mar? 190i
...Suis-je arrivé à quelque chose de définitif ? Je le crois. La Lumière yntale étiiit purement parnassienne: pas d'âme ou peu ; de la bucolique, de la description, tout cela un peu vide et jamais nourri de la réconfortante idée.
Ici, quel changement ! Si Apparition et les sonnets écrits à Dûmes se ressentent encore de cette ancienne manière, combien celle de V Adieu, de Ma
Souffrance et du Tombeau du Poète ne lui est-ellê pas supérieure. Lis et relis Le Tombeau du Poète. Prends-le vers par vers, exprinries-en la moelle. C'est nourri et substantiel et quelle forme ! Je lus tellement ébloui de sa perfection que je lai placé aussitôt en tète du livre, certain qu'il ne pouvait pour quiconque passer inaperçu. 11 y a là autre chose que l'impression ordinaire et des images ; il y a toute ma révolte d'orgueilleux et d'artiste, toute mon amertume de sacrifié (avec cette allusion discrète à Orphée déchiré par les Bacchantes). C'est le sonnet \engeur des destinées d'un Vigny, d'un Baudelaire, dun Villiers, d'un Mallarmé, d'un Deubel.
Il reprit le chemin blasphémé «lu soleil !
Je le reprendrai un jour après tant d'autres pour découvrir ma patrie qui n'est pas de ce monde. Mais on n'était pas habitué de ma part à tant de noblesse, à tant de discrétion, à tant de fierté dans la douleur.
C'est l'émotion de pensée après l'émotion sentimentale (Chant des Pioutes et des Déroutes) et l'émotion verbale (Luniicre yataîe). Et c'est la plus haute et la moins accessible. Tant pis ! Mais je sais bien que ces quatorze vers suffiront à sauver mon nom de l'oubli !...
Huit jours après, il nous écrivait encore :
22 mars 1906... 27 ans !
...Quels sujets ai-je choisis ? Les sujets éternels : caresse, souvenir, musique, tombeau du poète en général, étreinte. Je n'ai pas cherché de thèmes nouveaux, je n'en cherche pas. J'ai repris les thèmes éternels. L'idée du Souvenir est à peu de chose près celle de Ronsard dans le sonnet célèbre :
(( Quand vous serez bien vieille »
Et après ! qu'on rapproche les textes. On verra qu'il faut être aussi véritablement poète que je le suis pour avoir trouvé des variations absolument différentes.
Il y a tout au plus trois ou quatre idées en poésies : l'amour, la mort, le souvenir, la nature, l'orgueil. Quand on les a toutes, on est un grand poète et on doit, sous peine de ne pas l'être du tout, avoir su trouver des paroles nouvelles sur ces antiques guitares.
A rencontre des autres jeunes, la partie anecdotique est toujours sacrifiée dans mes livres. C'est le grand art, la grande tradition. Pas de détails sur ma maîtresse, ma vie quotidienne, etc.. Je suis un poète de l'orgueil, un de ceux qui ne se livrent qu'à demi, de la lignée des grands (dont Musset). On me rendra cette justice un jour. Aujourd'hui, on ne me connaît
pas. Et puis je ne fais que des plaquettes et l'on ne peut guère juger d'un écrivain que sur un ensemble...
Il semble bien maintenant, encore qu'il soit un peu tard, que le jour est venu de lui rendre enfin cette justice dont il parlait et d'accorder à ce héros du verbe l'éclatante réparation à laquelle il a droit.
Que certains faiseurs officiels de gloires éphémères et frelatées n'aient point compris, lorsqu'on leur a fait sentir leur ignorance et leur bassesse, qu'ils n'avaient qu'à courber la tête et à accepter en silence l'insulte cinglante dont les souffletait la mort de ce juste, c'est ce à quoi nous ne pouvons rien ! Au demeurant, on ne s'insurge pas contre les Destins et il fallait peutctre, à cette vie de noblesse et de misère, pour qu'elle fût mieux comprise, le couronnement suprême de cette mort stoïque, sans gloire et sans phrase.
Mais pour nous (fiii n'avons pas \oiilii ({ue, le jour 011 « abdiqua le roi, le petit roi de Chimérie », il n'eût, pour éblouir sa tombe, que le souvenir en fleur des jardins de Mai, il restait à accomplir encore un devoir de piété amicale et litténi ire. Celui d'éclairer de quelques notes, si courtes
fussent-elles, cette vie douloureuse et étrange ainsi que les paj.TS qu'on va lire.
Que l'ami qui fut le conseiller et le maître écouté de notre formation artistique nous pardonne si nous avons un peu, pour sa gloire, violé le mystère dont sa délicatesse et sa timidité aimaient à s'entourer. Nous serons trop heureux si l'émotion et la douleur éprouvées en revivant ces heures amères et douces à la fois, émeuvent à leur tour les amoureux du verbe et les fervents de la beauté qui se pencheront, au long des années à venir, pour s'abreuver à la source vive de la poésie de Léon Dcubel.
Louis Pergaud.
Juillet-Août iqiS.
POÉSIES
DEDICACE
Vous dont Vamour est cher au cœur comme un beau site
Ne cherchez pas, chère âme, en écoutant ces vers
Près du feu qui sourit de son sourire clair
Si la Vie a blessé la voix qui les récite.
Mais que de beaux départs au loin vous sollicitent.