‹ ReimsChapitre 38 sur 43 · CHAPITRE XXXYIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYIÏ

Quartier Saint-Rerai. — Rues Chanteraine, — Tournebonneau, — Saint-Bernard, — des Tuileries, — des Anges,

— des Grands-Murs-Saint-Remi, — du Pistolet, — du Châtelet. — Place de Lenonoourt. — Rues des Minimes,

— Féry, — Anot,— Saint-Julien. — Place Saint Rémi.

e ban de l'église Saint-Hemi

3e étaitbeaucoup plus étendu que

: celui de Saint-Nicaise. La rue

de Moulin , le bas de la rue Fléchambault , la porte Dieu- «vvx Lumière et les limites du ban ,0*JP £ I S» vw^i Saint-Nicaise, du côté des rues Dieu-Lumière et des Créneaux, formaient son enceinte dans la ville; hors des murs il allait d'un côté jusqu'au moulin de Vrilly et la rivière, et s'appelait le petit ban. La campagne comprise entre la porte Dieu-Lumière et Cernay en dépendait aussi, et formait le grand ban.

Le ban de Saint-Remi avait ses écoles publiques. Le Chapitre de Notre-Dame voulut les assujettir aux siennes. Mais leur indépendance fut proclamée dans le xie siècle.

Descendons la rue Fléchambault, à son extrémité suivons le rempart sur la droite , et nous trouvons bientôt la rue Chanteraine. Avant d'y entrer, remarquons à notre droite la place où la Vielle-Tour , dont elle a pris le nom, s'élevait, aux bords d'un étang marécageux compris entre la Vesle et les remparts. Cette pièce d'eau subsista jusqu'en 1803. A cette époque elle fut desséchée et remplacée par la solitaire promenade que nous y voyons. Sur cette terre silencieuse on n'entend plus, au lever de l'aurore , au coucher du soleil , les fanfares de la dame des prés , de la grenouille à la peau verdoyante , de la raine chanteuse. Elle fut long-temps la maîtresse du lieu ; la rue qui menait à l'étang, la tour qui le dominait, avaient pris son nom.

Cette belle et large tour fut élevée en 1420 ou 1429 par Colard de Givry, et détruite en 1806. On releva le rempart sur ses ruines ; et de nos jours on reconnaît le point sur lequel elle était assise seulement à l'air de nouveauté que présente une portion de nos vieux murs. On y entrait par un passage voûté dont la porte regardait la rue Chanteraine. Au-dessus de cette entrée était sculptée une statue d'homme portant d'une main une gaule appuyée sur ses épaules ; de l'autre main il tenait une grenouille

avec un bâton court et assez gros. Au-dessus était cette légende : «Chante raine.» Cette effigie était, dit-on , une allusion à une servitude féodale : dans certains lieux les vassaux étaient tenus de battre les eaux voisines des châteaux pour empêcher les grenouilles de coasser.

Parallèlement à la ligne qu'elle trace se trouve la rue Tournebonneau ; dans quelques titres il paraît qu'elle est appelée rue Tournebois ; ces deux noms ont la même étymologie. Au milieu de la voie publique est un puits dont les eaux sont excellentes ; elles servent à tout le quartier ; pour en avoir il fallait tourner une mécanique en bois qui faisait descendre et remonter les seaux des consommateurs : indè nomen.

Les rues Tournebonneau et Chanteraine tombent dans celle de Saint-Bernard ; la partie de cette voie qui reçoit la rue Chanteraine s'appela long-temps rue de Versailles.

La rue Saint-Bernard , qui mène au rempart , est connne sous ce nom depuis le xvie siècle environ ; l'hôpital de Dieu-Limire , détruit au xive siècle , rétabli dans le siècle suivant rue Dieu-Lumière, finit par être transporté dans la rue que nous visitons, près de celle de Tournebonneau ; il était alors appelé prieuré de Saint-Bernard. Ce troisième édifice fut sans importance ; la charité ne s'y exerçait plus ; il tombait en ruines, quoiqu'il eût des revenus assez importants. Le doyen du Chapitre de Reims qui devait

surveiller leur emploi, d'après les termes de la fondation , ne s'en occupait pas.

