livre de M
Russie (20) pour l'émigration, au
L'émigralion européenne au xix° siècle, passim,
L'exemple de l'Allemagne est particulièrement typique et nous montre que des causes toutes autres que les visées d’impérialisme économique et même que le mouvement de la population règlent le volume de l’'émigration : c’est à l’époque où l'Etat allemand était faible ou du moins ne représentait pas encore la force économique qu’il est aujourd’hui, c’est alors que sa population était le plus faible, que son émigration était le plus forte ; tandis qu'à cette époque nous voyons le courant émigrant s'élever jusqu’à 200,000 âmes ; au début du vingtième siècle, malgré la progression continue et formidable de sa population, le courant migrateur se ralentira et oscillera entre 20 et 30,000 âmes.
C’est qu'un fait nouveau s’est produit, une force nouvelle est intervenue qui a paralysé cette émigration spontanée du trop plein de population ; ce fait, c’est l’industrialisation croissante de l'empire allemand (1) ; l'exode rural n’est pas pour cela arrêté, il en est au contraire souvent aggravé, mais l'industrie des villes l’intercepte au passage, l'empêche d’aller se déverser dans le courant international ; et ce développement industriel a été tel qu'il a suffi jusqu'ici à retenir ces masses rurales désertant la terre et à absorber laccroissement normal de la population.
Ainsi donc, c’est moins labondance de la population que le régime agricole qui semble favoriser le mouvement d’émigration. Et, en effet, ce sont bien les pays agricoles, et pas nécessairement les plus peuplés, qui fournissent le plus abondant contingent d’émigrants : Italie, Russie, Pologne, Espagne, Chine. En Italie, les masses émigrantes sont des masses rurales, ce sont les pauvres villages du Sud, pauvres parce qu'agricoles et incapables de soutenir la concurrence étrangère, qui
et, pour la démographie, à da Slalistique internationale du mouvement de la populalion d'après les registres de lélal-civil, publiée par l'Office du Travail, p..1"et.p. 70)-
1) M. René Goxxarp a fait nettement ressortir celle influence de l'industrialisation allemande contrariant le mouvement de l'émigration. (Cf, L'émigralion européenne au XIX' siècle, p. 125 et suivantes.)
exportent chaque année le flot abondant de leurs misérables travailleurs de la terre (1). C’est F « émigration de la faïm ».
Tel est le grand ressort de l'immense mouvement d'émigration : né de la misère, c’est avec cette misère qu'il ira assiéger de son peuple de manœuvres les riches nations industrielles et qu’il essayera de s’y frayer une place.
Selon la manière dont ils sont tributaires du travail étranger, on peut répartir en trois groupes les pays vers lesquels se dirige le flot des émigrants.
a Ce sont d’abord les pays neufs ou prospères qui, par la fascination de leur richesse ou de leur liberté, attirent les misérables et les proscrits du monde entier et qui, d’ailleurs, réclament pour la mise en valeur de leurs terres et les besoins de leur industrie une main-d'œuvre abondante et à bon marché.
Ce que peut devenir, dans de tels pays, le problème de l'immigration, l’exemple des Etats-Unis le révèle. On peut dire que ce problème en est venu à dominer presque toute la vie ouvrière américaine et qu’il commence même à renouveler l’aspect des questions diplomatiques elles-mêmes. Au cours du dix-neuvième siècle, une population de plus de 25 millions d’âmes a pénétré ainsi aux Etats-Unis. A côté de la masse énorme des immigrants européens (2), peu à peu s’est glissé le filet insidieux, silencieux, destructeur, de l’invasion chinoise, s’offrant aux industriels pour une poignée de
(4) Ce sont les régions agricoles : Vénélie, Calabre, Basilicate, Sicile, qui fournissent le plus d'émigrants. Le chiffre total de lémigration italienne, qui était d'environ 300.000 avant 1900, était en 1906 de 787.977. Et cel exode paysan est lellement normal el nécessaire à ce pays que le gouvernement se préoccupe décarter tous les obstacles qui pourraient l'entraver où le ralentir.
