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LE POEME DU VENT

Sous la chanson matutinale d'un bouvreuil, Je naquis d'un frisson de feuille balancée ; L'aube poignait au ciel en douces élancées Quand je cambrai mes reins éprouvés d'écureuil.

Sitôt que j'eus franchi, dans un bond d'Ariel, Le mystère natal de mon berceau de branches Et qu'à mes yeux parut la plaine toute blanche Et rousse de clarté comme un gâteau de miel,

Sur mon domaine d'or semé de toits humains Un vaste orgueil ouvrit mes ailes toutes grandes, Et fier de dominer l'hostile paix des landes, Je suivis l'immobile avenir des chemins.

Mon haleine poussa l'aile des papillons

Comme une voile errante autour des fleurs vermeilles;

Les corselets ambrés des premières abeilles

Se teignirent du sang nouveau des vermillons.

Sur les prés qui m'offraient leurs tuniques ouvertes,

Je m'attardai, grisé d un caprice frôleur,

Et lorsqu'au ras du sol, je visitai les fleurs,

Sous moi, l'herbe courba ses souples daguei vertes.

Aux gorges des vallons je gravis les villages ; Des ondes d'air brûlant vibraient sur les fumiers. Là, souffle qu'attendaient les êtres dans l'orage, Je rafraîchis les fronts sous un baiser d'acier.

Puis je collai ma lèvre aux épaules de pierre Des vieux murs entourant les jardins en sommeil, Je ranimai la chair ocreuse de la terre Où coulait, en fusion, le métal du soleil.

Alors, on me nomnic»it zéphir : mes jeux charmants Mêlaient dans les tilleuls leur caprice, et mes ailes Faisaient trembler le soir sur le front des amants Les lucioles d'or des lampes fraternelles.

J'étais tout musical du murmure des plaines, Je berçais les oiseaux sur un rythme léger Et j'entendais passer dans l'ombre des vergers Les rayons de la lune ainsi que des phalènes.

PAGES ANTHOLOGIQUES

Mais un jour où la triple cadence des faunes N'avait pas retenti sous le couvert des bois Que la chasse emplissait du concert de ses voix, Sous sa couronne d or pâli revint l'Autonine.

Les hallalis lointains inclinaient leurs clameurs ; Des oiseaux allongeaient leurs triangles au ciel Et, des chênes brûlés, d'invisibles semeurs Jetaient dans les fossés la feuille comme un scel.

Un soleil froid tombait sur les roux pâturages Comme une fleur fanée dont on rompit la tige. Je m'élançai, mordu par les dents du Vertige, Pour flétrir un à un les plus doux paysages.

Comme un errant, j'interrogeai le cœur des portes Je défiai l'appel muet des précipices, Et, dans les chemins creux, aux ornières propices. Je menai jusqu'au soir le bal des feuilles mortes.

Derrière moi, l'angoisse eut son rire dément ; Des voix firent trembler les enfants près de l'àtre. On entendit gémir sur les hauts toits bleuâtres La girouette étreinte aux bras du Mouvement.

Puis, l'Hiver descendit sur les blanches contrées Où paissait l'innombrable troupeau de la neige ; Le ciel, au loin, mena ses nomades nuées A qui des vols puissants et lourds faisaient cortège.

Sur ta \*itre, ce soir, les mains gourdes du gel Ont dessiné des fleurs de la terre inconnues, Pour ton cœur qu'un désir solitaire exténue, 0 Tristan, sans Yseult, qui bâtit Tintagel !

Et mes tambours vont battre au ras de ta fenêtre, Car je suis la Tempête aux forces triomphales ; N'entends-tu pas hennir, dans l'étrange ténèbre, Les chevaux de la Peur mêlés à mes cavales ?

Des promontoires blancs où la lune qui luit Semble une hostie dressée sur de neigeuses toiles. Je pars, zébrant du fouet la gorge des étoiles , Noir cavalier ailé qui ravage la nuit.

PAGES A>TnOLOr,lQLES

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