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iJ9ü LIV. 111. ÉTAT DE GUËRKE.
saut ses ancres au fond. Les vents contraires continuant de régner avec une extrême violence , ce vaisseau n’ayant plus que pour cinq jours de vivres, ayant quatre-vingts malades sur les cadres, le reste de son équipage exténué de fatigues, le capitaine Martel prit la détermination d’aller mouiller à Bristol , espérant que la générosité anglaise, en raison des circonstances , ne lui refuserait pas un asile ; qu’il lui serait permis de s’y procurer des vivres, et qu’on le laisserait partir librement ensuite. Ce qui le décida à prendre ce parti extrême, ce fut l’exemple récent d’une frégate anglaise qui, se trouvant dans une position semblable, était allée demander des vivres à Brest, et à laquelle on avait fourni généreusement tout ce qui lui était nécessaire , en lui laissant suivre sa destination sans aucun obstacle.
M. Martel, faisant route pour Bristol, fit rencontre d’un vaisseau anglais de 50 canons , l'Ânlelope, à la vue duquel il hissa pavillon parlementaire, et auquel il fit part de sa situation en lui déclarant qu’il allait à Bristol , mais qu’il ne se rendait pas.
Le commandant anglais lui répondit qu’il ne doutait point qu’on n’eût pour lui le même procédé qu’on avait eu peu auparavant en France pour une frégate anglaise, mais que l’amirauté de Londres pouvait seule en décider. Sur cette assurance, le Belliqueux vint prendre le mouillage de Bristol,
La trop grande confiance de M. Martel fut cruellement trompée. Ce commandant, malgré ses réclamations et ses protestations aux lords de l’amirauté,
CHAP. VIII. DROIT d’asile. 291
vit son vaisseau capturé et fut fait prisonnier avec son équipage.
M. Martel fut fortement blâmé en France par le ministre , qui lui reprocha de n’avoir point attaqué le vaisseau anglais l'AiUelope.
On peut voir dans les rapports officiels de ce commandant, que nous donnons en entier à l’appendice, comment il cherche à se iustiher aux yeux du ministre (1).
Quoi qu’il en soit, la conduite tenue par l’Angleterre en cette occasion fut certainement conforme en tous points au droit rigoureux. Mais en la mettant en regard de celle qu’avait tenue la France peu auparavant dans une circonstance semblable, nous laissons au lecteur le soin de la qualifier au point de vue de la générosité et de la grandeur d'âme.
(1) AppendicD, anoexeG.
2*Ji LIV. 111. ÉTAT 1)E GUKHKE.