‹ RégnerChapitre 72 sur 109 · LE SILENCE ORGUEILLEUX · texte numérisé non relu

LE SILENCE ORGUEILLEUX

0 nuit ! tu es pour moi le signal d'une fête intérieure.

Bacdelaibb {Poemea en prose .

Le silence orgueilleux jouit de son ampleur Et s'écoute songer, posé sur la nuit noire Comme un aigle farouche, anxieux de la gloire De son néant d'appels et sa beauté d'horreur.

PAGES ANTHOLOGIQUES

C'est le moment d'effroi où des fleurs vont mourir "'•us les gestes en or des étoiles hautaines, Lt où le désespoir infini des fontaines, Extasié de lune omet de s'assouvir.

C est Iheure où l'on bénit la lampe qui vainc Tombre, Où l'on s'étonne encor d'être encore étonné Comme un enfant devant la vie, aïeule sombre, Qui nous redit toujours son conte suranné :

I/invariable, celui des douleurs et des peines, Que d'autres ont subi, les yeux hagards et fous, Et que nous écoutons avec l'attente blême Qu'il se fera plus bleu parce qu'il est pour nous.

C'est l'heure où le remords qu'affole le silence De la tombe hâtive où l'enfouit l'orgueil, Dans la paix monotone et morne apporte au seuil De soi la volupté longue des lancinances.

Et l'Espoir, comme un chaume brillant dans le soir,

Grise d'avenir net l'âme étrange et profonde

Qui oublie parmi son moelleux nonchaloir

La vieille horloge à poids balbutiant des secondes.

DOUCEUR DETRE POETE.

Douceur d'être poète et de pleurer parfois

Quand d'autres sont repus d'un « moi » béatifique.

Douceur d'être poète et de pleurer parfois.

Orgueil ! Le livre est clos et le rêve est fixé

Comme un papillon rare et palpitant aux pages ;

Orgueil ! le livre est clos et le rêve est fixé.

Tristesse ! il est parti et des doigts l'ont frôlé, Auxquels il est resté la poussière des ailes. Tristesse ! il est parti et des doigts Tont frôlé.

J'ai voulu le brandir pour éblouir des yeux, Comme le voilà terne et ton orgueil puni ! J'ai voulu le brandir pour éblouir des yeux.

Ah î désormais, fais-lui la sépulture digne, Et ne l'exprime pas hors des toutes clartés ; Ah ! désormais, fais-lui la sépulture digne.

Douceur d'être poète et de ne point chanter...

Saint-Pol. Avril-Aoûi 1899.

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