‹ Règne de Charles III d'Espagne, 1759-1788Chapitre 20 sur 42 · DERNIERE MALADIE ET FUNERAILLES DE CHARLES III · texte numérisé non relu

DERNIERE MALADIE ET FUNERAILLES DE CHARLES III

Les malheurs domestiques dont sa famille avait été victime, la mort successive de sa bru, l'infante de Portugal, des enfants qu'elle avait mis au monde, et de son fils chéri. Don Gabriel, affectèrent profondément le vieux roi. Il se raidissait contre le chagrin et vaquait à ses occupations habituelles. Néanmoins, sa santé s'altérait, sans qu'il parût s'en soucier. Il avait eu déjà plusieurs syncopes, lorsque, le 30 novembre 1788, à la chasse, il se sentit incommodé. Il rentra plus tôt que de coutume, se coucha et, le lendemain matin, ne se leva pas. Il se trouvait si épuisé qu'il hésita avant de se rendre à Madrid, comme il l'avait annoncé. Néanmoins, comme il ne s'écoutait guère, il se mit en route et arriva, dans cette capitale, le 1" décembre, non sans de grandes fatigues. Il resta au lit le 2, mais le 3 il se leva pour chasser, et, jusqu'au 7, il vécut comme à l'ordinaire. Ce jour-là, comme il était à la chasse, il fut pris de frissons. Transi de froid, il rentra se coucher. Il tint conseil, joua aux cartes, soupa; mais, bien qu'il souffrit beaucoup, il dissimulait ce qu'il éprouvait, ne voulant pas que l'on s'occupât de lui. La nuit qui suivit ce nouveau malaise, il ne garda auprès de lui que Pini, son valet de chambre, et se fit frotter, pour se réchauffer, de graisse de chevreuil chaude. Comme il était toujours glacé, et qu'il s'obstinait à ne déranger personne, il f)rdonna, à son domestique, de prendre les couvertures que l'on plaçait sur les cages de ses perroquets, avec lesquelles il s'enveloppa. Le lendemain, il se montra très affligé de la mort du confesseur fray Joaqnin; mais,

quoique couché, il ne se considérait pas comme malade : il ne prit aucun médicament et mangea. Les trois médecins, appelés auprès de sa personne, se contredisaient : l'un soutenait qu'il avait une fièvre catarrhale et prescrivait la diète, le lit et la sueur; un autre se prononçait pour une fièvre putride et offrait un spécifique dont il avait le secret; un autre disait encore autre chose. On ne fit rien. Le mercredi, on mit Sa Majesté à une diète relative, interrompue par des bouillons de poule et des bouillons de bœuf; on lui donna une drogue, composée de vinaigre et de miel, afin de faciliter l'expectoration. Le jf'udi, comme le roi, fatigué de ce régime, semblait très absorbé, on tenta de le ranimer par un cordial. Pendant la nuit, la fièvre reprit. La cour s'inquiéta. Tandis que, jusqu'à ce moment, on affectait de parler de cette indisposition, sans y attacher d'importance, il ne fut plus question que de viatique, de prières, de testament. A midi, le samedi, on porta, au palais, les reliques de san Isidro et on envoya à Alcala, pour ramener celles de san Diego. Charles III possédait une clef de cette châsse, mais, comme on ne savait où il l'avait mise, on ne put jamais l'ouvrir. Le roi mourut, entre minuit et une heure du matin, avec beaucoup de fermeté et de piété. Ses dernières paroles furent des ordres pour qu'on ne l'embaumât pas et pour qu'on plaçât son corps à côté de celui de son épouse, Amélie de Saxe (1).

