CHAPITRE XXV
Quartier de Notre-Dame. — Rue des Fuseliers.— Parvis Notre-Dame. — Rues du Trésor, — Tronsson-Ducoudray.— Place du Palais-de- Justice. — Rue des Tapis-
tfSj* %■%$ \^J"" À rue °*e *a Tournelle nous 31 mène dans celle des Fuseliers.
Elle est fort ancienne et s'asseoit sur la ligne des premiers remparts. Les fortifications et les fossés occupaient remplacement compris entre la rue du Bourg-Saint Denis et celle où nous sommes. Aussi les maisons situées du côté de la rue du Bourg- Saint-Denis voient-elles leur rez-de-cliaussée sur la rue des Fuseliers devenir premier étage au fond des cours qui ouvrent sur la rue du Bourg-Saint-Denis.
Dans leurs caves , dans leurs fondations, on retrouve les bases des vieux murs rémois.
Il m'a toujours semblé que le nom de la rue devait être des Fuseliers, et non des Fusiliers, comme on Fécrit parfois. Je pense que dans cette rue demeuraient les fabricants de rouets et de fuseaux. Cette industrie était importante avant les découvertes faites par les mécaniciens modernes. Dans une ville de fabrique, ce commerce devait avoir une grande extension ; il a dû avoir son centre à une époque où tous les artisans d'un même métier savaient former un corps etvivre en famille. Notre rue dut être celle des Fuseliers.
Elle nous conduit par la rue de la Porte-Saint- Denis, qui appartient à l'un des chapitres suivants, sur la place du parvis Notre-Dame.
Elle doit son nom au grand monument quelle possède. Pendant la révolution, on en fit le parvis du temple de l' Être-Suprême.
Entre la grande porte de l'archevêché et la base de la tour du midi , se voit une fontaine construite dans le siècle dernier en l'honneur du chanoine Jean Godinot dont nous avons déjà parlé. La tradition rapporte que, sur cet emplacement ou aux environs, s'élevait une chapelle placée sous l'invocation du Saint-Sauveur ; elle surmontait une voûte dans laquelle jaillissait une eau vive et limpide : on admirait la beauté de ses ornements, et l'art avec lequel le monument était construit. Si on ne se trompe , il
aurait été démoli en 970, sous le pontificat d'Adalbéron.
Sur la place du Parvis , du côté de la tour du nord , donnait une des façades de l'ancien Hôtel-Dieu : les deux battants de la porte étaient séparés par une statue de la Vierge. Au-dessus on lisait ces mots : « Notre Dame de Bon Secours.» A côté s'ouvrait une petite porte réservée aux religieuses. Sur le terrain du pieux édifice , dont nous allons bientôt parler avec plus de détails , se sont élevées, depuis quelques années, les prisons publiques. Leur entrée donne sur le parvis.
Plus loin et du même côté, dans la rue du Parvis, on remarque une maison au sommet de laquelle on lit ces trois mots qui résument le christianisme : Spes — F ides — Charitas.
Au-dessus de la porte, on voit sur une plaque de marbre cette inscription : A fundamentis restaurata , anno Domini 1615. Ce bâtiment appartenait au Chapitre ; il était connu sous le nom de maison de la Chrétienté.
A droite, en regardant la cathédrale, nous voyons une auberge qui porte aujourd'hui le n° 21. Si nous n'y lisions une inscription gravée sur marbre noir, elle n'attirerait pas notre attention.
En 1429 , Charles VII entrait en Champagne et cherchait à pénétrer dans Reims pour s'y faire sacrer. La Pucelle l'accompagnait. Elle avait l'intention de s'emparer deTroyes et de Châlons avant de se
présenter devant nos murs ; aussi écrivit-elle aux Troyens une lettre dont ils envoyèrent copie à leurs amis et confédérés les gens de Reims.
Les Bourguignons et les Anglais, à Reims comme à Troyes, rirent de cette épître. Cependant, quelques semaines après, Troyes, Châlons et d'autres villes avaient arboré le drapeau national ; Charles VII e* Jeanne d'Arc entraient dans nos murs. Il existait à la cathédrale une vieille tapisserie des plus curieuses, qui représentait cet heureux événement. Elle a disparu depuis 1793.