Le prieuré finit par tomber entre les mains des Minimes d'Epernay qui le vendirent. On en fît une grange. On montre encore un pavillon qui en provient; ses jardins s'étendaient du côté de la tour Chanteraine.

Au milieu de cette voie vient aboutir la rue des Tuileries ; elle devait ce nom au genre d'industrie qui s'y exerçait. La fabrique de tuiles que l'on y vit long-temps passait pour avoir été fondée par l'abbaye de Saint-Remi. Le nom des Tuileries, quelle qu'en fût l'origine, rappelait des souvenirs trop monarchiques pour qu'il pût braver 1795 : on lui substitua celui de la Nation. Quand on voit côte à côte les rues des Tuileries et de Versailles, on peut croire que le second de ces noms ne fut donné que par allusion au premier.

La rue des Tuileries nous conduit à celle des Anges, dont nous n'avons rien à dire. Du côté droit celle-ci nous mène à la rue des Grands-Murs-Saint- Remi; ainsi que son nom l'indique, elle passait aux pieds des remparts qui entourèrent long-temps l'abbaye de Saint-Remi et ses dépendances.

Les murs de l'ancienne enceinte existent encore en partie ; aujourd'hui ils servent de clôture à des jardins. Quelques-uns des arcs-boutants qui les soutenaient sont détruits.

A l'autre extrémité de la rue des Anges, dans un

carrefour triangulaire , viennent aboutir la rue du Pistolet , jadis nommée rue du Pot , et la rue du Chàtelet.

Cette dernière portait aussi, comme sa voisine, le nom de rue des Anges ; c'est même à un bas-relief qui s'y trouve encore que celle-ci doit ce nom qu'elle conserve. Deux anges , soutenant l'écusson de l'abbaye de Saint-Remh sont sculptés au-dessus de la porte d'une maison dépendant autrefois de l'abbaye. Là fut le fief du châtelain de Saint-Remi : on appelait ainsi un des dignitaires du couvent ; son titre avait une origine dont nous parlerons plus loin ; dans ce moment ne nous occupons pas d'elle. Il réunissait entre ses mains une partie des pouvoirs exécutifs réservés à la suzeraineté : c'était lui qui dirigeait le guet avec le mayeur du ban Saint-Remî ; c'était lui qui faisait la police et percevait les droits dus sur les vins ; il était grand-voyer du bourg. Iî jugeait au Chàtelet ceux qui contrevenaient à ses arrêtés, et une prison dépendait de son petit tribunal.

La maison qui porte les sculptures indiquées cidessus doit être un débris de l'ancien tribunal ; les abbés commendataires de Saint-Remi y firent mettre leurs armes , sans doute parce que quelques droits de leur seigneurie s'y exerçaient dans les derniers temps.

De la rue du Pistolet nous arrivons sur la place de Lenoncourt. Elle n'est rien moins que régulière

et se compose de deux portions de terrain jadis désignées chacune sous un nom différent : celle qui se trouve du côté de Saint-Remi s'appelait place de i'Ecaille.Les Minimes, dont nous allons bientôt parler, ne mangeaient que du poisson ; les eaux de leur cuisine descendaient du côté de la place dont nous parlons et y apportaient les écailles des barbeaux, carpes et brochets servis sur îa table de ces religieux ictyophages ; ces débris donnèrent , dit la tradition, leur nom à la place. Disons cependant que cette étymologie peut être discutée , surtout quant à la date. En effet, du prieuré de Saint-Cosme dépendait, dans le xve siècle , et bien avant l'arrivée des Minimes, un four banal dit de rEschamme.Eschamme ne vient-il pas de squama, et squama ne veut-ii pas dire écaille? Les Filles séculières du Saint-Enfant-Jésus tenaient avant la révolution une école gratuite de filles dans cette place.

