‹ Réglons nos comptes à propos de la question de Monnoir [microforme]Chapitre 2 sur 5 · N D. MONET · texte numérisé non relu

N D. MONET

propos de la question de Monnoir,

DISCOURS PRONONCE PAR L'HONORAPLE JUGE MONET, À ST: JEAN, LE 7 “EPTEMBRE 1912,

(Sténographié par L. LE. Choquette, EE D) L'assemblée était présidée par Son Honneur le maire A. F, Gervais

Monsieur le maire, Mesdames, Me: sieurs,

Le treize août dernier, le jour mme que je partais pour San-Francisco, j'écrivais à Monseigneur Bruchési, qu'à mof retour, au commencement de septembre, je convoquerais une assemblée à St-Jean, so’ la rubrique ‘‘Réglons nos comptes". Mais je vous dis franchement G4:. en trant, ce soir, dans cette salle où je vois peut-être la plus grande as semblée qui s'y soit jamais pressée, en voyant les applaudissements unanimes qui ont salué mon entrée avec celle de monsieur le maire, je suis tenté de changer le titre de ma conférence et de l'appeler ‘‘La revanche”! (applaudissements, cris, acclamations )

Oui, messieurs, la revanche, pour moi au moins; car depuis mon discours du seize juillet dernier, j'ai été injurié, vilipendé et calomnié par deux sortes de citoyens dans ce pays: par un certain nombre de journalistes, d'un côté, par certain nombre de prêtres, de l’autre Chez ces journalistes, il y avait plus de bave, plus de rage ;

; chez ces prâtres, il y avait plus de poison, plus de venin (applaudissements) . Ainsi, un journal qui s'appelle ‘L'Evénerient”’, de Québec,—m'a trai ‘ de saltimbanque, d'’aventurier politique et de fanfaron., Un autre journal, qui s'appelle ‘La

* (huées, cris de : chou! chou!) m'a traité de cervelle croche,

Presse’ de Russe et de Cosaque, Des prêtres m'ont calomnié en me traitant d'impie,

ä’homme sans principes et, pour tout dire par le seul mot que l'on em-

ploie quand on veut discréditer un homme dans'ce pays, 118 m'ont trai-

té de franc-maçon (cris de : honte! honte !). Non seulement des

prêtres, ont porté ces calomnies contre mon caractère, mais on a été,

dans la ville même de St-Jean, jusqu'à bafouer, ridiculiser les prières et les offices sacrés de l'Eglise en ordonnant un ‘‘iriduum réparatoire’!, afin de me faire passer aux,yeux de mes concitoyens et compatriotes pour un misérable, pour qui l'on fait des prières publiques et tenter de

timorer ainsi l'intelligence des: femmes et des enfants de St-Jean, Mais je

le constate avec orgueil, ce soir, il n'y a pas beaucoup d'enfants dans la ville de St-Jean, et les femmes y sont aussi hommes que leurs maris Capplaudissements.)

Mais il ne s'agit pas seulement de régler une querellé personnelle entre moi et mes détracteurs. Ah! je serais resté bien humble et bien modeste Guns ma demeure, me bornant À exercer les devoirs que mes fonctions m'obligent de remplir, si je n'avais eu que le but de me venger. J'ai un;double but plus élevé que celui-là :

Mesdames, et messieurs, je voudrais, premièrement, tenter un effort dans. le pays et surtout chez nous, dans Ja province de Québec, pour relever unpeu la mentalité des laïques dans leurs rapports aveciles éveques quand ils s'agit de questions libres (tonnerre d'applaudissements), Je voudrais, deuxièmement, faire comprendre à l'épiscopat canadien que, s'il veut garder le reste de prestige qu'il a encore dans la direction des fidèles, il doit dans ses actes publics, dans toute question libre, apporter autant d'honnêteté, de probitéet de droiture que nous autres, les laïques,

nous en exigeons entre nous (applaudissements et acclamations),

Voilà le double but que je me suis proposé, ce soir, en faisant cette conférence.

Monsieur le maire, depuis que no1g nous sommes rencontrés ici, le seize juillet dernier, pour Je triomphe d'une cause sacrée que nous avons perdue, j'ai l'humiliation de dire que nous avons été battus presque sur toute la ligne. Nous avons été battus, mais l'histoire de tous les champs de bataille, petits comme grands, l’histoire de tous les capitaines, petits comme grands, démontre, qu'après chaque défaite le capitaine se livre à trois opérations différentes D'abord, il compte ses morts ; ensuite, il compte ses blessé

; ct, troisièrmement, il étudie les causes de la défaite, afin d'arrêter un programme qui lui permette, de prendre sa revanche et de préparer une victoire à la prochaine bataille (applaudissements.}.

Monsieur le maire, nous avons été battus, je l'admets. Comptons nos morts. Nos Morts # ce sont les dix-huit prûtres du collège de Monnoir qui, comme membres d’une corporation qui s’est dévouée depuis cinquan-

te-neuf ans à l'instruction de la jeunesse de notre pays, disparaissent pour toujours (cris de : honte ! honte !).

De blessé, monsieur le maire, mesdames et messieurs, heureusemenc, ilyn'y à que moi. (cris de : ‘‘Toute la ville de St-Jean‘ !) J'espère qu'il n'y à que moi de blessé, On m'a appelé saltimbanque, aventurier politique et gervelle croche, J'ai coutime d'appeler les choses r leur nom, et je donne le même, droit aux autres. Je ne sais pas si L'Evéne

went" est représenté ici, j'espère bien que ‘‘La Presse” l'est (huées) ;

or, aux directeurs de ‘‘L'Evénement''; aux directeurs de ‘‘La Presse" je dis en toute sincérité de cœur : Si vous croyez qu. ‘e suis un saltiubanque, ne vous gênez pas de le dire ; si vous croyez que je suis un aventurier, ne vous gênez pas de le dire ; si vous croyez que je suis une cervelle croche, ne vous gônez pas de le dire.; si vous croyez que je suis un mauvais juge, ne vous gônez pas de le dire. Ma conduite est un livre ouvert à tous et le public, pour moi, est le grand juge. Vous passez bis 1 après lui Cvifs applaudissements). D'ailleurs, ces jeux-là se font tot rs à deux ; ne vous gênez pas pour moi, car vous allez voir que te c-a-l'heure, je ne me gênerai pas pour vous (applaudissements.)

J'ai compté nos morts, j'ai mentiorné le blessé ; il me reste la troisième opération, qui est de rechercher quelles son les causes de notre dé faite.

Nous n'avons pas perdu notre cause parce qu'elle était mauvaise ; nous avons perdu notre cause, pour deux raisons :

La première est que la mentalité des laïques est trop asservie dans cette province. Lorsque monsieur le curé ou que l'évêque commande, nous somunes encore; au temps du collège quand le maître disait : ‘‘Baisez la terre’ (vifs applaudissements).

La deuxième raison de notre défaite est celle-ci : c'est qu'à cause de cette mentalité de nos laïques en général, et de certains journalistes en particulier, les évéques, en effet, se sont crus tout-puissants dans la province de Québec et se sont dits : Nous pouvons commander et demander presque n'importe quoi, mûme dans les questions libres, nous serons toujours les évêques et on nous obéira quand même. Je crois pouvoir vous démontrer, mesdames et messieurs, que ce sont là les deux causes de notre défaite.

Mais on m'a dit: La n'est pas la cause de votre défaite. “Le Devoir’ a déclaré, le dix-sept juillet, qu'une assemblée publique dans les circonstai. es n'était pas le meilleur moyen de régler la question et que

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