Cette tapisserie, par bonheur, avait été gravée et publiée en 1618 par Charles du Lys, descendant du frère de l'illustre héroïne. On y voyait Charles le Victorieux, entouré de ses cousins les ducs de Bourbon et d'Alençon, Jeanne et la bannière de France, des archers, des trompettes, des arquebusiers. Dans le lointain on apercevait cheminant dans une route de traverse, au milieu des bagages du roi, un brave homme de campagne et sa fidèle épouse. Qui donc étaient ces paisibles et humbles voyageurs? que venaient-ils faire à Reims au milieu de cette marche guerrière et triomphale ? Certes, ils avaient droit d'y avoir place : ils arrivaient de Vaucouleurs voir leur fille Jeanne au plus beau jour de sa vie. La ville de Reims les hébergea dignement et leur donna pour hôtel la maison que je viens de signaler. Aujourd'hui elle a nom la Maison-Rouge ; jadis elle avait pour enseigne un àne rayé.
Les bâtiments construits depuis la ruelle que nous venons de citer jusqu'au bas de la place du Parvis, formaient le quarrel du Grand-Moulinet. Près de l'antique hôtel, connu sous ce nom dès cette époque, se trouvait une autre maison moins importante , connue sous le nom de Petit-Moulinet. Peut-être a-t-elle fini par être réunie à l'auberge qui subsiste sous l'enseigne du Lion d'or. De tout temps elle eut l'honneur de donner l'hospitalité aux grands personnages que les circonstances et le désir de voir amenaient à Reims.
Là s' arrêtèrent tour à tour Frédéric, Guillaume III, le duc de Wellington , l'empereur Alexandre. Devant cette même porte relayait le soldat que Dieu fît empereur : il venait de perdre aux champs de Waterloo sa couronne et ses derniers preux. Quelques jours après le même hôtel voyait arriver les députés qui allaient prier la sainte alliance de laisser à Napoléon II le trône de son père.
A une époque plus heureuse, l'hôtel du Moulinet s'ouvrait devant les équipages de l'ambassadeur d'Angleterre. Le duc de Northumberland venait représenter, au sacre de Charles X, un prince qui prenait le titre de roi de France, et écraser par son faste celui de notre aristocratie.
Là descendit aussi le duc d'Orléans , ce jeune prince, aimable et artiste comme François Ier, brave, loyal et populaire comme Henri IV, ce jeune prince qui n'eut d'ennemis que ceux que lui faisait
sa position politique, et mourut regretté de ceux-là mêmes qui ne l'appelaient pas au trône.
Le parvis Notre-Dame jouait un grand rôle dans toutes les cérémonies de notre église. C'est là que se mettaient en ordre toutes ces belles processions qui parcouraient la cité ; c'est là que venaient aborder les brillants cortèges des princes qui visitaient la grande basilique, des rois qui demandaient l'onction sainte ; c'est là que se déployait le clergé de la cathédrale venant à leur rencontre avec ses chappes d'or, ses croix, ses bannières et son dais pour les recevoir et les conduire au pied des autels.
Le parvis vit aussi de sombres et douloureuses cérémonies ; maintes fois l'échafaud s'éleva sur son historique emplacement ; maintes foison y prononça publiquement de sévères arrêts.
A l'angle des nouvelles prisons arrive , sur la place du Parvis , la rue du Trésor. Elle aboutit à la petite porte occidentale de Notre-Dame. Jadis, les bâtiments du Chapitre s'avançaient jusque-là le long de la cathédrale. Du côté droit de la rue, en venant de la grande église , était la maison du trésorier du Chapitre; elle porte aujourd'hui le n° è : aussi notre rue avait-elle le nom de rue du Trésor.
C'est dans l'hôtel du trésorier que M. de Talleyrand-Périgord plaça le siège d'une institution qu'il avait créée , que la république ne respecta pas, sans doute à cause de son fondateur , mais que l'empire et la restauration furent heureux de relever et d'à-
grandir. Je veux parler de la caisse des incendiés. La charité fit les premiers fonds ; l'intérêt et le calcul apportèrent leurs offrandes. Le tout fut administré par le clergé dès le commencement.
Retournons sur la place du Parvis; à son autre extrémité vient aboutir la rue de la Poissonnerie, dont on a fait , je ne sais pourquoi, la rue Tronsson-Ducoudray. C'est une des plus anciennes voies de Reims; elle faisait partie, en 1328 , du quarrel de porte Valloise, et dans ce temps-là elle portait le nom de rue du Vieil-Marché.
