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A LA FOULE

Comme un débord fangeux qui s'étale et qui monte, 0 Foule ! à marée haute, envahis tes faubourgs ; Pour toi, le crime a peint sa fresque au ciel du jour, Et la feuille qu'on hurle en attife le conte.

Innombrable troupeau, — pour l'abat ou la tonte, Sous les porches sanglants de ces temps sans amour Chassé par d'invincibles dieux — , conduis autour Du feu de jais du stupre une danse sans honte I

Nous, que jamais ton geste vain n'a subjugué, Nous allons, cependant, franchir le temps, à gué, Dévêtu de ton rêve aux trop communes laines,

Pour vendanger la vigne acquise au ciel d'été. D'où, sur le sol fécond des rives transmondaines, Doit jaillir le vin clair de notre éternité.

LNTOCATION

Toi qui, d'un pied sérénissime, Passes sur les fronts assemblés Sans que ton poids courbe la cime Grêle et flexible de leurs blés,

Poésie !

Accorde-moi de vivre enfin Dans l'espoir de mourir ta proie Et d'aimer ma souffrance afin Qu'elle devienne un jour ma joie.

Amazone aux yeux de condor, A la tunique polychrome, Qui, d'un beau glaive azur et or Taillas à mon cœur un royaume, Poésie !

Au fond des nuits que le désir De sa pluie ardente incendie, Fais cruellement retentir L'appel aux amies du génie.

Main tendue à ceux qui s'élancent Hors de l'in-pace de la chair, Pour s'évader dans le silence Assourdissant des univers,

Poésie !

Par tes perrons de pentélique Dont la cascade au bord du ciel Verse la blancheur dun portique, Ravis-moi dans l'orbe éternel.

Chœur des matins mélodieux Par les rousses saisons latines.

Conduits autour des flancs herbeux Du vase illustre des collines,

Poésie !

Que mes heures, pures de forme, Rêvent dans l'herbe des sentiers, Telles les pêches qui s'endorment Joue à joue, au fond des fruitiers.

Lac qui reflètes en beauté L'àme, aux lignes d'un pur visage, Amour ! grand cri répercuté Sous la voûte obscure des âges,

Poésie 1 Elève dans le crépuscule Que traversent les Fiancés L'encensoir de mes vers où brûle L'aromate de mes pensers.

Déesse qu'au temple ont servie Les mots par quoi nous te disons, Toi qui couronneras ma vie Dans ta morgue ou ton panthéon,

Poésie ! Que mon corps à Iheure incertaine Qui doit le confondre à la poudre, Tombe avec le fracas d'un chêne Dont l'orgueil soutira la foudre.

Horizon forgeur des métaux D'une durable architecture, Fresque de flamme au vol de faulx Moissonnant la clarté future, Poésie I

Trempe l'acier de nos vouloirs Erigés ainsi que celui D'une épée opposée aux noires Magnificences de la nuit.

Harangues, cris et soliloques

Au soleil terne des faubourgs

Où les voix claquent comme des loques

Qu'emporte le son des tambours,

Poésie !

Fais éclater sous la carène Des cités, tueuses de fronts, Le tonnant grisou de la haine Qui dort en moi comme un charbon.

0 Joie unique et sans répit, 0 miroir de toutes les fêtes.

Chant salué roi de nos cris, Quand je me lèverai, poète !

Poésie !

Puisque tu n'es pas un vain nom, Que ma main dépose la plume, Alors, sur la page en renom Comme un marteau sur une enclume.

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