CHAPITRE XXVÎ
Le Chapitre. — Le Cloître. — Rues du Cloître, — Xotrc< Dame. — Cour Chapitre
"^^^'/>^ ortons du majestueux édifice 1b&% par le portail du nord, nous nous trouvons dans la rue et vis-à-vis des maisons qui u( ont remplacé le Chapitre.
W6 Assis de tout temps aux §5 pieds de la cathédrale , il fut démoli quand Ebon refit sur un plus vaste plan l'église de Notre-Dame de Reims , et relevé luimême sur une plus grande échelle.
Dans l'origine les évêques vivaient avec les chanoines ; ils leur fournissaient victum et vestitum. Ceux-ci étaient inscrits parmi les pauvres de l'église ;
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ils formaient une communauté de clercs connue à Reims dès le Ve siècle ; ce ne fut que sous Saint Higobert qu'ils eurent des revenus spéciaux. Les évèques se retirèrent les premiers dans leur maison ; ensuite on vit le semainier avoir pendant sept jours un logement à part.
Les chanoines vécurent en communauté jusqu'en 1195; à cette époque ils avaient de beaux fermages, de nombreux immeubles situés autour de la cathédrale et dans différents quartiers de la ville ; ils secouèrent le joug et menèrent définitivement une vie indépendante.
On avait respecté l'ancien édifice claustral ; ses divisions antiques étaient conservées, et le règne de Louis XYI le vit encore dans son ensemble, tel que l'avaient visité les générations du xme siècle.
Avec ses dépendances, il comprenait à peu près tout le terrain encadré entre les rues de la Peirière, la place Royale d'un côté , la rue des Tapissiers et celle du Trésor, la cathédrale et la rue de Lorraine.
Les bâtiments du Chapitre venaient s'appliquer aux murs de la cathédrale du côté du nord, depuis la petite sacristie au portail roman jusqu'à la chapelle située derrière celle de la Vierge.
Le petit portail roman donnait dans le Pretiosa ou anti-Chapitre; de cette pièce on arrivait dans la salle capitulaire ; ces deux salles formaient l'un des côtés du cloître ; il était carré. Sa seconde façade, parallèle à la cathédrale , se composait du près-
soir, du cellier du Chapitre et d'une portion de T église Saint- Michel , qui se prolongeait vers le grand cloître ; un petit passage ouvert devant cette petite paroisse conduisait du préau dans la cour du Chapitre. La troisième façade, regardant la salle capitulaire, comprenait les écoles de théologie et de droit canon. Enfin, dans les bâtiments appuyés sur la cathédrale étaient la bibliothèque, le revestiaire, le cartulaire et le trésor de Notre-Dame. Au centre de ces quatre corps de logis était un terrain vide nommé le Préau.
Entre le pressoir et la rue des Tapissiers étaient la cour du Chapitre, ses écoles, son bailliage.
Entre les écoles de théologie et de droit canon et la rue de la Peirière était le grand cloître et ses dépendances ; enfin de l'autre côté de la cathédrale était l'archevêché qui faisait partie du cloître. Nous allons parler successivement de toutes ces divisions.
La salle nommée Pretiosa s'élevait jadis sur l'emplacement qui se trouve aujourd'hui entre le petit portail roman et le Salon de lecture actuel. Elle devait le nom qu'elle a porté , jusqu'à sa dernière heure, à un psaume que l'on y chantait après prime et avant d'entamer l'office capitulaire. Son premier verset commence en ces termes : Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus.
Cette pièce reçut aussi le surnom du Martyrologe, parce que jadis chaque jour y on lisait un chapitre de la règle canoniale , une homélie et la vie d'un martvr.
Tous ces noms n'étaient que des caprices adoptés par la tradition , et la salle devait s'appeler régulièrement T anti-Chapitre , car elle précédait la pièce où se tenaient les assemblées capitulaires. Ses fenêtres étaient ouvertes sur le preau du cloître.
Au Pretiosa se réunissaient chaque jour les chanoines pour conférer des affaires de la communauté.
Cette salle était célèbre par les souvenirs disciplinaires qu'elle réveillait. C'était là que le Chapitre réprimandait les chanoines dont la conduite n'était pas irréprochable.
La salle du Pretiosa fut jusqu'en 1514? le théâtre des châtiments capitulaires. A cette époque, son code pénal, plutôt arbitraire que permanent, n'était plus en usage. Les nouveaux statuts qui furent alors rédigés ne parlèrent plus delà redoutable salle. Elle ne fut plus que le vestibule du Chapitre.
