‹ Regards sur la terre promiseChapitre 98 sur 121 · APPAREIL RES AIR LU · texte numérisé non relu

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La moyenne des Français ou des Anglais a peut-être trente ans — je n’en sais rien, je ne consulte pas souvent les statistiques, et j'ai bien tort. La moyenne des Italiens en a peut-être vingt-cinq, celle des Russes peutêtre vingt. Rien à faire contre ce fait, sinon mourir en se voilant la face, ou, s’il n’est pas trop tard, chercher dans les linéaments d’une nouvelle mystique le courage de féconder tant de beaux flancs stériles qu'habitent côte à côte le désir et le désespoir — ou le courage, sans doute moins aisé, d’arracher à la mort tant d’enfants demandant à vivre, car, si j'en crois les aligneurs de chiffres c’est la France, et de très loin, qui détient le record du massacre des innocents. Les travailleurs ne sauveront le monde, et eux-mêmes, que s'ils sont la jeunesse, et par conséquent le besoin. S'ils ne sont pas la jeunesse, le nombre qui la conditionne, s'ils ne sont pas le besoin, s'ils restent pervertis par le malthusianisme -— chose guérissable — ou satisfaits — chose incurable — ils adopteront tous les vices négatifs des classes possédantes après leur morale, et écraseront dans l'œuf les puissances embryonnaires que tout peuple où grouille l'enfance porte en lui. J'entends bien la riposte, et elle est detaille : ce n’est pas à nous, les pauvres, de commencer. Nous n'avons pas de quoi nourrir les petits que nous ferions. Soit. Mais alors vous n’avez plus de forces disponibles que pour nier, ou abdiquer. Notez que je me borne à constater. J’envisage d'ensemble un phénomène permanent. Comme la France, riche d’enfants, s'était sacrifiée pour le monde il y aura bientôt cent cinquante ans, la Russie, riche d'enfants, se sacrifie à son tour pour le monde, et sa récompense, comme fut la nôtre, est la foi. L'illusion seule est créa-

trice, et l'illusion n’est possible que si la parole et

l'action sont rendues aux-réalités de l'instinct.

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Comprenez-bien. Raisonnez en fonction du temps, non de l’espace. Face non à l'individu et à ses intérêts de l’heure, mais au monstre de vie unanime qui précède et enveloppe et continue celle-là. La surpopulation crée des besoins nouveaux, les besoins nouveaux des idées vivantes, les idées vivantes des ressources insoupconnées. auparavant. Ce fut l'histoire de tous les peuples, aujourd'hui celle de la Russie ou du Japon — hier encore celle de l'Amérique quand elle ouvrait ses flancs à la pénétration de tous ceux qui vivent sur terre. Et là est la réponse à ceux qui s’épouvantent des excès d’une natalité ou d’une production intenses mais refusent de voir les dangers d’une restriction étendue de proche en proche et de causes en conséquences à tous les ordres d’activité, sexuelle, morale, sociale, économique, politique les champs abandonnés et les ports vides et les grands travaux remis à plus tard alors que toutes bé armes de la production se dressent aux frontières dans des millions de mains, ou qu'une classe opprimante, aussi pauvre d'enfants que la classe opprimée, destine précisément à l'oppression toutes les armes que leur forge celle-ci. Je ne défends ici aucune mystique rétolntonnute spéciale. La «révolution »n a jamais été pour moi un idéal à atteindre, mais une réalité à vivre, car il y a longtemps qu’une révolution, quand on veut l'introduire dans la loi de gré ou de force, crée et agit dans les faits. Une révolution réelle est ren de la nécessité vitale, quand ses mouvements intérieurs ont ébauché le nouvel état organique d'une société en évolution perpétuelle, de changer le

rythme social et toutes ses formes d'expression. Ne me

demandez pas trop d'exemples, et pas un chiffre. Ces

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choses-là se sentent, elles ne se démontrent pas. Laissez l’esprit pousser du dedans au dehors ses exigences vivantes pour modifier les surfaces expressives de l'ensemble du corps social.

La vitalité seule compte. Tout le reste est littérature, y compris la littérature. Voilà ce que je voudrais qu'on comprit. Que les misérables affamés et leurs malheureuses femmes à demi mortes de travail qui sèment sans compter les enfants sur la route sombre pour créer encore de la misère et accroître la leur me pardonnent. Je les préfère de beaucoup non seulement au riche qui cultive dans du coton son unique enfant, mais même au prolétaire rangé qui se refuse à jeter la semence humaine dans les sillons de la révolte. Le

malthusianisme n’est que doctrine d’impuissants, de

malades et de vieillards jadis imaginée par les oppresseurs mêmes qui voyaient poindre > décadence au sein de leur prospérité et voulaient défendre leur bien. C'est elle, encore un couûp, qui à infusé à leurs adversaires de classe ce poison, et ceux-ci risquent d'en mourir. Après tout, mieux vaut être l’esclave de son désir, et même de son imprévoyance, que l'esclave de sa sagesse, car le désir est créateur du drame actif qui fertilise, alors que la sagesse n'a jamais créé quele drame négatif qui provoque, par son immobilité même, lattaque et le sac. S'il faut toujours choisir entre la propriété et la conquête, c'est toujours la conquête que je choisirai. Elle comporte le risque, qui est noble, et l'inconnu, qui est enivrant. |

Mais il faut s'entendre, et nettement. Le malthusianisme ne sera vraiment vaincu que le jour où les deux compléments nécessaires de la procréation régénératrice,celle qui doit accroître le nombre des fils d'une

terre aSS8Z riche pour en nourrir trois ou quatre fois

plus et, Par la poussée des enfants, sauver du désespoir

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