SCENE III
LICINIUS, ATTIUE, PUBLIUS.
PCBLIVS.
* Ma sœur, il vient de naître
* Ce jour où ma valeur ya se faire connaître.
* Il brille enfin pour moi cet âge où nos drapeaux
* Admettent le courage aux. leçons des héros.
* Ah ! combien ^aspirais à ce moment prospère
* Marqué pour venger Rome et délivrer mon père ? ,
* J'ai des armes enfinj et fai vu dans nos rangs
* Nos vieux soldats sourire à mes transports naissans.
* Des temps qui ne sont plus rappelant la mémoire ,
* Mon nom seul est pour eux un présage de gloire.
* Je ne trahirai pas Tespoir qu'ils ont formé.
* Romain comme eux , comme eux de vengeance animé ,
* J'irai , ma sœur, firai vers la Cité parjure ;
* De mon père et des dieux j'effacerai Tinjure ; Et je triompherai. Va , si j'en crois mon cœur.
Qui veut mourir on vaincre est sûr d'être vainqueur. ^
LICINIUS
Publins , j'aime en toi cet ardent caractère.
* Courage ; honiieur au fils qui sait venger son père , Au guerrier qui défend sa patrie et ses dieux !
S'il succombe, immortel, sa place est dans les cieux ; De la terre exilé vers l'Olympe il s'élance :
* Quand le héros fiaii^ le demi-dieu commence.
64 VARUNTES.
* Neperdipas un moment, fils du grand Régului^
* Pour yenger ses malheurs imite ses tertus.
* Retourne dans nos camps ; va, cours par ta présence
* Enhardir des soldats la mâle impatience.
* Tous ces guerriers oisifs rassemblés pour agir ,
* De leur inaction tu les verras rougir.
Eveillons des Romains Taudace accoutumée :
* J'exciterai le peuple > encourage Tannée;
* Et> rendant Un grand homme aux vœux de TunÎTers,
* Que la guerre ou la paix fasse tomber ses fers.
PUBLIUS
Allons !
ATTIIIE.
Ecoutez-moi
LICINIUS
£h bien donc , essayez de fléchir ses refus; Mais, s*il résiste, rien ne nous arrête plus.
* Les rigueurs du pouvoir rendent tout légitime , Et Rome sera prête à sauver la victime :
J*en réponds
SCaÈNE IV.
ATTILIE, MANUUS.
▲TTILIE.
Sous ces mêmes portiques , Où , docile à la voix de nos dieux domestiques. Mon père, abandonnant ses rustiques travaux, A repris tant de fois la pourpre et les faisceaux , Avec vous sans détour souffrez que je m'explique.
* Depuis que Régulus est esclave en Afrique ,
* Consul , de toutes parts je vois autour de nous
* Des hommes et des dieux éclater le courroux.
* La République marche à sa chute prochaine.
* Triomphant autrefois , elle résiste à peine.
* Carthage insulte en vain notre aigle ëpouyanté i
* Et loin de nos remparts la gloire a déserté.
* L'Africain furieux menace Fltalie.
* En yain pour qaelque temps sa marche est ralentie , Nous ne combattons plus ; mais avons-nous la paix ?
* Des vainqueurs, épuisés par leurs propres succès ,
* De nouveaux bataillons rajeuniront laudace.
* Il en est temps encor, prévenez leur menace.
* Par la guerre ou la paix prompte à les ëcarter>
* Que Rome sache enfin ou combattre ou traiter;
* Que Régulus surtout, que mon père soit libre j
* Qu'il vienne, qu'il paraisse aux rivages du Tibre j
* Et nous verrons bientôt tant d'opprobre efifacé :
* L'avenir Tengera les malheurs du passé.
I>es comices déjà la faveur populaire
A décerné cinq fois la pourpre consulaire
Depuis que Régulus, esclave infortuné,
"* Loin de l'aigle orphelin gémit abandonné.
De cet oubli fatal réparez l'injustice.
Du mal qu'on laisse faire on devient le complice.
De Régulus jadis , partageant les travaux ,
Jeune encor j'ai marché sous les mêmes drapeaux ,
Quand déjà ses vertus, plus vieilles que son âge.
Révélaient aux Romains le vainqueur de Carthage.
Rivaux et tous les deux pleins d'un zèle pareil ,
Le peuple nous a vus dans les camps , au conseil ,
Divisés quelquefois aux jours de sa puissance,
Mais au jour du danger toujours d'intelligence.
Régulus fut vaincu , mon cœur en a gémi ;
Un rival malheureux est toujours mon ami !
Mais prononcez vous-même : au salut d'un seul homme
Faut-il sacrifier les intérêts de Rome?
Lia patrie, expiant ses funestes revers,
N'a que trop partagé les maux qu'il a soufferts.
çQ VARIANTES.
* Pour ces murs chanceUns , pour toute l'Italie»
* On sait de quels périls sa chute fut suivie.
ATTaiE.
* On sait qu*à son bonheur sa gloire a survéci^.
* n TOUS apprit à yaincre avant d'être vaincu.
* Songez>y bien» consul ; une seule disgrâce
* De ses nombreux travaux n*a pu flétrir la trace. Qui pourrait oublier tant de faits éclatans?
Sa sagesse au consul , sa valeur dans les camps?
* Au Sénat, au Forum, son austère justice
* Raffermissant des lois la rigueur protectrice?
* La discipline antique, arbitre des combats ,
* A la même pensée enchaînant tous les bras?
* Nos aigles sur les flots se frayant un passage , Et les Carthagûiob assiégés dans Garthage?
* Triomphant par le fer , gouvernant par les lois ,
* De son char de victoire on l'a vu mille ibis
* Sous Téclat des lauriers accessible à la plainte,
* Ajouter à sa gloire une gloire plus sainte \
* Magistrat vigilant, généreux citoyen,
* Du faible sans appui devenir le soutien ;
Et grand par des bienfaits non moins que par les armes > Triompher sans combattre en essuyant des larmes. Dans nos camps , dans nos murs , tandis que ses exploits Partageaient aux Romains For des Carthaginois, Vers le chaume natal , pour toute récompense , Modeste , il rapportait la gloire et Findigence ; Et déposant le fer, son bras victorieux Cultivait Fhéritage où dorment nos aïeux.