La salle du Chapitre ne devait cependant pas périr : le Salon de lecture devint un Cercle. On vit succéder aux romans frivoles les journaux de toutes les dimensions, de toutes les couleurs ; aux instruments de physique, les billards aux bruyants carambolages, le café d'Arabie et la glace aux parfums variés. Le nouvel établissement prospéra, prospère encore , et se prépare à lutter de durée avec l'institution dont il occupe la place.
Sur cette partie du cloître on perça une rue qui mène au portail septentrional, et tombe dans la rue
ouverte à la même époque sur les ruines des bâtiments qui longeaient la cathédrale.
Le Chapitre de Reims a de tout temps pris part au mouvement social, aux révolutions politiques qui se sont opérées dans les mœurs, dans les idées, à toutes les grandes luttes qui ont ému la France ; il a dirigé dans nos murs, pendant plus de dix siècles, les croyances religieuses et les études littéraires.
Représentant du clergé français, il résistait aux influences étrangères , même à celles qui venaient de Rome, quand elles blessaient les droits, les usages de la vieille église gallicane. Il contenait les envahissements des moines mendiants, et déjouait les intrigues ambitieuses des jésuites. Partout, pour désigner noschanoines, on disait les Personnes de Reims. Les plus grandes familles de France envoyaient leurs enfants dans le cloître canonial. Plus d'un prince du sang y prit place. Les hommes les plus instruits désiraient l'honneur d'y être reçus. C'était un séminaire d'où les sièges archiépiscopaux attendaient leurs possesseurs. On en vit sortir cinq papes : Sylvestre II, Urbain II, Adrien IV, Adrien V et Eugène IV ; vingt et un archevêques de Reims , cinquante-trois cardinaux, et un nombre d'évêques tellement considérable qu'on n'en a pas fait lecalcuL Les sièges de Saint-Diè et de Versailles savent qu'il jouit encore de ce privilège.
Le Chapitre avait son ban , sa justice , ses officiers, et de plus des vassaux d'un ordre tout particu-
lier : nous voulons parler des bourgeois à chanoines. On appelait ainsi les individus attaches dans l'origine au service du Chapitre ; les uns dépendaient de la communauté, les autres appartenaient en particulier aux chanoines. Leurs familles finirent par n'être plus asservies à des fonctions domestiques.
L'archevêque Saint Rigobert avait fait de pieuses fondations connues sous le nom de Pauvretés de Saint Rigobert. On désignait ainsi des prébendes destinées à secourir les malheureux. Ceux qui en étaient gratifiés étaient aussi les justiciables du Chapitre. Celui-ci veillait à ce que les intentions du fondateur fussent respectées, et souvent il dut protester contre la cupidité sans besoin qui envahissait le bien des malheureux. En 1585, il ordonna, dans un énergique arrêté , que les Pauvretés de Saint Rigobert se donneraient aux pauvres et non aux riches.
Dans la salle capitulaire avait lieu l'élection du lieutenant des habitants , parfois celle des échevins et des membres du conseil de ville. Quand cette dernière institution fut constituée, le Chapitre de Reims obtint le droit d'y envoyer ses représentants. D'après la transaction de 1448, le nombre en fut fixé à six.
Dans cette même salle prêtaient serment les abbés et les abbesses du diocèse, les dignitaires et officiers du Chapitre ; les archevêques aussi devraient y comparaître lors de leur installation.
Entre la salle capituîaire et l'église Saint-Miche] étaient les pressoirs et celliers des chanoines. Au-delà de ce bâtiment était la cour Chapitre ; elle communiquait avec le cloître par un petit passage ouvert devant l'église Saint-Michel, et avec la ville par une voûte donnant sur la rue des Tapissiers. Le bâtiment qu'on trouvait à sa droite, en entrant par cette rue, avait contenu les cuisines du Chapitre quand les chanoines menaient la vie commune.
Les chanoines avaient fini par placer dans une partie de ces bâtiments l'auditoire de leur bailliage, désigné au xive siècle sous le nom de consistoire. C'était là le tribunal où se jugeaient les affaires de leur ban.
Au milieu de la cour était un îlot de bâtiments sur lesquels on voyait les armes du Chapitre : là se trouvaient les prisons dont il disposait souverainement. C'est là peut-être que gémit dans les fers le coupable Honorati. Dans cette maison était un caveau connu sous le nom de prison -de Saint-Rigobert; c'est là que de son temps les chanoines recevaient les châtiments qu'ils avaient mérités.
La révolution fît de la cour du Chapitre la cour d'Abondance. Toutes les maisons qui la composaient furent vendues. Celles du centre furent démolies. En 1831, la rue qui mène à Notre-Dame fut ouverte sur les ruines des vieux édifices qui tombaient.
