‹ Reims pendant la domination romaine d'après les inscriptions avec une dissertation sur leChapitre 3 sur 51 · VI. Inscriptions funéraires ; VII. Marques de fabrique · texte numérisé non relu

VI. Inscriptions funéraires ; VII. Marques de fabrique

Malgré les développements que nous avons donnés h ce mémoire, on aurait tort d'y chercher une bis-

toire complète de notre ville à l'époque indiquée. Tout en traitant de beaucoup de choses, nous avons dû négliger bien des points, même des plus importants. Notre choix a été commandé par les inscriptions elles-mêmes et par Tobscurité qui règne sur Tordre de faits auquel elles appartiennent. Une fois engagé dans un sujet, nous n'avons pas craint d'en pousser l'examen aussi loin qu'il était nécessaire pour donner à nos recherches le degré d'utilité qu'on doit toujours envisager dans les travaux de cette nature. Nous espérons avoir ainsi préparé des matériaux pour ceux qui voudront entreprendre une histoire sérieuse et véritable de notre cité.

Il était naturel d'y comprendre les localités aujourd'hui séparées de Reims par la division administrative. Mais nous n'avons pas cru devoir aller au-delà ; et si nous parlons, par exemple, de quelques inscriptions qui appartiennent au Soissonnais^ ce ne sera qu'incidemment et à titre d'éclaircissement.

Nous avons à dessein laissé de côté les détails topographiques, tout aussi bien que la description des monuments et des découvertes d'origine gallo-romaine appartenant au pays, qui ne se rattachaient pas à nos inscriptions. Suivant le plan tracé par le ministre de l'instruction publique el des cultes pour l'étude de la Gaule, ils doivent être l'objet d'une étude spéciale confiée au zèle de l'Académie impériale de Reims.

C'est pour nous conformer au même programme que nous avons placé ici quelques inscriptions chrétiennes, en nous arrêtant, autant qu'il nous était permis d'en juger, à la limite prescrite.

AU LECTEUR. il

Les inscriplions du Moyen-Age, à partir du V^ siècle , formeront une seconde partie de notre recueil.

Nous ne finirons pas ces lignes sans remercier M Léon Renier, deTInstitut, des conseils qu'il a bien voulu nous donner sur divers endroits de notre mémoire. La bibliothèque de Reims lui a été utile dans ses premières études ; il s'en est souvenu en recevant les communicalions du conservateur actuel , et il a voulu payer gracieusement , au profit de ce dernier , ce qu'il croyait devoir à la bibliothèque comme à la ville qui avait abrité ses jeunes années.

15 Octobre 1859.

ARDOINNESATVRNO-M lOVIMERCVRIO - HERCVLI M-QVARTINIVSMF CIVES -SARINVSREMVS MILES . COH . VÎI . PR • A NTON lANE • P V-V L • S-

Fig. 1.

c A Arduina (Diane) y à Saturne et à Mars, à Jupiter , à Mercure , à Hercule y Marcus Quartinius , fils de Marcus , citoyen de la Sabine , rémois , soldat ( fantassin ) de la VII« cohorte prétorienne Antonine, Pieuse, Vengeresse, accomplit le vœu qu'il avait fait \Piae Vindicis Votvm Libens Solvit], »

Gruter , 40 , 9 ; — D . Martin , Religion des Gaulois , 1. 1, p. 486; — Fabretti, Inscr. Domest. emendationes Gruterianœj p. 1 ; — Kellermann, Vigil. Rom.^ n* 168 ; — Orelli, n<> 1960; — Henzen , Supplem. Orellian.j p. 168.

Ce monument appartient au musée Vatican ; il est en marbre et porte , entre la première et la deuxième ligne de Tinscriplion , les statues en bas-relief des divinités dont celle-ci contient les noms.

4i REIMS PENDANT LA DOMINATION ROMAINE*

Avant (le parler de ces statues , nous devons dire qu'on n'est pas d'accord sur le monumenl.

lo Gruler, Monlfaucon , D. Martin l'ont publié tel que le reproduit noire planche , avec la ligure de Diane Gauloise (i) à la gauche, et au-dessous le nom à'Ardoinne qui lui est particulier dans les Gaules et qui rappelle la forêt des Ardennes, empire naturel de la déesse de la chasse dans notre contrée; enfin, avec le nom gaulois Camulo donné à Mars.

2o Fabretti, venu ensuite, prétend qu'on doit lire : Satvrno Marti; il ajoute que Saturne est armé d'une faulx et que Mercure lient une bourse à la main gauche.

30 Kellermann écrit : Satvrno Marti, comme si le dernier mot était incomplet des dernières lettres.

40 Orelli présente la correction de Fabretti comme portant sur le mot Camvlo; à l'entendre, il faudrait laisser Arduine avec la figure de Diane, et les deux noms de Saturne et de Mars devraient s'appliquer à un même personnage qui serait le second du monument. Il s'en tient néanmoins à la leçon de Gruter et de Ligorio, laquelle fait concorder des noms de divinités gauloises avec la qualité de Rémois qu'ils supposent à l'auteur de Yex voto.

50 M. Henzen, enfin, dans son supplément au recueil d'Orelli , dit avoir vu le monument et nous assure qu'il porte bien Satvrno Marti , comme l'avait avancé Fabretti ; le nom d'Ardoinne lui paraît avoir été in-

(l) Une statuette en bronze trouvée à Reims en 1851, et offerte au musée de la ville par M. Doublié, présente absolument les mêmes caractères que celle de ce monument.

GULTE. 15

troduit par Ligorio pour donner une déesse gauloise à ce Quartinius gaulois ou rémois ; mais il soutient que le mot Remtis, qui qualifie ce personnage, est un surnom et non pas un adjectif ethnique : c: Ardoinnam Ligorius videtur introduxisse , ut gallicam deam Remo gallo adjungeret ; at Remus cognomen est hominis. »

Lequel croire de tous ces témoignages? Le plus imposant semble être le dernier, car M. Henzen parle après avoir vu. Il est d'ailleurs à peu près d'accord avec Fabrelli, qui paraît avoir eu pareillement le monument sous les yeux ; du moins les remarques faites par ce dernier sur les statues de Saturne el de Mercure le donnent à penser : et cependant, s'il y a vu assez distinctement pour distinguer ce que portait Saturne, on aurait le droit de lui demander comment il a pu prendre la main droite pour la gauche, quand il s'est agi de Mercure.

