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PRODUCTION ARTIFICIELLE DES OS AU MOYEN DU TÉRIOSTE TRANSPLANTÉ

Sur un jeune lapin on découvre la face interne du tibia. De celte face, on détache avec préeaua. b c

Fig, 1. — OssiGcation d’un lambeau de périoste enroulé autour

des muscles de la jambe, chez le lapin.

(A. B). a, 6, os nouveau obtenu par l’enroulement d’un lambeau de pé-

rioste du tibia ; 6, extrémité terminale du lambeau: c, tendon d’Achille ; A. région postérieure de la jambe ; B, région antérieure.

(C). — a, coupe perpendiculaire du tibia ; b, masse osseuse nouvelle dont le centre commence à se raréfier; c, petit noyau osseux développé au-delà du point de suture. Dans cette figure, l'os a été dessiné après avoir été dépouillé de son périoste.

tion, soit de bas en haut, soit de haut en bas, un

TRANSPLANTATION DU PERIOSTE

lambeau de périoste qu’on laisse adhérer à l’os par une de ses extrémités. Cette opération doit être faite avec beaucoup de précaution , à cause de la minceur du périoste. On enroule le lambeau autour des muscles de la jambe et on le fixe par un pointde suture. Au boutdequelques jours, ce périoste s’ossifie et forme un cercle osseux plus ou moins complet, selon la longueur du lambeau détaché du tibia. La fig. 1 en donne un bel exemple.

Cette expérience est déjà on ne peut plus démonstrative. On pourrait lui objecter cependant que 1’ossiflcalion nouvelle vient de l’os luimême, et cette objection semblerait d'autant plus plausible que le prolongement osseux de nouvelle formation est notablement plus épais à sa base adhérente qu’à son extrémité libre.

On coupe court à cette objection en transplantant à distance le lambeau périostique. Si on le détache complètement du tibia et qu’on l’insinue sous la peau du crâne, en fixant chaque extrémité par un point de suture à la peau, on obtient un os nouveau de la forme et de la dimension qu’indique la fig. 2. II est important de fixer le lambeau par ses extrémités; sans cela il se ramasse sur lui-même, se pelotonne et donne lieu à une ossification globuleuse, comme on le voit dans la fig. 3.

EXPERIENCES FONDAMENTALES

Fi(j. 2. — Ossification d’un lambeau do périostn tibial transporté sous la peau du crùno (lapiu).

TRANSPLANTATION DU PERIOSTE

On peut faire la même expérience chez le poulet, et en transplantant un lambeau de périoste du tibia dans la crête du même animal, on a le résultat que présente la fig. 3.

Ces os hétérotopiques ne sont pas formés par de simples calcifications. Ils sont constitués par

Fif/. 3. — Ossification du périoste tibial transplanté dans la crête

d’un jeune coq.

du tissu osseux vrai. Ils passent par une période cartilagineuse et secreusent au bout d’un certain temps de vacuoles médullaires et finalement d’un canal central.

On doit se demander à quels éléments hislo-

EXPÉRIENCES FONDAMENTALES

logiques le périoste doit ses propriétés. On peut s’en rendre compte par l’examen direct, au moyen de coupes faites sur les os normaux ou hétérotopiques en voie de formation, mais on le démontre d’une manière plus saisissante encore par l’expérimentation.

Le périoste est formé de deux couches distinctes : une externe constituée par des faisceaux conjonctifs, serrés, entremêlés de fibresélasliques, et une couche profonde constituée par des éléments embryonnaires dont les plus voisins de l’os sont analogues aux cellules médullaires. C'est cette couche que nous avons décrite sous le nom de couche ostéogène] c'est la moelle souspériostique de Ranvier.

Si l’on prend un lambeau de périoste du tibia, comme nous l’avons fait précédemment, qu’on racle la moitié du lambeau la plus rapprochée de l'os, et qu’on enroule ensuite la totalité du lambeau autour des muscles de la jambe, on voit que la partie non raclée s’ossifie seule, tandis que la partie raclée, bien qu’elle soit la plus voisine de l’os et se continue avec lui, reste souple et fibreuse.

On prouve encore plus directement l’autonomie de celle couche ostéogène en transplantant, en semant sous la peau d’une autre région, le

TRANSPLANTATION DU PERIOSTE

produit du raclage de la face interne du périoste. On peut obtenir au moyen de cette raclure de périoste de petits grains osseux. Cette expérience est très délicate, la raclure de périoste étant souvent résorbée avant d’avoir éprouvé le processus de l’ossification. Ces grains osseux n’ont, du reste qu’une existence éphémère ; ils disparaissent par résorption, et si Ton tarde trop à vérifier le résultat de l’expérience, on ne trouve plus rien.

