‹ RégnerChapitre 76 sur 109 · FERME TES YEUX · texte numérisé non relu

FERME TES YEUX

(( Ferme tes yeux sur la grand Mlle, Le vent s'est couché sur la porte Comme un grand lévrier tranquille.

(( Ferme tes yeux, mon âme est forte Et ne craint pas les pas errants Des spectres ni des feuilles mortes.

(( Ferme tes yeux, le monde ment Autour de ces joies coutumières Que nous savons obscurément.

(( Ferme tes yeux, l'heure est plénière, Un crapaud tinte l'angélus Aux horizons de son ornière.

(( Tu sais bien que l'astre n'est plus Au ciel de route des rois mages, Puisqu'ils ont rencontré Jésus.

(( Le Jésus des tendres images Illustrant les missels d'ivoire, Où il subsiste entre les pages

(( Un peu du bon parfum de croire, Comme le parfum des lavandes Persiste aux linges des armoires.

(( Dors les beaux songes de la lande Fixés aux parois de ton être Comme des maïs d'or qui pendent ;

(( Ces beaux songes qui te pénètrent Du parfum de ta pure enfance Rêveuse du ciel bleu des prêtres.

a Et tu seras celle qui pense Avoir recouvré dans les fleurs Germantes aux mains du silence

(( Les ors perdus de tes bonheurs. »

PAGES ANTHOLOGIQLES IC)0

AINSI SEPANDAIT

Ainsi s'épaiidait la grande âme

De mes désirs prêts à savoir

Les instant de ta chair, ô Femme î

Aux treilles de la Vie, le soir Foulait les grappes triomphales Lourdes du vin du jeune espoir.

,La lune errait dans le ciel pâle, Et j'étais là sans ironie Dans ma ferveur sentimentale.

J'écoutais décroître la Vie, Le cri des métaux tourmentés A l'horizon des tâches infinies.

Et pénétré de ta beauté,

0 Nature ! qui crées des mondes,

J'étais un monde en volupté !

Seul, dans la ténèbre profonde Qui descendait en flocons mous, Mon être fluait comme une onde.

Et je sentais par élans doux S'éveiller la clarté des anges Tandis que Dieu nous mettait sous

Le geste ailé de ses phalanges.

L'HEURE FROLEUSE.

L'heure frôleuse trébuche

Aux pentes de l'éternité,

Et la lune aime ces embûches.

Les grands arbres ont écarté Leurs formes savamment humaines Derrière un pan de sa clarté.

Un souffle berce la lointaine

Sérénité de son baiser

Aux escarpolettes d'un frêne.

PAGES ANTHOLOOIQUES I97

La ville a tu le cœur blessé

De son grand corps inharmonique

Dans le cœur des soirs apaisés.

Et la lune tend l'ironique

Puérilité de sa face

Avec d'insidieuses mimiques

Au rêveur humble qu'elle agace Et qui ne veut pas accepter L'impitoyable dédicace

De ses sourires édentés.

Page 1