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"^SG CHARLES Vin. l'ART. III, LIV. X.
y reconnut aussi la bonne àme de son petit roi : toujours conduit sans doute, mais seulement par tles idées, d'abord nobles, tendres, brillantes et chevaleresques, puis enfin sages et utiles. '498. Briçonnet, le trouvant donc inilaimnable sur
ce point, il lui convint , comme cardinal et surintendant des finances, de récliauller encore sur les alfaires du clergé et sur le soulagem(ïnt d'un peuple écrase d'impôts. Ces occupations , qui avaient rapport à son ministère, le rendant indispensable , devaient être autant de liens dont il enlacerait le prince, et qui augmenteraient et assureraient son crédit. L'excellente, mais toujours un peu puérile nature du roi, s'exalta dans cette bonne action ; et avec cette même ardeur qu'il avait mise à jouer au roi concpiérant, on le vit s'elforcer de devenir roi adminislrateui' , législateur, même réformateur; y mettre de la persistance et parfois réussir.
Tout plein encore des menaces de Savonarole, dont on crut voir l'elfet dans les deux coups du sort qui venaient d'éteindre sa postérité, il s'occupait dune réforme. Son succès , s'il eut été possible, eût prévenu le grand schisme du seizième siècle prêt à éclater; car déjà Luther vivait. Le bon loi, ([ui n'hésitait pas h entreprendre , parce (|u il ne s'occupait guère des difïicullés
DERNIÈRES ANNEES DK CHAULES VIII. SSy
trexécution, commença aussitôt ce grand œuvre. {( Il prit une grande peine à reformer les abus de (( l'ordre de Saint-Benoist, et d'autres religions; « il avoit bon vouloir, s'il eut pu, cpi'un évêque « n'eût que son évéché ! ' » Car plusieurs en avaient trois ou quatre, où ils ne résidaient point. On voyait ces prêtres scandaleux, courir effrontément le monde comme gens de plaisir, ou croupir dans une ignorante et crapuleuse oisiveté !
Déjà Charles, indigné, avait consulté publiquement ses docteurs : premièrement, sur l'obligation qu'il supposait au pape, de tenir tous les dix ans un concile; secondement, sur la faculté que devaient avoir les autres princes ecclésiastiques et séculiers , h défaut du pape , de s'assembler en concile sans son aveu ; enfin , sur le même droit qu'avait sans doute un royaume aussi grand et notable cpie le sien , de pourvoir seul aux besoins de son église, après des sommations suffisantes faites au pape et aux autres puissances de la chrétienté.
Les réponses des docteurs furent dignes de la France; mais ni le temps, ni les hommes ne convenaient. Briçonnet laissa le roi se complaire
' Comines.
dans son illusion reforma trice; il comprit son insulïisance contre tant d'intérêts et de vices prêts à se révolter, et l'inefficacité d'une ordonnance contre des moeurs invétérées et générales.
Il en fut de même pour les impôts, car la bonne âme de Ciiarles était pénétrée de la misère publique. Il lui tenait à coeur de se conformer au vote des états de Tours , et qu'au lieu de deux millions cinc[ cent mille francs, les tailles de son pauvre peuple fussent aussitôt que possible, réduites à douze cent mille. « Quant à luy, « il estoit résolu à ne vivre que de son domaine , « «omme anciennement faisoient les roys, ce H qu'il pouvoit, car le domaine est bien grand , « et avec les aides et gabelles, passe un million (( de francs.» '
Ce projet de réforme élait aussi chiméricjue que celui ([ui concernait l'église! On voyait bien que l'avidité des courtisans, la prodigalité du prince et ses dettes, en rendaient l'exécution impossible. Mais cette bonne France, alors plus sentimentale ([u'intéresséo, luienlint compte. Elle sourit toutefois de lant d'excellentes intentions si incompatibles, car, en même temps, elle remarquait qu'il songeait encore à retourner
' Comines.
DERMIÈRES ANISEES DE CHARLES VIII. ^89
Cil Italie, et ([ii'eii attendant, épris des arts de cette contrée , il en essayait en France de ruineuses imitations.