Il nous paraît inutile de multiplier la démonstration de l’action propre, de l’autonomie du périoste ; les expériences précédentes la prouvent surabondamment.

Si l’on emploie le même procédé expérimental pour les autres éléments de l’os, on a des résultats tout différents. Le tissu médullaire se greffe bien au milieu des tissus étrangers à l’ossification normale, mais il reste le plus souvent à l’état de tissu mou et ne fournit d’ailleurs que des ossifications temporaires qui se résorbent au bout d’un certain temps. Quant à la substance osseuse proprement dite, elle peut aussi se greffer, mais elle ne larde pas à disparaître par résorption.

La notion de la couche ostéogène du périoste est d’une grande importance pratique au point de

EXPÉRIENCES FONDAMENTALES

vue des résections sous-périotées. Puisque c’est cette couche qui est l’élément essentiel de l’ossification, il importe de la conserver aussi intégralement que possible, de se prémnir contre sa destruction ultérieure par la suppuration, et de la tenir dans les conditions les plus favorables à la prolifération de ses éléments embryonnaires. Nous dévepperons cette proposition dans le chapitre suivant.

II. PROPRIÉTÉS OSTÉOGÉNIQUES DES DIVERSES PARTIES CONSTITUANTES DE L’OS ET DES TISSUS CONJONCTIFS PÉRIPHÉRIQUES

Si l’expérience de la transplantation à distance résout à elle seule la question des propriétés ostéogéniques du périoste, elle ne répond pas à l’objection de ceux qui prétendent qne la régénération des os peut être obtenue par d’autres tissus et que les éléments conjonctifs périphériques peuvent aussi bien que le périoste être l’origine d’un os nouveau. Nous verrons bientôt par des expériences directes que celte proposition est insoutenable, mais d’ores et déjà nous devons examiner quelle est l’origine des ossifications

IRRITATION DES DIVERS ELEMENTS DE l’0S 31

qu’on peut trouver dans les l issus conjonctifs situés au voisinage des os, et nous demander qu’elle peut être leur signification au point de vue d’une théorie de la régénération osseuse.

Le périoste décollé, irrité sur place par des dilacérations répétées, donne lieu à des ossifications sous-périostiques, sous forme de couches lamellaires engainantes, d’exostoses saillantes, ou d’ostéophytes disséminés qui peuvent considérablement augmenter le volume de l’os sousjacent. Cette irritation du périoste seul retentit même sur tous les éléments de l’os, provoque des ossifications anormales dans la moelle et finit par produire une hyperostose plus ou moins considérable, une exagération de toutes les dimensions de l'os.

L’irritation directe de la moelle produit des effets analogues : le tissu médullaire s'ossifie dans le canal central et, par le fait de la propagation de l'irritation à travers ie cylindre diaphysaire, la couche ostéogène sous-périostique éprouve une excitation féconde qui se traduit par une augmentation sensible et souvent considérable du volume de l’os.

Si l'irritation du périoste par piqûres, décollement, dilacération, est longtemps prolongée, l'ossification réactive dépasse les limites de l’os et l’on

EXPERIENCES FONDAMENTALES

voit alors, comme dans le cal, à la suite des fractures, des ossifications se faire dans les tendons, les ligaments, les muscles, les insertions aponévrotiqueset se prolonger plus ou moins loin dan* ces organes liés au périoste par des rapports intimes.

C’est dans ces conditions, c’est-à-dire au contact de l'os et du périoste irrités que se produisent les ossifications du tissu conjonctif périphérique. Mais hors de ces conditions (à part les ossifications accidentelles et pathologiques que nous ne pouvons pas reproduire et dont nous ignorons souvent la véritable cause) les tendons, les ligaments, les muscles ne s’ossifient pas sous l’influence des irritations propres que nous leur faisons subir. Nous avons beau les inciser, les perforer, les déchirer, les dilacérer en tous sens, ils ne s'ossifient pas tant que le périoste n’est pas irrité en même temps.