Celte observation sur la fidélité du témoignage de Fabretti en suscite une plus générale, qui cependant s'adresse plus spécialement à M. Henzen. Peut-on admettre que, dans la représentation plusieurs fois publiée de ce monument, on ait substitué et conservé unefigure au lieu d'une autre? Doit-on regarder comme irrécusable un témoin qui nous parle d'un changement dans les noms, et qui n'a rien à dire d'une fraude bien plus grave, si elle est vraie, celle dont unefigure aurait été l'objet? Se tromper ou tromper son lecteur sur un mot d'une inscription , c'est peu de chose, on en conviendra , à côté de la substitution d'une figure à une autre dans un monument.

Or , si Ton ne nous apprend pas d'une manière

posîlive que la figure de Diane doive être remplacée, nous sommes en droit de supposer que le changement indiqué s'applique à la deuxième figure , et qu'elle doit porter les deux noms de Saturne et de Mars, au lieu de Camulus. Tel est , il ne faut pas l'oublier, l'avis d'Orelli; c'est peut-être aussi celui de Kellermann, qui abrège la leçon et écrit : SatvmoM. Car, pourquoi celle abréviation, si le dernier mot avait dû s'appliquer à une figure , A un dieu différent du premier? Que si cette confusion, ou plutôt cette fusion de Mars et de Saturne semble extraordinaire en épigraphie, ne peut-on pas la considérer comme suffisamment acquise dans Ticonograpliie du culte gallo-romain? A défaut d'autres raisons, la barbe et l'âge avancé du Mars gallo-romain indiquent assez cette fusion, et le dieu de notre monument a clairement ce caractère. Contrairement aux traditions grecques et romaines , il est sans casque. Pareillement Mercure porte un bonnet surhaussé et ses épaules sont couvertes d'un léger manteau. Quant à Hercule, il diffère peu des types donnés comme étrusques par Cajius (i), et qui sont plutôt galloromains ; portant la peau de lion roulée à la manière d'une serviette sur l'épaule et ensuite sur le bras gauche, ayant enfin dans lo main gauche le vase, symbole de rinlempérance, qui valut à ce dieu les noms d'Addephagus, Biphagus et Polyphagus (2).

Ainsi, le caractère et les attributs de ces dieux sem-

(1) Rec d'antiq., l. V, p. 46, et t. VI, pi. 29.

(2) Aristophan , Ran,, v. 557. — Gallimaqcb, in Dian^^v, 148, 160 et scq. — Athkskb, X. — Anthologie, IV, 8, épigr. 13.— Li Antich. di Ercolano, vol. II, p. 73 et 81.

blent plutol gallo-romains qu'italiens; et comme le monument a été trouvé en pleine Italie, cela ne peut guère s'expliquer que par les habitudes gauloises de celui qui en a commandé Texéculion.

Mais voici d'autres doutes encore, a propos d'un mot de rinscription , de ce qu'elle contient de plus gaulois peut-être. Remns est un surnom, dit M. Henzen (1) : < Aemus cognom en est hominis. ]» Assurément, si un nom peut être regardé comme étant d'origine latine, c'est celui-là ; et le personnage qui le porterait ne pourrait guère plus être revendiqué par la cilé des Rémi que le frère de Romulus, quoi qu'en pussent penser Bergier el les autres historiens i)es origines fabuleuses du peuple i*émois. Mais nous ne voyons pas sur quoi se fonderait une pareille décision au sujet du soldat de notre inscription. Est-ce qu'il ne pouvait être ciloyen de la Sabine el Rémois de naissance? Hisloriquement parlant, rien ne s'y oppose. En est-il autrement au point de vue épigraphique? Est-ce la contexture de l'inscription qui empêcherait d'adopter ce sentiment? Je sais bien que le nom de la tribu , quand il est exprimé, se place après la filiation et avant le surnom ; mais le cives sabinus que nous avons ici peut -il être considéré comme un nom de tribu, comme son équivalent, du moins, par rapport à la place qu'il doit occuper? Je ne le crois pas, je ne connais même pas d'exemple de surnom placé après le nom ethnique , ainsi que M. Henzen le voudrait ici.

Par tout ce qui précède on reconnaîtra, nous l'es-

(1) Telle est aussi l'opinion de M. L. Renier.

pérons, noire entière bonne foi. Il ne nous coûte rien, du resie, de le déclarer : dès lors qu'il ne nous était pas clairement démontré que cette inscription ne devait pas avoir place dans notre recueil, nous avons mieux aimé l'y maintenir^ quoique douteuse, que de la rejeter sans discussion ; dès lors aussi, nous devions l'accompagner des explications propres à nous justifier, mais avec les réserves cependant que commandent les autorités qu'on nous oppose.

La forme matérielle de notre inscription donne lieu à peu de remarques. Nous y voyons Ardoinne au lieu de Ardvinae, qui est plus ordinaire; cives, au lieu de civis. Pour les sigles de la dernière ligne, nous avons choisi la leçon généralement adoptée ; oh pourrait lire également : Pro Vt Voverat; Fabretti lit : Praetoris Vrbis, mais nous ne croyons pas qu'on puisse s'arrêter a cette leçon , surtout en l'absence du nom i\e la ville.

Les observations qui vont suivre seront plutôt historiques ; elles supposeront admise l'hypothèse que les explications précédentes tendent à justifier.

