‹ Reims pendant la domination romaine d'après les inscriptions avec une dissertation sur leChapitre 18 sur 51 · CO-MAX TRIB · texte numérisé non relu

CO-MAX TRIB

POT-XIIIIIMP 11

COS-IIIPP-PRO

COS. AR AVG

SVESS-LEVG

Elle a été trouvée non loin de Vic-sur-Aisne et est aujourd'hui dans les dépendances de Tancien château. Elle appartenait vraisemblablement au chemin de Soissons à Beauvais. D'après le calcul d'Eckhel (Doctrina numorum veterwn, voh Vil), la date qu'elle porte est l'an 211 de Jésus -Christ, sous Caracalla , et non 202, comme l'a écrit M. Peigné- Del acou ri {Becherches sur la position de Nooiodunum Suessionum, p. 30).

Givart , Neufchâlel ( Aocuenna ? ) , Nizy-le-Corale {Minalicum) y Vervins (Verbinum) et La Capelle. Il est conservé dans le domaine de Brimont, et a élé trouvé vers Tendroit de la roule appelé le Cran de Brimont^ à une distance de Reims qui est bien celle qu'indique rinscription.

Celle borne esl en pierre de TAisne; elle a la forme d'un cylindre aplali ou d'un prisme reclangulaire dont les angles et les faces seraient arrondis, de 1 m. 08 de hauteur sur 44; cenlim. de largeur et 32 centim. d'épaisseur. Une gorge creusée dans la SQction supérieure du prisme (fig, i2, coupe) indique qu'un couronnement, qui a disparu, s'y agençait. La base est également perdue.

L'inscription occupe le haut de l'une des faces principales, donl elle laisse libre 63 cenlim. environ. Les lettres portent 55 millim. à la première ligne, et 45 aux suivantes.

Cette inscription nous fait connaître deux choses, une date et une dislance.

Victorin (Marcus Aurelius Piavônius Victorinus), dont le nom y est inscrit, l'un des trente tyrans qui prirent la pourpre sous Gallien, fut associé à l'empire par Poslume en 264, demeura seul maître de la Gaule après la mort de ce dernier et celle de Lollién, et péril en 268, dans une sédition. C'est donc enlre les années 264 et 268 de Jésus-Chrisl que furent exécutés, sur le chemin qui nous occupe, ou du moins dans la portion rapprochée de Reims où fut trouvée la borne, les travaux donl elle a conservé le souvenir. Selon toute apparence, il ne s'agissait que de répara-

rions ou d^anriélioralions, car Viclorin régna trop peu de temps pour avoir élabli des chemins d'une grande importance. De plus, reporter rétablissement de celui-ci jusqu'à la fin du III^ siècle, c'est supposer que les relations enlre Bavay el la métropole n'en avaient pas encore montré l'utilité {i\ Enfin l'Itinéraire d'Antonin en contient le tracé tout entier ; et si ce n'est pas une preuve très-concluante de son existence à une époque reculée , à cause de l'incertitude où l'on est sur le documeni géographique dont nous parlons, il â pu faire partie des éléments les plus anciens que renferme l'Itinéraire.

Les monuments de Victorin avec inscription sont fort rares; Orelli n'en cite que trois.

Après le nom et les titres du prince sous lequel le monument fut élevé, nous lisons que notre borne était la quatrième depuis Reims, chaque borne étant placée sur la route à la distance d'aune lieue gauloise.

Toutes les bornes ne nomment pas le point de départ; quelques-unes le donnent fort en abrégé, et c'est le cas de la nôtre ; mais la ville de Reims n'en est pas moins clairement désignée : Civilate Remorvm. L'absence de la préposition marquant le départ n'est pas une difficulté : on en voit des exemples; nous nous contenterons d'indiquer ce que dit, à ce sujet, Fréret, dans les Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres (t. XIV, Mémoires, p. 151).

(1) V. Fréret, Observations sur la situation de quelques peuples de la Belgique (Mémoires de V Académie des inscriptions et belles^ lettres, t^ XLVIÏ).

L'emploi de dvUas dans le sens de urhs ne doit pas non plus surprendre, après ce que nous avons dit, à cet égard, pour l'époque à laquelle appartient ce monument.

Quelque simple que paraisse l'explication que nous en donnons, nous avons besoin de la justifier et d'entrer , à son sujet, dans quelques détails.

L'Itinéraire d'Ântonin et la Table Tbéodosienne indiquent ainsi qu'il suit les diverses étapes ou stations de cette route :

Itinéraire : lier a Bagaco Nennorum Durocortorum

Remorum usque. M. P. LUI Duronum.

Verbinum.

Table

Catusiacum

Miiialicum,

Muenna. .

IhArocorioro

Bagaconervio

Duronum.

Vironum.

Ninittaci .

Auûouenna.

Durocortoro

VIll (1)

XUI

On se servait donc indifféremment de deux genres de désignation pour indiquer les distances ; mais

(I ) L'Itinéraire porte réellement XVIII; mais, comme cela donnerait LXIII pour distance totale, au lieu de LIII, et que ce dernier chiffre est certainement le véritable, il est clair qu'il faut retrancher 10 milles à la distance marquée à ilftienna, ou plutôt Àxuenna.

comme la lieue (1) était usitée dans la Gaule Chevelue antérieurement à la conquête, et que ce mode était plus familier à la population , on Ta constamment préféré pour Tinscriplion des bornes dans ce pays (2). De là vient que Tltinéraire marque a la fois en milles et en lieues une partie de la route de Milan à Boulogne, mais seulement à partir de Lyon ; voilà pourquoi aussi Âmmien Marcellin, parlant de la distance de Saverne a Strasbourg, la donne en lieues d'abord, c'est-à-dire telle qu'elle était inscrite sur la borne ^ puis en milles, pour l'intelligence de ses lecteurs : <l Qbarta leuga signabatur et décima, id est et viginti millia passuum (3). »

L'expression d'Aramien ne laisse aucun doute : puisque nous sommes dans la Gaule Chevelue, la distance marquée par notre inscription doit être exprimée en lieues.

