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sociales de l'heure. De nos jours, entre l'Etat fantôme
qui persiste et les embryons de groupes qui se forment,
l'individu est étouffé par sa propre solitude. L'obliga-
tion le libère, je le répète, en l'intégrant à une force
qui l’environne et le porte, comme un fleuve la goutte d'eau. | |
[II
Même sous le règne des démocraties les plus formelles, et aussi les plus réelles, une société ne saurait vivre si elle n’est imprégnée d’un irrépressible besoin d'aristocratie intérieure. Or, ce besoin ne peut être sauvegardé à l'heure actuelle que par cette conception nou- velle de la liberté. Le véritable aristocrate est un réaliste obstiné, qui sait les obligations que ce réalisme lui dicte, d'abord de ne pas exiger d'autrui les efforts qu'il a. dû faire pour se dominer, et par là dominer les autres, et s'emparer du droit de protéger, de châtier, de pardonner, de conquérir, Le triomphe de la technique a créé des métiers qui ne sauraient vivre et progresser sans l'acquisition, par qui les exerce, d’une discipline de la volonté qui conduit à la découverte des vraies harmonies spirituelles et marque à l’homme nouveau sa place dans le corps social. Les lamentations qui s'élèvent sur la fin de l'artisanat constituent un anachronisme sentimental de la pire espèce. Si l'artisanat déchoit et disparaît, c’est que la société n'a plus besoin de lui. C'est qu’elle a remplacé par des techniques et par des . complexes techniques les professions qui faisaient autrelois appel à la tradition empirique et à' l’affectivité. Mais la science de l'outil est devenue si rigoureuse qu’elle forme automatiquement une catégorie grandissante d’esprits précis, clairvoyants, affinés peu à peu par
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la culture de la faculté d'attention, de la logique fonctionnelle, de la méthode poursuivie dans l’action et le raisonnement. Ce sont ceux-là, et rien que ceux-là qui puisent dans la nécessité d'obtenir des rapports exacts et subtils et de réaliser des harmonies où apparaît l’'ébauche d’une sorte de biologie mécanique, une probité indispensable, une intelligence de la vie et du monde plus aiguë et plus générale, une sensibilité que renouvelle le contact de réalités devenantes et de relations multipliées et solidarisées par le progrès des techhiques qui élargissent de jour en jour leur domaine et s’enracinent plus profondément dans toutes les assises de la société en formation. Il est aisé de remarquer la supériorité de jugement et de tenue, sous la salopette ou la blousé des mécaniciens, par exemple, ou des électriciens, ou des hommes de laboratoire, de tous ceux qui cultivent l’une des techniques nouvelles, sur la plupart des parvenus de l’alimentation, de la bijouterie, du vêtement, de l’entreprise, du commerce, de la banque et souvent de l’art où leur clientèle se recrute. À côté de cela, la qualité des écrivains, ou des politiciens, ou des légistes, aussi choisie qu'on le veuille, apparaît lâche et flottante, et attardée à des idées vieillottes, à des expressions usées, à des mystiques mourantes. Une aristocratie se forme, qui aime les gestes directs, les organes efficaces, et repousse les ratiocinations sentimentales et les bavardages diffus où se nourrit trop souvent la paresse d'esprit, la mondanité et le snobisme de ceux qui ont perdu tout contact avec le concret. Le voilà bien, n'est-il pas vrai, « le nivellement par en bas ».
Entendons-nous. Il ne saurait être ici question de la « technocratie », au sens que les apprentis philosophes d'Amérique ont donné récemment à ce mot, — soit de la domination politique de ceux qui dirigent et orga-
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