Il est vrai que son peuple put alors applaudir à des efforts moins infructueux. Une véritable guerre maritime s'était élevée, entre ses négocians et ceux d'Angleterre : il l'apaisa par un règlement arbitral.
Les coutumes particulières des différentes provinces , et les lois qui réglaient l'État et la fortune des citoyens, n'existaient que par tradition. On n'en retrouvait la trace que dans les pièces des anciens procès et dans la mémoire des juges , ce qui rendait la justice incertaine et interminable. Réalisant une pensée de Charles Vil, Charles fit choisir dans les trois ordres et par chaque bailliage , les notables les plus éclairés : il les chargea de recueillir ces lois et ces coutumes : puis il nomma des commissaires qui , de concert avec ces notables, rédigèrent chacun de ces codes.
Dans d'aussi difficiles recherches , les erreurs étaient inévitables ; on les prévit : c'est pourquoi, en cas de réclamations dans les procès à venir, l'appel au parlement fut indiqué. Ce travail immense et mémorable dura jusqu'à Charles IX , qui le termina.
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Mais ce n'étaient pas seulement les lois, il y avait aussi de certains tribunaux, qui étaient si chani^eans et mobiles, que souvent ils en étaient insaisissables; et, entre autres, le grand-conseil , cour suprême , qui suivait le roi. Ce tribunal était sans juges ni résidence fixes. C'étaient souvent d'autres magistrats que ceux qui avaient instruit une afTaire et entendu les débats, qui la jugeaient. Plus souvent encore , après avoir suivi dans tout le royaume cette cour nomade , variable et ambulatoire y les parties , faute de juges, étaient forcées d'abandonner leur cause : Charles lui donna des conseillers spéciaux , gagés et astreints à résidence.
Et pourtant, tout occupé qu'il se montrait de la justice, il défendait les droits du trône contre la marche , de tout temps ambitieuse , des corps qui l'exerçaient. Lavacc[uerie , ce premier président justement célèbre par sa vigilante fermeté à donner force à la loi ainsi qu'à l'autorité royale, pendant Ja minorité , venait de mourir, et le parlement avait aussitôt saisi cette occasion d'étendre ses prérogatives. S'appujant sur le voeu des Etats-généraux de Tours, il avait désigné deux candidats qu'il présentait poiu' cette vacance. 11 prétendait limiter à cette élection la préférence (hi roi ; mais Charles négligea ces
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deux choix; il eu fit un troisième , el sul étoiilïbr ainsi cette prétention nouvelle.
Vers cette épof[ue, il paraît que l'un des résultats de son expédition de Naples relira ja. Il s'ai^issait des proi^rès rapides de la maladie nouvelle que son armée avait rapportée de cette conquête. L'alarme fut si grande qu'en 1497 le parlement, provoqué par l'évêque de Paris , interdit l'entrée de la capitale à tous ceux qui y apporteraient cette contagion. Quant aux malades du dedans , ils furent réunis , enfermés et gardés à part dans un hôpital. Précautions dont on aperçut bientôt l'inutilité, leur application ne pouvant jamais être assez rigoureuse et universelle , pour un mal à la fois si secret et si contagieux.
Pour épuiser ce honteux sujet, nous ajouterons cpie c'est de ce règne consacré aux plaisirs, que date l'institution des filles repenties. Le duc d'Orléans fut, en i4945 ^'^^^^ ^^'^ fondateurs de cet ordre. Mais ce qui est plus remarcpiahlc, c'est que , pour être admises dans ce refuge de l'ignominie, beaucoup de vierges irréprochables ne craignirent pas de se faire passer pour des courtisanes saturées de vices. On fut forcé d'exiger des preuves palpables du droit de ces postulantes à cet humilian* habit. Ceci prouve qu'alors la
misère du peuple était grande , et la vertu , hors du cloître, bien malheureuse et surtout bien peu honorée.
