STANCES AU SOLEIL
0 Soleil paresseux qui règnes sur les faîtes, Lazzarone des toits, fauve des chemins creux, Lorsque j'ai revêtu ta souple peau de bête Le songe du bonheur habite dans mes yeux.
Sous la flèche des pins et la voûte des chênes Qui lancent à leurs pieds l'ombre oii te capturer, Les chemins prosternés t'adorent dans la plaine ; Mais, tel un martinet, tu hantes les clochers.
Ta gloire cependant descend de cime en cime Pour rallumer la torche éteinte des saisons ; Et l'ame te répond et la forêt t'exprime Et l'homme te respire au seuil de sa maison.
Soleil ! Toi qui te plais à la voix des fontaines Et panses la blessure ouverte des sillons, Laisse la majesté placide de ta traîne ^ êlir la solitude heureuse des vallons.
Que l'azur où tu vis règne encor sans partage, Froissé par les sabots de tes blancs étalons, Sur mon cœur, comme sur un fougueux paysage Qu'anime la vigueur de l'ardente saison.
Que pour te célébrer, ô maître magnanime ! Mon rythme soit ton cri, ma strophe ton rayon Et qu'à la face d'or de ton orbe sublime Je danse le péan divin sous ta toison !
0 champ de blé des Jours que moissonne la Nuit, Soleil ! l'ombre descend des montagnes prochaines Sur les pas mesurés des aumailles sereines Et tes derniers rayons couronnent les vieux puits.
La paresse du soir s'accoude à la fenêtre. Dans l'ombre où tintent clair leurs sonnailles de mules Les horloges s'en vont, de leur pas somnambule, Battre au cœur du mystère émouvant qui va naître.
Aux nefs du firmament les astres se recueillent. Majestueux, tu meurs ! Et l'univers entend, Cependant que le soir tombe de feuille en feuille, Respirer tes poumons avides de Titan.