Pour donner une théorie de cette ossification des tissus conjonctifs, nous avons invoqué l’hypothèse de l'action de présence. Cette dénomination ne fait que cacher notre ignorance, sans doute, mais nous l’avons adoptée parce que c’est seulement en présence et au contact des lissus régulièrement ossi fiables, que s’opère l’ossification des tissus normalement étrangers à ce processus. En

IRRITATION DES DIVERS ELEMENTS DE l’0S 33

s’ossi fian t, les élémen ts du périoste semblen t comnni niquer de proehe en proche leurs propriétés aux tissus conjonctifs voisins, ramenés à l’état embryonnaire par l’irritation traumatique. Le fait est incontestable, mais son explication doit être réservée. Il n’y a guère d'autre hypothèse possible dans les conditions actuelles de la science, car nous ne pouvons admettre que l’ossification soit due à la migration des éléments ossifîables de la couche ostéogène après la déchirure du périoste. Ce qui nous empêche d’admettre cette théorie, très ingénieuse, du reste, c’est que les noyaux osseux se montrent quelquefois disséminés, à une certaine distance du périoste, au centre des tendons et des muscles. Si tous les ostéophyles partaient du périoste et s’implantaient sur lui, nous admettrions plus volontiers la migration des ostéoblastes.

C’est pour le même motif que nous ne pouvons pas invoquer la migration des ostéoblastes périostiques, à travers les canaux de Ilavers ou une perle de substance de l’os, pour expliquer l’ossification de la moelle. L’irritation seule du tissu médullaire suffit pour nous rendre compte du retour des propriétés ossifiantes dans un tissu qui représente une des phases de l’évolution normale de l’os.

Ollier — Régénération des os

EXPÉRIENCES FOND A MENTALES

III. REPRODUCTION DES OS SUR PLACE APRÈS LEUR ABLATION OU LA RÉSECTION D’UNE DE LEURS PARTIES

DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE DE LA VALEUR DES DIFFÉRENTES METHODES DE RESECTION AU POINT DE VUE DE LA RÉGÉNÉRATION OSSEUSE. RÉSECTIONS SOUS-PÉRIOSTÉES ; RÉSECTIONS PAROSTALES ;

RÉSECTIONS EXTRA-PÉRIOSTÉES IRRÉGULIÈRES

Il y a une expérience bien simple pour apprécier la valeur des deux méthodes de résection : la méthode ancienne ou extra-périoslée dans laquelle on enlève l’os avec son périoste; la méthode nouvelle ou sous-périostée dans laquelle on enlève l’os en laissent le périoste en place, en rapport avec les parties molles qui l’entourent. On n’a qu’à faire le même jour, sur le même animal, deux expériences comparatives, portant sur le même os, une de chaque coté. On choisit de préférence un des os de l'avant-bras, le radius ou le cubitus, et l’on fait une résection assez étendue pour que le résultat soit facile à constater, on bien une ablation totale.

Voici le résultat d’une expérience faite sur un jeune pigeon : sur chaque cubitus nous avons

l'if/. 4. — Résections comparatives du cubitus sur le pigeon : ablation du périoste à gauche ; conservation à droite. Reproduction exubérante du côté ou le périoste a été conservé. Absence complète (lerégénéralion de l'autre côté.

(La figure supérieure représente le membre sur lequel le périoste a été enlevé ; l’inférieure montre le résultat de la conservation du périoste).

a, a, humérus; b, b', radius; c, c, c', extrémités du cubitus non enlevées par l’opération; A, portion reproduite ; d, trou par où passait un filet nerveux.

EXPER1E SC ES FON D AM ENTA LES

réséqué la partie moyenne de l'os sur une élen due de 35 millimètres (Jîg. 4)-

Celte expérience est aussi claire que possible, et l’on obtiendra toujours, chez les jeunes animaux, des résultats aussi concluants quand on pratiquera la résection avec tout le soin nécessaire, c’est-à-dire quand on enlèvera réellement tout le périoste d’un côté et qu’on laissera une gaine complète de l’autre. On aura des différences encore plus saisissantes quand on fera des extirpations totales. On n’aura absolumcntaucune régénération du côté où l’on aura enlevé l’os avec son périoste, tandis qu’on constatera un os véritable, occupant la place et remplissant les fonctions de l’ancien, quand on aura fait une ablation sous-périoslée complète et régulière.

Comme il importe de mettre hors de toute contestation cette proposition fondamentale, nous allons reproduire d’autres pièces provenant de résections comparatives pratiquées sur le lapin.

Voici d’abord le résultat d’une résection souspériostée de la moitié inférieure du radius chez un jeune lapin. La portion enlevée comprend l’épiphyse avec la moitié inférieure de la diaphyse et le cartilage de conjugaison qui les unit ( fi(j . 5).

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