Le personnage qui fait l'objet de l'inscription s'intitule citoyen de la Sabine. Il avait sans doute acquis celle qualité en servant dans le corps prétorien qu'il jiomme (1) et qui avait reçu des terres à partager dans

(I.) M. Ravenez (loc. cit.) traduit: « soldat de la 7* cohorte de la l'"" légion Antonienne; » puis il ajoute: » Il parait que sous la dominalion romaine, la 1"' légion se recrutait à Reims. » Nous ne relèverons pas tout ce qu'il y a d'inexact dans cette façon d'interpréter notre inscription. Nous ferons remarquer : Tque le mot %}on n'est pas exprimé et qu'il n'y a pas d'exemple où il soit sous entendu ;

celle conlrce de i'Ilalie. Souvent, en effet, ceux qui avaient appartenu à ces corps favorisés, recevaient des récompenses du même genre, et c'est ainsi qu'un grand nombre de Gaulois s'étaient établis dans la Péninsule, particulièrement dans la Sabine, comme le prouvent d'autres monuments. Le culte déjà modifié des dieux de la patrie les accompagnait dans leur nouvelle résidence, et des monuments du genre de celui qui nous occupe, perpéluaienl dans TRalie des types et des noms différents de oeux des divinités purement romaines.

On a disserié beaucoup sur l'ancien culte des Gaulois, mais il reste beaucoup à dire aussi sur les transformations qu'éprouva ce culte après la conquête. Les auteurs latins présentent une foule de particularités qui établissent l'assimilation du culte des Gaulois, comme de leurs usages et de leurs institutions civiles, au culte, aux usages et aux institutions de Rome; mais comment et par quels degrés s'est opérée cette assimilation? jusqu'à quel point a-t-elle été complète? à quelle époque est-elle arrivée à son parfait développement? dut-elle davantage, en fait, à la politique qui portait particulièrement les Romains à identifier les divinités indigènes et nationales aux leurs, qu'aux désirs des Gaulois de copier leurs vain-

p.ir conséquent les lettres PU ne peuvent signifier première. 2» Il faut lire Antonine^ et non pas Anioni<me, et il est certain d'ailleurs qu'il n'y a jamais eu de légion qui ait porté le nom d'Antoine ; dès lors que nous sommes à l'éiraque des Antonins ou après leur règne, il n'y a pas à s'étonner qu'il s'agisse ici d'un corps de cavalerie prétorienne placé en dehors de l'organisation des légions : il n'en eût pas été de même à l'époque d'Antoin<% où chaque légion avait sa cohorte dite prétorienne.

queurs el de se rapprocher d'eux? On ne le sait pas encore.

Il est certain seulement que celte fusion ne se fit pas sans efforts, quant à la religion , quoique César prétende que , de son temps , les Gaulois avaient sur Apollon, Mars, Jupiter, Minerve et les autres dieux, les mêmes idées que les autres nations (i). Vainement Auguste et Tibère interdirent les sacrifices humains, Claude fut obligé de renouveler cette défense (2) ; et cependant les Druides conservèrent leur influence dans les cités de la Gaule (3). Si leur autorité dans Tordre civil s'élail effacée, elle était demeurée intacte à peu près dans les choses de la religion, et principalement dans les doctrines philosophiques. Au temps d'Aurélien et de Dioclélien, leurs superstitions étaient toutes puissantes (4) ; et même à la fin du IVe siècle, sous les fils de Théodose, Ausone en parle encore dans des termes qui montrent la considération dont jouissaient les familles de Druides, à une époque où Tidôlalrie avait disparu de la Gaule. Ce fait seul indique quelles difficultés rétablissement du culte romain dut rencontrer, el combien, au contraire, le christianisme dut trouver de facilités pour renverser les idoles, puisque les doctrines druidiques différaient peu au fond de celles du judaïsme, et par conséquent aussi de celles des chrétiens.

(I) De Bello yalL. lit) VI, 17. -M. Alfred Maury a déjà démonlt'é, en ce qui conceiue Apollon, rexaclitude du témoignage de César. { Remit archéolog.^ l^iisxQv 1860> p. 08.)

{«) SuÉrroNK, Claud., 2i. — Plink, XXX, 1 .

(3) Tacitk, Hist., IV, 54. — Strabo>', IV, tîî8.

(\) Vqimscvs, Aureliani et Numeriani Vita.

CULTE. 2d

La transformation du culte païen dut être beau^ coup plus prompte dans les villes soumises aux lois romaines. Cependant les cités alliées de Rome ou seulement libres , qui se gouvernaient suivant leurs propres lois, suivirent cet exemple avec plus ou moins d'empressement et se soumirent volontairement aux usages des vainqueurs. Les citoyens les plus puissants de ces cités adoptèrent bien vile le culte et les mœurs de Rome, et travaillèrent activement à les propager, lorsqu'ils virent Claude appeler au sénat des (iaulois décorés du titre de citoyens romains, lorsque leur obséquiosité pour les vainqueurs devint un moyen d'arriver aux premières charges de l'empire.

On voit par toutes ces réflexions Tinlérêl qui s'attache aux monuments du culte païen dans les Gaules, et combien il importe de les étudier tous avec soin. Celui que nous venons de décrire appartient à l'époque des Antonins; on peut inférer d'après lui ce qu'était le culte dans la Gaule, et particulièrement à Reims, à cette époque. Cinq des dieux de l'Italie, devenus ceux de la Gaule , y sont figurés. Le choix qui en est fait parait indiquer qu'on a voulu réunir les principaux dans un même ex voto ; et sous des attributs un peu différents, sous des noms même particuliers à la Gaule , il est facile de voir que les divinités du culte romain n'éprouvèrent pas de bien grandes transformations en changeant de pays.

Les monuments du culte païen trouvés à Reims dans ces dernières années sont des plus importants. Nous nous contenterons de citer les principaux. En première ligne nous placerons le magnifique basrelief trouvé dans remplacement de la prison de

22 REIMS PENDANT LA ÛOMINATIOlSr ROMAIÏTE.

Bonne-Semaine et qui représenle Mercure el Aporion debout, aux côlés d'une divinité dont les attributs et l'occupation ont donné bien de rembarras à ceux qui ont voulu l'expliquer, et qui me paraît être Cernunnos (1); puis les aulels à Mercure, à Jupiter el à Vulcaîn, que Ton voyait encore, il y a quelques raoiSy dans un corridor de rhôlel-de-ville, et qu'on en a retirés dans Tespoir, inulile jusqu'ici , de leur donner un emplacement plus convenable ; plusieurs petits aulels que possède M. Duquenelle (2)^ portant trois figures accolées ou plulôt fondues sur une seule tête, parlicularité curieuse du culte local que personne n'a expliquée , je croFs , mais sur laquelle on a cru pouvoir élabiir une nouvelle explication de la triple figure qui se voit sur les médailles à la légende Rcmo. Aucun de ces monuments ne porte d'inscription.