L'autre portion <3e la place Lenoncourt était un lieu de récréation pour les habitants du quartier. Le dimanche ils y jouaient à la quille au bâton : ce jeu consistait à faire tomber, à l'aide d'un bâton gros et court, des quilles au nombre de neuf, rangées sur une même ligne. Il avait donné son nom à la place; cet exercice, qui n'était pas sans danger quand les gens inexpérimentés s'y livraient, avait été défendu vers 1544 dans les rues et marchés. La position écartée de la place dont s'agit avait peut-être fini par obtenir pour elle un privilège qu'on refusait aux lieux fréquentés.

La place de Lenoneourt nous conduit sur le terrain connu sous le nom de cour Saint-Remi. C'était jadis le centre de la clôture qui fortifiait l'abbaye.

Cette place, comme tout le haut quartier de la ville, fut long-temps un cimetière : il remontait à l'époque gallo-romaine. Au milieu des tombeaux qu'il renfermait s'éleva d'abord la petite chapelle Saint-Christophe, et après elle la belle église de Saint- Remi. Jusque dans le xvie siècle ce terrain reçut des sépultures.

La foire se tenait dans les premiers jours d'octobre ; elle rappelait la translation du corps de Saint Rémi et la consécration de l'église faite par Léon IX à pareille époque de l'an 1049. Les archevêques et nos rois confirmèrent à différentes reprises les privilèges de ce marché.

Vis-à-vis le portail méridional de l'église s'élevait le prieuré de Saint-Cosme et de Saint-Damien ; son église est nommée dans le testament de Saint Rémi , et l'on montrait dans le jardin une chapelle où, disait-on, ce grand évêque avait dit la messe.

Le prieuré dépendait de l'abbaye ; il était desservi par deux chanoines sous l'abbé Hérimard ; Pierre de Celles y créa deux nouveaux offices. En 1458, Calixte III les supprima tous et réunit les revenus de la maison à la manse abbatiale et conventuelle de l'abbaye. Les religieux furent chargés de desservir l'autel de Saint-Cosme et de Saint-Damien; un Bénédictin s'établit dans le modeste cloître et prit le titre de prieur.

Les calvinistes, vers 1569, avaicntbrùléla maison des Minimes de Bracancourt ; les pauvres moines étaient sans asile ; Antoinette de Bourbon, duchesse de Guise, mère du cardinal Charles de Lorraine , voulut bien les recommander à son fils. Après quelquei négociations, il les fit venir à Reims vers 1572, les logea provisoirement prèsla porte de Mars, et leur donna pour asile définitif l'ancien prieuré de Saint- Cosme et de Saint-Damien. Ils y étaient à peine établis, qu'en 1580, le feu prit par l'imprudence d'un domestique, et détruisit leur nouveau couvent. Des quêtes fructueuses permirent de réparer ce désastre immédiatement, Henri III et l'archevêque Louis de Guise y joignirent leurs offrandes. Le Chapitre de Notre-Dame se montra généreux ; aussi la reconnaissance plaçait-elle ses armes en plusieurs endroits de la maison. L'archevêqne posa la première pierre du nouvel édifice; mais les malheurs du temps arrêtèrent les constructions. Ce ne fut qu'en 1630 que Henry Clausse, évêquede Châlons-sur-Marne, put consacrer l'église etla mettre sous l'invocation de la Vierge et de Saint François de Paule. Au-dessus du portail, on mit une inscription qui rappelait cette cérémonie et sa date.

Le cloître des Minimes était un de ces monuments que la révolution aurait dû respecter. 11 entourait un préau émaillé de fleurs ; de ce côté , il était complètement fermé par des verrières historiées.

Elles dataient de 1640 à 1644 , et étaient dues au

pinceau de Pierre Simon, artiste rémois ; elles représentaient, entre autres sujets sacrés, la vie de Saint François de Paule, fondateur de Tordre des Minimes. Ces vitraux remarquables avaient été faits en partie aux frais de Henry d'Orléans-Longueville, marquis de Rothelin , gouverneur de Reims, inhumé à Saint-Remi.

Si dans ce couvent on cultivait les arts , on ne négligeait ni les lettres ni les sciences. Une riche bibliothèque favorisait les études et les délassements des religieux. Elle fut transportée à Saint-Remi et de là à T hôtel-de-ville.

