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L'OPTIMISME DARWINIEN & LA CONCURRENCE OUVRIERE

Au lendemain de l'effondrement de l'édifice réglementaire de l’Ancien Régime, et tandis que l'Economie politique commençait à se constituer à la manière d’une science, il put paraître qu’une ère nouvelle allait s’ouvrir devant le principe de concurrence, On voyait déjà en lui conime la clef de voûte de toute la doctrine et comme la règle intangible de la politique sociale.

Au sortir de la compression des vieilles règles, il semblait que tous les esprits fussent d'accord pour saluer, comme la source de toute régénération et de tout progrès, la liberté qui se levait à la fois dans l’ordre politique et dans l’ordre économique.

L'économie politique naissante ne semblait-elle pas trouver, elle aussi, précisément, son caractère et son prestige scientifiques dans la critique dédaigneuse à laquelle elle se livrait de l’empirisme grossier des réglementations anciennes, et dans le système de liberté naturelle qu’elle exposait et qu semblait l’élever par l’universalité et la pérennité de ses principes et de ses déductions jusqu’au rang des grandes sciences de la nature ?

N’était-ce pas, d’ailleurs, instaurer, dans l’organisation de la vie économique, les principes mêmes que la Révolution française avait proclamés dans les relations de la vie politique : la liberté des contrats, la libre disposition pour chacun

de son intelligence et de son activité, la libre accession de tous à tous les emplois (1).

Mais, c'était là une conception toute négative de la liberté : la liberté du travail se définissait par opposition à l’ancien régime, s’analysait purement et simplement dans Pabsence d’entraves.

La liberté du travail n'apparaissait guère, chez les Physiocrates et les premiers économistes anglais, que comme une condition de bonne santé économique, facilitant les échanges, permettant et accélérant la distribution des richesses et la répartition des travaux. Mais on devait aller plus loin : faire de la libre concurrence la règle même de la justice et du

progrès.

Le prodigieux succès de la doctrine évolutionniste dans tous les domaines ne devait pas moins renouveler les thèses de la science économique que celles des autres sciences ; ou devait, du moins, fournir aux défenseurs de certaines doctrines économiques des arguments nouveaux et impressionnants (2). Car on peut faire remarquer, et Darwin ne le dissimule pas, qu'avant l’apparition de l’Origine des espèces, le tableau du grand dramede la lutte pour l’existence avait déjà été brossé dans son horreur tragique par Malthus (3).

(4) « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. L'exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux (aux yeux de la loi) sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. » (Déclaration des droits de 1789, art. 4, 2, 4, 6.)

« Nul genre de travail, de culture, de commerce ne peut être interdit à l'industrie des citoyens. » (Déclaration des droits de 1793, art. 17.)

(2) M. Barthélemy RayNAUD a essayé une intéressante esquisse de cette transformation de la pensée économique. (L'idée de concurrence en économie politique. Etude d'histoire des idées économiques. — Revue d'économie politique, octobre 1903, p. 769 et s.)

(3) « C'est la doctrine de Malthus appliquée avec une intensité beaucoup plus considérable à tout le règne animal et à tout le règne végétal », écrit Pt de sa propre doctrine. (Origine des Espèces, ch. IIT, édit. Barbier, 1876, p. 69.

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