MORS
Troupeau passif et lent que le destin décime, Mes jours dans la clarté se traînaient languissants La vie en moi baissait comme un soleil sanglant Qui tombe, avec le soir, sur l'épaule des cimes.
Des heures, j'avais vu, par la fenêtre ouverte, Battre, parmi l'azur plus bleu, l'aile plus blonde Du fantastique oiseau de la Fièvre errabonde Et trembler la splendeur de l'Eté, rose et verte.
Depuis, une vigueur vint rafraîchir mon front, Surnaturelle et de la mort avant-courière. Librement, je laissai mes sens dans la clairière Forcer la fuite d'or des jours à l'horizon.
D'un cri, je saluai les noires hirondelles, L'angelus qui gravit son escalier d'azur, Et, farouche, la Joie humaine, au regard pur, Qui passait en chantant, ivre, sous les tonnelles.
J'omris les yeux sur la clameur de la lumière : Le parfum des lilas passait, sentimental, Et fluctuait au loin d'un rythme machinal, Selon la courbe de la brise aventurière.
Je reconnus la vie à l'odeur de ses roses. La mort pourtant venait à moi, en flux puissants, M 'apporter, en suivant le fleuve de mon sang, Le lotus éternel de la Métamorphose.
Je l'attendais, les yeux fixés, comme aux écoutes Sur l'image du monde ébloui de soleil, Qui déployait devant mon beau désir vermeil, A l'infini, le long phylactère des routes.
Les routes ! Elles offraient, servantes du mystère, La gourde de l'éther et le manteau des cieux Au pèlerin qui part, gardant sous sa paupière Le paysage d'or qui mourut dans ses yeux.
Là-bas, elles allaient, sous les voiles de veuves Dont les hauts peupliers bruissants les ont couvertes. En regardant passer, dans leurs armures vertes, Silencieusement, leurs ancêtres les Fleuves.
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Ah ! fuir ! Les suivre enfin, hors de ce monde étrange;
Fouler les paradis sous larche des clartés
Et faire flamboyer devant l'éternité
Son orgueil suscité comme un mauvais archange !
Partir ! Boire un instant à l'urne où se décante Tout le vin des soleils que vendangent les dieux ! Boire au sein d'une étoile, à la plaie éclatante Ouverte au flanc du ciel par léclair or et bleu.
Surgir dans le Mirage où trône la Chimère Aux pieds de qui fleurit la douce Illusion, Et sur elle penché, respirer son poison Pour écarter de soi toute splendeur amère.
Vaincre l'ombre qui croît et ferme les espaces Par où s'évade enfin mon être libre et fort Qui rêve dans la nuit assoupie aux terrasses D'atterrir au refuge étoile du bon port.
Rêveur fou qu'agita le ciel de la grand 'ville.
Je titubai, grisé, dans un ravin d "étoile.
Les âmes, devant moi, glissaient comme des voiles.
Les longs chemins montaient en cohorte immobile.
Eveillé, j'eus la joie confuse du vertige. Des sœurs de charité, glissant leur pas serein, Inclinaient vers mon front leurs cornettes de lin Et je tombai, muet, des sommets du prestige.
J'avais vu se lever dans l'instant éphémère La mort que je berçais au nid de mon cerveau : Les yeux d'Argus de lumbre ocellaient son manteau, Son geste avait le don d espoir de ceux des mères.
Mais un rayon, au mur trop blanc de l'hôpital, Indiquait l'aube à ma stupeur désenchantée. Une douceur neigeait dans mon âme hantée Et le songe ferma ses transepts de métal.
DEDICACE
Puisque je t'ai laissée aux sanglots de l'automne. Puisque tu vis dans l'ombre où la douleur pardonne, Laisse chanter pour toi ces vers qui te ressemblent.
En eux tu trouveras, plus grave sous ses voiles, To voix qui m'appela comme un rayon d'étoile, Et les parfums subtils de ta présence y tremblent.
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Aime-les : la douceur de ton regard les frôle, Ton âme, qui s'y penche, a la grâce des saules : Nymphe de l'eau qui dort en leurs profonds miroirs.
Ta chevelure en eux s'écoule comme un fleuve. Et, de tes chères mains qu'ont jointes les épreuves, J'ai voulu les fleurir comme des reposoirs.
Le Passé leur donna l'argenture des trembles. Laisse chanter pour toi ces vers qui te ressemblent, Où mon cœur adora sa lointaine madone.
Lis-les en revivant les heures d'Autrefois, Et qu'une larme encor vienne altérer ta voix, Puisque tu vis dans l'ombre où la douleur pardonne.
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