A côté du cellier se trouvait l'église Saint-Mi-
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Quand les chanoines vivaient en communauté, ils mangeaient à la même 'table. Leur réfectoire était dans le bâtiment dont on a fait depuis la petite église que nous venons de nommer : c'est là que de 945 à \ 195 ils vinrent régulièrement prendre leurs repas aux heures indiquées parles statuts.
Quand le réfectoire fut fermé pour toujours, on en fit une chapelle qui peu à peu s'éleva au grade de paroisse. Elle fut placée sous le patronage de Saint Michel. Son abside s'allongeait presque jusque dans le grand cloître , aujourd'hui rue du Cloître. Son entrée donnait sur un petit passage qui communiquait du Préau du petit cloître à la cour du Chapitre.
La paroisse qui remplaça le vieil édifice était celle des bourgeois à chanoines ; ils recevaient la sépulture dans le centre du préau , autour d'une croix qui s'y élevait.
A la fin du siècle dernier, on faisait à Saint-Michel quatorze baptêmes, quatre mariages et huit enterrements environ par an. L'Hôtel-Dieu et ses gens en dépendaient de temps immémorial. On supprima cette paroisse en 1790.
Les curés de Saint-Michel n'avaient jamais besoin de solliciter la charité publique en faveur de leurs pauvres paroissiens ; le Chapitre suffisait à leurs besoins , et leur distribuait même des costumes. Aussi disait-on jadis d'un homme à qui rien ne manquait qu'il était des draps du Chapitre de Reims. C'était le doyen qui était chargé des distributions de se-
cours et de vêtements , et quand il ne s'acquittait pas de sa charge, le Chapitre y pourvoyait.
Depuis 1790, la paroisse Saint-Michel a changé diverses fois de propriétaire. On en a fait tantôt un magasin, tantôt un atelier. Les constructions qu'on y fait en ce moment vont encore lui enlever une partie de ces insignes historiques et religieux.
En face de la salle du Chapitre, et à côté de la petite paroisse, étaient les écoles de théologie, de droit canon, dirigées par le Chapitre. La galerie du cloître y conduisait. Leurs fenêtres donnaient sur le préau. Elles avaient été réparées, en 1428, à l'aide d'une somme d'argent donnée par le cardinal Filiastre. Aussi avait-on placé ses armes au-dessus de la porte. La Faculté de droit canon était de fondation plus récente. Elle ne remontait qu'à 1615. Les salles où se faisaient les cours servaient quelquefois aux élections municipales. C'est là qu'en 1476 Nicolas Musart fut élu lieutenant des habitants.
Après les écoles de théologie, nous trouvons la bibliothèque du Chapitre. Elle était nombreuse et riche de manuscrits et d'ouvrages précieux ; elle occupait la portion du cloître qui longeait la cathédrale , et fermait la moitié de ce côté du préau.
Les chanoines n'avaient pas réuni ces richesses scientifiques pour en jouir sans partage. Leur librairie s'ouvrait au public les mercredi et vendredi de chaque semaine. La révolution confisqua leurs livres, et la commune de Reims s'empara de ceux qu'ils avaient amassés pendant neuf siècles.
Après la bibliothèque venaient le trésor dont nous avons parlé, et le cartulaire. Ebon avait eu soin d'élever un édifice solide pour y renfermer les archives ; il fat détruit en partie par l'incendie de 1211. Le Chapitre perdit une partie de ses chartes précieuses. Tout ce qui lui a survécu dans ce désastre , toutes les pièces qui lui sont postérieures , sont maintenant dans le cartulaire de la ville.
Au milieu de tous les bâtiments que nous venons de décrire était le préau. Ce terrain se trouve aujourd'hui compris dans la cour Chapitre et la rue Notre-Dame. Il porte aussi les bâtiments élevés visà-vis du Salon de lecture, devant Saint-Michel.
Autour du préau, devant les bâtiments sus-désignés , ou dans leur partie inférieure , régnait une galerie couverte; elle constituait l'antique promenade du cloître, et avait quatorze pieds et demi de large, cent cinquante de long dans un sens , et cent vingt dans l'autre.
Le Cloître était pavé de pierres tumulaires de toutes les formes et datées de tous les siècles. Ses murs étaient revêtus d'épitaphes et chargés d'écussons. Toutes ces sculptures étaient des monuments élevés à la mémoire des chanoines ensevelis dans le cloître et aux bords du préau. Ce fut en 1067 que l'on commença à les inhumer sur ce point. C'est là que fut mis enterre, le 16 avril 1749, le chanoine Jean Godinot, le bienfaiteur de Reims : les pauvres auxquels il avait fait tant de bien, la ville qu'il avait
embellie, dotée d'utiles établissements, n'ont pas défendu sa tombe. En 1737 il demeurait dans le grand cloître avec sa sœur Jeanne.
