‹ Régulus: tragédie en trois actesChapitre 11 sur 61 · ACTE I , SCENE lY · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE lY

ATTILIE.

On sait que son malheur n^a pu flétrir sa vie.

Qui pourrait oublier tant de faits éclatans ?

Sa sagesse au conseil , sa valeur dans les camps ?

Sa main^ par le travail et la gloire occupée ,

Saisissant tour à tour et la bêche et Fépée ?

Une flotte à sa voix sortant du sein des mers ?

Nos drapeaux conquérans et de Tonde et des airs

Sur les flots étonnés se frayant un passage ,

Et les Carthaginois assiégés dans Carthage ?

Mais c'était peu de vaincre ; espoir des malheureux,

Il prétait à leur plainte un appui généreux ;

Et grand par des bienfaits non moins que par les armes j

Triomphait sans combattre en essuyant des larmes.

Dans nos camps^ dans nos murs, tandis que ses exploits

Partageaient aux Romains For des Carthaginois,

Vers le chaume natal , pour toute récompense ,

Modeste, il rapportait la gloire et l'indigence ;

Et déposant le fer , son bras victorieux

Cultivait l'héritage où dorment nos aïeux !

MANLIUS

Aux dépens de mes jours si j'avais pu vous rendre Le héros digne objet d'un dévoûment si tendre. Fier d'immoler ma vie aux besoins de l'Etat, J'aurais péri; la moi*t n'est rien pour un soldat; Mais la patrie est tout, et je n'ai dû voir qu'elle. Pour tromper, pour fléchir la fortune rebelle , Au fier Carthaginois si j'ai paru céder.

Dans sa marche du moins j'ai suie retarder;

El révitant sans fuir, peut-être ai-je pu croire ' Que Fempêcher de vaincre était une victoire.

Par de sages lenteurs j'ai, domptant les hasards. Sur le roc Tarpéien planté nos étendards.

De là toute une armée à mon ordre docile Menaçait à la fois Carthage et la Sicile.

G)nsul ainsi que moi, Métellus , sur les eaux , Par d'habiles efforts rassemblait nos vaisseaux ; Quelques instans encore, et Rome plus terrible Du sein de ses revers s'élançait invincible.

Mais enfin, s'exprimant avec moins de hauteur, Carthage veut traiter, et son ambassadeur Amilcar, dans nos murs aujourd'hui va paraître* Attilie avant peu me connaîtra peut-être.

ATTILIE.

Si j'en crois vos discours, j'ose donc espérer Que deux ans de malheurs peuvent se réparer; Mais ne me flattez pas d'une vaine promesse.

D'un héros par ma voix retraçant la détresse Le monde à votre appui vient de le confier.

\ Un grand homme appartient à l'imivers entier ! Mais du sein de ces murs où déjà tout s'éveille , Quelle clameur soudaine a frappé mon oreille? Grand Dieu, son t-ce des cris d'allégresse ou d'effroif

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