Un autre mal , la licence du théâtre , contre laquelle la censure ne fut imaginée qu'en i558, avait dès i486 été réprimée, mais sous le seul rapport de In politique. Ces spectacles sur la table de marbre du palais de justice, ou sur des trétaux et des théâtres improvisés le plus souvent en plein air, jouent un rôle trop fréquent dans les entrées triomphales de ce roi plus voyageur que conquérant, pour qu'il soit possible de les passer sous silence. Dans leurs scènes, décence, pudeur, respect des convenances, tout était violé grossièrement ou plutôt entièrement méconnu; et pourtant, les acteurs étaient souvent des magistrats ou des prêtres que leur enthousiasme pour ce nouvel art, ou leur dévotion, entraînait à se donner en spectacle. La classe supérieure, la coui- elle-même, à en juger par les éloges du secrétaire d'Anne de Bretagne, admiraient ces brutalités. Car alors, même dans cette cour, tout était encore rude, inconséquent et à peine dégrossi. Comment ce théâtre informe, où de même que sur les théâtres de tous les temps, on ne pouvait être compris et plaire que par la fidèle représentation des moeurs du jour, n'en
nurait-il pas parlé le langage? Il était donc grossier et tout matériel; ses pièces se composaient de tableaux successifs : tout s'y passait en action. C'était aux yeux qu'on parlait, fort peu à l'esprit, encore moins à l'âme. On n'avait que des spectateurs et bien peu d'auditeurs, si ce n'est pour ce qu'il y a de presque matériel, à force d'être grossier, dans la satire des personnes et de leurs actions.
Quelque jalousie que cela puisse inspirer à plusieurs de nos réformateurs dramatiques, qui s'imaginent avancer l'art en le faisant rétrograder dans sa barbarie primitive , ils ont beau faire , leur drame nouveau n'égalera jamais l'effet physique des spectacles du quinzième siècle. Où trouveraient-ils aujourd'hui des acteurs aussi épris de leur art que ceux des moralités allégoriques et des mystères d'alors? Temps modèle , où le jurisconsulte et le prêtre, qui s'étaient dévoués à représenter ou Gourmandise , ou Jésus-Christ y se laissaient fustiger ou crucifier avec une si admirable véiité, que souvent on les emportait mourans de la scène.
Il faut pourtant remarcpier que le parlement intervint fréquemment, alors et depuis, contre les indécences, contre les inconvenances politic|ues et religieuses , et surtout contre la satire
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des liants personiiaifCs , (|iic se permettaient les auteurs de ces soties et moralités. Il est encore vrai d'ajouter que les mœurs extérieures de la noidesse, des nota])les etd:i clergé, plus relevées (|ue celles du peuple, ne tardèrent pas à désapprouver ces brutalités. Mais, à la fin de ce quinzième siècle , cette classe supérieure les tolérait ; elle s'en amusait même, malgré la réaction de douceur et d'amollissement de mœurs, qui avait dû suivre l'insidieuse et sombre tyrannie de Louis XI ; en dépit de l'aménité, delà galanterie fastueuse et chevaleresque, que l'aisaient déjà prévaloir les goûts et le caractère de Charles Vlll et du duc d'Orléans ; enfin, nonobstant l'importance qu'avaient rendue auxdames la longue régence de la tiame àv, lîeaujeu, et le règne d'une princesse aussi ménagée et considérée que 1 était la lière, la savante et puissante Anne de Bretagne.
Maintenant , t[u'unc si grande partie de nos plaisirs sont intellectuels, nous ne pouvons concevoir ces mœurs de nos pères; nous ne comprenons pas qu'ils aient pu s'accommoder de, ces mille cris , de ces désordres tumultueux , {\v ('es grossières et indécentes représentations, <[ui ronq)lissaient de bruits et de mouvemens les jues étroites de la capitale, et dont aujourd'hui
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nos esprits seraient révoltés, nos oreilles assourdies et nos yeux ofFensés. Mais alors, ce vacarme, CCS chocs Lruyans et journaliers de corporations, d'associations, enfin de cette foule de sociétés diverses dont se composait la société entière : cette espèce de qui-vive de chacun , et toutes ces brutalités convenaient. Occupations matérielles , rudes et grossières distractions, indispensables même à la haute société d'alors , qui ne savait ni lire, ni écrire ! Dépourvue du prodigieux et si actif développement d'âme et d'esprit auquel nos loisirs sont si favorables , cpi'aurait-elle su faire de la régularité, de l'ordre, et de cette calme et douce existence qui plaisent tant à la société nouvelle?