Cela posé , nous nous demandons comment M.

Piette, dans un travail sérieux sur quelques voies romaines de ce pays (4), a pu écrire < que le chiffre LUII, qui diffère peu de la distance donnée par l'Itinéraire et la Table , entre les villes de Bavay et de Reims , peut faire supposer que notre borne marquait l'extrémité de cette ligne vers le côté des Rémi. »

{{) Suivant Cambden (Bntannia), leuga ou leouga vient du celtique leoug ou leack, lapis.

(3) De là Tusage de la lieue a passé chez les Germains, dans la Suisse, etc.; mais on n'en trouve pas d'exemple en Italie, ni même dans la partie de la Gaule anciennement soumise aux Romains.

(3) Lib. XVI, cap. 12.

(i) Bulletin de la Société académique de Laon, t. VI, p. 170.

Dans des explications précédentes , M. Pielle, reconnaissant avec tout le monde qu'il ne peut être question de milles dans une inscription du nord de la Gaule, et supputant la véritable distance de Reims â Bavay, avait trouvé qu'elle est de 53 lieues : comment l'oublie-l-il ici a ce point de méconnaître le mot Leiicœ, dans la dernière ligne, et de joindi^e tes cinq lettres de cette ligne pour en faire le chiffre 54, approximatif de la dislance trouvée? Prélendrail-il, en outre , qu'on n'élevait des bornes sur les routes qu'à la limite des territoires; que les bornes indiquaient la distance totale entre les deux extrêmes, et non, comme on l'a toujours cru , la distance d'une station à une autre , quand il n'y en avait pas de mille en mille ou de lieue en lieue ? Alors , pourquoi [ilacer ces bornes , non à l'entrée, mais sur un point éloigné des extrémités? El si elles étaient destinées à marquer une limite, sans utililé pour les voyageurs, pourquoi y inscrire une distance ?

Nous n'insisterons pas sur de pareilles drslraclions; nous avons, du reste, une erreur plus grave à signaler, mais nous ne l'imputerons pas entièrement à M. Piette, quoiqu'il ait renchéri, à ce propos, sur ce qu'ont dit de notre inscription les savants étrangers qui s'en sont occupés au Congrès scientifique de 1845 (i). Tous se sont accordés 5 y trouver la preuve de l'existence à Reims d'un proconsul, ou même de plusieurs (2), qui auraient élevé ce monument.

(1) Congrès scientifique de France, XIII® session, p. 373.

(2) Ce nombre est porté à quatre dans la publication faite antéirieurcment par M. Ruinart de Brimont, en forme de placard in-4'', -Hous le titre de « Pierre militaire trouvée près Brimont, sur la

« Sous la république, disail-on (1), on nommait proconsuls les consuls dont les fondions étaient prorogées , soit pour terminer une guerre, soit pour pacifier une province. Sous les premiers empereurs, les proconsuls n'étaient plus que des magistrats chargés d'administrer une contrée plus ou moins étendue. Ce fut Hadrien qui paraît avoir le premier divisé l'empire en parties d'une étendue convenable, et mis à leur tête des proconsuls. »

Ici venait l'indication d'endroits d'Appien et de Spartien qui ne contiennent pas un mot à l'appui de ce que l'on voulait prouver.

« Plus tard, continue le compte-rendu, quand Dioclétien partagea la Gaule en dix-sept provinces, chacune eut un consulaire qui paraît avoir rempli les fonctions des proconsuls établis par Hadrien. A cette époque , l'ancienne Belgique était divisée en deux, et leurs capitales. Trêves et Reims, avaient leurs consulaires. »

Un membre, rappelant alors qu'aux UleetlV^ siècles, les villes de la Gaule se trouvaient dans l'abandon , demandait si le proconsul n'était pas un magistrat ^nunicipal plutôt qu'un fonctionnaire politique (2).

route de iieims à Neufchâel. » Les lelires G fcivitate) et L (leucœ) sont négligées lians cette publication; elle contient encore d'autres erreurs

(1) M. Taillar. conseiller à la cour de Douai.

(2) Tout dernièrement, l'auteur des Recherches sur les origines des églises de Reims, de Soissons et de C huions, abondant dans ce dernier sens, a prétendu tirer de notre inscription une preuve irréfutable en faveur de l'autonomie des Rémois aux premier» siècles.

Je dirai tout d'abord que noire savant confrère M. Goguel , qui avait émis cette opinion, y a complètement renoncé depuis et a reconnu que les données sur lesquelles il l'appuyait n'avaient aucun fondement. Il est certain, du reste, comme Ta fait remarquer le président d^ la section, M. Paulin Paris, que le monument étant une colonne milliaire, il devait son origine au gouvernement lui-même, et non pas à des magistrats municipaux. En effet, les inscriptions itinéraires portent toutes le nom du prince, soit au nominatif, soit au dalif ; dans le premier cas, c'est le prince nommé qui a fait exécuter la route; dans le second, les magistrats romains chargés du soin de cet ouvrage le lui ont dédié. €es magistrats s'appelaient curatores viarum (1) ; ce dtre est fort commun sur les inscriptions qui portent Je nom du prince au dalif, mais il n'y est pas toujours exprimé, et la nôtre est dans ce dernier cas.

Ainsi, pas de doute, notre borne n'a pas été élevée par un magistrat municipal , proconsul ou autre. Mais Reims a-t-elle pu compter un proconsul parmi ?es magistrats municipaux?

Sous l'empire^ comme durant la république, un proconsul suppose un consul. Or Reims n'a jamais 'eu de consuls (2); celte appellation est parficulière

i}) Il y avait aussi des magisUats ou officiers municipaux chargés de ce que nous appelons aujourd hui la petite voirie. On les apjielait, suivant leur nombre, duumviri, triumviri, etc., «uram/arum viarum .