Pauvres également et paysans, les émigrants russes : et aussi les hongrois, qui occupent une place hors de proportions (dans le mouvement de l'émigrittion européenne el qui, en 1907, déversaient encore 193.460 des leurs aux Etats-Unis.
2) En 1907, sur une immigration lotale de 1.285.349 personnes, on comptait 1.190.566 Européens, se répartissant ainsi entre les principales nationalités 285.731 Italiens, 258.943 Russes, 193.466 Hongrois, 144,992 Autrichiens, 56.627 Anglais, 57.807 Allemands, 36.580 Grecs, 9.731 Français, ete. (Rapport du comnuissaire général de Finenigralion pour 1907, p. 21. Cf. Charles SaLvy : L'imonigralion aux Elals-Unis el les lois fédérales, thèse, Paris, 1908, p. 207.)
riz, Se livrant à eux, par contrat, pour des périodes de cinq ans, reconstituant au profit des capitalistes une nouvelle main-d'œuvre servile, avec laquelle les ouvriers américains étaient incapables de rivaliser. Quand, sur les injonctions de ceux-ci, le marché du travail américain fut fermé aux coolies chinois, non moins irrésistible, une nouvelle coneurrence se leva : sobre, intelligente, docile, infatigable, la maind'œuvre japonaise fit la conquête de l’industrie américaine, tandis que la vague chinoise, refoulée, allait porter ailleurs sa dévastation (1).
On voit quelle ampleur et quelle gravité peut prendre, en de tels pays, l'immigration étrangère (2), et avec quelle acuité se pose alors la lutte troublante entre deux niveaux de vie différents, plus que cela : entre deux conceptions de vie, et comment ici la vieille lutte entre le riche et le pauvre semble prendre une autre figure.
(1) Les Chinois, en ces dernières années, ont gagné l'Amérique du Sud : on en trouve également un grand nombre employés dans les mines d'or du Transvaal : au début de 1907, pour 19.000 travailleurs blancs et 111.000 travailleurs indigènes, on y comptait 53.000 Chinois. Hs ont, d'autre part et dès longtemps, pénétré en Australie où, dans les obscures échoppes d'ébénisterie, ils se livrent, non seulement avec les ouvriers australiens, mais entre eux, à une meurtrière concurrence au rabais ; leur nombre même à diminué dans là lutte. « Après s'être élevé de 66 en 1880 à 320 en 1886, il retombait à 246 en 1894, La quantité d'ouvrage restait pourtant la même qu'auparavant, mais par l'effet de la concurrence, chaque travailleur devait accepter une tâche plus considérable et se résigner à des conditions de moins en moins favorables. Aussi le salaire hebdomadaire oscillait-il de 68 fr. 25 (maximum très rarement atteint) à 20 et 25 fr., tandis qu'autrefois il avait été de 75 fr. en moyenne. » (Mérix : Le socialisme sans doctrines, p. 136.)
2) L'Angleterre, si elle n'est pas rongée par les rats asiatiques, nous offre dans certaines industries spéciales un exemple analogue par suite de limmiœæration russe (95.245 en 1901) et italienne (24.684), qui porte également une atteinte redoutable à l’étalon de vie de louvrier national partout où la subdivision des tâches et le machinisme ont permis à ces émigrants d'employer leur travail de manœuvres ‘industries de la chaussure, du vêtement, du meuble, ete.): dans toutes ces industries, ils ont enraciné le système de travail aux pièces et tous les abus du sveating System. On comprendra ce que peut être leur influence lorsque dans l'industrie de la chaussure, à côté de 4 à 5.000 sYndiqués, on comptera 40.000 étrangers. Tandis que le problème du chômage se pose de la façon la plus douloureuse en Angleterre, on à pu citer devant la commission d'enquête de 1902 le cas d'une fabrique de meubles de Tottenham, la Compagnie Lebus, occupant 2.600 Russes et Polonais, et à la porte de laquelle on pouvait lire cet avis : « No English need apply. » Les Anglais ne doivent pas s'adresser ici. (Cf. Auguste MoxxiER : Les indésirables, Paris, Larose, 1907 : André E. Savous : L'entre-exploitalion des classes à While Chapel, Musée Social. Mémoires et documents, 1902, n° 5.)
b) A l’extrémité opposée, les pays retardataires sont également tributaires du travail étranger, mais leur industrie naissante ne réclame plus ici le troupeau des travailleurs à bon marché, mais un état-major industriel, un corps d’ouvriers d’élite, de contremaitres, d'ingénieurs formés aux méthodes modernes et destinés à venir encadrer et diriger les travailleurs nationaux encore inhabiles.
