‹ Régression et régénération des excroissances nuptiales de Bombina variegata (L.)Chapitre 4 sur 13 · C. Extrait d'hypophyses postérieures · texte numérisé non relu

C. Extrait d'hypophyses postérieures

Les lobes postérieurs d’hypophyses de bœuf sont épuisés pendant plusieurs jours dans l’acétone fréquemment renouvelée. Les glandes sont séchées, broyées, traitées par l’alcool à 80° et par l’éther. La poudre obtenue est redissoute dans l’eau physiologique (1 cent. c. = 0,20 gr. d’hypophyse fraîche).

Cet extrait s’est montré encore plus actif que celui de lobes antérieurs, mais s’est révélé très toxique pour les Bombina.

Quatre mâles entiers, dont les excroissances sont très fortement régressées après un mois de captivité, reçoivent, le 30 juin, chacun 0,2 cc. en injection intrapéritonéale. Ils deviennent entièrement noirs (action de l’intermédine). Dès le 1 er juillet, leurs excroissances sont devenues bien visibles, de teinte brun clair. Une deuxième injection de 0,2 cc., faite le 3 juillet, rend les excroissances encore plus nettes, brun foncé. On fait, le 5 juillet, une troisième injection de 0,5 cc. mais les animaux meurent deux jours plus tard.

La dose efficace (0,4 cc. = 0,076 gr. de glande fraîche) a suffi pour faire réapparaître les excroissances et les rendre très nettes et fortement colorées en deux à trois jours. Les coupes (fig. 13 et 14) montrent une forte croissance des papilles qui font une saillie accentuée, l’élévation des couches épidermiques et le noircissement des crochets cornés qui les coiffent.

Tandis que ces essais ont été faits en plein milieu de l’été, alors que les animaux trouvés dans la nature ont des excroissances très développées et noires, une deuxième série a été réalisée aux mois de septembre-octobre, époque où les excroissances sont normalement réduites. Nous avons utilisé un extrait de lobes postérieurs d’hypophyses de bœuf préparé comme le précédent et dont 1 cc. correspond également à 0,20 gr. de glandes fraîches.

Deux mâles entiers dont les excroissances, examinées à la loupe, ne montrent que quelques crochets clairsemés et pâles, reçoivent,

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les 23 et 24 septembre, deux injections de 0,3 cc. La toxicité est telle que les deux animaux meurent le 25 septembre.

On recommence, en traitant un mâle entier et un mâle castré, auxquels on fait, du 26 septembre au 7 octobre, 5 injections de 0,2 cc. On voit apparaître, chez le mâle entier, des crochets nombreux d’un beau noir. Chez le castrat, la réaction est positive, mais moins nette d’autant qu’au moment de la fixation l’animal vient

Fig. 13.

Coupe à travers les excroissances d’un mâle régressé qui a reçu 1,2 cm 3 (0,25 g. de lobe frais) d’hypophyse postérieure en 28 jours.

Fig. 14.

Coupe à travers les excroissances régressées d’un mâle qui a été traité par 0,7 cm 3 d’extrait d’hypophyse postérieure en 8 jours.

de muer. Les coupes montrent, dans la région des excroissances, une élévation de la couche épithéliale et le développement de papilles surmontées de crochets noirs.

En résumé , les deux extraits de lobes antérieurs et de lobes postérieurs d’hypophyse de bœuf ont donné un résultat positif, comparable à celui qui résulte des implantations d'hypophyses de Batraciens. La réponse rapide à l’extrait d’hypophyses postérieures, obtenue avec de très faibles doses, est à première vue surprenante. La question se pose de savoir si ce résultat est dû à des substances propres au lobe postérieur ou si elle ne résulte pas d’une accumulation, dans ce lobe, d’hormones produites au niveau du lobe anté-

E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY

rieur. La similitude d’action des deux extraits paraît en faveur de cette dernière interprétation.

La conclusion de ces essais est que les hypophyses implantées agissent par le déversement dans l’organisme de substances hormonales hypophysaires. Le résultat ne donne par contre aucune indication sur celle des hormones hypophysaires qui intervient dans la rénovation des excroissances.

Comment agit la captivité ?

Les résultats que nous venons de rapporter conduisent à penser que l’action de la «captivité» doit se ramener, comme cause première, à une dépression de l’activité hypophysaire, Quels facteurs externes peuvent la conditionner ?

Pas plus que Moszkowska, nous n’avons pu découvrir par quel mécanisme intervient la captivité. Ce point n’était pas, il est vrai, notre objectif, mais nous avons fait quelques expériences qu’il n’est peut-être pas inutile de relater.

Pensant que la captivité en laboratoire pouvait intervenir par la diminution de l’éclairage et notamment des rayons infra-rouges, nous avons soumis 4 Bombina à des expositions quotidiennes de plusieurs heures à une source de rayons rouges et infra-rouges. La température de l’eau s’élevait, après chaque séance de 3 heures environ, à 32-35°. Le traitement, poursuivi du 30 juin au 13 juillet, ne modifia en aucune manière les excroissances régressées.

Les mêmes animaux ont été soumis, du 13 au 17 juillet, à un éclairage continu, en lumière blanche. Le résultat fut tout aussi négatif (fig. 6). L’action exercée par la cessation des conditions naturelles ne paraît donc se ramener ni à une insuffisance de chaleur, ni à une variation d’éclairage.

La régression pourrait aussi être liée à une insuffisance d’alimentation. Le rôle de ce facteur a été reconnu dans le cas du Triton où la crête dorsale, la ligne argentée des flancs de la queue subissent à la longue une régression du fait de la captivité. Ponse (1924) a insisté, de son côté, sur l’importance d’une bonne alimentation pour le maintien des excroissances digitales du Crapaud. Nos Bombina ont été nourris assez régulièrement avec des vers de farine, mais la régression des excroissances se produit parfois si rapidement que l’on ne peut guère incriminer, semble-t-il, une alimentation déficiente.

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