(2) M. Tdillar (.Congrès, p. 299} dit que Jovin n'a pas été consuU «t combat, sur ce point, Tinscription placée, en 1800, sur son tombeau. S'il entendait que Jovin n'a pas été consul de la cité de

au Midi , et s'y applique aux magislralures urbaines qui , dans le Nord , avaient le litre d'échevins ; mais, là niême , elle ne paraît pas remonter bien haut , puisqu'aucune inscription de Tépoque gallo-romaine n'eirfait meniion.

Reims n'a donc pas eu de magistrats municipaux du nom de proconsul. A-l-elle été le séjour d'un proconsul romain ?

Nous croyons cette recherche assez inutile ici, par la raison que les proconsuls agissaient toujours au nom du prince , et que notre inscription ne contient aucune mention de cette nature. Mais nous tenons à ne laisser aucun doute sur la légitimité de notre traduction ; nous rétablirons en même temps Texactilude des faits en ce qui concerne le partage de la Gaule aux diverses époques de la domination romaine, et ce que nous dirons du gouvernement de la Belgique en particulier complétera Texamen que nous avons fait précédemment de ce point de notre histoire.

Au milieu d'une foule de monuments relatifs aux proconsuls d'Afrique, d'Asie , d'Espagne , etc., un petit nombre d'inscriptions rapportées par Gruter et par Orelli (1) font connaître des proconsuls de la Narbonnaise, pas un du reste de la Gaule. A quoi tient cette absence de monuments, sinon à ce que le titre

Reims, il avait parfaitement raison; mais i] est certain queJovin fut consul avec Lupicinus, l'an 367. Voir, à ce sujet, D. Ruinart, Àcta martyrum, de SS. Vitale et Agricola.

Le titre de consul fut porté par les juges du commerce établis à Reims en lâ87.

de proconml fui donné exclusivement aux gouverneurs des provinces du peupUy tandis que les provinces du ressort de Vempereur étaient gouvernées par des lieutenants de l'empereur, qui réunissaient les pouvoirs politique et judiciaire au commandement militaire dans leur province, à l'exclusion du droit de lever les deniers publics, lequel était exercé par des intendants?

Quand donc Auguste partagea la Gaule en quatre provinces, savoir : la Belgique, la Celtique ou Lyonnaise, l'Aquitaine et la Narbonnaise (1), celle-ci continua d'être gouvernée par un proconsul, comme elle l'avait été sous la république , et chacune des trois autres fut placée sous les ordres d'un lieutenant de l'empereur, legatus; et, dés ce moment, le lieutenant de la Belgique résidait à Reims. Le témoignage de Strabon ne laisse pas de doute à cet égard ; les termes mêmes dont il se seri en parlant de Reims sont aussi précis sur la question que nous discutons que la langue

(l) Strabon , liv. IV , I ; — Pun. Hist nat,, lib. IV , 31. — SpOQ {Rech, des antiq. et curios, de la ville de Lyon , chap. VIj mentionne plusieurs inscriptions où il est parlé des trois provinces de la Gaule , et dit que ces provinces étaient la Lyonnaise , la Narbonnaise et rAquitaine: « Les géographes , remarque-t-il , y ajoutent la Belgique ; mais celle-ci est plus souvent mise avec TAllemagne. »

Il y a, croyons-nous, confusion de la part du savant Lyonnais. Par Allemagne , il faut entendre la partie de la Gaule que les Romains appelèrent Germanie, et qui fut comprise longtemps dans une même province avec la Belgique , sous la dénomination de Gaule-Belgique. Nous croyons, en outre, bien démontré que, pendant longtemps , la Narbonnaise n'eut rien de commun avec la Gaule nouvellement conquise, et que c'est elle qui est exclue quand il s'agit des trois provinces sans désignation nominale.

grecque le permeUail. En effet, il dit que Reims élail la résidence des chefs des Romains : a tovç tojv Pwfxacwv viysiiovaç, » expression qui indique des chefs plulôl militaires que civils, et ne peul s'entendre de proconsuls, pour Tépocfue où il écrivait (1).

Environ un demi-siècle après, sans rien changer à la distribution générale des quatre grandes provinces, Ptolémée nous fait connaître une subdivision (2). La Belgique, plus rapprochée des contrées insoumises et plus exposée, est partagée en trois gouvernements : Belgique, Germanie Inférieure et Supérieure. Chacune de ces provinces a encore son lieutenant du prince, legatus, témoin Tacite (3) :

(1) Reims est la seule ville sur laquelle Strabon fait ccUe remarque. Peut-être sou silence sur les autres a-l-il plus de signification que nous ne lui en donnons, etaulorise-t-il à penser qu'il a voulu indiquer Reims comme étant de son temps ou ayant été la résidence des gouverneurs de la Gaule. Ce qu'il dit de Lyon même , dont il dépeint Theureuse position au centre de la Gaule et d où il fait rayonner les routes tracées par Agrippa, n'infirme pas nellcment les expressions dont il use à Tégard de Reims.

(2J Lib. IT, cap. IX.

(3) ÂnnaL, Xlll. Il avait déjà parlé des deux Germanies, Inferior et Superior (Annal., I).

Le maintien pendant assez longtemps de la division de la Gaule nouvellement conquise en trois provinces principales et le témoignage si concluant de Strabon en faveur de Reims semblent autoriser ou rendre moins improbable Texplication qu on a donnée de la monnaie frappée à Reims, à la légende Retno, Les trois tètes seraient alors les très Galliœ, les trois provinces de Gaule, comme le croit le P. Sirmond. On a combattu jusqu'ici ce système, en invoquant la subdivision du territoire en un plus grand nombre de provinces : nous allons voir que ce morcellement n'est pas aussi ancien qu'on le croit généralement. La seule difficulté sérieuse qu'on puisse opposer aux prétentions rémoises est l'existence de Lyon, colonie d'Auguste, comme capitale de tout le pays. Ne se-

« Quielae ad u\ tempus res in Germania fuerant ingenio ducum, > dil-il à Tannée 58 de Jésus-Chrisl, sous Néron : c ...Invidil operi ^liusGracilis^Belgicae legalus, delerrendo Velerem, ne legiones alienae provincise infetret. »

Plusieurs inscriptions déposent du même fait. L'une d'elles, qui date du règne de Claude, donne, de plus, au lieutenant de la Belgique la qualité de propréteur : f Legatus Augusti pro prsetore provinciae Belgic3e(l); » elle démontre en même temps l'existence de la distinction que nous avons établie entre les gouverneurs des provinces impériales et ceux des provinces du

rait-il pas permis de supposer que Reims aurait occupé d*al)ord la première place, et que Lyon lui aurait seulemeul succédé dans ce rôle important?