Ses funérailles furent présidées parle mayordomo niayor, le marquis de Santa-Gruz, et le marquis de Valdecorzana,

(1) Dan\t;la y Collado, t. V, p. 535, note; et Aiï. étr., Espagne, t. DCXXV, P 236. Le roi s'était entretenu le matin du samedi de la manière la plus touchante avec le prince des Asturies, la princesse sa femme, l'infant Don Antonio et l'infante Dona Maria-Josefa. Après avoir reçu l'extrême-onction, vers cinq heures du soir, il ordonna d'appeler ses ministres et les trois grands ofTiciers de son palais, et fit mettre le sceau royal, en leur présence, sur un testament rédigé, par lui, deux ans auparavant. Le roi avait demandé qu'on n'attendît pas qu'il eût perdu connaissance pour lui administrer les derniers sacrements.

son sommelier de corps. Les gentilshommes de la chambre, les marquis de Cogolludo et de Villadarias, les ducs de Montellano et de Grenade, assistés de neuf valets de chambre, habillèrent le cadavre et lui mirent les insignes de ses ordres, puis le placèrent dans un cercueil de plomb, qui fut renfermé dans un autre en bois, doublé de brocart.

Le dimanche 14 décembre, à cinq heures un quart du soir, les gentilshommes de la chambre et tous ceux, attachés au service de Sa Majesté, se rendirent, avec le sommelier de corps, jusqu'à l'appartement, où Charles III avait coutume de s'habiller. Là, en présence de Don Pedro-Lopez de Lerena, ministre des finances et grand notaire des royaumes de Castille et de Léon, le marquis de Valdecorzana fit, dans la forme accoutumée, la remise du cercueil au mayordomo mayor qui attendait, accompagné des autres majordomes de semaine. Ceux-ci conduisirent les restes du souverain au salon des ambassadeurs, tendu d'une riche tapisserie, et où l'on avait dressé sept autels. Des chasseurs furent placés, autour du lit de parade. Deux d'entre eux tenaient, l'un le sceptre, et l'autre la couronne. Deux majordomes de semaine, deux exempts des gardes du corps et leur commandant, le prince de Masserano, complétaient la garde d'honneur. A six heures, le patriarche des Indes et les membres de la chapelle royale vinrent chanter l'office des morts. Le public fut admis, ensuite, àdéfder devant la dépouille du roi. Toute la nuit, des messes se succédèrent, sans interruption. Le lendemain 15 décembre, dès cinq heures du matin, les communautés de Saint-Dominique, de Saint- François, de Saint-Augustin, des carmes déchaussés se dirigèrent vers le palais. Le nonce célébra un nouvel office des morts, avec le concours de la chapelle royale, tandis que des messes étaient dites aux couvents de l'Incarnation et des Descalzas rcales. Après l'office, les doyens des

chapitres de la Toison d'or et de l'Immaculée Conception ôtèrent,au cadavre, les colliers de ces deux ordres. A trois heures de l'après-midi, l'évêque de Jaen revint, dans le salon des ambassadeurs, et chanta trois répons, avec les clercs de la chapelle royale. On ôta au monarque le manteau des ordres et son chapeau, puis les gentilshommes de la chambre et les majordomes de semaine transportèrent le cercueil jusqu'au haut de l'escalier du palais. Les gentilshommes de la bouche et de la maison du roi le descendirent, jusqu'au pied de l'escalier. Le grand écuyer et le premier écuyer recouvrirent le cercueil, avec un drap d'or, et quatre écuyers ordinaires le mirent dans le carrosse fermé, qui devait le transporter à l'Escurial. La voiture sortit, par la porte principale, et fut escortée d'un cortège disposé dans l'ordre suivant : deux escadrons des gardes du corps; douze religieux de chacun des ordres de Saint- Dominique, Saint-François, Saint-Benoit et Saint-Augustin, à cheval, avec des flambeaux; les alcades de la maison du roi, les gentilshommes de la bouche et de la maison du roi, aussi à cheval, les timbaliers et les trompettes des écuries; au milieu d'eux le guidon royal, porté par un des pages de Sa Majesté; la croix patriarcale, et, aux deux côtés, deux pages, avec des flambeaux; douze chapelains d'honneur de Sa Majesté, avec la musique et les autres officiers de la chapelle; douze valets de pied, portant des flambeaux allumés, quatre majordomes de Sa Majesté. Dix pièces de canon, mises en batterie au Retiro, tiraient les salves réglementaires. Le cortège fit halte au bourg de Gallapagar, où le corps fut placé dans l'église paroissiale. Le 17 décembre, à huit heures et demie du matin, on atteignit l'Escurial. Le mayordomo mayor remit au prieur une lettre du nouveau roi, lui notifiant la mort de son père et l'envoi de son corps. Le prieur, ayant à côté de lui le mayordomo mayor, le grand notaire et la chapelle du roi, présidée par l'inquisiteur général.