C’est le cas de la Russie, de l'Espagne, de PItalie, du Japon même, demandant aux nations européennes les plus avancées des chefs de fabrication expérimentés. On ne peut pas dire qu’il existe, dans ce cas, un problème de limmigration (1).
c) Enfin, entre ces deux extrêmes, se placent les pays où le travail des ouvriers étrangers est limité à certaines industries, à certaines régions, à certaines époques. Parfois ce travail est complémentaire de celui des nationaux (2); le plus souvent, il n’est recherché qu’à cause de son bon marché et comme arme de lutte en période de crise économique et surtout de conflit ouvrier. C’est le cas que nous offre la France ; c’est celui que nous allons maintenant plus complètement étudier.
IT. — LA QUESTION DU TRAVAIL ÉTRANGER EN FRANCE. A.— La main-d'œuvre résidante.
La population de nationalité étrangère résidant en France
({) Les « Rapports sur les conditions du travail dans les pays étrangers, adressés au ministre des affaires étrangères » par les consuls français en 1890-1891 (Cf. Recueil de Rapports sur. 13 fascicules, Berger-Levrault, édit. Paris, 1890-91), nous permettent de distinguer les pays où la main-d'œuvre étrangère est surtout composée d'ouvriers supérieurs, Ces pays étant par ailleurs, à cause de leur pauvreté, bien plutôt des pays d'émigration que d’immigration : Russie (Rapport, p. 105), Espagne (Rapport, p. 31), Portugal (Rapport, p. 66), Italie (Rapport, p. 30).
(2) Parmi les pays et les travaux où la main-d'œuvre étrangère semble être complémentaire de la main-d'œuvre nationale, on peut citer : Allemagne (Spécialement dans l’agriculture où se fait sentir une pénurie de maind'œuvre ; rapp. Herbette, p.79-80 et 219) ; Suisse (bâtiment, terrassement, construction de chemins de fer : rapp., p. 33) : Danemark (insuffisance de main-d'œuvre nationale ; rapp., p. 48) : Pays-Bas (rapp., p. 45), et Hongrie rapp., p. 91) : situation analogue,
En France, on estime également que le travail étranger à ce caractère complémentaire pour les travaux de terrassement, la construction des chemins de fer et l’agriculture.
s'est accrue de façon considérable durant la dernière moitié du dix-neuviéme siècle et a plus que doublé depuis cinquante ans (1). Elle représentait, au dernier recensement, 2,7 pour 100 de la population totale. Mais c’est surtout la population active qui a augmentée (2), et spécialement le chiffre des salariés, des ouvriers proprement dit,
C’est done pour y exercer une profession qu’un si grand nombre d'étrangers pénètrent sur le territoire français.
Voici, par ordre decroissant, entre quelles nationalités se répartissaient, en 1901, les ouvriers travaillant en France :
Hommes Femmes PAR nn ue 98,826 20,372 15 (NET MP MP NS 87,191 21,148 FSpasiols so. ne 17,189 3,307 Allemands 1... 14,667 5,209 SU T RNREER 14,248 2,858 Luxembourgeois .... 4,885 1,328 ADI Ro rue 2,207 448 Autrichiens ......... 2,174 291 Autres nationalités... 7,250 1,694 Hnsemble nt: Tuner 248,637 56,655
On le remarque, les deux imraigrations les plus importantes pour la France sont celles des pays à la fois les plus proches de nous et où les habitudes de vie de la classe ouvrière sont le plus notoirement inférieures à celles des ouvriers français. Ceci suffit à nous indiquer que, par sa qualité, autant que par sa quantité, la concurrence des ouvriers étrangers en France sera vivement ressentie.