M. Duchalais {Description des méd. gauL de la Bibliothèque Royale, p. 219) regarde les monnaies de Galba^ au revers très Galliœ, comme des imitations de la monnaie à la légende Remo, Nous sommes persuadé, quant à nous, que la comparaison attentive des pièces doit donner Topinion opposée. En effet, I* les lettres de la monnaie Remo sont romaines, et accusent une époque assez avancée après la conquête: on n'y voit plus rien de l'imitation des monnaies grecques; 2o les trois tètes sont placées de même que sur les monnaies de Galba ; elles n'en diffèrent véritablement que par le trait en forme de lacet qui sert de liaison aux trois figures, et par lequel un artiste maladroit nous semble avoir voulu reproduire la coupe du cou des bustes qu'il avait à imiter.

Cette dernière remarque suffit pour nous empêcher d'admettre l'explication de trois tètes sur un même corps, que quelques écrivains ont mise en avant sans la justifier.

Les monuments du culte local aux trois figures accolées, dont nous avons parlé plus haut et qu'on a invoqués en dernier lieu à l'appui de cette explication, n'ont pas un sens assez défini, ni une ressemblance assez frappante avec les trois tètes de la monnaie, pour qu'on y reconnaisse le même ordre d'idées.

(1} Henzbn, Supplément à Orelliy n. 7420.

sénal, car elle nous apprend que le même personnage avail exercé les fonctions de proconsul en Acliaïe avant de venir gouverner notre province. Une autre, qui est contemporaine de Trajan, maintient la qualité de propréleur (1); la borne milliaire trouvée dans le voisinage de Soissons, et dont nous avons parlé plus haut (2), qualifie de même un lieutenant des empereurs du nom de Postume. Cette borne est du règne de Septime-Sévère, en 202. Une quatrième inscription, enfin, nous fait connaître un lieutenant (|ui exerçait ses pouvoirs à la fois dans la Belgique et la Germanie Inférieure (3).

Du reste, après le partage que nous avons indiqué de la Belgique en trois gouvernements , l'union paraît s'être maintenue assez longtemps pour une portion de l'administration provinciale; car on voit le même, intendant des deniers publics, procurator a rationibus, chargé à la fois des finances de la province de Belgique et de celles des deux Germanies (4).

Des modifications nouvelles furent apportées dans la suite au partage de la Gaule : on la distribua d'abord en douze provinces ; de Ih date la distinction en Première et en Seconde, la partie la plus éloignée par rapport à Rome prenant le nom de Première, comme il y avait déjà, par rapport aux po-

(I) Orelli, n. 5448 ; — Lrrscq, Centralmuseum, part. II. n. 18 et 20. Dans le n« 18, le docteur Lerseh lit à tort legatus Augusti prœses] les lettres PR, que donne l'iusciiptiou, doivent cire répétées.

(^) Note de tapage 201.

(3) Obklli, n. 550â.

(4 Opère oit,, n. 179, 4«5, 3574.

silions respectives, une Germanie Inférieure el une Supérieure (1). On a fait remonter celte division à Hadrien ou à Ântonin ; mais les historiens de ces princes n'en parlent pas, comme nous l'avons déjà remarqué dans Saperlin.

Nous avons rapporté (2) une inscription qui, suivant M. Henzen, mentionne un fils de Maxime chargé du recensement de la province de Belgique : ad ceiisus acceptandos per provinciam Velgiam. Si cette inscription n'est pas antérieure à l'époque indiquée, el M. L. Renier incline à la croire plutôt postérieure, elle prouverait que la séparation de la Belgique en Première et Seconde n'était pas encore faite vers le milieu dulll^ siècle. Une autre inscription (3), relative

(I) Les mots Première ou Supérieure^ Seconde ou Inférieure^ nous paraissenlneUemcnidéfiDis par remploi qu'en a fait Flodoard, en parlant des Austrasicns : « Austrasii, qui sunt suporiores Franci, » dit-il; c'est-à-dire: les Francs Septentrionaux, {ilist. Rem. EccL, lib. I, 25.)

La nouvelle division administrative du territoire ne porta, en réalité, qu'une légère atteinte à l'importance de Reims ; ainsi que l'a établi Marlot {Histoire de la ville de Iteims^ édit. française, 1. 1, c. 33), elle ne cessa pas d'occuper le premier rang comme métropole de la Belgique entière, malgré les nécessités stratégiques qui obligèrent les chefs de résider plus habituellement à Trêves. On peut remarquer, du reste, que dix cités importantes, et la plupart anciennes^ furent placées immédiatement sous la métropole de la Seconde Belgique: Soissons, Chàlons, Vermaud, Arras, Cambray, Tournay, Sentis, Amiens, Thérouanne et Boulogne; tandis que Trêves, métropole de la Belgique Première, n'en avait que trois : Metz, Toul et Verdun ; que Mayence, métropole de la Germanie Première, n'en avait que trois également : Strasbourg, Worms et Spire ; et Ck)logne, métropole de la Deuxième Germanie, une seule: Tongres.

(2; Supplément à Orelli, 65t2.

(3, Hexzkn, op. cit., 6539.

à un p^ocurator provinciœ BelgicŒy la reporterait après les années 264-268, où régnait Viclorin.

