CHAPITRE XXXIL
Abbaye et église de Saint-Nicaise.
&Jm du ive siècle
out ce quartier, nous l'avons dit, était, vers le milieu un vaste cime- ^1 tière traversé par la voie Césa- '&■'* rée. Sur sa gauche, au sommet ffiSP^^KRRJ? d'une colline entourée de nos ^^zL-^^^^l^^ jours par les remparts, s élevait un palais ; c'était celui de Jovin, cet illustre Rémois qui suivit Julien dans ses guerres de Perse, et commanda la cavalerie de l'empiré dans les Gaules sous ses successeurs. C'est là qu'il termina ses jours, si l'on en croit la tradition. Sa villa lui survécut, et ses riches galeries, où se déployait le luxe de la civili—
sation romaine , furent destinées à d'illustres visites. C'est là que Clovis et Saint Rémi eurent leur première entrevue. Le chef des Francs venait de battre Syagrius et d'enlever nos provinces aux aigles impériales. Reims acceptait pour roi le vainqueur, et son évêque stipulait pour ses concitoyens la conservation de leurs franchises et coutumes, le maintien de leurs magistrats électifs; les droits delà couronne et du pouvoir exécutif furent réservés. Clovis promit tout ce qu'on demandait: il tint parole, et nous voyons en maintes occasions les Rémois réclamer les libertés qui leur furent garanties du temps de Saint Rémi.
Ce bâtiment, entouré de tombeaux, fut le premier qui s'assit sur cette partie de la ville. 11 paraît qu'il fut habité par le clergé de Saint-Nicaise ; il finit par être absorbé par leur cloître et ses dépendances.
C'est sur ses fondations, sur ses vergers que furent bâtis le monastère et l'église de Saint-Nicaise; ils occupaient l'espace compris entre les remparts, les rues Railla , Sainte -Ralsamie et Saint- Jean- Césarée. Occupons-nous d'abord de leur enceinte et de leurs environs.
Du côté des murailles aboutissait un canal souterrain qui amenait à Reims les eaux de la Suippe ; il existe encore ; et de temps à autre des éboulements subits indiquent les points où il passe. Son cours est sinueux et peut avoir de neuf à dix lieues de long. A l'intérieur était un trotl^ir sur lequel on
pouvait voyager sans se mouiller les pieds ; sa voûte est en briques ; l'eau coulait sur un lit de dalles plates. On ne sait à quelle époque cet aqueduc cessa d'être utile.
La Ligue, qui ne respecta ni couronne ni mitre, fit de Saint-INicaise une espèce de citadelle. La porte des jardins, sur la rue Bailla, fut flanquée de bastions, percée de meurtrières, couronnée de créneaux. La ville prise entre cette forteresse et le château de Mars était à la merci des Lorrains.
Nous avons indiqué déjà quelques points de la clôture qui entourait le couvent. La porte de Saint- Nicaise et celle de la rue Sainte-Balsamie n'étaient pas les seules dont on ait conservé la mémoire. Il y en avait une autre encore au bas du jardin, sur la petite place qui se trouve au bout de la rue Bailla, aux pieds du rempart ; elle est indiquée sur le plan de 1665.
Dans l'enceinte du couvent et autour de la première église était un cimetière, reste de celui créé par les Gallo-Romains. On y avait inhumé le neuvième évêque de Reims, Saint Vivent [390-400].
Derrière Saint-Nicaise étaient des jardins et quelques terres cultivées appartenant au couvent.
En 1686, la charrue d'un laboureur mit à jour, entre le chevet de l'église et les remparts, une dalle longue de quatre à cinq pieds. On y lisait ces mots :
aJulius Sylvinus primitivœ conjug. j. j>.»
Il faut, pour compléter l'épitaphe, lire : conjugi jussitponi. Au-dessous de cette pierre funéraire était une urne contenant des cendres. Sur ses flancs étaient tracés des caractères grecs : on ne nous les a pas conservés.
De ce même côté furent aussi trouves d'autres vases funèbres et des squelettes percés de grands clous.
Au fond de la place Saint-Nicaise, au point où vient de s'ouvrir la nouvelle rue, apparaissait la façade de l'illustre basilique. Devant elle était une cour dont la porte s'ouvrait sur la place ; en s'y rendant on trouvait à sa droite des vergers, à sa gauche la porte de l'abbaye.