HUILE) POTERIE 379.289 Er Re 1.001.090 RE . 506.381 EC MC 1.126.531 FT “ 655.036 TE TA NN PRESS 1.130.211 DOTE RTS 740.668 LS TOR EE ra 1.051.907 TEEN 801.754 TO er 1.033.871
(2) Elle dépassait, au recensement de 1901, 3 pour 100 de la population active totale.
Si, par rapport à l’ensemble de la main-d'œuvre industrielle, les ouvriers étrangers ne sont que dans la proportion d'environ 6,5 0/0, ce rapport s'élève notablement si lon examine certaines professions où la main-d'œuvre étrangère semble être particulièrement concentrée : dans le terrassement et la construction, sur 337,359 ouvriers, on compte 23,502 Italiens, 7,287 Belges et 4,118 Espagnols ; dans le textile, sur 274,221 ouvriers, on compte 20,667 Belges ; dans l’industrie des métaux ordinaires, sur 439,211 ouvriers, on compte 11,382 Belges et 7,335 Italiens ; dans la verrerie et la céramique, sur 122,874 ouvriers, on compte 8,101 Italiens et 3,763 Belges ; dans les mines, sur 177,359 ouvriers, on compte 5,554 Italiens et 4,334 Belges ; dans les industries de l'alimentation, on compte 4,258 Italiens et 3,664 Belges ; dans les industries chimiques, 5,866 Italiens et 2,250 Belges ; dans les industries du bois, 5,074 Italiens et 4,032 Belges, etc... (1).
(1) Voici la répartition générale des ouvriers étrangers en France entre les diverses branches du travail industriel :
Ind, Ind. de trans-
Agriculture extractives formation Transports
ATRIAIS TEE... hommes 123 12 S96 299) === femmes 12 » 306 ot Et EE hommes 10,904 5.666 65.249 3.087 femmes 1.746 1140 10.195 2.299 Luxembourgeois ...... hommes 704 154 >. Lo 063 — femmes 123 Î 649 332 ANCMATMIS Nr NE hommes 1535 403 [1.108 119 Per femmes 252 » 3192 787 SUISSES Er etre hommes 3.199 Fa br 8.032 799 = femmes 3176 Î 1.682 234 AUNTICNIENS Mere er Ce hommes 114 S0 TT 102 — femmes LO Il 220 39 SDS ntsdrs dar hommes 6.71 799 8.123 945 femmes 1.257 S d414 427 NT CNE ES hommes 0.780 9.434 64.008 11.586 RE femmes 2.814 69 10.477 : 5.874 DIVETS ET NN EEE hommes 602 134 Dos 607 — femmes 54 1 .330 199
(Résultats statistiques du recensement de
la population en 1901, Lo I ÉRPESUARE e 961, tome Résultats généraux, tableau xxrr.)
EE si nous pénétrions dans certaines spécialités, les proportions s’élèveraient encore : dans l’industrie des huiles végétales, bougies, parfumerie : 23,18 0/0 ; dans les entreprises de canalisation : 22,17 0/0 ; dans le moulage de plâtre : 17,74 0/0 ; dans les produits pharmaceutiques : 18,02 0/0 ; dans la métallurgie : 14,61 0/0, ete..., et pour les femmes, dans l’industrie linière : 16,22 0/0 ; dans la taille et le polissage des pierres : 15,59 0/0 ; dans la fabrication des ustensiles de bois : 14,52 0/0, etc. |
Et il nous faudrait encore, pour donner une physionomie exacte de la répartition de la main-d'œuvre étrangère, en montrer la concentration dans certains départements-frontière, dont la population se trouve parfois composée pour 16 et 15 0/0 d'étrangers (Nord, Bouches-du-Rhône). On comprend avec quelle acuité se pose là le problème de la concurrence étrangère. Mais elle ne se limite pas à ces seules régions et pénètre à travers tout le pays et sous sa forme la plus redoutable : les familles italiennes ou belges n’immigrent guère que dans les départements voisins des frontières, mais les hommes seuls pénètrent jusqu’au cœur même du pays (Ardèche, Isère, Loire, Lozère, Rhône, etc...), pour s’y livrer aux travaux du bâtiment ou s’embaucher comme manœuvres dans l’industrie. On signale même jusque dans le département de la Seine des professions qui menacent d'être presque entièrement accaparées par des travailleurs étrangers (1).