chanta un répons. Les moines entonnèrent le Miserere, pendant lequel le corps fut porté jusqu'à la première porte du couvent, par les gentilshommes de la bouche, puis les gentilshommes de la chambre le portèrent, à leur tour, jusqu'à l'estrade, dans la nef. Après Vigiles, la messe fut dite par le prieur; on chanta trois répons et Laudes, puis les gentilshommes de la chambre descendirent le corps, dans le Panthéon, et le placèrent sur une table, au pied de l'autel. On procéda à l'ouverture du cercueil extérieur et, le mayordomo mayor ayant reconnu le cadavre, à travers la glace du cercueil en plomb, le capitaine des gardes brisa son bâton de commandement (1).

Ces longues et fatigantes cérémonies étaient rendues aux restes de celui qui, de son vivant, abhorrait les corvées ofTicielles, auxquelles le contraignait son métier de roi. Plus d'un, en suivant les étapes de ce cortège funèbre, lentement acheminé vers l'Escurial, dut se rappeler, avec quel soupir de soulagement, Charles III se débarrassait de ce vêtement somptueux et mal taillé, qui recouvrait, tant bien que mal, ses habits ordinaires, dans les réceptions de gala! Maintenant, couché aux côtés d'Amélie de Saxe, il dormait son dernier sommeil, auprès de cette épouse, dont i' garda fidèlement la mémoire, malgré son long veuvage; exemple rare, dans un siècle comme le sien; gravité de mœurs, presque monacale; vertu que l'on estimera d'un autre âge, si l'on songe aux scandales de la cour de France, à Louis XV et au Parc-aux-Gerfs! j

Mais cette vertu, parfois, était peu aimable et, sinon revêche, du moins triste et monotone. L'ennui pesait lourdement, sur cette vie si exactement mesurée, dont ;ous les actes revenaient aux mêmes heures que la veill<', dont les seules distractions étaient ces faslidieTises chasses,

(1) AIT. iHr., Hspa!,'nf, t. DGXXV, f" 272.

OU quelques parties de cartes, en attendant le souper. Tous les ans, à la même date, le roi passait d'une résidence à l'autre : séjours à Madrid, à l'Escurial, à Saint-Ildefonse, à Aranjuez. Le soleil se fût plutôt arrêté, dans sa course, que le monarque, dans son évolution annuelle. Ce règlement, dont il demeurait le premier l'esclave, auquel il se soumit, dans sa dernière maladie, tout tremblant de froid et de fièvre, il l'imposait aux siens tyranniquement. Peu importaient les souffrances, les indispositions, voire même les accidents; le roi fermait l'oreille aux plaintes souvent légitimes de ses enfants, et sa bru, la nouvelle reine Marie-Louise, dévora, plus d'une fois, des larmes de dépit.