Là fut la cellule du père Féry, ce savant mathématicien que la ville sut attacher à ses écoles. Elle lui devait le Chàteau-d'Eau, peut-être un peu dédaigné dans notre siècle de progrès, mais qui n'en fut pas moins dans son temps une création utile.

Le couvent des Minimes fut mis en vente par la révolution ; il ne fut pas démoli de suite.

La porte de l'église subsiste. Elle est encadrée dans la clôture d'un jardin qui a remplacé le saint édifice. Au-dessus on voit encore sculptée la date de 4611.

La rue des Minimes , dont la république fit celle delà Nature, longeait l'ancien couvent et conduisait au rempart. La place sur laquelle elle aboutissait , située devant le couvent , s'appelait place des Minimes.

La rue des Minimes et la rue Féry nous mènent

au rempart. De ee côté, sur la gauche , près de la porte de Dieu-Lumière, est la rue Anot. Elle n'a pas toujours porté ce nom respectable. Naguère encore elle s'appelait rue aux Porcs ou aux Cochons.

Aux beaux jours de la foire Saint-Remi , il se tenait de ce côté un marché dont les compagnons de Saint Antoine avaient les honneurs. Ces animaux étaient parqués dans les cours et étables qui se trouvent dans ce coin de la ville.

Descendons la rue Dieu-Lumière où vient de nous conduire la rue Anot, et nous trouvons à l'entrée de la halle Saint-Remi, à gauche , la rue Saint-Julien.

Elle a souvent changé de nom. Ce fut d'abord la rue de Lombardie ; là demeuraient sans doute au temps des foires les petits banquiers ambulants que le nord de l'Italie et le midi de la France envoyaient dans nos contrées; ce fut ensuite la rue Saint-Cosme. Elle menait à l'antique prieuré que possédèrent successivement des chanoines, MM. de Saint-Remi et les Minimes.

C'était dans le siècle dernier la rue de la Bonne- Femme : les érudits , les philologues , les chroniqueurs sont inconciliables quand onJes interroge sur cet illustre nom. L'impertinence des uns va jusqu'à soutenir queles mots sans tête doivent terminer la phrase dénominative; d'autres, dont le scepticisme n'est pas moins effronté , allèguent qu'il n'y eut jamais à Reims qu'une seule femme bonne, bonne en tous points, bonne sous toutes les faces, et qu'elle de-

me

meurait dans la bienheureuse rue qui nous occupe. Chaque système invoque à l'appui de son argumentation une preuve irrésistible, une enseigne transmise d'âge en âge et rafraîchie detempsà autre. Sur Tune on voyait la femme incomparable arracher son mari aux distractions brutales de la vie , aux charmes du brelan, aux rêveries delà dive bouteille. Sur l'autre, l'idée de l'artiste était claire et facile à saisir : la femme était sans chef. Hàtons-nous d'ajouter que cette insolente enseigne était celle d'un charcutier : on comprend que son propriétaire ait préféré dénouer le problème en tranchant la question. Ce qu'il faut constater , c'est qu'on se mariait dans le quartier sans plus d'effroi que dans les autres.

Enfin la rue dont s'agit vient de se placer sous le patronage de Saint Julien.

Saint Julien n'avait pas l'honneur d'être Rémois; 11 fut martyrisé à Brioude en Auvergne ; quelquesunes de ses reliques furent apportées dans nos murs vers 53 i et déposées dans une petite église qui reçut en même temps son nom.

Elle était située sur l'emplacement qu'occupent aujourd'hui les maisons de la rue Saint-Julien portant lssnofrl, 2, 3 et 4, au chevet de Saint-Renà , à la gauche de ceux qui vont à l'ancienne halle. Elle avait été fondée par Adelode, disciple de Saint Rémi, un des principaux habitants de Reims, riche, pieux et charitable ; après avoir fondé douze maisons hospitalières et employé au profit de ceux qui souffraient

4o/ îa fortune qu'il possédait, il mourut et fui inhumé avec son fils Haton et sa fille Euphrasie, dans la basilique qu'il avait bâtie, derrière le maitrc-autel. Dans le XIe siècle, l'église tombait en ruines; elle fut relevée pour être reconstruite une troisième fois; alors le style ogival remplaça chez elle l'architecture romane.

