‹ Régression et régénération des excroissances nuptiales de Bombina variegata (L.)Chapitre 1 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En étudiant, en 1932, les excroissances nuptiales de Bombinator pachypus , A. Moszkowska fit une série de constatations d’un grand intérêt. En premier lieu, elle observa que, du simple fait de la captivité, les excroissances régressent en quelques jours. Déjà, au bout de trois jours, la pigmentation des crochets cornés est très affaiblie; au bout de dix jours, les brosses copulatrices n’ont plus qu’une teinte brun clair. Les crochets diminuent de hauteur, deviennent plus rares et finalement sont à peine visibles comme de petites saillies incolores et clairsemées.

Cette régression se produit chez des animaux sains, bien nourris, quelle que soit la température et même si ces Batraciens sont conservés dans de grands bassins en plein air. L’auteur a pensé qu’au moins au début, la diminution des excroissances résultait peutêtre d’une plus grande fréquence des mues chez les animaux captifs. Toutefois, la régression à l’échelle histologique ne peut être mise sur le compte d’une simple desquamation de la couche cornée superficielle. Moszkowska n’a pas réussi à découvrir quel facteur, parmi les conditions réalisées par la « captivité », était responsable de cette régression d’un caractère sexuel secondaire morphologique,

1 Travail exécuté et publié grâce à une subvention de la « Donation Georges et Antoine Glaraz, instituta et curata Johannis Schiriz professons auspiciis ».

Rev. Suisse de Zool., T. 62, 1955. 34

E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY

alors que le rut, la possibilité d’accouplement et le cri du mâle ne sont pas modifiés.

On conçoit que, dans ces conditions, les effets de la castration soient difficiles à établir en ce qui concerne les brosses copulatrices : la régression des castrats est semblable à celle des normaux maintenus comme eux en captivité: tout au plus, la disparition des crochets cornés est-elle plus complète. Les greffes de testicules sur castrats furent tout aussi décevantes. Les greffons subissent une longue phase de dégénérescence; même quand ils sont bien repris et développés, ils ne font pas réapparaître les excroissances. Comment auraient-ils pu produire cette récupération, alors que les testicules en pleine activité des individus normaux n’empêchent nullement la régression des excroissances ? On peut, semble-t-il, retenir de ces observations que le facteur en jeu ne paraît pas être lié exclusivement à un fléchissement de l’activité testiculaire.

Un deuxième groupe d’observations effectuées par Moszkowska concerne l’influence remarquable des implantations d’hypophyses. En introduisant, tous les deux à trois jours, des hypophyses de Bombinator , de Rana , de Bufo , de Triton , dans le cul-de-sac lymphatique dorsal, l’auteur a obtenu une réapparition rapide des excroissances, avec élévation et noircissement des crochets cornés: déjà, après trois implantations, la pigmentation des crochets est intense; ils sont nombreux, serrés les uns contre les autres, plus élevés parfois que dans un mâle en rut pris dans la nature. L’élévation de la couche épithéliale, le développement des glandes complètent le tableau de cette récupération des excroissances. Les hypophyses implantées sont l’objet d’une simple résorption; c’est donc par l’effet des hormones ainsi libérées que le traitement hypophysaire intervient. Il est curieux que Moszkowska n’ait pas eu de résultat en utilisant des extraits hydroalcalins d’hypophyses de bœuf.

Le résultat le plus remarquable fut obtenu lorsque, sur le conseil du professeur E. Gu yénot, Moszkowska appliqua le traitement par les implantations d’hypophyses à des Bombinator mâles castrés. Même chez des castrats anciens, opérés depuis quatorze mois, le traitement fait réapparaître les excroissances. Dès que l’on cesse les implantations, la régression se produit à nouveau. Le fait établit indiscutablement que ce n’est pas une insuffisance de la sécrétion hormonale testiculaire qui est le facteur principal de la régression des excroissances.

EXCROISSANCES NUPTIALES CHEZ BOMBINA VARIEGATA L.

Cependant, la régénération des excroissances chez les castrats est toujours moins complète que chez les mâles entiers, d’autant plus difficile à obtenir que la castration est plus ancienne. Ceci montre que le testicule intervient certainement, en sensibilisant le territoire des brosses copulatrices, mais que le maintien de ces dernières dépend d’autres facteurs hormonaux.

On est ainsi conduit à envisager un déterminisme endocrinien complexe. C’est la conclusion qui résulte aussi des expériences de castration effectuées chez d’autres Batraciens. Dans le cas du Crapaud, par exemple, où les excroissances sont présentes d’octobre à juin de l’année suivante, la castration pratiquée pendant cette période en janvier, en mars, en mai, n’entraîne pas la disparition immédiate des excroissances (Ponse, 1924). Celles-ci ne régressent entièrement, comme chez les normaux, qu’au mois de juillet 1 . La différence entre les castrats et les mâles entiers se trouve dans le fait qu’elles ne réapparaissent pas en septembre chez les castrats, leur évolution cyclique étant définitivement interrompue. Un point intéressant est que ces excroissances persistent plus ou moins atténuées pendant des mois, malgré l’absence des testicules. On peut en conclure qu’ici également les testicules interviennent en sensibilisant le territoire des pelottes copulatrices au début du cycle génital, mais que leur maintien est lié à l’intervention d’autres facteurs hormonaux. Quels sont ces facteurs ?

Le cas du Bombinator est spécialement favorable à une telle étude puisque les excroissances régressent du simple fait de la captivité et peuvent être restaurées par des implantations d’hypophyses. Il semble donc que la régression soit liée à une insuffisance hypophysaire. Cette insuffisance est-elle d’ordre général ou portet-elle sur telle ou telle hormone sécrétée par la glande ? L’intervention de l’hormone gonadotrope paraît peu probable puisque le résultat positif est obtenu même chez les castrats. Faut-il alors incriminer une insuffisance d’hormone somatotrope qui pourrait agir directement sur l’aptitude à la croissance des territoires récepteurs ? Ou a un défaut d’hormone thyréotrope ? Ou enfin à

1 Très noires et bien développées pendant la période de reproduction (mars-avril), les excroissances du Crapaud régressent, plus ou moins vite suivant les individus, au cours du printemps et au début de l’été. Elles deviennent brunes et même blanches. Les mues successives jouent certainement un rôle dans cette décoloration. Les excroissances apparaissent à nouveau à la fin de juillet et ont tout leur développement en octobre.

E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY

une insuffisance d’hormone corticotrope (ACTH)? Cette dernière hypothèse paraît le plus probable depuis que l’on connaît les propriétés andromimétiques du cortex surrénalien. On peut aussi penser que la poussée des excroissances pourrait résulter d’un déterminisme complexe dans lequel plusieurs hormones agiraient de façon synergique.

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