C'était ainsi , qu'à l'esprit entreprenant et inappliqué de Charles, il fallait de l'action. Le métier d'administrateur, celui de législateur, lui sufïisaient d'autant moins , que le travail lui en étant sans doute apporté tout fait, ne l'occupait gnère. C'était imiter Saint-Louis, il est vrai, mais non dans ce qui l'avait frappé le plus et dans ce qu'il avait entendu citer avec le plus d'admiration. Aussi, le 22 décembre 149^? P^^rut inopinément cette ordonn.iuce : « De par le « roi , nos amés et féaux , pour ce (jue voulons (( bien savoir la forme ((iie ont lennc; nos prédé-
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« cesseurs rois à donner audience au pauvre « peuple, et mesme comme monsieur Saint- << Louis y procédoit , nous voulons et nous mante dons que , en toute diligence , faites chercher (( par les registres et papiers de notre chambre (( des comptes ce cpii s'en pourra trouver, et en « faites faire un extrait, et incontinent après le « nous envoyiez. »
Dès lors , avec un empressement et surtout une suite remarquable, il tint, pendant les trois derniers mois de son règne, des audiences publiques de plusieurs heures. « 11 y escoutoit tout « le monde , et par espécial les pauvres : et si , (( faisoit de bonnes expéditions. » '
Ce coup-d'œil de maître eut son effet accoutume : bien des injustices parurent au grand jour , plusieurs furent réparées , beaucoup prévenues , quelques unes punies , et les prévaricateurs avertis devinrent ou plus adroits , ou plus circonspects.
Au milieu de cette ferveur d'économie , de législation et de réforme religieuse, Charles était resté le meilleur, le plus accort , et le plus doux et aimable des princes. « Jamais ne s'étoit vu roi « de France si doux , si bénin et si libéral ; si u bien cjue personne ne se départit tle sa présence
' Coruincs.
« cju'elle s'en allast escoiiduite. ' » De son âme ardente, naïve et mobile s'épanchaient tous les bienfaisans et généreux désirs , s'élançaient tous les bons et brillans vouloirs. Successivement, et enfin épris à la fois , de tous les amours du ciel et de la terre, de tous les éclats, de toutes les i>loires de ce monde, il y joignait encor l'amourpropre national , de faire briller la France de tout ce qu'il avait admiré en Italie.
On était alors vers les premiers jours d'avril 1498; la cour était euTouraine, et Charles, entouré de peintres et d'architeetes italiens, élevait ce vaste château d'Amboise, « où l'on « monloit à cheval jusqu'au sommet des tours. )) 11 projetait même pour la ville « bien d'autres « constructions dont les pastrons estoient faits « de merveilleuse entreprise et dépense; entre- « prise de roy jeune et qui ne songeoit à la mort, « ([uoiqu'il se fût confessé deux fois dans la se- (f maine et qu'il vînt de faire de grandes aumônes, (( car ilalloit toucher desécrouelles, et l'onestoit u à la veille de Pâques fleuries. '
« Estant dans cette grande gloire tpiant au « monde, et en bon vouloir quant à Dieu ^ », ce
' Brantôme.
' Comiiics. ' '
' Ibid.
roi, toujours confiant en l'avenir, sans tristes pensées, et doux à lui-même conune aux autres, ne songeait qu'à remplir de joyeux passe-temps les heures fréquentes de ses loisirs. 11 était donc venu jouir au château d'Amboise du progrès de ses constructions, quand le 7 avril, après dîner, se trouvant dans la chambre d'Amie de Bretagne , il lui prit envie de la mener voir jouer à la paume dans les fossés du château. Sa destinée voulut que, pour la première fois, il la fit passer par la galerie Haquelebac : « c'estoitpour- « tant le plus déshonneste lieu de céans, car tout
« le monde y p ; elle estoit même rompue à
« l'entrée, et s'y heurta le roy, du front, contre (f l'huys, combien qu'il fut bien petit. » '
Ce coup, tout mortel (ju'il était, fut à peine remarqué; Charles lui-même y fit peu d'attention, car il poursuivit « et regarda long-temps les « joueurs en devisant à tout le monde.'' » Cependant, son heure approchait ! Par un hasard assez singulier, au milieu de ces divcrtissemens, sa conversation avait tourné sur la religion, et par une plus singulière rencontre, ce fut à l'instant même où il achevait de dire « ([u'il espéroit ne « jamais offenser Dieu, ni mortellement , ni vé-
' Comincs.