Nous cilerons enfin plusieurs figurines gauloises en argile blanche , dont les unes représentent une sorle de Vénus nue qui arrange ses cheveux , el les autres sont du genre plus commun de ces Maternités eu figures d'e Junon Lucine , assises dans \m siège

(1) Des savants veiifent que ce soit Esus. Le raf qui occupe le tympan du fronton et les animaux qui mangent le grain répamlu par le Dieu, ne seraient-ils qu'un rébus? L'artiste qui a sculpté ce bas-relief aurait-il voulu faire de l'étymologie el rapprocher le nom Esus du dieu, de Faction de ces animaux, edere?

(2) Deux monuments semblables, moins bien conserves, sont sortis malheureusement du cabinet de M. L. Lucas pour être traités C3mme de simples moellons. L'un des trois du cabinet de M. Duquenelle a de plus, sur le côté gauche, une tête de face ; sur le côté droit, un couteau de SAcritice; enfin, au sommet, une tête de béliep ift un oiseau oa un serpent.

d'osier en forme de hotte, qui tiennent tantôt un , tantôtdeux enfants à la mamelle. Ces figurines se trouvaient en grand nombre au bas du piédestal du bas^ relief de Bonne-Semaine : cette circonstance porte à croire que c'étaient autant d*ex voto ; mais on n'aperçoit pas le rapport qui pouvait exister entre ces iîigurines et les divinités représentées sur le bas-relief. Une seule de celles que possède le musée de la ville, trouvée récemment dans les fouilles des promenades (1), porte au bas, sur le derrière, le mot PISTIL , évidemment tracé dans le moule, ou plutôt dans les deux moules , puisque la soudure des deux parties de la figurine met à une assez grande distance- Tune de l'autre les premières lettres P et 1.

Cette inscription se retrouve sur une figurine semblable du musée de Lyon, qui a étédécou verte à Vienne. M. Comarmond (2) la croit symbolique et l'écrit PYSTILOS. M. Duchalais (3) , qui a décrit plusieurs médailles portant le même nom , pense que , dans le cas présent , c'est celui d'un potier.

(1) En Juillet 1860.

(2) Deseriptiondu cabinet des antiques de la ville de Lyon , n<> 1 18.

(3y Description des médailles gauloises de la Bibliotk. royale, p. 180r

24 REIMS PENDANT LA DOMFNATION ROEAINE

HARTICaMYLo

SACRVMPRO

SALVTETIBERII

CLA^DICAESARIS

AVGGERMANICiIMP

////IVES-REMIQVI

////EMPLVM-CoNSTiTv

ERVir

o-cs

c Marti Camvk) sacrvm pro saivle Tiberii Claudii Caesam Avgvsti Germanici imperatorâ ci?es Remî, qvi lemplvm eoRstilvervHt.

M Ob cives serval os. »

Gruter , 56 , 12. — MoRCELLi, lib. 1,2$. — Fiebler , p. 235. — Orellt, 1977. — Steiner, Cod. inscript, rhen.^ $90^ — Mémoires de la Société des antiq. de France, t. XlXy p. 18. — - Lersch, Central Muséum^ part. III, n« 279.

« Cette pierre, dit le docteur Lersch, se trouvait orfginairemenl dans l'église deRhyneriiy monument trèsancien qui a probablement été construit en partie avec des matériaux romains. Elle vint à Glèves en 1793 , où elle se trouve encore au château. Elle est destinée au i»usée de B€^nn. Sur les deux faces latérales on voit

un rameau de laurier bien garni de feuilles , et derrière, une couronne de chêne, au-dessus de laquelle sont les trois lettres mal dessinées 0. C. S. »

Elle devait occuper la base d'un autel. Quant au temple qui y est mentionné, plusieurs suppositions se présentent.

Ou bien cet édifice avait été élevé à Reims par les Rémois qui avaient été revêtus delà qualité de citoyens en vertu de la grande mesure prise par l'empereur Claude en faveur de la Gaule (4) ; ces mêmes Rémois avaient consacré à Mars un autel dans un autre sanctuaire situé dans le pays que nous avons nommé , et ils avaient voulu que l'inscription de cet autel rappelât le double effet de leur reconnaissance envers Claude, c'est-à-dire le temple de Reims en même temps que l'autel de Clèves.

Ou bien le temple et l'autel étaient dans le même pays ; et l'on comprendra plus difficilement encore le choix que les Rémois auraient fait du voisinage de Clèves pour y élever l'un et l'autre : à moins qu'on ne doive voir ici qu'un certain nombre de Rémois habitants des bords du Rhin.

Dans le cas où la cité de Reims tout entière serait en cause, le motif de la double érection, ou même de l'érection partielle, est facile à comprendre. La couronne civique sculptée sur la face opposée de Tautel et l'inscription qui l'accompagne et qui en est inséparable s'expliquent facilement aussi.

(I) Nous aurons occasion plus loin d'en parler d'une manièrer plus étendue.

Il n'en est pas de même tout-à-fait dans l'autre hypothèse ; et nous sommes réduit à supposer qu'il y a ici une allusion à quelque événement inconnu du règne de Claude, à quelque service particulier que ces Rémois, habitants du pays de Clèves, en auraient reçu. Par quelles circonstances quittèrent-ils le sol de la patrie, pour aller s'établir sur les bords du Rhin, à une époque qui n'est pas éloignée de la conquête? Nous ne le savons pas davantage; et nous devons nous borner à constater qu'ils devaient y être en assez grand nombre et dans une situation aisée : la construction d'un temple à leurs frais, si l'on s'arrête à cette supposition, le prouve surabondamment.

