‹ Règne de Charles VIIIChapitre 1 sur 53 · Règne de Charles VIII · texte numérisé non relu

Règne de Charles VIII

Enfin, grâce à l'impétuosité du duc d'Orléans , à la prudence de d'Aubigny, à l'incapacité de Médicis , aux prophéties de Savonarole , et à la faiblesse de Sienne, les armées napolitaines de terre et de mer étaient repoussées ; Bologne et la Romagne réduites à l'inaction ; la Toscane soumise , dépassée , et les deux premiers II. I

2 CHAKLES VIII. PAKT. III, LIV. Vil.

états ennemis cpii s'opposaient à notre passade, tlomptés. On en était au troisième, au pape, à cet Alexandre VI , un de ces génies pervers dont l'impudente et heureuse audace méprise effrontément tout ce que respectent les hommes, et dont notre imbécille étonnement respecte les miépris.

Ici , la lutte devenait plus compliquée. Quel qu'il pût être , c'était avec le chef de la chrétienté que le roi très chrétien allait se trouver aux prises : mais déjà quelques symptômes indiquaient une tioisième soumission. Trois cardinaux italiens, Sforce, Colonne et la Rovère étaient dans le camp français. L'un d'eux, Sforce, venait d'être attiré à Rome; le cardinal de Valence, fils du pape, déposé comme otage à Ostie entre les mains des Colonne, lui avait servi de garantie. Il est vrai que ce commencement de négociation ayant échoué , l'otage et le négociateur étaient revenus l'un au Vatican , l'autre aupiès de Charles.

Cependant, l'armée s'avançait. Le 6 décembre, elle marcha plus serrée et en ordre de bataille , les coulevriniers en avant, rartillcrie prête. On touchait à la fronlière du patrimoine de Saint- Pierre. La plupart des nouvelles, et surtout les lettres de Comines, anuonçaicnl un i hoc ou une résist.ince t[iielcon((Uc vers Viloibc. Toutes les

forces de l'Église et de Naples, le jeune Ferdinand en tête, y devaient être réunies. L'Italie entière désirait une bataille. Déjà ses jalousies internes, ses haines mutuelles, étaient suspendues. Une plus grande crainte l'avait saisie : elle regrettait sa balance intérieure rompue, le règne de sa rusée et cauteleuse politique , dont elle était si vaine , tombé devant celui de la force , d'une force étrangère, orgueilleuse et humiliante pour sa nationalité. L'héroïsme de Ferdinand, l'humeur décidée , rude et violente d'Alphonse de Naples , son père, lesjaillissemens impétueux et immodérés d'Alexandre Vi, et , loin du péril , les discours tranchans de ces deux souverains , tout faisait croire à un grand effort. Les uns osaient espérer une victoire ; les moins confians comptaient sur la saison et la famine , et tous les l'egards de l'Italie étaient fixés sur Viterbe.

Sa position , en avant de la jonction des deux routes de la Romagne et de la Toscane sur Rome, convenait. C'était presqu'en vue de ses murs qu'allait repasser l'armée napolitaine, en abandonnant la Romagne; Ferdinand lui-même était venu en examiner la force; toutes les citadelles appartenant aux Orsini étaient derrieie ; les campagnes étaient dépouillées, les blés et les troupeaux ramassés dans ces forteresses; une bataille n'était

4 CHARLES Vin. PART. III , LIV. VII.

donc pas seule à redouter, il suffisait aux alliés d'airêter pendant quelques jours , devant tant de remparts, cette lourde et énorme expédition française. Alors , dans ces champs uus et gelés, que deviendraient ces cinquante mille hommes , dont plus d'un tiers de non combattans ? Comment Charles contiendrait- il cette loule incohérenle d'Allemands, de Suisses, de (Tascons si pillards , de gens-d'armes et d'archers si fiers de leur naissance , de volontaires si fou- £;ueux, avec leurs trente à quarante milh^ chevaux et tant de suite et de bagages? Heureuse et dans 1 abondance, la marche en avant et le succès y maintenaient à peine l'ordre et l'ensemble; que serait-ce dans le besoin , et avec l'humeur et le mécontentement qui l'accompagnent? Tout cela se disloquerait pour vivre, et, du haut des tours de Viterbe , on allait voir cette gigantesque masse se dissoudre, écrasée sous son propre poids ! Ce danger était véritable, et bien plus à craindre ([ue les chances d une bataille. Comines en frémissait. 11 écrivait de Venise lettres sur lettres an roi , le suppliant de s'arrêter et d'accepter les . conditions avantageuses qu'on lui olïrait. Tout combat prolongé contre la saison et la famine lui semblait mortel. Il savait qu'on marchiiit sans prévoyance, vivant sur place, du pays, el à la

Page 1