Pour ne pas avoir l’étendue et le caractère de lFimmigration aux Etats-Unis et en Angleterre, limmigration française, on le voit, n’est cependant pas négligeable.
Sans doute, ces travailleurs résidants, immergés le plus
(1) Voici ce que dit à ce sujet le Rapport de la Commission supérieure dn Travail pour l'année 1908 : « On signale dans un cerlain nombre de rapports le nombre de plus en plus élevé: des ouvriers étrangers rencontrés dans un certain nombre d'établissements industriels. C'est ainsi que, dans les ateliers de confection de vêtements de Paris, les ouvriers de nationalité étrangère
sont signalés comme en majorité el que, dans certaines spécialités de lindustrie de la confection des chapeaux, lt proportion atleindrait 75 pour 100, Dans la bijouterie, on peut, d'après un inspecteur, évaluer à un quart au moins la proportion des ouvriers étrangers, » (Journal officiel, 3 octobre 1909, Annexe,
p.41280; col. 3)
souvent au milieu d’une importante population ouvrière nationale, et associés à ses mœurs et à ses revendications, n’exerceront pas une très apparente action déprimante sur les salaires ; beaucoup d’entre eux seront embauchés aux mêmes tarifs que leurs camarades français. Et cependant, leur présence n’en constitue pas moins un danger pour le milieu ouvrier où ils se trouvent. Il y aura toujours, entre les besoins, les habitudes de vie de louvrier belge ou italien travaillant en France et ceux de l’ouvrier français, un écart suffisant pour que le patron puisse spéculer sur lui et que le taux des salaires tende à être ramené au niveau des besoins les moins élevés. Habitué à une vie frustre, sans famille souvent (1), s'accommodant de conditions de nourriture et de logement auxquelles répugnent les ouvriers français, l’ouvrier étranger constitue, dans la plupart des cas, une menace pour l’'étalon de vie du camarade français près duquel il travaille.
Quand son influence ne sera pas positive, elle sera négative : elle opposera un frein à toute amélioration et contribuera à maintenir la dépression de toute une industrie (2).
(1) Au recensement de 1901, on comptait sur 550.058 étrangers de sexe masculin résidant en France, de toutes situations sociales, 287.762 célibataires, 229.975 mariés, 26.699 veufs et divorcés, 5.722 d'état de famille non déclaré.
V. d'autre part ce que nous disons plus haut au texte sur Ia pénétration des ouvriers seuls dans l'intérieur du pays.
(2) C'est l’action qu'exercent notamment les immigrants dans les industries à domicile, dans un grand nombre de pays : New-York et Londres, les deux plus grands ports de débarquement des émigrants sont également les deux centres où le sweating system a atteint toute son horreur et semble presque impossible à extirper,
A Boston, les personnes occupées par des contractors se répartissent ainsi :
Américains
A tetes de SCT PES 249 ATTGNNA NAS PRE EP ER 6 JUITS CS RE ie NI RC CRE PEN 448 GONE DT PES en a da RE ne LAN 176 MAUONS MEET ANR AN NN SRE 2e PORDU SELS ER ERA EN REA 13
ODA RNA ARLON
(Tableau du Bureau de la statistique du COTELLE : Le swealing System, p. 155.)
A Londres, les industries de la chaussure, du meuble, du vêtement, de la
travail de Massachusetts. Cf.
Point n’est besoin, d’ailleurs, que ces ouvriers soient très nombreux dans une industrie pour amener cette dépression. C’est là un fait constaté, qu’il suffit au patron d’une minorité asservie, asservie par son petit nombre même, pour paralyser tout effort ouvrier (1).
Cest plus nettement encore, en ce qui concerne l’organisation générale du travail, que cette influence d’ouvriers étrangers sera sensible
Redisons-le une fois encore, le régime du travail ne se résume pas tout entier dans le taux des salaires ; cent autres éléments le composent, et c’est sur tout cet ensemble de conditions spéciales tenant aux habitudes de la race, à son point d'honneur particulier, que la différence entre ouvriers de diverses nationalités se fera vivement sentir.