' Ibid.
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« lîiellement, moyennant sa sainte grâce » % qu'on le vit soudainement « cheoir à l'envers et « perdre la parole. » "
Une autre coïncidence aussi remarquable , c'est qu'à trois cents lieues de là, au même moment , et comme si la destinée de l'un eût été liée à celle de l'autre, son précurseur, son prophète, Girolamo Savonarola, achevait aussi son règne. En effet, le mémajour, et tout aussi mortellement, ce moine était tombé de sa chaire souveraine dans un cachot, d'où il ne devait sortir, un mois après , que pour être brûlé publiquement.
Cette chute simultanée rappelait les adjurations menaçantes du prophète, elle dut étonner les contemporains. Mais alors , ce qui est certain , c'est que soit horreur naturelle ou superstitieuse, à la vue de ce prince si inopinément renveisé, jamais confusion ne fut si extrême. Tout j contribua : le saisissement, les angoisses de la reine : le trouble de ceux des courtisans qui perdaient tout en ce maître; l'anxieuse incertitude des autres sur l'issue d'une telle crise , ne sachant de qui allait dépendre leur fortune , et ce cjui
' Antiquités (le Saint-Denis. Recueil des faits et gestes «les lois de France.
* Comines.
valait mieux, ou de se précipiter vers le successeur, ou de s'empresser encore, autour de ce moribond, qui pouvait renaître.
Le désordre fut si grand que, depuis deux heures de l'après-midi jusqu'à onze heures du soir, pendant neuf heures , ee monarque , dans son énorme château, fju'il agrandissait et ornait avec tant de splendeur, resta gisant dans cette galerie infecte et délabrée. Personne ne songea à le transporter ailleurs, ou ne l'osa. Il demeura là sans connaissance, étendu au milieu d'une foule d'allanset venans. « Toute personne qui vouloit (( y entrer, le trouvant couché sur une pauvre « paillasse, dont jamais il ne partit, jusqu'à ce « qu'il eût rendu l'âme. » '
Toutefois, les médecins du lieu ayant été appelés, l'incertitude fut courte. Pendant f[ue l'on arrachait la reine à cet affreux spectacle , et que les serviteurs de ce bon prince perdaient la tctc de douleur, d'autres partaient à chaque instant pour Blois , où INIarillac , c[ui se trouvait là , dit que « Louis d'Orléans ne manqua pas de recec< voir coup sur coup des nouvelles. » Mais l'agonie se prolongea. Le confesseur du ix)imourant, l'évêque d'Angers , qui ne le cjuitta point pen-
' Coniiuos.
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«lant ces neufdernières heures , assure tjiie la coniiaissauce ne revint que deux fois à ce pauvre prince. Il ajouta que ce fut seulement pour s'écrier: u Mon Dieu et la glorieuse Vierge Marie, monseiu gneur saint Claude et monseigneur saint Biaise f( me soient en aide ! » Ce furent là ses dernières paroles, et vers onze heures du soir il expira.
A cette nouvelle que lui porta Dubouchage , Louis XII fondit en pleurs. Le lendemain, étant accouru, il répandit de nouvelles larmes à l'aspect de ce corps inanimé qu'il bénit , en priant Dieu avec ferveur de recevoir la boime âme du pauvre défunt dans sa miséricorde. Puis, avec de généreuses et douces paroles , il essaya de relever le cœur brisé d'Anne de Bretagne.
Mais la présence de ce prince exilé, que cette mort couronnait , aigrit plus qu'elle n'adoucit la douleur de la reine. Louis s'effraya de ce désespoir, et n'osant plus le combattre, il retourna à Blois, en chargeant Briçonnet de ce triste soin. Il choisit mal : les tendres vertus de Charles avaient pénétré d'amour tout ce qui l'entourait ; et il est vrai que tout avide et ambitieux que fût ce favori, il avait été, plus que tout autre, soumis à l'irrésistible attrait de tant de cpialités aimables. Ce maître, qu'il avait trompé si souvent , il 1 avait adoré !