Visitons d'abord celte partie du monument. Nous avons dit que les édifices conventuels remplaçaient le palais de Jovin. Sous la seconde race la maison devint un fief militaire ; ses titulaires touchaient les revenus et laissaient dans l'indigence les clercs qui l'occupaient depuis sa fondation ; le monastère tombait en ruines. L'archevêque Gervais racheta, moyennant cent livres, la seigneurie que possédait alors le comte Thibault de Champagne ; il établit les Bénédictins dans les édifices qu'il releva, donna à leur église la paroisse du bourg et l'autel de l'église Saint-Sixte.
L'abbaye Saint-Nicaise avait ses écoles ; nous ne pouvons indiquer le point où elles les tenait. Mais elle attachait une grande importance à l'honneur de
contribuer à l'éducation du peuple , et soutint plusieurs procès pour faire reconnaître le bien-fondé de ses prétentions à cet égard.
Le monastère devint propriété nationale ; on en fit d'abord en 1792 une caserne pour un magasin militaire ; il finit par être mis en vente et démoli.
La première église qui s'éleva sur le sol où nous sommes ne fut d'abord qu'une chapelle; elle fut bâtie de 340 à 346, et on lui donne pour fondateur Jovin ; il la construisit en l'honneur de Saint Agricole, son parent, et de Saint Vital.
Vainement on a voulu disputer à notre ancienne basilique la gloire d'avoir Jovin pour fondateur. Tous les monuments de l'histoire viennent confirmer la tradition. L'église Saint-Agricole est partout désignée sous les noms d'église Jovine ou Jovinienne. Dans le testament de Saint Rémi elle est indiquée sous celui iïecclesia Jovinianatituli beati Agricoles. Dans une charte de Philippe Iei>, relative à l'église qui la remplaçait, nous trouvons ces mots qui la concernent : uMiro opère àJovino prœfecto œdificata.»
Jovin y fut inhumé vers l'an 370. Nous avons décrit son tombeau que renferme aujourd'hui la cathédrale.
On voyait dans la première église un bas-relief antique représentant la victoire que Jovin remporta sur les Germains ; Lacourt nous a transmis ce fait curieux. Sur la façade de l'édifice primitif était une
inscription en l'honneur de Jovin ; elle a décoré les deux basiliques qui Font successivement remplacé. On l'avait reproduite en lettres d'or sur un marbre noir placé au-dessus de la porte de la troisième église. Cette dernière épitaphe était postérieure au xme siècle.
Saint Nicaise et sa sœur Sainte Eutrope, massacrés vers Tan 407, furent inhumés dans l'église de Saint-Agricole. Ces sépultures sacrées augmentèrent son importance.
Saint Agricole et Saint Vital étaient étrangers à Reims ; leurs noms s'effacèrent bientôt devant celui de Saint Nicaise. L'antique église l'adopta.
Les évêques Aper [528], Maternien [551-360], Donatien [360-590], Sévère [590], y furent inhumés; plus tard leurs ossements furent déplacés et transportés ailleurs.
Nous avons peu de détails à donner sur ce premier édifice. A l'intérieur il y avait des arcades dorées et peintes ; elles s'appuyaient sur des colonnes de marbre et de jaspe.
On montrait sur les marches du portail les traces des pas de Saint Rémi ; il avait laissé ces empreintes quand il quitta l'autel de Saint-Agricole pour aller combattre l'incendie qui dévorait la vieille cité.
Les reliques de Saint Nicaise avaient été -exhumées on ne sait comment ni dans quelle occasion et transférées àTournay. Cette circonstance avait diminué le nombre des fidèles qui fréquentaient l'église. Les re-
venus de son autel devinrent sous la seconde race, comme nous Pavons dit, un fief militaire ; leurs possesseurs s'occupaient peu des charges d'entretien qui leur étaient imposées, et l'antique édifice fut bientôt sur le point de s'écrouler.