Mais, pour nous en tenir à quelques cas précis, c’est particulièrement lorsqu'il s'agira d'introduire quelques modifications au régime du travail que l'employeur aura recours à la docilité des ouvriers étrangers, qu’il leur offrira même des avantages particuliers. Lorsqu'il voudra mettre en marche une nouvelle machine (2), modifier un tarif (3), transformer
lingerie, où les étrangers sont les plus nombreux, sont également les plus misérables. (Cf. MONNIER, ouv. cil. SAYOUS, ouv. cit.
A Paris, on signale que l'industrie à domicile de la confection pour hom-
mes emploie de plus en plus des ouvriers étrangers (Russes, Polonais, Roumains, Bulgares, etc.) (Rapports sur Papplicalion des lois réglementant le
travail en 1907, p. 2.: Rapport de la Commission supérieure du Travail en 1908. CT. Supra.)
Cela n'est pas fait pour alténuer la misère chronique de ces tristes industries.
(4) M. Louis Aubert fait ces suggeslives remarques sur ce que l’on pourrait appeler la « balistique » patronale :
« Alors qu'aux Hawai où les Japonais dominent le marché du Ur avail, on voudrait neutraliser leur action avec des Chinois où des blancs ; en Californie, c'est avec les Japonais qui n'y sont encore qu'une minorité qu'on voudrait abattre la tyrannie des Unions. » L. AuBerr : Problèmes californiens (Revue de Paris, 15 juillet 1907, p. 279)
(2) « Leur immigration (des ouvriers belges) esl favorisée par ce que ce sont particulièrement eux qui onl accepté les or le système de conduire deux métiers à chaîne-fil, puis à grande et petite largeurs. » (Rapp. du Syndicat ouvrier textile de Lille. Enguète parlementaire sur industrie textile, HAeD-2282:)
(3) « Les ouvriers étrangers sont plutôt mieux traités que les nationaux,
un procédé de fabrication, il appliquera tout d'abord la réforme aux ouvriers étrangers, espérant, avec cet argument décisif, peser plus irrésistiblement sur la volonté des autres ouvriers et briser toutes leurs résistances, et ainsi, peu à peu, un régime basé sur l'acceptation des ouvriers étrangers tendra à s'établir dans toute la profession.
B: Ouvriers passant la frontière
Si les ouvriers étrangers résidants peuvent, dans une certaine mesure, contracter les mêmes habitudes, les mêmes besoins, les mêmes exigences que la masse ouvrière au milieu de laquelle ils vivent, s’ils peuvent même un jour être gagnés par la propagande syndicale, il ne saurait en être de même de ceux qui, chaque jour ou chaque semaine, passent la frontière pour chercher à l’étranger un salaire modeste peut-être, mais qui vaut mieux encore pour eux que la misère ou la famine au foyer.
C’est Ie problème qui se pose notamment dans le nord de la France. Vandervelde nous a dépeint la misère paysanne belge, arrivée à un tel degré que lexode « apparaît le seul dérivatif efficace aux souffrances du prolétariat des campagnes » (1).
En grand nombre, ils s’embauchent en France pour les travaux saisonniers agricoles, mais nombreux aussi ils s’abattent dans toute la région industrielle qui touche la frontière : dans les usines métallurgiques du bassin de Longwv, dans les tissages et les filatures de la région roubaisienne et tourquen-
car bien souvent on comple sur eux pour faire accepler des diminutions de salaire, » (Rapp. des rubanniers de Commines. Zbid, p. 547.
En 1904, « les ouvriers de la Société anonyme de construction de Slip- Way, à Dunkerque, avaient droit à des majorations de salaire pour le travail de nuit, pour les corvées hors de l'atelier, pour les travaux difficiles où dan- DereUxe.:
Une équipe d'ouvriers belges étant venue à Dunkerque réparer un navire et ayant travaillé au même prix la nuit que le jour, le directeur du Slip-Way voulut établir le même régime dans ses ateliers et décida la suppression de toutes les majorations de salaire ». (Cf. Statistique des grèves, 1904, p. 528).
