Pulchérie, représentée à la fin de
« Tous les obstacles, dit le Mercure gaUnt, qui empêchent les pièces de réussir dans un quartier si éloigné, n'ont pas été assez puissants pour nuire à cet ouvrage. » Rappeler, même en forme d'éloge, les obstacles qui empêchent les pièces de réussir sur un théâtre mal situé, c'est en pressentir et en excuser au besoin l'effet ordinaire. On voit par là comment les comédiens du Marais étaient tout disposés eux-mêmes à quitter leur hôtel pour aller au-devant d'une meilleure fortune.
2. De toutes les manières, il fallait aller vite. Tout le monde était pressé. Le marquis de Sourdéac, ruiné par ses grandes dépenses, ne pouvait pas garder un théâtre inutile. Les acteurs du Marais demandaient à le louer et les pourparlers commençaient. « M"" Molière et ses camarades, apprenant les démarches de ces premiers, disent les frères Parfaict, se hâtèrent de conclure. » Avaient-ils besoin de cela pour se hâter ?
CHARLES VARLliT DE LA GRANGE
traiter avec Lulli, mais avec des gens dépouillés par Lulli, — raison de sympathie et de contîance.
Quant à ceux des comédiens du Marais que La Grange et ses camarades jugèrent à propos de s'associer, ce furent : Rosimond d'abord, auteur et bon comédien, destiné à remplacer La Thorillière et Molière même, dans plusieurs rôles ; Dauvilliers, un fou de talent, et M"" Dauvilliers; Guérin, acteur d'expérience et parfait honnête homme; Achille de"Verneuil, enfin réuni à La Grange; La Roque, ex-orateur du Marais, en telle estime auprès du public et des auteurs que Racine ([660) lui souffrit, sans trop le décrier, d'avoir refusé son cAmasie; la belle M"^' Dupin, amenant son mari à sa suite; Angélique Du Croisy, la fille de Du Croisy, qui de\ait épouser Paul Poisson, non moins obscure que sa mère, si elle n'eût écrit le portrait de Molière auquel son nom reste attaché; M"'^^ Ozillon, que la protection fit entrer dans la nouvelle Compagnie et qui en sortit faute de talent, mais avec les honneurs de la grande pension.
Les premiers engagements, ceux de Rosimond et de M"'' Du Croisy, avaient été signés le 3 mai; le contrat d'acquisition pour la salle du marquis de Sourdéac et de M. de Champeron, son associé, avait été passé le 23 entre eux et les comédiens.
« Le 23 juin 1673, — c'est La Grange qui écrit, — ordonnance de M. de La Reynie, juge et lieutenant de police, pour l'établissement de la Troupe du Roi, rue Mazarini, et qui casse la Troupe des comédiens du Marais, signifiée le lo juillet dudit an.
• ... .Ainsi, il n'y a plus eu dans Paris que deux Troupes de comédiens français, savoir :
» Les comédiens du Roi, à l'Hôtel de Bourgogne, « Et les comédiens du Roi à l'Hôtel dit Guénégaud. »
Ce n'était pas précisément ce qu'avait voulu Louis XIV. L'Hôtel de Bourgogne retrouvait devant lui la \eu\e de Molière. La Grange s'apprêtait à reprendre la partie contre son ancien camarade La Thorillière; mais la partie resta courtoise, comme entre deux amis qui jouent sans se piquer, et ne se passionna un moment qu'à l'occasion des deux Phèdres, par les querelles de la galerie.
Sur les trois Troupes de comédiens français, il y en avait toujours une de supprimée. Le nouveau Théâtre s'ouvrit le 9 juillet 1673 ^^^c Tartuffe et le nom de Molière sur l'affiche. C'est bien toujours le Théâtre de Molière. Jetez les yeux sur le Registre de La Grange : Tartuffe. Trissotin (autrement les Femmes savantes), l'cAvare, le Misanthrope, Sganarelle, — en suivant l'ordre des spectacles, — l'École des Femmes, oâmphitryon, le Dépit amoureux, la Comtesse d'Escarbagnas, le Médecin malgré lui et VÉcole des Maris, Pendant quatre mois entiers, du jour de l'ouverture à la première représentation du Comédicn-Poëte ', Molière défraye le répertoire. Les comédiens du Marais n'y apportent que Vcimbigu-Comique, Pulchérie, Germanicus et le Jaloux -. On se croirait
1. Le Comiâien-Foete, comédie en cinq actes, en vers, de Montfleury (sans doute aussi de Thomas Corneille), avec un prologue eji prose, se joua le 10 novembre 1673. Jusqu'à ce moment, sur cinquante-six repr<5sentations, Moliire fournit trente-neuf .spectacles complets et fait sa part de sept spectacles mixtes. Le premier mois lui appartient tout entier. La Troupe du Marais semble débuter le 11 août avec r^/n%«- Comiijue.
2. L Àmbiiiii-Comijue et Gcnn.inicus, Pulclieric même, un peu plus ancienne, étaient leurs dcniicres nouveauté;. FuUlu-nc s'était donnée le 2J novembre 1672. L'.4mbii;ii-Coniii/ue de Montfleury se joua le 2 mai 167), la veille du jour où Rosimond et M"' Du Croisy signèrcjit leur engagement avec la Troupe de
ET SON REGISTRE
au Palais-Royal, si on ne lisait pas en tête du premier cahier commencé par La Grange après la réunion : « La Troupe du Roi, en son hôtel, au bout de la rue Guénégaud, composée de dix-sept parts et demie, a recommencé ses représentations dans son nouvel établissement. »
Il y a quelque autre chose encore qui détruit l'illusion, c'est le tableau des dix-sept parts et demie. Rien qu'à le voir, ce tableau * de la Troupe, on sent les éléments disparates, les deux familles de comédiens qui se rapprochent sans se mêler, les comédiens de bonne tenue et de bon accord, accoutumés à la paix sous un chef respecté, les comédiens indociles et jaloux, irréguliers comme la fortune irrégulière. Cause permanente de division, — sans parler des prétentions des deux machinistes : — les comédiennes du Marais ne supportent pas la préséance de M"° Molière, qui donne son nom '^ au Théâtre, comme si le Théâtre lui appartenait, et qui n'a qu'une porte à ouvrir pour y passer de son ^ appar-
M"« Molière, encore sans théâtre; Germanicus (de Boursault) à la fin de mai, lorsque La Grange s'était déjà assuré l'acquisition de l'hôtel Guénégaud.
Quant au Jaloux, c'était probablement le Jaloux invisible de Brécourt, représenté en 1666, a l'Hôtel de Bourgogne, et où se chantait le fameux trio bouffe de Cambert, Bondi, Cariielli, Bondi.