L'archevêque Gervais [1055-1069] vit avec douleur cette honteuse dégradation et résolut d'y remédier. Les rois Henri et Philippe, premiers du nom tous deux, lui donnèrent des sommes importantes. Il fit revenir de Tournay les reliques de Saint Nicaise et rebâtir l'église sur un nouveau plan. Sa dédicace eut lieu le 26 septembre 1060 ; elle fut bénie vers 1066 une première fois. Il paraît que des travaux importants furent faits depuis, et qu'une seconde bénédiction eut lieu vers 1090, sous l'archevêque Regnauld Ier.
La deuxième église avait été mal bâtie, et au bout de cent soixante ans environ, il fallut la refaire de fond en comble.
Vers 1229, l'archevêque Henri de Braine posa la première pierre du troisième édifice. Une des verrières faites alors, placée dans la nef, le représentait en habits pontificaux, un tablier devant lui et une truelle à la main.
Les travaux Commencèrent sous l'abbé Simon de Lyons. Simon de Dampierre, son successeur, les continua. Le couvent était pauvre et on ne pouvait marcher qu'à l'aide des secours obtenus par des quêtes et des indulgences données par Innocent IV.
Hugues Li Bergier traça le plan du nouvel édifice et se mit à l'œuvre le mardi de Pâques 1229 ; il fut enterré près du vestibule : nous avons trouvé sa pierre tumulaire à Notre-Dame. Quand il mourut en 1263, il avait élevé le portail, les tours, la nef et les bas-côtés.
Robert de Coucy, son successeur, fils du grand architecte qui créa Notre-Dame de Reims, commença le transept et bâtit le chœur, le rond-point et les chapelles, et les acheva vers 4297. 11 mourut en 4511, et laissa l'œuvre de Li Bergier inachevée ; il fut inhumé dans l'église Saint-Denis.
En 1328, on essayait encore de compléter l'édifice. On promena dans le diocèse, sur un char, les reliques de Saint Nicaise ; deux moines les accompagnaient et montraient les bulles du souverain pontife ; elles promettaient le pardon à ceux qui contribuaient à reconstruire l'église ; mais les désastres de la guerre soutenue contre les Anglais arrêtèrent les quêtes des Bénédictins. Il fallut renoncer à mener à exécution complète le plan de Li Bergier, et se borner à réparer et entretenir ce qu'on avait pu construire. Le bras droit de la croisée était achevé jusqu'à la voûte, le bras gauche s'élevait jusqu'à la rose de son portail ; le reste était complet.
Le dernier abbé régulier de Saint-Nicaise, Jacques Joffrin, mort en 1530, obtint de Robert de Lenoncourt la permission de recommencer les quêtes pour terminer l'église. Nous avons vu que le pre-
mier abbé commandataire s'adjugea les fonds qu'on avait déjà recueillis.
En 1757, les religieux tentèrent de terminer Tédifiee ; ils ne purent encore une fois rassembler l'argent nécessaire. Ils firent seulement de grandes réparations.
Décrivons maintenant autant que possible le bel édifice qui rivalisait avec la cathédrale et Saint- Remi.
Il avait 305 pieds de long ; on en comptait 130 de large dans la croisée, et 95 de haut dans la nef ; 330 marches conduisaient aux tours; elles avaient 131 pieds de hauteur.
La façade avait le grand mérite d'être achevée ; les flèches, qui manquaient à Notre-Dame, couronnaient ses élégants clochers.
La partie inférieure de la façade se divisait en sept arcades ; toutes étaient surmontées de frontons aigus et triangulaires.
L'entrée principale se terminait à peu près carrément ; elle était divisée en deux par une colonne contre laquelle s'appuyait la statue de Saint Nicaise; elle était de pierre, mais la tête du saint placée entre ses mains était de marbre blanc.
On voyait à droite et à gauche, en entrant dans le vestibule, des bas-reliefs représentant les douze apôtres ; ils étaient soutenus par des colonnes de marbre.
Deux autres bas-reliefs placés sur la même ligne
que la façade, mais au fond du vestibule, décoraient la droite et la gauche de la porte principale ; celui qu'on apercevait à gauche en arrivant représentait l'enfer; des groupes de damnés exprimaient leur désespoir par d'affreuses contorsions et de hideuses grimaces. Une figure de femme, armée d'une longue fourche, courait vers eux ; elle était traînée dans un tombereau attelé d'un gros chien à longue queue , à courtes oreilles ; elle amenait en enfer les âmes coupables. Dans le quartier on l'appelait la mère Blonde et on en menaçait les enfants.