Du reste, cette disliibulion paraît convenir à Dioclélien,de qui Laclance dit qu'il mit en lambeaux les provinces : « Provinciœ quoque in frusia concisaî (1). »

Le nombre des provinces de la Gaule fut ensuite porlé de douze h quatorze , vers le milieu du règne de Valenlinien I^r. Une inscription rapportée par Gruter (2) parle d'un Salurninus Secundus prœses provmciœ Aquiianicœ : d'où l'on doit conclure que, dans les premières années de Valenlinien, sous lequel vécut ce Saturninus Secundus, il n'y avait qu'une Aquitaine, et que la distribution en quatorze provinces n'était pas faite. 11 est à remarquer aussi qu'à l'époque où Ammien Marcellin (3) écrivait son histoire, la Gaule comprenait encore douze provinces seulement; mais elle en avait quatorze, quand, en 369, Sextus Rufus écrivait pour Valens sa description de l'empire (4).

Enfin, sous Gralicn, un dernier partage donna dixsept provinces à la Gaule, et do là la dénomination employée par la Notice des dignités (5) : les dix-sept provinces^ pour dire la Gaule.

Le régime des provinces de la Gaule fut-il modifié pendant ces diverses périodes, quant au pouvoir

(t) De Mortih. persecutorum,

(2) Page 465.

(3) Lib. XV, cap. II.

(4) Bremarium de lictoriis et provinciis popuU romani, VI.

(5) Sccl. 34, 46, 48.

des rcprésentanls de Taulorilé centrale et quanl au titre (lu'ils perlaient? Le lilre de lieutenant général, legatus, que nous avons frouvé dans Tacile pour le premier siècle, fut remplacé par celui de prœfectus h une époque qu'on ne saurait déterminer. C'est le titre que porlèrenl dans cepays, à Reiras même, et Lampade, qui ordonna le supplice de saint Timothée et de ses compagnons, sous Néron (1); et Didius Julianus, qui gouverna longtemps , et avec intégrité, notre province, suivant Spartien (2) , et succéda , en 195, à Pertinax; et Rictius Varus, qui exécuta dans nos contrées les édils sanguinaires de Dioclétien el de Maximien (3).

Après le partage de la Gaule en quatorze provinces^ Conslanlin, voulant resserrer dans ses mains l'autorité qu'avaient possédée les deux Augustes et les deux Césars institués par Dioclétien , créa , suivant Zozime (4-), quatre préfets du prétoire^ sans autorité sur les troupes, avec des attributions purement civiles, ajant sous leurs ordres les préfets des provinces ou diocèses. De là date la séparation des pouvoirs civils et militaires. Nous voyons, par une lettre de Symmaque à Protade (5), préfet des Gaules, que ce magistrat résidait plus ordinairement à Trêves.

La Seconde Belgique était alors gouvernée par un

(t) 1). RuiNART^ad Grefforii Turon. de Gloria martyrum, lib, I. cap. 55. — Flodoard (Uist. Rem. Eccl., lib. I, 4} lui donne à tort le titre de prœses.

(2) « Didius Julianus Delgicam sancte et diu rexit. »

(3) D. RuiNAUT, ad Gregorii Turon, loc. cit.

f4) Lit). II.

Côj Lib. W, cpist. 3a.

prœses^ comme le prouve le fait suivant, que j'emprunte à Âmmien Marcellin (1).

En 357^ Julien s'opposa à ce que le tribut de la Gaule fût augmenté, malgré les efforts du préfet Florentins, qu'appuyait l'empereur Constance. La Seconde Belgique, écrasée de charges de toute espèce, fut parliculièrement Tobjel de ses allenlions dans celle circonstance (2). Il se chargea lui-même de ce

(1) Lil). XVII, 3. — Nous avons déjà pu remarquer ce titre de prœses et celui de vice prœsidis dans plusieurs inscriptions. Nous retrouverons plus bas, dans une inscription sépulcrale (n° 27), la qualification de vir prœsidialis ,

(2) Tacite, racontant les troubles arrivés en Gaule sous Galba et sous Vespasien , fait connaître que la situation malheureuse de notre contrée datait de loin . Les Gaules , dit-il, étaient liées par le don récent du droit de cité , et depuis par la diminution du

tribut qui avait été exigé d'elles Les populations les plus

exposées aux incursions des Germains n'avaient pas été aussi bien traitées par. les Romains , les unes ayant même perdu une partie de leur territoire. « Galliœ obligatœ recenti dono romanœ civitatis

et in posterum tributi levamcnto Proximœ tamen ger-

manis exercitibus Galliarum civitates, non eodem honore habitse, quœdam etiam finibus ademptis. » {Hist, lib. I, 8.) Voir aussi, sur la diminution de l'impôt, le livre I*', ch. 5i.

En effets s'il est vrai que la Gaule fut, de toutes les provinces de Tempire , celle où la civilisation romaine tit les progrès les plus rapides, puisqu'elle était au plus haut degré de la prospérité dès répoque des Antonins, il fallut aussi peu de temps pour ruiner ces magnifiques espérances. De mauvaises lois et une administration pire encore amenèrent l'appauvrissement des habitants et la décadence en toutes choses. Maximin dépeupla le pays par ses proscriptions et ses impôts excessifs ; les luttes et l'anarchie causées par l'indiscipline des armées et par l'ambition des chefs qui prirent la pourpre impériale en Gaule , portèrent la misère à son comble ; et l'excès de la souffrance suscita enfin le soulèvement des paysans, dont les bandes furieuses , sous le nom de Dagaudes, ravagèrent tout sur leur passage et ne firent que des ruines depuis Aulun jus-

qui la regardait, à la condition que les of&ciers du préfet ni ceux du gouverneur n'interviendraient pas et n'exerceraient aucune poursuite contre les débiteurs : a Ea lege ut nec praBfectianus, nec praBsidialis apparitor ad solvendum quemquam urgeret. »

qu*â la Marne. Eumène {Grat. act., cap. VI et YIII ; Panegyr. in Cotiit.f cap. XXIJ a fait de ces dévastations un tableau qui a arraché des larmes à Constantin Bientôt, à ces maux de Tintérieur s'en joignirent du dehors; les irruptions des barbares Germains achevèrent d'effacer les derniers vestiges de l'ancienne prospérité. Zozime (Hist. lib. III ) parle de quarante villes détruites ou ravagées dans Test de la Gaule, au milieu du IV<^ siècle ; Julien, écrivant, en 355, aux Athéniens sur le même sujet, en compte davantage, et dit qu il faut y ajouter un nombre encore plus grand de châteaux et de postes moins importants (Epist. ad S. P. Q. Athen. Collection des histor. de France, t. I, p. 721, G).

