SCÈNE IV
ATTILIE , M ANLIUS , Licteurs dans le fond,
ATTILIE
Sous ce même portique , Où, âdéle soutien de la cause publique y Mon père, abandonnant .ses rustiques travaux, A repris tant de fois la pourpre et les faisceaux , Laissez fléchir votre âme aux accens de ma plainte • Consul, les demi-dieux qui peuplent cette enceinte, ' Ce Numa, ce Brutus, père et vengeur des lois ; Manlius, dont la main foudroya les Gaulois ; Et ce Camille enfin, qui, proscrit par sa gloire, Parmi ses proscripteurs ramena la victoire ; Tous ces grands citoyens, fils des siècles passés , Régulus un moment les a tous surpassés.
Il succomba Le sort a trahi son courage;
A défaut d'un cercueil, dans les murs de Carthage, Un horrible cachot s'est ouvert sous ses pas. N'en doil-il plus sortir? Lorsqu'au bruit des combats, J'ai vu contre l'Afrique, à nous perdre animée, Rome former un camp et son peuple une armée ; Quand les mille vaisseaux rassemblés dans nos ports Pes mers de la Sicile ont menacé les bords , J'espérai que bientôt Je destin moins contraire Dans ces murs triomphans ramènerait mon père ; Que ses enfans bientôt, consolant ses douleurs, A des maux disparus pourraient donner des pleurs. Vain espoir ! toutlanguit . Des champs qui l'ont vu naître Régulus pour jamais est exilé peut-être.
Ah î pourquoi prolonger son supplice et le mien ? |
A sa famille en pleurs daignez rendre un soutien ;
Par votre consulat hâtez sa délivrance.
La grandeur véritable est dans la bienfaisance ;
Prouvez-le : qu'un héros vous doive un sort plus doux;
Heureux y faites pour lui ce qu^il ferait pour vous.
Des comices déjà la faveur populaire
A décerné deux fois la pourpre consulaire
Depuis que Régulus , esclave infortuné ,
Loin du peuple romain gémit abandonné.
De cet oubli fatal réparez l'injustice;
Du mal qu'on laisse faire on devient le complice.
MANLIUS
De Régulus jadis ^ partageant les travaux , Jeûne encor j'ai marché sous les mêmes drapeaux , Quand déjà ses vertus plus vieilles que son ^ge Révélaient aux Romains le vainqueur de Carlhage. Rivaux , et tous les deux pleins d'un zèle pareil , Le peuple nous a vus , dans les camps, au conseil , Divisés quelquefois aux jours de sa puissance , Mais au jour du danger toujours d'intelligeince. Régulus fui vaincu ; mon cœur en a gémi :
Un rival malheureux est toujours mon ami.
Mais prononcez vous-même : au salut d'un seul homme Faut-il sacrifier les intérêts de Rome ?
Déplorables effets des maux qu'il a soufferts ! Pour ces murs accablés du poids de ses revers ^ On sait de quels périls sa chute fut suivie.