Nous sommes donc obligé de donner tort à M. Benech , auteur d'un savant mémoire sur la table de Claude (1), et à M. Laferrière (2), qui, transformant en un fait général et attribuant à la cité de Reims ce qui doit être borné à un petit nombre de citoyens éloignés de leur métropole, prétendent que les Rèmes bâtirent un temple pour perpétuer le souvenir de Claude et des privilèges accordés par lui à la Gaule.

Cette inscription a sur la précédente l'avantage de ne pouvoir nous être contestée. Elle est d'autant plus précieuse qu'elle témoigne aussi de la fusion de deux divinités en une seule , et celte fois d'une divinité locale avec une divinité romaine, de Mars avec un dieu analogue de la Gaule. Plus précise que d'autres

(l) Mémoires de l'Académie des Sciences de Toulouse, i* série, tome h page 173.

(S) Histoire du Droit civil de Rome et du Droit français, t. l p. 348.

înscriplionsà Végard de ce dieu, dont le nom gaulois seul est souvent conservé, elle en reproduit le nom htin à côté de celui-ci.

Nous ne pouvons nous étendre beaucoup ici sur le rôle de Camulus dans le polythéisme gallo-romain, car rien n'est plus obscur encore que ces matières. Nous nous contenterons de remarquer qu'un ex voto adressé à Camulus pour la santé ou la conservation d'un prince ne suflQt pas pour supposer à ce dieu les attributions de l'Apollon medicu^, opifer^ saluiifer des Romains. S'il est démontré que l'Apollon GrannuSy à qui divers monuments du midi de la Gaule donnent ce caractère (4), appartenait plutôt à cette contrée, on aurait tort certainement d'en conclure que le nord le remplaçait par Camulus. En eflet, de semblables vœux étaient adressés à d'autres divinités : à Mercure, par les commerçants (2); à Diane, par les chasseurs (3); à Hercule (4) et à Saturne (5), pour la conservation de la vie, abstraction faite des circonstances particulières qui précèdent; à Jupiter enfin, par quiconque avait quelque chose à garder, les biens et les richesses , aussi bien que la vie (6).

Du reste, il ne faut pas perdre de vue que le Camulus gaulois représente le Mars latin, et que celui-ci

(1) A. Maurt, De rApollon gaulois; Revue archéologique ^ ann. 1860, p. 58.

(2) Orelli, 1402.

C3) Op. cit., 22, 2378.

(4) Op, ctï., 1536, 1550.

(5) 0i>. cit., 1507.

(6) Op. cit., 1225, 1226 , 1227 , 122», 1629, 1682, 3511, 3726, 3904, 4904, 4982, 5619.

28 REIMS PiSiiSDANT LA DOMINATION ROMAINE.

était en possession des plus grands honneurs chez les Romains, qui lui donnaient le titre de père (1). Or, nulle part l'assistance de ce dieu ne se comprend mieux qu'au milieu des périls de la guerre , et les vœux qu'on lui adresse peuvent avoir pour but de garantir contre ces périls celui qui y est exposé. L'invocation il Mars dans ce sens était fréquente, comme le prouvent un assez grand nombre d'inscriptions (2).

Toutefois, l'épithète de cmtos donnée à Mars dans quelques-unes (8)^ soit seule, soit conjointement avec celle de canservator^ et l'association de ce dieu avec Jupiter sous celte qualification commune (4), autorise aussi à le considérer comme le défenseur des biens matériels et de la vie , abstraction faite de la guerre et de ses dangers.

Ici , il s'agit de Claude. L'expédition de ce prince contre la Grande-Bretagne , en l'année 43 de Jésus- Christ , suffirait à la rigueur pour motiver Vex voto de nos Rémois ; mais nous ne voyons pas comment ce sens donné au monument pourrait s'accorder avec la couronne civique et les mots ob cives servatos. La protection du dieu invoqué , prise dans l'acception la plus générale , paraît donc mieux convenir dans le cas présent.

(1) Op.cit, 1347, 1348.

(2) Op. cit., 1344, 1345, 1347, 1348, 1978.

(3) Op. cit., 1345, 5490.

(4) Op. cit., 5(90. D'après Venuti (Borioni, Collectanea romanor. Antiquitat., p. 61), Jupiter custos est représeuté« comme nous Tavons vu daus le monument précédent , tenant d'une main la foudre et appuyé de l'autre sur une haste.

Cela posé , notre inscription semble accuser une dévotion particulière des Rémois pour le dieu de la guerre. Il y a lieu de remarquer , du moins , que le dieu Camulus est choisi ici par de simples citoyens rémois , non plus par un soldat , pour recevoir particulièrement leurs hommages et pour lui recommander le salut du chef de l'Etat, comme le dieu suprême en quelque sorte ^ comme la divinité de prédilection de leur culte ; et nous nous empresserions d'en tirer toutes les preuves de droit en faveur du caractère et des goûts belliqueux de nos ancêtres , si l'on ne retrouvait encore sur d'autres points de la Gaule la même importance donnée à cette divinité, et s'il n'était facile d'établir, comme l'a fait M. Alfred Maury (1), que Camulus était un des grands dieux de la Gaule, et que son culte essentiellement national a été répandu dans toute la contrée occupée par les Celles.

Il est vrai qu'une inscription découverte à Glermonl- Ferrand et rapportée par M, de La Saussaye dans la Revue numismatique (2) porte la dédicace : Camulo ViromanduOy et le voisinage des Rémi et des Veromandui semble permettre de regarder Camulus comme une divinité locale du nord de la Gaule; mais on

(1) Mémoires de lalSociété des antiquaires de France, t. XIX. L'inscription d'un monument semblablement dédié à Mars pour la conservation de l'empereur Commode , et conservé à Rome , donne aussi le nom romain et le nom gaulois du dieu , et elle y ajoute répithètc deus sancUssimus (Orelli, 197) : « In. honorem. domus. divinoi. Mavortio. Camulo. Deo. sanctissimo. pro. sainte, imp. Ccvsar. M. Aurel. Commodi. Âug.... »

(2) Année 1838, p. 407.

ne peut, en définitive, admellre cela que comme une présomplion. Au moins est-il bien prouvé par là qu'on ne pourrait se servir de notre inscription pour considérer Caraulus comme plus parliculièrement honoré dans le pays où elle a été trouvée.