Cette exactitude, parfois excessive, dans la vie privée, resta une des qualités essentielles de Charles III, comme souverain. Ce fut un prince régulièrement laborieux. Tous les jours, il consacra quelques heures aux affaires de l'Etat; jamais il ne se déchargea de sa tâche sur personne, bien qu'il eût, pour le seconder, des hommes de valeur, comme Florida Blanca, Galvez et d'Aranda. Il croyait trop au caractère sacré de sa mission, à la grâce et aux lumières spéciales que Dieu octroie aux rois, pour abandonner, à des ministres, un rôle que la Providence lui avait imposé. Aussi, tout dans le gouvernement émanait-il du roi, tout revenait-il à lui. Son attention scrutait les affaires secondaires comme les plus importantes, et il se réservait, avec une jalousie mesquine, la décision suprême, au risque d'ajourner, indéfiniment, la solution de questions qu'il eût été plus expédient de laisser trancher par des subordonnés. Le seul département, dans lequel il se soit, relativement, relâché de ce despotisme tatillon, paraît être celui des divertissements et des spectacles, que régenta le comte d'Aranda. Qu'importait le théâtre ou l'opéra, à un prince qui n'assistait à aucune représentation, que les auteurs dramatiques ou les compositeurs n'étaient pas

chargés d'amuser? Partout ailleurs, la volonté du monarque se faisait lourdement sentir. Scrupuleux, méticuleux même, il multipliait les enquêtes, les écritures, les paperasseries, et, par sa lenteur, perdait souvent l'opportunité d'une occasion. Une fois sa résolution arrêtée, rien ne l'en faisait plus dévier. Qu'on se reporte, dans les questions religieuses, aux tâtonnements, aux hésitations de sa conduite envers le Saint-Siège, dans les premières années de son règne, jusqu'au moment où il se reprend. Dès lors, c'est avec une ténacité imperturbable et mystérieuse qu'il poursuit de sa haine les jésuites, non content de les chasser, mais voulant exterminer la Compagnie, fût-ce au prix d'un schisme, dût-il employer la violence contre l'ondoyant Clément XIV et le menacer, aux portes de Rome, par l'apparition soudaine de ses troupes.

Dans les deux guerres principales qu'il soutint, pendant son règne, contre les Anglais, mêmes atermoiements, même lenteur, avant de se résoudre à verser le sang. Mais les négociations épuisées et son ambassadeur revenu de Londres, le roi Catholique s'obstine contre l'ennemi et déclare qu'il sacrifiera, s'il le faut, son dernier bataillon et son dernier vaisseau, malgré les objurgations dont l'assiègent Choiseul ou Vergennes.

I Ces guerres, ainsi que d'autres moins importantes, ne furent pas, en général, glorieuses. A côté des trophées recueillis dans le golfe du Mexique, par Bernardo Galvez ou sur les côtes du Brésil par Ceballos, il y a les épaves de Langara, celles des batteries flottantes, devant Gibraltar; il y a aussi les insuccès, presque ridicules, de Cordoba, dans sa croisière avec d'Orvilliers, la honteuse retraite d'O'Reilly, lors de son expédition contre les Algériens. Un prince aussi peu militaire que Charles III ne pouvait, quelle que fût son application, réparer les abus qui minaient la marine et l'armée, à son avènement. Ses contemporains, frappés de l'état piteux de ses forces, à la fin de

la guerre de Sept ans, remarquèrent souvent, non sans une malice dénigrante, dans les actions qui suivirent l'année 1779, combien avaient été peu fructueux les efforts de l'ingénieur Gautier ou de l'instructeur O'Reilly. Des Gars, qui accompagnait le comte d'Artois, au siège de Gibraltar, comme capitaine de ses gardes, égayait ce prince, en lui rappelant ime certaine revue de carabiniers espagnols; surprise ménagée par le vieux roi à son neveu et dont il voulait lui faire fête. C'était, en effet, une troupe superbe que vit à Manzanarès le frère de Louis XVI, tant par la grandeur des hommes et la beauté de leur uniforme, que par la finesse des chevaux. Mais ce corps d'élite ignorait totalement la manœuvre; à peine ces cavaliers surent-ils se mettre en colonne, au pas. Il fallut, crainte d'accident, ordonner de rengainer les sabres, et il eût été cruel de commander le trot à des soldats, qui gardaient si mal leurs distances et perdaient, à chaque instant, leurs étriers.