Le bas-relief sis à droite représentait le bonheur des justes et les douces joies du paradis.
Au-dessus de la porte, dans la rose à quatre feuilles et dans les trèfles qui terminaient les deux ogives dont nous avons parlé, était représenté le Christ sur le trône , dans sa gloire , entouré des archanges et des chérubins. Ces bas-reliefs , avec les deux que nous avons décrits, formaient le tableau du jugement dernier. L'effigie du Christ était la copie d'une figure qui avait été rapportée de Constantinople ; l'original fit long-temps partie du trésor de l'église.
Le haut des portes latérales était aussi orné de sculptures. A droite on avait placé le martyre de Saint Nicaise et de sa sœur Sainte Eutrope ; à gauche on voyait celui de Saint Agricole et de Saint Vital, premiers patrons du lieu.
Tous ces bas-reliefs avaient encore, en 1793, des
traces de couleurs et de dorures qui laissaient deviner quel avait été leur aspect primitif.
Au sommet des trois portes, au milieu des ornements qui les décoraient, étaient de riches et curieuses mosaïques.
Au-dessus du portail principal s'élançait une immense arcade ogivale; elle occupait toute la largeur de la façade et montait jusqu'au point où commençait le fronton.
Sa partie supérieure était occupée par une grande et brillante rosace.
Le fronton était triangulaire ; un clocheton de pierre sculptée en fleuron le terminait.
Derrière le fronton s'élevait une galerie d'une extrême légèreté ; il n'y a rien à Notre-Dame qu'on puisse lui comparer pour l'élégance et la hardiesse ; elle joignait les deux tours et formait un carré qui couronnait la voûte de l'entrée de l'église.
Au-dessus des portes latérales s'élevaient les deux tours ; leur partie inférieure était soutenue par des contreforts pleins et à quatre jets ; elles étaient divisées en plusieurs étages. Au premier était à chacune une verrière ogivale.
Les tours, à leur troisième et dernier étage, rivalisaient de légèreté avec celles de la grande église ; elles avaient quatre faces. A leurs quatre coins s'élevaient des tourelles qui prenaient la place des angles; elles étaient à jour, formées de colonnes de pierre, délicates, élancées, rangées sur deux étages.
Entre les quatre cônes qui terminaient les angles de chaque tour montait une pyramide assez large à sa base, très-haute et formant la flèche. A son sommet étaient une croix de fer, puis un coq de métal.
De chaque côté des basses-nefs s'élevaient cinq contreforts à trois étages ; de leur sommet s'élançaient des arcs-boutants hardis et légers, et percés de sculptures à jour. Ils se composaient d'une double arcade ; ils allaient soutenir le haut de la grande nef.
Le fameux pilier tremblant était le troisième à droite en partant delà façade. Ce ne fut qu'en d640 qu'on s'aperçut du mouvement que lui imprimait le son des cloches. Les deux piliers qui le précédaient du même côté présentaient le même phénomène, mais d'une manière moins nette ; tous trois commençaient à s'émouvoir quand les cloches entraient en branle, et leur tremblement augmentait à mesure que les cloches vibraient et s'agitaient avec plus de vigueur. On chercha la cause de ce fait singulier , et on découvrit que les pierres de ces piliers n'avaient pas été liées avec celles de l'église à l'aide de plomb et de barres de fer, comme celles des autres. On fit subir cette opération aux deux premiers, et ils ne tremblèrent plus. On en fit autant au troisième. L'écartement d'un pouce qu'il présentait à sa partie supérieure fut comblé, et il ne bougea plus. Quand Louis XV vint se faire sacrer à Reims , toute la cour voulut voir le pilier tremblant : on en-
40 i leva le fer et le plomb qui le rendaient immobile , et il trembla de nouveau.
La réputation qu'on lui fit était purement de caprice; car presque dans toutes les parties de l'église, on remarquait les oscillations qui l'avaient rendu célèbre.
Les cloches étaient au nombre de quatre ; elles avaient été refondues et bénies vers 1670 : la première pesait 2,000 livres; elle avait treize pieds de haut et se balançait d'orient en occident; à elle seule elle faisait trembler piliers , tours et chœur. La seconde cloche ne pesait que 600 livres ; elle marchait d'occident en orient ; sa force était moindre et ne produisait pas de commotion.