Non loin de lui, dans le cloître, du côté de la porte de la cathédrale, reposait un de ses joyeux devanciers, le précurseur de Rabelais, l'ami de Juvénal des Ursins, un des rédacteurs de la Coutume de Reims, Guillaume Coquillart. Sa pierre tumulaire portait ses armes, savoir : d'azur au chevron d'or à trois coquilles de même, deux en face, une en pointe.
Le Chapitre était un lieu de franchise ; les officiers du roi, ceux de l'archevêque et des autres bailliages de la ville ne pouvaient y pénétrer dans l'exercice de leurs fonctions. Toutes les fois qu'ils se permirent d'y faire des arrestations ou des actes de procédure, ils furent contraints à d'éclatantes réparations.
En 1794, le préau, l'église Saint-Michel, le cloître, ces vieux édifices si riches en souvenirs, furent vendus à la criée. L'adjudicataire dut, par suite des charges à lui imposées, construire une sacristie auprès de la cathédrale. Il paraît que cette obligation ne fut remplie qu'en 1819.
Au-delà de la cour Chapitre et sur la rue des Tapissiers nous avons trouvé les écoles publiques ouvertes et dirigées par les chanoines. L'Église de Reims a de tout temps été le flambeau de la province ; elle a su multiplier dans son diocèse les écoles, les collèges, les universités, les institutions littéraires et scientifiques. La première et la plus
illustre de toutes était l'école du Chapitre. Son berceau se perd dans la nuit des temps. Les chanoines la gouvernaient et remplissaient ses chaires souvent avec éclat.
L'école du Chapitre était connue dans tout le monde civilisé. Il y appelait de toutes parts les savants professeurs, les gens de lettres, les érudits, et leur donnait des prébendes. Il avait compris que pour fixer la science dans son sein , il fallait lui assurer des moyens d'existence. Là brillèrent successivement le poëte Hubald, Rocelin de Compiègne, les frères Anselme, Raoul de Laon , le savant Gerbert, Bruno le saint fondateur de la Grande-Chartreuse. Là vinrent étudier les empereurs, les rois, les princes de la maison de France.
Là venaient les écoliers de la maison des Écrevés, ceux du Temple, les Bons-Enfants de la rue de l'Université ; tous y suivaient des cours supérieurs à ceux que l'on faisait dans les maisons auxquelles ils étaient attachés. Nous avons dit comment les écoles du Chapitre furent remplacées. Les chanoines continuèrent l'œuvre dont Hincmar les avait chargés, en abandonnant au nouveau collège une partie de ses revenus. Ils n'ont pas manqué à leur mission. Les services qu'ils ont rendus ne sont plus que de l'histoire. Ce n'est pas une raison pour les oublier.
Les bâtiments claustraux se divisaient en deux grandes parties : l'une formait l'ancien cloître, nous venons de le parcourir. L'autre comprenait les édifi-
ces situés derrière Saint-Michel, le préau, la cathédrale et l'archevêché, et formait une enceinte connue sous le nom du grand cloître ; la rue qui la traverse aujourd'hui en a gardé le nom.
La porte du Chapitre sur le Grand-Crédo était l'entrée principale du cloître. C'était devant elle que se réunissaient en armes les chanoines et leurs gens quand ils se joignaient à la milice bourgeoise : ce qu'ils firent en diverses circonstances, notamment en 1430, quand les Anglais, après avoir fui de Reims devant la Pucelle , voulurent rentrer dans la ville du sacre. L'écolàtre, nommé capitaine par les chanoines, les chapelains et leurs francs-bourgeois , fit le monstre du Chapitre, dont le patriotisme avait fait une compagnie de gens de pied.
Le grand cloître renfermait une petite place qui existe encore entre le haut de la rue Notre-Dame , et le chevet de la cathédrale. Au centre s'élevait une croix placée au haut d'une pyramide ; elle était entourée d'arbres et indiquait , suivant la tradition, la place où jadis on enterrait les chanoines. Elle fut détruite en 1793, le lecteur a dû le deviner.
Le palais des archevêques n'était que la première maison du cloître ; les terrains vides appartenaient à tous les membres du Chapitre comme aux prélats. Ce ne fut qu'en 1571 qu'un mur mitoyen s'éleva dans cette partie du cloître et fixa la part dont jouirait chacun.