Dans tous les cas , c'est à tort que divers écrivains, Gruter et Fiedier, entre autres, trompés par une mauvaise interprétation de l'inscription précédente, ont considéré Camulus et son nom comme une imporlation de la Sabine ou du Samnium dans la Gaule (1). C'est le contraire qu'il faut admettre , comme pour VArduma dont il a été question dans la même inscription.

Quant à la forme , celle-ci donne lieu à quelques observations. La leçon que nous avons préférée est celle du docieur Lersch. Ce dernier répète r/ final dans le mol Tiberii, tandis qu'Orelli, d'après Fiedier, l'avait doublé de même que dans clavdI. Gruler est le seul qui n'a pas complété le mot Cœsaris; il ne donne pas non plus les sigles 0. G. S. , et la disposition des lignes n'est pas la même chez lui. On remarquera en outre les petites lettres intercalées , telles que les donne le docteur Lersch; enfin, les lettres AV de la quatrième ligne et NT de la dernière sont liées.

(1) D. Martin, Religion des Gaulois ^ t. I'^ p. 486, aie premier signalé ccUe erreur.

NVMAVGDEO-APO

LLINIPAGOVENNECTI

PROSCAENIVMLMA

GIVSSECVNDVSDO

NODESVO. DEDIT-

Fig, 2.

€ Sous rinvocation d* Auguste et du dieu Apollon , L. Magius a donné ce proscaenium au bourg de Vennecte. »

Bulletin de la Société académique de Laoriy 1. 1, p. 91 ; t. II, p. UO; t. III, p. i[)5.

Celle inscription a été trouvée en 1851, à Nizy-le- Comte, bourg situé sur la limite extrême du département de l'Aisne et de celui des Ardennes , et faisant partie de l'ancien pays rémois. Gomme telle , cette localité nous appartient, et nous pouvons revendiquer comme rémo-romains les monuments anciens qu'on y a récemment découverts. Nous devons , toutefois, reconnaître que le zèle éclairé de la Société académique de Laon est pour beaucoup dans l'illustration que ce bourg a reçue depuis quelques années aux yeux des archéologues, soit par les fouilles inlelligentes qu'elle y a encouragées ou même pratiquées, soit par les explî-

calions qu'elle a données des monuments que ces fouilles ont mis en lumière.

Nous n'avons pas à rappeler îci les monnaies, les vases, les débris de sculpture , les mosaïques, les édifices enfin qui ont été trouvés sur ce point. Nous n'entrerons pas non plus dans la discussion qu'ont soulevée divers membres de la Société académique de Laon sur l'ancien nom de Nizy-Ie-Gomte. Il nous suffira de reconnaître comme un fait établi qu'à peu près à l'endroit où se voit Nizy-le-Comte, sur le chemin de Reims à Bavai, était une station romaine que l'Itinéraire d'Ântonin appelle Minaticum , la Table Théodosienne Ninittaciy et D'Anville Nintecasi; mais qu'à côté existait un bourg, ou plutôt une ville d'une certaine importance, du moins à en juger parles trouvailles qu'on y a faites , et quoiqu'elle soit désignée ici comme un simple pagas; qu'enfin ce pagus s'appelait Vmnectis ou Vennectuniy nom inconnu jusqu'ici ou perdu , mais dont vient déposer un témoin irrécusable, l'inscription recueillie par la Société académique de Laon et acquise depuis par la Société archéologique de Soissons.

Celte pierre a 88 centimètres de longueur, 40 de largeur et 16 d'épaisseur, L'une de ses extrémités latérales est taillée en biseau et présente une queue d'aronde de H centimètres de saillie. Un rebord de 2 centimètres d'épaisseur encadre le champ de l'inscription.

Les lettres ont 7 centimètres de hauteur à la première ligne, et 45 millimètres aux suivantes.

Nous devons d'abord mentionner le débat dont cette inscription a été l'objet. Les uns ont voulu voir

dans le mol proscœnium Favanl-scène d'un théâtre , ou la décoration monumentale de la scène faisant face aux spectateurs; d'autres, s'étonnant de trouver un théâtre dans un simple pagus , ont prétendu que par ce mol on devait enlendre l'autel votif, ou le portique placé à l'entrée des habitations particulières. Ce dernier sens nous paraît peu autorisé. On l'a remarqué avec beaucoup de raison , il n'y a qu'un monument public duquel on puisse dire, dans une inscription, que tel citoyen l'a donné et fait construire à ses frais ; el quand le nom de la localité , dans l'intérêt de laquelle a été élevé le monument en question , est exprimé en toutes lettres , quelle place reste-il au doute? L'existence d'un théâtre dans un lieu dont l'histoire ne signale pas l'importance n'est pas un fait nouveau : Grand , dont nous avons parlé ailleurs (1) , avait son théâtre ; Champlieu avait le sien également (2). Et d'ailleurs, les fouilles entreprises à Nizy-le-Comle ont fait découvrir des monuments considérables dont la présence démontre l'importance de cette localité.

Au surplus , si l'épigraphie ne peut citer qu'un petit nombre de monuments semblables, ainsi que le remarque Orelli , néanmoins le fait n'est pas sans exemples ; ceux que l'on connaît sont même aussi explicites que possible sur le sens qu'il faut donner

(1) Note au sujet d'une lampe trouvée à Grand, à la suite de notre Essai sur l'éclairage chez les Romains, Paris, Didron, 1853, iR-8-.

