Chapitre Premier
Les Bombina variegata (= Bombinator pachypus) sur lesquels ont été effectuées ces recherches, proviennent des environs de Genève et du Jura. L’espèce, autrefois très répandue dans le canton de Genève, a presque disparu par suite des travaux de drainage et d’endiguement qui ont supprimé la quasi-totalité des pièces d’eau et transformé les petites rivières en canaux cimentés. Bien des essais envisagés auraient pu être effectués ou être plus étendus si ces tentatives n’avaient pas été constamment gênées par la rareté des animaux.
Excroissances nuptiales. — Elles ont été bien décrites et étudiées histologiquement par Moszkowska. Elles occupent, à la face antérieure des avant-bras, une zone grossièrement ovalaire, subdivisée en deux ou trois écussons; elles sont particulièrement développées sur le tubercule métacarpien situé à la base du pouce; on les retrouve à la face interne des deux premiers doigts. Un autre caractère sexuel sur lequel notre attention n’a été attirée que tardivement est constitué par de grands crochets cornés et noirs dispersés sur toute la surface dorsale de la peau. En réalité, ces crochets existent dans les deux sexes, mais sont beaucoup plus développés chez les mâles. En passant le doigt sur la peau du dos de femelles, celle-ci donne l’impression d’être complètement lisse. Chez les mâles, on perçoit, au contraire, les rugosités que forment ces crochets cornés. Dans les quelques femelles masculinisées (fig. 17) que nous avons obtenues, ce caractère était très apparent: la peau, au toucher, paraissait fortement rugueuse.
Cycle. — Les excroissances de l’avant-bras sont constituées par une série de petits crochets cornés, brun foncé à noirs, qui chez
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les mâles récoltés dans la nature, pendant la saison des amours (mai à juillet), sont très denses, serrés les uns contre les autres. D’après Moszkowska, le cycle de ces excroissances serait le suivant. On trouve déjà, à la fin d’avril, des mâles pourvus d’excroissances fortement colorées en noir. Elles persistent dans cet état pendant tout l’été. En septembre-octobre commence leur régression: elles deviennent brunes, brun pâle. Nous pouvons confirmer toutes ces
Fig. 1.
Mue d’une partie des excroissances de l’avant-bras réapparues après traitement par l’extrait de lobe antérieur d’hypophyse.
observations. Par contre, nous ne savons pas exactement à quelle époque leur régression est la plus complète. Sans doute, à la fin d’octobre, mais, à cette époque, les Bombina sont sortis de l’eau et deviennent introuvables. Il est tout aussi difficile de dire à quelle époque le nouveau cycle recommence. Les observations d’animaux conservés au laboratoire n’apprennent rien, puisque les excroissances sont constamment régressées en captivité.
Dans la nature, à côté de mâles à excroissances très noires, on en rencontre dont ces parties sont simplement brun sombre. C'est l’apparence qu’elles prennent lorsque des mâles récemment capturés subissent une mue. La couche cornée desquamée emporte les sommets fortement pigmentés des crochets. Ces mues, montées dans le baume (fig. 1), offrent une excellente image de la distribution de ces crochets. Les coupes, pratiquées dans la région des excroissances, montrent souvent la couche superficielle pigmentée
E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY
prête à se détacher (fig. 3 et 9). Il faut admettre que, dans la nature, aussitôt après une mue, les crochets se pigmentent à nouveau et redeviennent noirs. Dans les conditions d’élevage en captivité, cette nouvelle pigmentation n’a pas lieu ou reste très incomplète. Il est
Fig. 2.
Coupe à travers les excroissances d’un mâle témoin, capturé le 3/8 et fixé
aussitôt.
Fig. 3.
Coupe à travers les excroissances (l’un mâle témoin, capturé le 10 septembre. On note déjà une légère régression.
donc certain que les mues successives, si elles sont plus fréquentes au laboratoire, sont un des facteurs de la diminution de coloration des excroissances.
Toutefois, la régression comprend des transformations histologiques que les mues ne sufïisent pas à expliquer. Dans la région des
EXCROISSANCES NUPTIALES CHEZ BOMBINA VARIEGATA L. 513
Fig. 4.
Coupe à travers les excroissances d’un castrat, un mois après la castration.
Fig. 5.
Coupe à travers les excroissances d’un mâle après quelques jours de captivité: épithélium moins élevé; crochets aplatis.
Fig. 6.
Coupe à travers les excroissances d’un mâle, après 17 jours de captivité: régression forte malgré l’exposition aux rayons infra-rouges puis à la lumière
blanche.
Coupe à travers les excroissances d’un mâle après un mois de captivité: régression très accentuée.
E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY
excroissances, l’épiderme est très élevé, formé de 10 à 12 strates superposées (fig. 2 et 3), atteignant 75, 100, même 125 pi d’épaisseur. En dehors des excroissances, l’épiderme est mince, lisse, comprenant seulement 4 à 5 couches de cellules, ne dépassant pas 60 p, d’épaisseur.
L’épiderme des excroissances, bien décrit par Moszkowska, forme de plus des saillies, véritables papilles constituées par un axe dermique très mince (voir fig. 3, à droite) et par un soulèvement des couches épidermiques. Chaque papille est coiffée par une saillie cornée d’un beau noir dont la forme et la hauteur varient. Cette coiffe peut être simplement arquée, en forme de cône aplati ou constituer des élévations pointues très saillantes (fig. 2). Enfin, dans la couche sous-cutanée, sont des glandes plus développées, glandes acineuses muqueuses et glandes à venin holocrines.
Après la castration , la régression est à peu près complète: l’épiderme est mince, conservant encore la trace de l’organisation des papilles; on ne voit que de rares crochets très peu saillants dont la couche superficielle est incolore; les glandes sous-épidermiques sont aplasiées (fig. 4).
Lors de la régression , chez les animaux entiers en captivité, les images sont plus variables. La diminution des couches épidermiques est moins marquée; les papilles existent encore bien que clairsemées; elles sont coiffées d’une couche superficielle cornée peu saillante et faiblement colorée (fig. 5, 6 et 7). L’aspect varie avec le temps écoulé depuis la capture.