Au-dessous étaient deux autres cloches qui s'ébranlaient, l'une du nord au midi, l'autre du midi au nord. Lorsqu'elles sonnaient toutes les quatre ensemble , l'édifice restait immobile. Ces quatre mouvements qui s'exécutaient à la fois vers les quatre points cardinaux se neutralisaient mutuellement. Leur ensemble n'avait pas d'action sur la belle église.
Le portail du midi n'était pas terminé ; son fronton, qui devait être triangulaire, n'était pas achevé. Un toit couvert d'ardoises le remplaçait; il s'élevait entre des aiguilles de pierre assez élégantes et sans doute incomplètes.
L'entrée latérale se composait d'un vestibule abrité sous une voûte ogivale. La porte était séparée en deux par une colonne de marbre.
L'église était couverte en ardoises; cependant la toiture des bas-côtés et des chapelles du rond-point était en tuiles. Au milieu de ses croisées s'élevait un petit clocher dont la flèche couverte d'ardoises était assez aiguë; elle s'élevait entre quatre clochetons; sa base était percée de petites fenêtres ogivales. Les cloches qu'il renfermait servaient seulement à convoquer les religieux aux offices.
Les trois façades étaient décorées de nombreuses colonnes de marbre : on en comptait 32 suivant les uns, 50 suivant les autres. Elles occupaient dès le xme siècle la place où nos pères les ont vues.
La voûte de l'église était assise sur vingt-huit piliers ; leurs chapiteaux étaient d'une rare élégance.
Ces faisceaux de colonnes formaient des arcades au-dessus desquelles passait une galerie à jour qui faisait le tour de l'église. Elle était terminée par les verrières de la haute-nef.
Près du portail, à l'intérieur de la nef, était le tombeau de Jovin.
A droite aussi, mais entre le deuxième et le troisième pilier de la nef, était le cénotaphe de Saint Nicaise. Il était élevé sur le lieu de sa sépulture et reposait sur des colonnes de marbre ornées de chapiteaux corinthiens ; sur une dalle placée entre leurs bases, on lisait ces mots :
« Icy est le lieu où M. Saint Nicaise, jadis archevêque de Reims, et Mme Sainte Eutrope, sa sœur,
furent inhumés après qu'ils furent martyrs pour ia ïoy chrétienne. »
La voûte de la croisée portait sur qua'tre piliers ; elle avait cinq clefs d'une grande hardiesse et d'un bel effet.
A l'un de ces piliers, à gauche du dernier maîtreautel, étaient les statues du roi Jean, de sa femme et de ses fils. Elles étaient de bois argenté.
Autour du rond-point étaient rangées einq chapelles remarquables par la beauté de leurs verrières.
Le conseil municipal, en 4790, désigna notre église comme paroisse nécessaire au quartier, comme un monument dont la conservation importait à l'histoire et aux arts. Sa recommandation ne fut pas écoutée : la belle basilique fut condamnée et mise à l'encan en 4794. Santerre, ce très-célèbre brasseur, mais très-obscur général d'armée, s'entendait mieux à diriger une émeute ou la bande noire qu'abattre l'étranger. 11 compta les pierres de $t-Nicaise, comprit qu'il y trouverait une riche carrière à exploiter, et s'en rendit adjudicataire sous le nom du sieur Détienne, moyennant 45,000 francs.
Sur cette terre où furent inhumés Jovin le préfet des Gaules, Jovin le général delà cavalerie romaine, Hugues Li Bergier le grand architecte, Saint Nicaise, ce courageux prélat, mort en défendant Reims contre les Barbares, ne s'élèvera-t-il jamais un simple mausolée ? n'y gravera-t-on pas les noms que vénèrent Fhistoire, les arts et le patriotisme ? Ils sont,
bien loin sans doute, les services rendus par Jovin , Saint Nicaise etLi Bergier. Mais la gloire vieillit-elle? if est-elle pas toujours jeune, vivante au milieu des tombeaux ? la reconnaissance des peuples doit avec elle braver la mort qui tue les héros, le temps qui, de leurs restes, fait une poussière sans forme, les révolutions qui brisent leurs pierres tumulaires.