(2) ViOLLET Leduc, Ruines de Champlieu {Revue archéol, , iànv , 1860.) — Peigné- Delacourt, Notice sur le théâtre de Champlieu et Supplément public en 1859.

n\x mot proscœnium. Une de ces inscriptions mentionne en outre la construction d'un théâtre tout entier : « Theatrum et proscaenium (1); » une autre y joint l'orchestre et les décors : « Proscaenium et archestrara cum ornamentis (2) ; ]> une troisième borne la construction au proscœnium y mais les termes qu'elle emploie font connaîlre que la dépense en était considérable : a Proscaenium omni impendio suo (3). »

Cette dernière, découverte à Saint-André-de-Briart, dans le Bugey, et publiée par Reinesius , dit que l'ouvrage a été élevé en l'honneur de la famille impériale et dédié à Mercure : « In honorem domus divinae deo Mercurio. » Celle de Venecte montre une intention semblable ; elle ne diffère que par le nom du dieu , qui est Apollon , et par une flallerie plus marquée encore à l'égard da l'empereur.

M. Rouit, dans le Bulletin de la Société académique de Laon, pense qu'il faut lire : Numini Augusti , et il traduit : a Sous la protection d'Auguste. » Il nous semble que rien n'empêche de considérer ici Auguste, ou plutôt l'empereur, quel qu'il soit, comme un dieu. On trouve ainsi l'empereur déifié et son nom réuni à celui de Jupiter , dans une inscription de Châlon-sur- Saône (4). Nous traduirons donc : à la divinité d'Au-

(1) Orklli, 3303.

(2) Op, cit.f .S0i7.

(3) tt In honorem domus divino) // proscjenium omni impendio // Buo Camulia AUica.» — Rëjisësius , Nov. Repert, inscript, antiq, Append., p. 809. — D. Mautin, Religion des Gaulois, t. II, p. 233.

(i) « Juvi cl Aug. sacrum, » Mémoires de la Société d'histoire de ilidlon-sur-Saône i t. 111 , p 267. — Un aulel porte : « Auguste

gustc y sans' être arrêté parla dislînclîon que le fondateur du monument paraît avoir voulu établir entre le dieu par nature, Apollon, et le héros devenu dieu à son tour, Auguste, sous l'invocation commune ^ de qui il place rédifice construit à ses frais, et qui avaient apparemment un temple dans le voisinage.

Quant au choix d'Apollon , après l'exemple d'un pareil monument dédié à Mercure , nous n'avons pas besoin de remarquer qu'il n'a aucune signification parliculière , malgré l'analogie qui existe entre un théâtre et le dieu qui préside aux lettres et aux arts. On sait , du reste, que les spectacles faisaient partie de la religion, que la plupart des théâtres étaient construits dans le voisinage d'un temple , et que certains, comme celui de Pompée, en enfermaient un dans leur enceinte. La divinité honorée dans le temple devenait naturellement aussi celle du théâtre.

sacrum et genio civitatis Bit. Viv. » (Comabiiond, Musée lapid, de Lyon,) — Mommscn {ïnscrip, helvet.^ n. 43) donne une inscription conçue comme la nôtre : « Numinib. Augg. Jovi Poeoino SabioeiiQs censor Ambianus V. S. L. M. » Nous en trouvons une autre dans Spon (Recherche des antiq. et curios, de la ville de l^on, chap. V) : « Numinibus Augusloruin Leanius Kuffus »

DEO-MERCVRIOET-ROS

MERTE - CANTIVS • ////////Tl/I

F1LIVS-EX-V///T/////

Fig. 3.

( Au dieu Mercure et à Rosmerle, Cantius, fils de Titus , pour raccomplissemeiit d'un vœu. »

MURATORI, 108, i. — GrUTER, 50,9. — MONTFAUCON,

Antiq. expLy t. IL p. 415. — D. Martin, Relig. des Gaulois, t. I, p. 354. — Orelli, 5907.

Celte inscription fut trouvée à Langres, dit Gruler, et elle se voyait h Reims dans la maison de l'illustre M. Colin : « Rhemis in aedibus V. C. Colini, sed reperlura apud Lingones (1). » Nous inclinons a croire qu'il s'agit ici, non pas du graveur à qui nous devons, entre autres choses, le plan de Reims daté de 4665, mais d'un chanoine du même nom, trésorier de l'église métropolitaine de Reims, ami de Bergier, et a homme fort entendu au faict des médailles et pièces antiques, » suivant Tauleur de YHistoire des grands chemins (2) .

(1) Page 268 de l'éd. de Paris, 1622.

(2) Muralori et Orelli disent qu'il élait à Paris.

L'inscription, telle que nous la donnons, n'est pas conforme à la transcription de Gruler, mais à celle que nous avons trouvée , avec le dessin de la pierre même sur laquelle elle figurait , dans l'album de notre poète-dessinateur Guill. Baussonnet (1). La reproduction de ce dessin, que nous avons tout lieu de croire parfaitement exact, aidera à expliquer ce qu'était la divinité dont le buste est accolé à celui de Mercure dans cet ex voto. On remarquera qu'elle a les épaules dissimulées à leur naissance par la partie supérieure d'une robe d'étoffe raide ; une sorte de courroie se trouve passée sur son épaule gauche. Quant au Mercure, il a près de lui le caducée, et sur la tête le pétase ailé et un peu bombé que lui donnaient les Gaulois. La pierre qui portait les deux bustes et l'inscription était rectangulaire. On remarquera en outre qu'elle étaii encastrée dans un fragment de muraille de petit appareil ; il y a donc lieu de penser que le petit monument était disposé dans la maison de M. Colin comme on le voit ici, et il est difficile d'admettre qu'il en eût été de même s'il eût été trouvé à Langres, comme le dit Gruter, et non a Reims.