Mais, pour savoir à quoi s'en tenir sur cette époque désastreuse, il suffit de lire, dans Ammien (liv. XVIÏ, o) les misères incurables qui pesaient depuis longtemps sur la Gaule, et particulièrement sur notre contrée, les efforts que fit Julien pour calmer les esprits irrités, pour soulager surtout la propriété et pour lui rendre moins funestes les effets des taxes vexatoires qui lui incombaient et que chaque jour rendait plus lourdes La Seconde Belgique , ruinée par les dévastations, épuisée par l'impôt et par le séjour prolongé des armées, écrasée de charges de toute espèce, lui dut beaucoup dans ces malheureuses circonstances. Il obtint, non sans peine, du préfet du prétoire de s'en remettre à lui de cette partie de son administration, à la condition expresse que les officiers du préfet ni ceux du gouverneur provincial n'exerceraient aucune poursuite contre les débiteurs.

Cette condescendance tutélaire de Julien sauva la province et ne fut pas inutile, sans doute, à l'autorité romaine , outre que chacun s'empressa, sans attendre de sommation, de porter aux caisses de l'état le montant de ses redevances. Mais il est évident que, quand les choses en sont à ce point, le pouvoir, comme la société, comme le sol, n'offre plus que des débris, et que la force barbare parviendra bientôt et sans peine à tout envahir. Nous touchons aux dévastations lamentables que racontent saint Jérôme (Epist. XXV ad

Ce texte me paraît établir l'existence simultanée des aulorités préfectorale et présidiale; on y voit, en outre, que l'impôt était dû, partie pour l'administration générale de la Gjule, partie pour celle de la province en particulier (1).

Enfin y la Notice nous fait connaître l'organisation complète de la Gaule au commencement du V^ siècle, sous les règnes d'Honorius ou de Valentinien III , époque de sa rédaction. Nous y trouvons d'abord le préfet du prétoire, chef suprême des Gaules, qui comprennent alors TEspagne et la Bretagne ; audessous de lui, trois vicaires, dont un chargé spécialement du diocèse de la Gaule ; et dans chacune des dix-sept provinces, soit un prœses^ soit un consul, ou plutôt un consulaire, car on ne sait pas bien quel litre on doit donner aux gouverneurs des provinces consulaires, mais on incline généralement pour le dernier.

Par consul ou consulaire , il semble qu'il faille entendre un homme revêtu actuellement de la dignité de consul, ou qui en a rempli la charge. Il n'en est rien, à cette époque, pour les gouverneurs dont nous parlons. Que les premiers empereurs aient con6é l'administration des provinces prétoriennes a des hommes investis des plus hautes dignités de l'Etat, cela parait fort probable; ici, le litre consulaire em-

Ageruchiam) et saint Prosper {De Providentia divina Car m., prologus), où deux fois Keims fut prise par les Vandales et par les Huns, son territoire couvert de ruines, et ses habitants poussés pèle- mêle avec les troupeaux devant Tenncmi, ou fuyant Tinccndic et la mort.

(1) Voir, à propos de Tinscriptron n" 7, ce que nous avons dit des divci*» officiers du fisc. '

porlail , non le pouvoir, mais seulement les marques de la dignité. 11 est b remarquer, toutefois , que les provinces consulaires sont celles que leur situation exposait davantage aux invasions du dehors.; il y a donc lieu de penser qu'au titre étaient attachés des pouvoirs plus étendus.

Quanta la dénomination deprœses, on doit reconnaître qu'elle avait, dans l'origine, un sens général, puisqu'on voit des proconsuls de la Narbonnaise appelés prœsides. Dans la plus récente organisation que nous a conservée la Notice, on désigne seulement par là les gouverneurs purement civils de certaines provinces.

A cette dernière époque, la Seconde Belgique était une province consulaire. Mais , alors comme avant , nous n'y voyons aucune trace de proconsul, non plus que dans la cité de Reims.

Nous ne prolongerons pas davantage cette digression. Nous ne parlerons pas non plus des autres voies romaines qui conduisaient h Reims : ce sujet a besoin d'être étudié en détail et dans un mémoire spécial. Mais il touche de trop près l'un des côtés de la grandeur ancienne de Reims, celui de l'importance de son commerce et de sa population, pour que nous négligions de compléter par quelques réflexions ce que nous avons déjà dit sur le même point.

Dans un mémoire sur la civilisation et le com-

merce de la Gaule Septenlrionale avant la conquête romaine (1), M. E. deFréville s'exprime ainsi :

« Si de ces extrémités peu accessibles à la civilisation grecque (la Gaule Belgique , par exemple), nous dirigeons nos pas vers le midi de la Gaule, chaque fleuve que nous rencontrons nous montre sur ses bords plus de civilisation et plus d'aisance, plus d'industrie et de commerce. Il est facile de juger, sur ce qu'en dit César {De Bello galL, 1. I, c. 12 ; liv. V, c. 24 et 58; liv. VI, c. 3), qu'Arras, Amiens, Soissons, Reims, Paris et Sens n'étaient que de petites villes, alors que Besançon, Chalon-sur-Saône, Aulun, Nevers, Bourges, Orléans (2), étaient déjà riches et peuplées {De Bello galLy 1. I, c. 23 et 38; 1. VII, passim. — Strabon, 1. ÏV, p. 191 et 192). Les villes des Allobroges et des Vocontiens, etc.. Vienne, Avignon, Arles, Nîmes, Carcassonne, Toulouse, etc., devaient être encore plus importantes. »

Que les Grecs aient été les propagateurs du commerce et des arts dans la Gaule; que la civilisation ait rayonné dans ce pays du sud au nord, qu'elle y soit entrée en même temps par l'embouchure des fleuves et qu'elle ait suivi le cours des rivières, cela peut être vrai en thèse générale; cela ressort même de la configuration du sol de la France et se trouve vérifié par des témoignages irrécusables. Mais l'es-

(1) Mémoiret de la Société des Antiq, de France, t. XXII, p. 119.