(4) E. VANDERVELDE : L’exode rural et le retour aux champs, Paris, Alcan, p. 169.
noise, dans la maçonnerie, les terrassements, ete... Et la concurrence de ces ouvriers, passant chaque jour ou chaque semaine la frontière, est encore favorisée et étendue par l’organisation particulière des trains ouvriers belges dont nous avons déjà parlé (1).
C'est par centaines de mille que sont délivrés, en Belgique, les coupons de semaine ouvriers. En 1901, c’est tout près de 4 millions de semaines de travail qui ont été ainsi mobilisées, ou, si l’on préfère, l'équivalent de 80,000 travailleurs qui se sont déplacés chaque jour où chaque semaine pour se rendre à leur travail (2). Et c’est d’une véritable exportation de travail qu’il s’agit, car on ne relève pas seulement, dans le tableau des distances, des parcours de quelques kilomètres, mais un grand nombre représentant 20, 30, 40 kilomètres et lon trouve même des ouvriers allant jusqu’à 100 kilomètres de leur résidence (3). C’est dire qu’il ne s’agit pas seulement
(4) Cf. supra, Ie partie, ch. IV. :
Sur d'organisation particulière de ces trains, Cf. Gharles L'EVESQuE : La mobilisalion du travail el le transport des ouvriers par chemins de fer, thèse, Paris, 1907, p. 91-96.
(2) Voiei le tableau des coupons de semaine délivrés en 1901 à des ouvriers travaillant dans l’industrie privée (Cf. VANDERVELDE, ouv. cil., Annexe IV, p. 301). 6 voyages simples par semaine........ 24.295 coupons.
7 voyages simples par semaine........ 1.027 coupons. 6 voyages aller et retour par semaine... 3.072.980 coupons. 7 voyages aller el retour par semaine.. 238.479 coupons. L voyage aller et retour par semaine.. 659,787 coupons.
(3) Voici pour 1897 Ile tableau des distances des billets ouvriers (/bid.
Annexe V). j Nombre d'ouvriers
Nombre (à raison de Distances de coupons 50 coupons délivrés par année OCR ES Rata 241.038 4.820 D'OR MLOMIAL SE TORRES 766.260 15928 DOS RIRES Lee 441.875 8.837 D'ORTO de 2DMRIIe-tetReR ed 324.496 6.489 DORA SARIE EEE CENTER 232.664 4199 ! DOCTORAT E CEE 129.629 2.592 F DÉS OAMAPISRNEE RE ET e 55.596 ue DÉS DRAM AUE IIS RER 39.644 793 BEM AD URI ES ERA Er 18.699 314 D'OMOMS IS OMRIIRERER EE Te 10.806 216 DÉS ANAL TURIN AE A EE 6.183 139 Der AN OUMNRE FERRER 7.924 158 D'ORGNET DNRLIERSER ER DAS 102 209 10
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d’un mouvement analogue à celui des banlieues parisiennes, mais d’un déplacement de travail qui se déverse d’une façon sensible sur toute notre industrie du Nord.
Les populations ouvrières de nos villes frontière regardent avec défiance ces travailleurs mornes et pauvres qui viennent chaque jour travailler en France, ces « pots-de-beurre », comme elles les appellent en patois flamand, à cause du pot de beurre —— symbole de leur redoutable sobriété — dans lequel ils apportent leur repas.
Pendant longtemps, on a pu prétendre que le système de notre législation sur les accidents du travaii, par lPespèce de prime qu’il semblait donner involontairement à l'emploi d’ouvriers migrateurs, contribuait encore à accentuer ce mouvement (1).
Depuis cette époque, si, dans les centres éloignés de la frontière, un certain ralentissement s’est manifesté dans l’embauchage des ouvriers belges, les villages frontière n’en continuent pas moins à subir la même invasion. Nous avons pu voir, dans le petit village d’'Halluin, au cours d’une enquête personnelle, ces longues files d'ouvriers et d’ouvrières regagnant, après le travail, la frontière belge et couvrant les routes de leur armée compacte.