Deux autres dessins accompagnent , dans l'album de Baussonnet , celui que nous venons de décrire. En tête, on lit : Graveure^ d'où l'on doit conclure que le tout a été gravé , apparemment par E. Moreau, dont le nom est rarement séparé de celui de Baussonnet. L'un des deux dessins appartient aux monuments civils : nous en parlerons plus bas ; l'autre porte la date 4602 et représente trois médailles, savoir : un grand

Cl) Bibliothèque de la ville de Reims.

bronze d'Agrippa, consul pour la troisième fois; un grand bronze de Drusus^^ntor frappé sous Claude ; enfin un denier d'argent à Tavers de Rome casquée et au revers de la louve allaitant Romulus et Bémus, avec deux étoiles au-dessus , et , au-dessous , la légende Comta. Ces monnaies ont été probablement trouvées au même endroit que l'un des deux monuments, sinon tous les deux ; il est permis de penser que le tout était contemporain d'origine, de même qu'il parait ravoir été comme trouvaille.

Montfaucon avait eu sur ce monument les renseignements les plus inexacts ; la figure et l'explication qu'il en donne ne doivent pas nous arrêter.

Dom Martin mérite plus d'attention. De son temps, ce monument se voyait dans le cabinet d'un M. Pétau. Or c'est en 1727 qu'a été imprimé son livre : le monument avait pu changer de maître depuis que Gruter avait publié son recueil d'inscriptions ; mais D. Martin ne dit pas si le nouveau propriétaire du monument habitait Reims.

Le dessin de l'ouvrage de D. Martin se rapproche assez de celui de Baussonnet. La seule différence notable est dans le tonneau ou boisseau dont il environne le corps de Bosmerte, et que nous croyons être simplement une robe de grosse étoffe : on n'y voit pas les deux angles indiqués par Baussonnet aux épaules. Quant à l'inscription, elle est la même dans l'un et dans l'autre dessin ; mais cet accord disparait, dès que nous passons au texte de D. Martin. Là le savant bénédictin rejette la leçon de M. Pétau, qui est celle du dessin, pour adopter celle de Gruter. Il écrit donc :

Deo Mercvrio et Pos \\ iverte C. Antivs Titi \\ filivs ex voio ;

el il croit, dit-il, devoir se fier à Gruter, principalement parce qu'écrivant dans le temps de la découverte du monument, il pouvait avoir copié sur l'original même. A l'égard de Gruter, cet argument s'appuie sur une simple présomption. Le propriétaire du monument présentait, ce nous samble , des garanties bien plus certaines, et notre Baussonnet est lout-à-fait dans le même cas. Lui, à coup sûr, a copié sur l'original ; et si l'on peut expliquer l'inscription telle qu'il la donne, nous devons adopter sa copie, lors même qu'elle ne serait pas d'accord avec celle de Gruter.

De prime-abord, cette discussion et celle confronla tion de deux rédactions semblent présenter un mince intérêt. Cependant il ne peut être indifférent d'introduire dans l'Olympe rémois une divinité apocrj'phe.

Je me hâte de dire que la seule correction qu'il y ait à faire à la leçon de Baussonnet , c'est d'écrire Rosmerte au lieu de Posmerte, et l'on conçoit facilement que la partie supprimée de l'R que nous rétablissons ait disparu de l'inscription à l'époque où notre dessinateur la transcrivait.

Or le nom de Rosmerta est encore réuni à celui de Mercure dans une inscription (1) trouvée en 4820 à Sion [Semita Leucorum] ; il faut conséquemment s'en tenir à ce nom et renoncer au Fortuerte de Montfaucon , et au Postuerte de Gruter et de D. Martin.

(1) Mémoires de la Société des ÀntiqiMires de France, t. ni, p« 475; t. XIII, p. 208.

Quelques écrivains prétendent (1 ) que celle déesse élail invo(|uée par les femmes à lerme , parce qu'elle diminuait, disait-on, les douleurs de renfanlement et retournait Tenfant quand il se présentait par les pieds. Mais son association avec Mercure autorise à la regarder comme une divinité commerciale, de même que la Nundina qui, dans d'autres contrées , a été trouvée également associée au dieu des marchands. Parmi les inscriplions dans lesquelles sont réunis Mercure et Rosmerte , Orelli en a publié une où celle-ci.porte la qualité de Mercurielle, Mercurialis (2); et celui qui a fait élever le monument auquel elle appartient est un agent du fisc, adjutor tabulariorum.

Ainsi, la dévotion particulière du Cantius de notre inscription pour Mercure et Rosmerte paraît indiquer un commerçant ou un homme de finance.

On a trouvé à Metz (3) une inscription à'ex volo dédiée aux mêmes divinités par un homme du nom de Musicus. Rien n'indique que sa profession répondit au nom qu'il portait.

Du reste , au dire de César , Mercure était le dieu qu'honoraient le plus les Gaulois; ils lui élevaient beaucoup de statues, et le regardaient comme l'inventeur de tous les arts , comme le guide des vova-

(1) D. Martin, loc. cit,

(3) Mémoires de l'Académie imp, de Metz , 1858-1859^ p. 287, L'auteur du mémoire, M. Glercx, pense qu'un monument à peu -près pareil, mais où manquent les noms des divinités, avait pour

€^bjet d'obtenir un mariage heureux.

geurs et comme présidant à toute espèce de commerce (i).

Quant au nom Cantius, il est donné par Baussonnet ; je crois devoir aussi le maintenir. S'il est peu fréquent dans les inscriplions lapidaires, on Ta trouvé du moins sur les nombreux tuyaux de plomb provenant des aqueducs du voisinage d'Arles , où il est écrit tantôt Caniius, et tantôt Canthius (2).

Ce nom avait peut-être son origine dans la Grande- Bretagne. On %d\\, en effet, que les Canlii sont le peuple que rencontra César en abordant dans cette île (3), et c'est de Ih qu'est venu au pays qu'ils habitaient le nom de comté de Kent.

(1) C^AB, de Bello Gall., lib.VI, cap. 17.

(2) Ant. Abnaud, Antiquités d'Arles, mss. p. 7; — Le P. Pobchibb, Antiq, d'^W6«,m8S.p.t66; — Grdtbb« 183, 9; — Montfaucon, Antiquit. expl. supplém,, t. III, p. 165; — De Villeneuve-Barge- MONT, Notice sur d'anc. tuyaux de plomb. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. Y^ p. 232 et suiv.

(3) De Bello gall., lib. V, cap. 14.

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