Là s'éleva la première halle de Reims ; elle s'étendait jusqu'à la porte aux Ferrons. Elle venait d'être reconstruite à neuf par l'archevêque Guillaume de Trie, lorsqu'on 1331, il ratifia la création d'un marché sur la place où il se trouve aujourd'hui ; on ne vit plus dans notre rue que les débitants de poissons, d'herbes, d'œufs, de beurre et de fruits; c'était le marché des jours maigres, celui des vendredis. Un toit porté sur des piliers abritait, dès l'origine, les marchands et les acheteurs ; il fut reconstruit vers 1640, et démoli en 1776, quand on abattit la porte aux Ferrons dont il était voisin. Comme cette halle était destinée principalement à la vente du poisson et de la marée, elle reçut le nom de la Poissonnerie ; par la même raison, la rue du Vieil-Marché devint la rue de la Poissonnerie.
C'est dans cette rue que demeurait Hélard, le peintre de la ville ; on lui avait conféré cet hono-
rable titre, en 1670, à condition qu' il serait aux ordres du conseil toutes les fois qu'on aurait besoin de son pinceau, et qu'il ferait gratis les portraits de MM. les lieutenants des habitants : nous trouvons de ses ouvrages à Saint-Jacques, à l'Hôpital-Général. Ils ne manquent ni de dessin ni de coloris. Sa maison devait se trouver à peu près vis-à-vis la porte latérale du palais-de-justice.
Il avait pour voisin et pour ami Jean de La Fontaine, notre immortel fabuliste. Celui-ci suivit les cours de rUniversité de Reims , et passa dans nos murs plusieurs de ces années où l'avenir n'est que séduction, où la vie n'est que joie et plaisir. Mme Hélard était aussi belle que sage ; or, elle était charmante. C'est à son intention qu'il fit ce joli conte que vous savez tous, et qui commence par ces vers si connus :
11 n'est cité que je préfère à Reims ; C'est la première entre celles de France ; Car, sans compter l'Ampoule et ses bons vins, Charmants objets y sont en abondance.
Galanterie d'autant plus précieuse que le distrait ami de Jeannot-Lapin n'en était pas moins appréciateur éclairé du beau sexe. On cite la maison qui porte le n° 19 comme ayant eu l'honneur d'abriter sa jeunesse, ses premières rêveries d'amour et de poésie.
En descendant la rue de la Poissonnerie, on trouvait à sa gauche la porte aux Ferrons , dont nous
avons parlé, et à sa droite la rue du Puits-Taira, dont on vient de faire la place du Palais-dc-Justice.
Elle devait son nom à un puils creusé dans la cour de la maison sise au coin de la rue de La Salle et de la nouvelle place.
La maison où il se trouve appartenait au Chapitre, et on l'appelait la maison du Puits-du-Terra. C'est sous ce nom qu'elle est désignée dans les vieux titres. Nous savons que le terrain du faubourg de Vesle s'appelait Terra communis . Notre puits était placé in Terra capituli. Peut-être son nom vient-il de cette circonstance topographique.
La rue s'appelait parfois rue du Terra : fait qui viendrait à l'appui de notre étymoîogie.
Dans tous les cas, ce nom distinguait notre puits de celui dit le Puits à la chaîne, placé à la Porteaux-Ferrons.
En entrant par la rue Tronsson-Ducoudray, on trouvait, sur la place, à sa droite , les bâtiments de l'Hôtel-Dieu , aujourd'hui détruits. Ils servirent de caserne à la gendarmerie jusqu'en 1841. C'est là qu'en 1850 les gendarmes défendirent l'écusson qui décorait le haut de leur porte ; c'est là que le peuple les assiégea et voulut leur faire un mauvais parti. Devant cet édifice était une fontaine monumentale élevée dans le siècle dernier en l'honneur du lieutenant Rogier; dégradée en 1793, restaurée en 1822 sur le premier modèle, elle fut démolie en 1841.
Le long de la rue du Puits-du-Terra était l'ancien
Hôtel-Dieu de Pieims. C'était un monument peu recommandable sons le rapport des beaux-arts , mais consacré par les souvenirs les plus vénérables; son berceau remonte aux premiers jours de la cathédrale. Partout le christianisme naissant mit la charité sous la sainte égide de l'espérance et de la foi; partout , près des églises où Ton prie , il plaça l'édifice où Ton soulage celui qui souffre.
Le grand apôtre . Romualde , son prédécesseur , tous ceux qui leur succédèrent , Hincmar surtout , enrichirent et augmentèrent le pieux édifice ; on attribuait à la libéralité de ce dernier la construction de deux grandes salles que Ton pouvait encore désigner naguère. L'une d'elles est convertie en Cour d'Assises.