Pour une population ouvrière de 10,000 personnes environ, on peut compter, à Halluin, indépendamment des nombreux
4) L'article 3 (e) de la loi du 9 avril 1898, malgré l’amendement apporté sur Ce point par la loi du 34 mars 1905, décide en effet qu'au lieu de recevoir en cas d'incapacité permanente une rente annuelle durant leur vie entière, « les ouvriers étrangers, viétimes d'accidents, qui cesseraient de résider sur le territoire français, recevront pour toute indemnité un capital égal à trois fois 13 rente qui leur avait été allouée ».
La convention franco-helge du 21 février 1906, ratifiée le 12 juin 1906, est venue faire cesser fort heureusement cette inégalité préjudiciable, tout aussi bien aux étrangers qu'aux nationaux eux-mêmes : son article 1 stipule : « Les sujets belges, victimes d'accidents du travail en France, ainsi que leurs ayants droit, seront admis au bénéfice des indemnités el des garanties attribuées aux ciloyens français, par la législation en vigueur. » (Cf. Bull. de FOffice du Travail, “juillet 1906; p:718:)
Des arrangements analogues ont été passés par la France avec le Luxembourg (Convention du 27 juin 1906) et avec l'Italie (arrangement du 9 juin 1906) (Cf. Bulletin de POffice du Travail, avril 1907, p. 350 et suivantes) et enfin tout récemment avec la Grande-Bretagne (Convention du 3 juillet 1909). (Cf. Bullelin de l'Office international du Travail, année 1909, p. 299.)
étrangers résidants, 6,000 Belges passant journellement la frontière pour venir s’employer dans les tissages, les fabriques de tapis ou autres établissements halluinois. Quelquesuns de ces ouvriers partent de chez eux à trois heures et demie du matin pour y rentrer à dix heures et demie le soir ; on en cite qui viennent non seulement de Menin ou des autres villes ou villages frontière, mais même de Thourout, c’est-à-dire de plus de trente kilomètres. Cependant, le chomage est établi à l’état endémique à Halluin ; il suffit de parcourir les rues de la petite ville durant les heures de travail, pour rencontrer partout des groupes de chômeurs flânant et causant en attendant le jour de Pembauche. D’après les statistiques municipales, le nombre des ouvriers en chômage se serait élevé, à de certaines époques, jusqu’à 40 et 45 0/0.
On comprend le ressentiment sourd de la population halluinoise contre ces envahisseurs. Sans doute, en ces dernieres années, un assez grand nombre de ces ouvriers belges se sont ‘attachés à des Syndicats, mais à des Syndicats situés en Belgique, c’est-à-dire dans un pays où les salaires sont déjà inférieurs aux salaires français...
Mais, ce dont se plaignent surtout les ouvriers halluinois — du moins les ouvriers qualifiés du textile — c’est moins d’un avilissement actuel des salaires par le travail au rabais d'ouvriers belges, que d’une dépression ancienne que le travail d'ouvriers belges en grand nombre consolide sans cesse, et qui a permis à la concurrence patronale de s'établir sur cette base, de telle sorte que les salaires de 15 à 18 franes par semaine des ouvriers d’Halluin semblent presque impossibles à faire hausser et pèsent même sur toute la région avoisinante. On le voit, l'influence de cette migration étrangère n'est pas seulement localisée à quelques centres particuliers.
Mais il v a plus. Ce mouvement d'ouvriers étrangers qui franchissent chaque jour la frontière, et dont on évalue le nombre total à 300.000, favorise une tactique encore plus inquiétante.
Certains industriels étrangers, pour éluder les tarifs de
douane française, ont recours à ce procédé : ils transportent leur industrie ou créent des succursales en France, à quelques kilomètres de la frontière, où ne sont employés que des-étrangcrs qui viennent le matin et retournent le soir chez eux. Con- {inuant ainsi à profiter du bas prix de la main-d'œuvre et affranchis des droits d'entrée qui protègent notre industrie nationale, ils peuvent faire impunément sur le marché français la plus désastreuse concurrence au rabais à notre industrie.
Cette fraude qui rend inexistante nos mesures de protection douanière et qui échappe jusqu'ici à toute répression, menace de désorganiser gravement certaines industries et exerce ses répercussions, non seulement sur la région fron- {ière, mais sur l’industrie nationale toute entière (1).