(S) Orléans fut pillée lors de la guerre de César ( V. Hirtius , lib. YIII, 5, et C.£SAB, lib. YII, 2). Elle n'eut ensuite de l'importance qu'après que Aurélien Teut relevée de ses ruines et lui eut donné son nom.

prit de syslème n'aveugle-Uil pas l'auteur? Lui est-il permis d'en généraliser les conséquences jusqu'à méconnaître la puissance des Rémois et l'importance de leur cité?

M. de Fréville prend, selon nous, bien légèrement César pour garant du jugement qu'il porte. Cent endroits de la Guerre des Gaules déposent de la manière la plus formelle en faveur de Reims et des Rémois (1), tandis que les textes allégués par M. de Fréville sont tellement négatifs (2) que nous ne pouvons nous empêcher encore ici de nous élever contre un procédé qui consiste à alléguer, à l'appui d'une thèse conçue d'avance, des textes qui ne disent rien qu'autant que le lecteur de bonne volonté croira l'auteur sur parole et ne vérifiera pas Texaclitude de ses preuves.

Prétendrait-on s'armer contre Reims de ce que César dit des Belges (3), savoir qu'ils restaient étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, que les marchands allaient rarement chez eux? Mais il faudrait d'abord être bien sûr que les Rémois sont des Belges d'origine, et non des Celtes. Et quand même l'exclusion des Rémois de la nation des Belges ne serait pas démontrée (4-) , quand même

(1) Notamment celui-ci : De Bello gall., lib. VT, c. 12.

(3) A certains égards , on pourrait en dire autant d* Amiens. Il est évident que si César a pu y convoquer les députés de la Gaule, il fallait que cette ville eût une certaine importance , et que les abords en fussent faciles.

(3) Op. cit., lib. I, c. 1.

(4) Voir, à ce sujet, les Becherchet sur les origines des églises de Reims^ etc., par M. Ravenez» introduction.

ils demeureraient atteints de ce que dit César des Belges en général, à qui persuadera-t-on que César eût accepté avec tant d'empressement l'alliance et les services des Rémois, si ce peuple n'avait pas joui d'une certaine autorité parmi ses voisins? Son rôle, pendant la conquête, est des plus importants; on le voit, à chaque instant, s'interposer comme médiateur entre ses frères gaulois et le vainqueur; César luimême déclare qu'il en a reçu les plus grands services (1). Or ce rôle, ces services ne sont pas ceux d'un peuple insignifiant. A défaut de la force des armes , qui ne parait pas avoir été le principal mérite de nos ancêtres , une prépondérance aussi marquée doit avoir sa source dans la force morale que donnent le commerce, l'abondance, les arts, en un mol, la civilisation. Que les Rémois aient du beaucoup à la protection de César , que leur influence dans la Gaule, telle que la dépeignent César (2) el Tacite (3), ail été agrandie par cette protection, César le dit lui-même , on ne peut se refuser à l'en croire. Mais il faut bien reconnaître aussi que cette influence, cette autorité des Rémois, César ne l'a pas improvisée , qu'il en existait déjà quelque chose à son arrivée dans la Gaule.

Et si , lors de l'organisation de la Gaule en provinces , onze peuples ou cantons reconnurent Reims pour métropole, tandis que Trêves en eut trois seulement sous son patronage, il est clair que cela est

(1) Op, cit. y lib. V, c. 5i.

(2) Op. cit. lib. VI, c. ta.

(3) Hi$t. lib. IV, c. 67 et seq.

dû aux relations existantes avant la conquête, dont il n'était pas au pouvoir des Romains de déplacer le centre et qu'ils devaient politiquement respecter.

N'est-ii pas très-remarquable, en outre, que de tous les peuples du Nord , les Rémois seuls aient reçu le titre de confédérés (1)? Peut-on raisonnablement admettre que la capitale de leur pays fût aussi inférieure que le prétend M. de Fréville aux villes de Marseille , de Langres et d'Autun, qui jouissaient du même titre et des mêmes prérogatives , et surtout à tant d'autres villes qu'il nomme également, et qui étaient placées , par rapport aux Romains , dans une condition moins honorable?

M. de Fréville a cité contre notre opinion Strabon en même temps que César, mais tout aussi faussement. Si l'on se rappelle , en effet , les paroles de Strabon que nous avons rapportées plus haut, ne dira-t-on pas avec nous qu'il est impossible d'être plus favorable à Reims que ne l'est cet auteur? Citons-le de nouveau. Il vient d'énumérer les villes situées sur la Seine et ses afïlnents , puis il dit : « La métropole des Rémois est la première de tout ce pays ; c'est une ville très-peuplée {^ali(Ti:a. (rvvousiTai) ; les chefs romains y résident. » Or , avec Lyon (2) et Nîmes (3) , que le géographe dit être les plus peuplées des Gaules après Narbonne, Reims est la seule ville sur laquelle il fasse une remarque semblable. Cette exception

(1) Plin. Hist, nat,y lib. IV, 17. Voir ce que nous avous dit, à ce sujet, incription W* 5 .

(2) Lib. IV, cap. 1.

(3) Lib. IV, cap. 3.

VOIES ET COMMERCB. 225

•n'^sl-elle pas concluante , et que faut-il de plus ?

Nous verrons lout-à-t'heure (1) que le nord de la Gaule n'était pas, à beaucoup prés, dépourvu d'industrie, et la haute antiquité de la fabrique de Reims nous montrera qu'elle a de bonne heure pris sa ]>art de celle richesse commerciale.

