CHAPITRE PREMIER
DE L'OflIGINE DES NATIONS.
SOMMAIRE
Sociabilité de l'homme. — L'homme -à l'état d'isolement n'existe pas. Mais il existe des états d'association grossière et mal réglée. — La succession
du temps y amène le progrès.
Progrès des élément» de la richesse matérielle. Progrès des richesses intellectuelles : — Dans les sciences physiques; — Dans
les sciences morales; — Dana les lettres et les beaux-arts; — Dans les
sciences sociales, et enfin dans l'économie politique.
Il a été longtemps en usage , surtout parmi les philosopheset les publicistes du dix-huitième siècle, et jusque dans les premières années du siècle actuel , d'ouvrir les traités de morale, de législation , de gouvernement intérieur ou extérieur des États, par une description plus ou moins conjecturale de l'origine et du premier développement des sociétés humaines.
Convaincu que pour faire progresser les sciences morales il faut y appliquer, autant que possible , le procédé qui a
fait le succès des sciences physiques, c'est-à-dire V exacte observation des faits, avec exclusion de ce qui n'est qu'oeuvre d'imagination, nous nous abstiendrons de remottf*r fc de* époques «ù ne pe«t pé»étror U certfcude des doéument» historiques.
Nous partirons iwicpiemeitt de cette vérité, reconnue aujourd'hui par les meilleurs esprits , que l'homme , par la loi même de sa création , de son organisation , est essentiellement sociable.
L'homme isolé , qui forme le point de départ de l'école du dix-huititae sièeto, est vme utopie, famats vous ne le rencontrerez , si ce n'est par suite de quelque accident, de quelque exception extraordinaire , ayant renversé le cours naturel des choses.
L'homme vértaU$,l'h0<npi4 e*m cqndUion normale f ne se conçoit, et, si haut que les documents historiques» puissent remonter, ne s'est jamais vu qu'à l'état d'association.
Mais.$i l'k)fluïàe mM est aoa rêverie pJwlosophiquft* ce qtà es* tme féaftté, c'est l'homme barbare, e'est-à~ dire l'homme à l'état d'association encore inculte et grossier*.
C'est une conséquence même de la loi de perfectibilité r apanage glorieux de notre espèce , qu'en toutes choses hiunaraes tes c<Hnw£n#em,eats soient iaforwas; mm le trop*,, avec r expérience qui marcha à sa suite, aittèa* siftccQ&tvementi lw améliorations.
V4tat d'aspociatiOn grossière #t cpat réglé*, toia d'être um «twjoctwe^ est signalé partout par les tradition*; noftw pwpfP hjfttotre nous lq owrtre daas.les border 4» Nord et de l'Asie, dont les inva&ûroawrtl formé tes piuptoft uMHtero^U^rBurqpe; w&ghte œarin^daas sea Bawga- \k>mb> ta voyageur, dap&sfts» explorotoi)* des contmonte ,
t. — «mm DBS NATIMS. 8
le reamofrart enoore , de nos jours, fréquemment et à des degrés divets.
De* telle aorte qu'il nous devient possible de suivie, même en des exemples vivants et chez des races plus retardataires, la trace des Cormes imparfaites par lesquelles la société des hommes a pu passer, avant que la succession de&sièdes l'ait fait arriver au point où elle se présente aujourd'hui à nous, dans les pays les plus civilisés.
Ainsi les tribus des Arabes bédouins et les hordes tatares cbt Tarkesfm, les nègres de la côte d'Afrique, tes Hottentots et les Cafres du cap de Bonae*Espérafice9 les peaux rouges de l'Amérique et les insulaires de l'Ooéanie nous offrent des variétés nombreuses de ces associations ph» ou moins grossièrement ébauchées , à l'état nomade Ou à l'état fixe, menant ta vie soit de peuples chasseurs ou pécheurs, soit de peuples pasteurs, soit de peuples imparfaitement agricoles , soit l'une et l'aqtre réunies, souvent même avec des éléments plus 09. moins informes d'une aptitude à l'industrie ou d'un certain commerce d'échenge.
Ge sont orimme des types divers des degrés par lesquels la sociabilité humaine peut passer, ou même stationner longtemps chez certaines races , avant de se développer dans une voie de perfection désirable.
En effet, recueillir au hasard, sur son passage., les productions que la terre offre d'elle-même ou s'emparer des animaux qui s'y rencontrent, pour la satisfaction des besoins les plus élémentaires de la vie , comme font les peuples nomades et chasseurs., c'est le degré le plus infime de l'humanité : lea êtres animés qui nous sont inférieurs net vivent que par un. semblable procédé.
Consacrer nm soins à l'éducation dos animaux les plus
4 LIT. I. — NOTIOlIft GÉNÉIALB8.
utiles, ou à la culture de la terre, afin de multiplier, par le secours du travail et de l'art humain, la richesse qu'on en tire, et de l'avoir d'une manière permanente à sa portée , comme font les peuples pasteurs ou les peuples agricoles, c'est déjà s'élever sur l'échelle de la civilisation.
Donner à ces productions , à ces matières premières de toute sorte , des formes et comme une existence nouvelle; les mettre en œuvre, les changer en mille et mille objets nouveaux. , appropriés à une multiplicité de besoins , de commodités, de jouissances diverses, comme font les peuples industriels et manufacturiers , c'est monter bien haut sur cette échelle, c'est presque de la création.
Enfin porter, répandre ces produits naturels ou indus»» triels d'un point sur un autre , les échanger les uns contre les autres, servir ainsi de liaison entre les industries et les localités différentes, et les faire participer toutes à l'ensemble de leurs richesses respectives comme font les peuples commerçants, c'est la conséquence et le compté* ment des progrès qui précèdent.
Si l'analyse parvient à décomposer ces éléments divers du bien-être et de la richesse sociale , si môme tel ou tel de ces éléments peut, dans l'état encore informe des civilisations ou dans les associations restreintes , se rencontrer seul à l'exclusion des autres; le fait est qu'aujourd'hui dans les sociétés avancées et étendues, même lorsque l'un de ces éléments domine comme caractère national, tous se présentent réunis, se prêtant une force mutuelle, concourant ensemble à un but commun.
Et pour le développement de la prospérité nationale, il est nécessaire qu'il en soit ainsi.
Un État seulement agricole restera stattonnaire.
S'il est purement commerçant, ne servant que d'inter-