L'Hôtel-Dieu fut administré par l'église de Reims; le Chapitre le dirigeait; sous ses ordres, des Frères et des Sœurs faisaient le service de la maison ; plus tard , on n'y laissa plus que quatre religieux , et le nombre des religieuses fut augmenté ; elles finirent même par rester seules dans la maison. Elles appartenaient à l'ordre de Saint-Augustin , prenaient le titre de chanoinesses régulières , et nommaient ellesmêmes leur supérieure et les dignitaires de la communauté.
Quand vint la tourmente révolutionnaire , les religieuses restèrent à leur poste. En 1793 , elles furent contraintes de quitter le costume de leur ordre; elles le reprirent en 1813. On avait vaine-
ment tenté de les remplacer ; le christianisme qui pardonne les persécutions , la chanté que rien ne décourage, les ramenèrent dès qu'on les rappela. Dès 1810 , un décret impérial avait reconnu leur existence.
L'établissement, enrichi par les fidèles , les rois , les archevêques, avait de grands revenus. En 1789, ils s'élevaient à 175,000 livres. La révolution porta sa main sacrilège sur les biens des pauvres et les réduisit de moitié ; les générations à venir souffriront long-temps des fautes de leurs devancières.
L'Hôtel-Dieu de Reims faisait de ses richesses un noble emploi. On y exerçait la charité la plus large que le libéralisme puisse rêver. Les gens de toutes les nations, les hommes de tous les cultes y trouvaient l'hospitalité s'ils en avaient besoin. Il y avait du linge pour le soldat blessé, des secours pour le prisonnier de guerre. Les enfants abandonnés retrouvaient sous ce toit paternel les soins de la mère qui les avait abandonnés ou que Dieu avait rappelée de ce monde. Le voyageur indigent ne frappait pas en vain à la porte du Seigneur : un lit pour la nuit dans une salle particulière , un morceau de pain le soir , un autre le lendemain, lui étaient réservés. Au point du jour les sergents de ville venaient le chercher et le conduire aux portes de la ville.
L'ancien Hôtel-Dieu avait quatre façades donnant l'une sur le parvis Notre-Dame , une autre sur la
rue du Trésor, la troisième rue du Puits-du-Terra, la quatrième rue de la Poissonnerie.
La façade qui donnait sur ce qu'on appelle de nos jours la place du Palais-de-Justice , se divisait en trois parties. Du côté de la Poissonnerie était le pavillon qui fait aujourd'hui partie du palais-dejustice ; venait ensuite un grand corps-de-logis à trois étages, contenant des salles de malades; après lui s'élevait un joli portail, construit du xnr auxive siècle. Son fronton était percé d'une rosace au sommet , et de deux verrières placées plus bas. Le tout était renfermé dans une grande ogive. On montait quelques marches pour arriver à la porte ; elle était séparée en deux par un trumeau sur lequel s'appuyait une statue. Deux contreforts ayant leur base sur la place, précédaient cette partie de l'édifice. Ils supportaient le fronton d'une première porte élevée devant l'ancienne au xvie ou au xviie siècle. Deux colonnes à chapiteaux corinthiens la décoraient. Elle était à plein-cintre, une croix de pierre s'élevait à son sommet.
Saint Nicolas était le patron de l'Hôtel-Dieu. Quelques-unes des verrières dont nous venons de parler faisaient partie delà chapelle placée sous son invocation. Là se disait la messe des malades, là les enfants nés dans la maison recevaient le baptême. On priait là pour les agonisants, puis pour les trépassés. L'autel était pauvre. Dans la nef étaient les fonts baptismaux. Les murs intérieurs de l'oratoire étaient couverts de
vieilles tapisseries, de toiles peintes qui ont fait l'objet de curieuses et récentes publications.