Enfin , il suffit de jeler un coup d'œil sur la carte de la Gaule pour se rendre compte de ce qu'étarit notre ville sous le rapport de la population, du com^ merce et des relations extérieures , et combien elle l'emportait, de ce côté, non-seulement sur toutes les villes du ^ord, mais sur une infinité d'autres. Prétendra-t-on que ces routes qui s'y rendaient étaient exclusivement l'œuvre des Romains depuis la conquête? Mais les relations et les besoins qu'elles supposent, surtout dans une contrée aussi pauvre comme sol que Test notre Champagne , ne se créent pas en un jour ; il est bien difficile de croire qu'il n'y avait qu'une bicoque, avant la conquête, là où bientôt sont accumulées les voies de communication. Si puissante qu'ait été la main des Romains , on ne peut concevoir qu'elle ail opéré presque subitement une pareille transformation. Les routes, en général^ nous ne le nierons pas , avaient pour les Romains un intérêt stratégique , mais cet intérêt seul ne suffit pas pour les expliquer , quand elles sont accumulées sur un point de façon à en faire comme le centre d'où la vie et la civilisation rayonnent de toutes parts, €t où semblent converger les tendances elles mouve-

(l) M. de Fréville semble oublier ici ce q^i'il a dit lui-même à ce sujet {hco cit.y p. 116).

menis d'un vaste pays. Si Ton fait, d'ailleurs^ attention que la partie de la Gaule que nous habitons élait une confédération entre diverses républiques que des intérêts communs avaient réunies , on ne peut refuser d'admeltra^ qu'avant comme après la conquête , Reims , chef-lieu d'une des plus importâmes parmi ces républiques , a dû avoir , avec les cilés voisines des Veromandues , des Nerviens , des Alrébates , des Bellovaques et des Suessons , des moyens de communication au moins praticables. Il est certain que les Romains trouvèrent des chemins et des ponts en grand nombre dans la Gaule. Les récits de César ne laissent pas de doute à cet égard ; il parle, entre autres, d'un chef éduen qui s'était enrichi par la perception des péages (1). Sur beaucoup de points, les vainqueurs n'eurent vraisemblablement qu'à améliorer les voies de communication et à leur donner cette solidité, indestructible en quelque sorte, qui fait le caractère de tous leurs ouvrages. L'étude qui se fait aujourd'hui sur le sol de la Gaule fournira , nous n'en doutons pas, de nombreux exemples de routes utilisées par les Romains , en même temps qu'elle en fera connaître d'autres qu'ils laissèrent subsister sans y toucher, comme le chemin de la Barbarie qui traverse nos contrées.

(f) Lib. I. cap. 18.

iwiiiiwiiiiiiiiiiiimiiii w/i II /Il ////// mm XV

NovlOMKG L XV DVROCORIER L XIÏ ADFINES L XII AVG- SVESSIONVM L XII

ISARA L XV

ROVDIVM L VIIII STEVIAE L VIII SAMARARRIVA

Hennequin, De Origine et nalnra principatus urbis Trajecti ad Mosam medio covo, — Nouv. Archives des Pays-Bas j Novembre, p. 168, art. de M. de ReifTenberg» — Bulletin Fénissac^ sciences hist., t. XVII , p. 175. — Bulletin de VAcad. de Bruxelles, Novembre 1836, p. 370; Janvier et Avril 1837, p. 21 et 162, — Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, 1838, p. 237, art. de M. Rîgollot. — Walckenaer, Géographie des Gaules , t. III, p. 75. — Henzen, Collect. Orellian, supplem,, 5236. — L. Renier, Itinéraires romains de la Gaule, p. 46.

Dans un recueil consacré à Tépigraphie rémoise , nous ne devions pas passer sous silence l'inscription itinéraire deTongres, quoique ce monument ail été

Tobjel de plusieurs dissertations, comme on vient de le voir, et que nous ne puissions rien dire à son sujet qu'en copiant les savants écrivains qui s'en sont occupés , surtout le dernier , dont la courte et substantielle notice résume tous les travaux antérieurs.

Le monument de Tongres, dont nous transcrivons seulement la partie qui concerne Reims, a été trouvé ^n 1817, h cinquante pas de cette ville, près de la porte de Saint-Trond , appelée Kruiss Poorl, sur un point que Ton suppose avoir été le centre de l'ancienne Ac^ua/uca Tungrorum. Il est en marbre bleuâtre des environs de Nu mur. Sa forme donne à penser que c'est un fragment d'un prisme octogonal , dont les faces portaient l'itinéraire d'autant de routes. Trois seulement sont conservées ; elles sont inégales ^n hauteur et «en largeur, h cause de l'irrégularité des cassures, et de là vient que les inscriptions qui en occupent le champ sont incomplètes.

'La deuxième face, contenant l'inscription ci-dessus, a toute sa largeur, qui est de 15 centimètres : elle paraît avoir peu perdu dans sa longueur, comme Va remarqué M. L. Renier.

Aulant qu^on en peut juger par la comparaison avec d'aulres inscriptions itinéraires , ce monument serait du lemps de Dioclélien.

La première inscription indique la route de Bonna •(Bonn), ou plutôt àe Cologne à Borbetomagus <Worms), le long du Rhin ; la deuxième donne celle de Durocort ou même de Trêves à Samarabriva

(Amiens); la troisième, celle de Castellum (Cassel) à Nemetacum (Arras).

Cette dernière roule est la seule des trois qui , en se prolongeant par Cambray, Bavay, etc. , atteigne Aduatuca, pour aller ensuite trouver le Rhin. M. L. Renier a remarqué avec raison que la seconde n'in • téresse qu'indirectement cette ville, et il faut dire la même chose de la première. Quel serait donc le motif qui aurait fait graver sur un monument érigé dans Aduatuca l'itinéraire de routes qui ne passent pas par là? L'énigme a ses difScultés. Pour notre part, nous inclinons à penser que le monument de Tongres n'était pas proprement dit un milliaire, et qu'il avait été érigé à la gloire d'un empereur, pour conserver le souvenir de l'établissement par ce prince d'un grand réseau de chemins , dont l'un traversait Tongres, et dont les autres, servant de prolongement au premier ou s'y rattachant , mettaient la même ville en correspondance avec les principaux points de In Belgique.

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