Néanmoins, les résultats obtenus, par ces guerres, ne furent pas défavorables à la couronne. Charles III, en Amérique, acquit la Louisiane, reprit la Floride et ferma le golfe du Mexique aux Anglais. En Europe, l'alliance avec le Portugal fut un échec, pour la politique britannique. Lisbonne cessa d'être, après la chute de Pombal, un foyer d'intrigues contre Madrid; dans la Méditerranée, l'île de Minorque fut restituée à l'Espagne, et les pirates barbaresques renoncèrent à gêner le commerce maritime de Barcelone et de Carthagène.

On n'énumérera pas, dans son entier, la longue liste de réformes intérieures accomphes par Charles III; qu'il suffise de rappeler les grandes lignes de son administration, pour favoriser le travail et réveiller l'apathie de ses compatriotes : le défrichement de la Sierra-Morena, la construction des routes et des canaux, l'ordonnance autorisant tous les ports d'Espagne à commercer avec l'Amérique, la poursuite de la fainéantise, la création de la

MOL'VEMKNT 1 .\ TK I. L KHT UK L SOUS CHARLKS III 399

banque Saint-Charles, l'institution de collèges, pour la diffusion des connaissances scientifiques, les encouragements donnés aux savants. Les mesures qu'édicté le souverain sont sages et prudentes. Si elles pèchent par quelque côté, c'est parfois par un excès de timidité. Souvent, un détail a frappé l'esprit du monarque plus que la cause générale dont il est la conséquence; l'abus est réparé, mais l'ensemble demeure défectueux. Un exemple, entre tous, suffira à prouver cette étroitesse de l'intelligence, chez ce prince, cette défiance parfois excessive des novateurs, cet attachement, quasi superstitieux, à la tradition. Dans ses ordonnances sur l'agriculture, Charles III ordonna de clore les propriétés, afin que les semences ou les jeunes arbres ne fussent pas dévorés par les troupeaux transhumants ; mais il ne fit rien ou presque rien pour répartir plus équitablement les biens fonds, parer au morcellement excessif des cultures, dans le Nord, supprimer les latifundia de l'Andalousie, réformer l'usage trop répandu des majorats, coutume funeste, qui encourageait la paresse et ruinait des terres que le détenteur n'avait pas intérêt à améliorer. C'est avec une insistance trop peu écoutée que Florida Blanca, dans son mémorial, réclame, en faveur des possesseurs de ces majorats, la libre disposition des sommes dépensées dans le but d'en accroître la valeur, la limitation, pour le testateur, du droit de constituer des majorats, s'il s'agit de biens inférieurs à 4,000 ducats de rente.

Il existe une disproportion frappante, entre l'œuvre de Charles III et la gloire qu'il a recueillie. De toute sa race, il est estimé le souverain le plus illustre, et, cependant, les différents travaux, auxquels il s'appliqua, paraîtront tantôt plus utiles que brillants, tantôt à peine ébauchés; défrichements ingrats qui attendent un héritier plus heureux, tels un Louis XIV ou un Frédéric II, moissonnant la semence (h> gloire, jetée en terre par leurs pré-

voyants devanciers. Mais, si le labeur de Charles III présente quelque analogie avec celui de Louis XIII ou du roi-caporal Frédéric-Guillaume I^r, il n'a pas été, comme eux, éclipsé par son successeur. La postérité même a pu être trompée sur sa valeur réelle, en le jugeant, non pas isolément, mais comparé à son frère et à son fils, qui le grandissent de toute leur insuffisance. Ses qualités apparaissent plus en relief, à côté des folies maniaques de Ferdinand VI, ou de l'imbécillité de Charles IV.

Page 1