Les religieuses recevaient , dans les premiers temps, le voile au milieu du Chapitre de Notre- Dame. Depuis 1625 elles le prirent dans la modeste chapelle Saint-Nicolas. C'est là qu'elles commençaient leur existence de dévoùment et d'abnégation; c'est là qu'elles trouvaient , à la fin de leurs jours, le champ de repos éternel. Quand les saintes filles avaient payé leur dette à ce monde, qui les méconnaît parfois, elles étaient portées dans l'antique chapelle. Ses dalles humides se soulevaient et recevaient , dans son sein glacé , celles qui avaient vécu sans nom , sans famille , sans joie , au milieu des souffrances qu'elles adoucissaient , des douleurs qu'elles consolaient. Lorsqu'en 1826 r Hôtel-Dieu fut transféré dans les bâtiments de l'abbaye Sain t-Remi, les religieuses dirent adieu aux ossements de leurs sœurs trépassées. Pour la dernière fois elles s'agenouillèrent sur ces tombes sans épitaphes, sans écussons, mais riches de pieux souvenirs, où elles ne devaient pas rejoindre celles qui les avaient devancées. L'autorité comprit son devoir. La pioche de l'entrepreneur ne viola pas les vénérables tombes. Les saintes reliques ne furent pas profanées et jetées au vent. Tous les ossements furent recueillis avec respect et transférés dans le nouveau cimetière.
L' Hôtel-Dieu finit par ne pouvoir plus suffire aux
besoins d'une cité qui devenait chaque jour plus populeuse. Dès 1768, on songeait à le transporter dans une partie de la ville où l'air serait plus pur, où de vastes terrains permettraient aux architectes d'élever des bâtiments sains et larges, de tracer des jardins pour les convalescents. A cette époque, on pensait à réunir les couvents de Saint-Nicaise et de Saint-Remi, et à placer THôtel-Dieu dans les bâtiments de celui qui rejoindrait l'autre. On hésita longtemps. La révolution vint simplifier la question en démolissant Saint-Nicaise. Saint-Remi, devenu vacant, attendit plusieurs années sa nouvelle destination, et ce fut encore dans l'ancien Hôtel-Dieu que les malades et les blessés de 1 81 4 furent amoncelés. Ces lugubres circonstances rendirent de plus en plus nécessaire son déplacement : ce fut en 1823 seulement que les immenses travaux qu'il fallait faire furent achevés.
Les anciens bâtiments ont été restaurés, démolis ou remplacés, et forment de nos jours le palais-dejustice. Le tribunal civil et correctionnel de l'arrondissement de Reims et la cour d'assises de la Marne, après avoir occupé l'archevêché, le collège et l'hôtelde-ville, s'y sont installés en novembre 1859. La justice consulaire tient ses audiences dans la partie supérieure du monument.
La place du Palais-de-Justice nous conduit dans la rue des Tapissiers. Elle doit ce dernier nom à l'industrie qui s'y fixa. Les tapis de Reims furent illustres au xive siècle. On'disait alors tapis de Reims
comme on dit tapis d'Àubusson : ce genre de fabrique fleurit à Reims jusque dans le xvie siècle. Nos vieilles églises se décorent encore aux jours de fête des belles et historiques tentures qu'on lui devait. La tradition fait naître dans nos murs la famille Gobelin qui transporta à Paris l'art qui l'immortalisa. C'est à Reims qu'elle en avait appris les principes et les secrets. Peut-être les lieux que nous parcourons continrent-ils une fabrique de tapis.
Cette rue fut jadis celle de la Fourberie ou de la Fourbisserie. Là se trouvaient , avant l'arrivée des tapissiers, des fabricants d'armes : là se polissait l'acier, là se ciselait le fer. Casques, boucliers , longues et lourdes épées, courts, minces et élégants poignards s'y vendaient. Dès le temps de la domination romaine, les armuriers rémois étaient célèbres ; ils faisaient le genre d'épées connues sous le nom de spatariœ.
Le Chapitre lui substitua, au moins d'un côté, des établissements d'un autre genre. Nous voulons parler des écoles capitulaires ; elles se trouvaient à droite en arrivant par la place du Palais-de-Justice, entre la porte de la cour Chapitre ou Notre-Dame , et l'angle de la rue du Trésor. Elles y furent jusqu'aux xvie siècle. Nous avons raconté comment elles furent réunies au collège des Bons-Enfants.
C'est à la même époque que fut bâtie la porte de la cour Chapitre. Les deux tourelles qui s'élancent à sa partie supérieure, les sculptures qui encadrent leurs
petites fenêtres, les figures singulières et peu décentes qui décorent le dessous de sa voûte, en font un des édifices les plus pittoresques qui restent dans Reims.
Revenons sur nos pas, regagnons par la rue du Trésor la place du Parvis, et enfin Notre-Dame de Reims.
Le cadre de notre ouvrage nous contraignait à réduire à de petites dimensions la description de la basilique : nous avons préféré n'en pas parler ici, et lui destiner un volume spécial.