‹ Régression et régénération des excroissances nuptiales de Bombina variegata (L.)Chapitre 6 sur 13 · ACTION DES GREFFES DE TESTICULES ET DES ANDROGENES · texte numérisé non relu

ACTION DES GREFFES DE TESTICULES ET DES ANDROGENES

L’importance des sécrétions du cortex surrénalien dans la régénération des excroissances régressées en captivité ne permet nullement de considérer comme inexistante l’action de l’hormone mâle d’origine testiculaire. Bien au contraire, nous considérons que cette action est primordiale dans la sensibilisation du territoire des excroissances, au moins au début du cycle génital. Même, pendant la période qui s’étend de mai à octobre, rien ne prouve que le testicule, si son action est affaiblie et non suffisante pour le maintien des excroissances en captivité, ne joue pas cependant un rôle, en collaboration avec le cortex surrénalien. Les excroissances pourraient résulter d’un double déterminisme dans lequel la sécrétion testiculaire est d’abord principale et doit être ensuite soutenue, renforcée par les sécrétions corticales. Le fait que les réactions des castrats sont toujours moins intenses que celles des animaux entiers indique déjà suffisamment que l’action du testicule n’est pas négligeable.

Pour vérifier cette interprétation, nous avons effectué deux séries d’expériences.

EXCROISSANCES NUPTIALES CHEZ BOMBINA VARIEGATA L. 527

A. Tentatives de surmasculinisation

Nous avons pensé que la sensibilité des excroissances aux conditions de la captivité pouvait être due à une diminution de la quantité d’androgènes libérés par le testicule. Nous avons cherché à remédier à une telle situation en implantant dans le péritoine d’animaux mâles entiers des testicules de Bombina.

Un mâle a ainsi reçu les deux testicules d’un autre individu, les glandes étant découpées en plusieurs fragments. Deux autres mâles ont reçu, en huit morceaux, 4 testicules de Bombina . Les animaux ont été conservés du 3 au 24 septembre, sans qu’aucune récupération des excroissances ait pu être notée.

Nous n’espérions pas ainsi obtenir des greffes, avec reprise, de ces testicules surnuméraires. D’abord, la loi de quantité maximum fait que des testicules introduits dans le péritoine n’ont chance de se fixer et de reprendre que si l’animal a été privé, en tout ou partie, de ses propres glandes génitales. D’autre part, les expériences de Moszkowska ont montré que la reprise des greffons, même sur animaux castrés, est précédée d’une longue période de dégénérescence et reste très lente et précaire. La reprise ne se fait bien que si l’on implante en même temps des hypophyses, mais nous ne pouvions utiliser cette technique car, en cas de résultat positif au niveau des excroissances, le rôle respectif des testicules en surnombre et des hypophyses implantées n’aurait pu être précisé.

Notre but était simplement de provoquer la dégénérescence et la résorption des testicules surnuméraires implantés, espérant qu’il en résulterait une élévation suffisante du taux d’androgènes, pour qu’un effet fût visible au niveau des excroissances. Le fait ne s’est pas réalisé. Faut-il en conclure que la quantité d’hormone mâle apportée par ces suppléments testiculaires était restée au-dessous du seuil efficace ?

B. Traitement par la testostérone

1° Propionate de testostérone en micro-cristaux.

Nous avons d’abord utilisé une suspension de microcristaux, généralement employée pour une résorption lente.

L’animal B 91 reçut une première injection sous-cutanée le 23 août et une deuxième le 29 août. La dose introduite était d’envi-

E. GUYÉNOT ET A. YANOVSKY

ron 500 y par injection. Au bout d’une semaine, on nota un début de réaction positive qui persistait encore, en l’absence de tout nouveau traitement, au bout de deux mois, ce qui s’explique par la lenteur et la continuité de la résorption.

2° Solution huileuse de perandren.

Ce produit avait été dilué de façon à ce que 0,1 cc. contînt 10 gr. de substance active.

Un mâle entier (B 120) a reçu, du 7 septembre au 18 octobre, 6 injections sous-cutanées correspondant chacune à 10 y. Il faut ici compter avec les aléas de la résorption dont la vitesse est inconnue. Cinq jours après le début du traitement, on note un début de réaction positive. Celle-ci est encore très nette, le 18 octobre, à la mort de l’animal, 18 jours après la dernière injection.

Un mâle castré, à excroissances très régressées, a reçu une seule injection correspondant à 20 y. Deux jours plus tard, on notait un début de réaction positive.

3° Bains de méthyl-testostérone.

Concurremment aux injections, nous avons utilisé des bains de méthyl-testostérone, espérant que l’hormone pourrait être absorbée par la peau. Des animaux à excroissances régressées furent placés dans des bocaux contenant 100 cc. d’eau de robinet, plus une demilinguette de Perandren Ciba (= 2,5 mil.). Le fragment de linguette ne se dissout pas complètement dans cette quantité d’eau en donnant une solution saturée. En 7 jours au maximum, les Bombina montrent un accroissement et un brunissement des excroissances.

Par exemple, l’animal B 36, capturé le 5 août 1952, qui avait le 26 août des excroissances presque invisibles à l’œil nu (crochets minuscules et très pâles vus à la loupe), est placé le même jour dans un bain de perandren. Le 27 août, une mue se produit. Le 3 septembre, on distingue un brunissement net des excroissances qui présentent de grands crochets pigmentés, visibles à la loupe. Une nouvelle mue (6 septembre) décolore les excroissances, mais déjà deux jours après les crochets redeviennent grands et pigmentés. Une troisième mue (17 septembre) modifie peu les brosses copulatrices qui montrent le 19 septembre de grands crochets noirs. On étudie histologiquement un fragment prélevé avant le traitement et un autre après. Tandis que le 26 août il n’y a que des crochets rares, minus-

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cules et non pigmentés, on observe le 17 septembre des crochets bien noirs, plus saillants que ceux des témoins, bien qu’il y ait eu une mue deux jours avant. Les glandes sont plus grandes et l’épithélium est plus élevé que chez les témoins. Le traitement a donc exercé une action positive certaine.

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