en déplaise à ceux qui s’imaginent que la soif du martyre a présidé seule au développement de Îla société catholique. |
Il me paraît évidemment préférable que le « syndicalisme » accomplisse ses destinées au sein des démocraties dont il constitue le centre d’agglutination. Mais je ne érois pas que les mouvements politiques rétrogrades puissent longtemps contrarier sa marche, bien qu'il soit à craindre que certains d’entre eux ne devancent sur ce point - là les démocraties endormies dans les ronrons d’un idéalisme de classe qui a outrepassé sa tâche en pénétrant les masses asservies de principes individualistes in-
capables de survivre à son règne sans désarmer l'individu.
Et il reste possible que, pour avoir négligé de réviser à temps leur trinité sainte, quoique informulée : « liberté, propriété, morale » , elles laissent les exigences immédiates du social dépasser leur politique routinière. Ce n’est pas l’une des moindres contradictions de ce temps-ci que de nous révéler les tentatives de tel dictateur,