Cette petite paroisse venait d'être réparée et embellie quand la révolution la supprima; le bel autel de marbre qu'on venait d'y élever fut détruit, et l'édifice entier en 1794 fut mis en vente et entamé de toutes parts. On trouve encore, dans les maisons qui lui ont succédé, une des basses-nefs et une portion du transept ; des débris de sculptures , des lignes qui dessinent tantôt l'ogive , tantôt le plein-cintre, rappellent ce qui était et ce qui n'est plus.

Le cimetière de l'église en était séparé par la rue de la Bonne-Femme; il se trouvait devant le couvent des Minimes, au point qui forme de nos jours une place à l'entrée de la rue Féry.

Avant 4558, la haute ville avait été plusieurs fois dans la nécessité de veiller à sa propre conservation; l'abbaye de Saint-Remi était enfermée depuis longtemps dans une enceinte fortifiée. Nous en avons montré les restes dans la rue des Grands-Murs. Cette enceinte avait deuxj)ortes, l'une dans la partie inférieure du côté du clos Saint-Remi , l'autre dans la rue Saint-Julien; c'est cette porte qui attenait au presbytère de l'église. Elle était crénelée par le haul

ft fermait jadis toute la rue. Ou la désignait sous les noms de porte Harmet, Harmé, Harmée, fausseporte, porte de Saint-Julien, entrée du château de Saint-Remi. Harmet ne vient-il pas du mot armata, armée? Je laisse à de plus instruits le soin de répondre à cette question. En 1130, l'abbaye de Saint- Remi possédait une terre qu'elle donnait au couvent de la Valdieu; elle s'appelait le Mont-Hermet. Euton un motif pour donner son nom à cette entrée? nous l'ignorons. C'était là la porte principale de l'enceinte. Elle fut démolie dans le siècle dernier. On remarque encore dans le sol les traces de ses fondations ; elle se trouvait à peu près au milieu de la rue, près des maisons qui portent les nos 7 et 8.

L'église Saint-Julien était comprise dans les fortifications; elle devint la paroisse de tous ceux qui s'y trouvaient enfermés avec elle.

Les fortifications du xive siècle rendirent l'ancienne enceinte inutile ; elle fut entamée de toutes parts et finit par disparaître; elle devait avoir comme toutes les places fortes ses divisions intérieures. Dans le siècle dernier on voyait encore une porte voûtée, profonde et garnie de créneaux, qui tenait d'un côté au portail même de Saint-Remi, de l'autre au bâtiment qu'on appelle de nos jours la grange Saint-Laurent ; le vaste terrain auquel elle donnait accès s'appelait alors la cour Saint-Remi; une autre cour devait s'avancer plus bas dans la rue Fléchambault pour embrasser dans son enceinte l'abbaye , ' l'église et leurs dépendances.

Quand cette porte tomba, la place Saint-Remi s'étendit devant le portail de l'église, la façade de l'abbaye, et vint joindre les murs du grand clos. De ce côté s'élève aujourd'hui une des deux salles d'asile ouvertes par Reims aux enfants des journaliers.

De l'autre côté, presque en face, se trouve la grange ci-dessus indiquée. Elle est située hors des limites de l'ancienne cour Saint-Remi ; à sa place fut une petite église placée sous l'invocation de Saint-Laurent.

On la faisait remonter au xe siècle ; elle était devenue la chapelle de l'aumônerie de Saint-Remi. C'est là que le couvent donnait l'hospitalité aux pauvres pèlerins qui venaient visiter les reliques du grand apôtre. La munificence de nos rois pouvait s'attribuer l'honneur de la pieuse fondation, carl'aumônerie de Saint-Laurent était comptée parmi les hôpitaux de création royale.

Dans la suite des temps, l'aumônier s'était constitué le seul véritable usufruitier des revenus de l'hôpital; le parlement, saisi de cet abus, déclara que son titre n'était plus qu'un office claustral inutile au public et sans profit pour les pèlerins; ils réunit donc à la manse conventuelle les biens qui en avaient jadis été détachés dans de pieuses et charitables intentions.

Pendant quelque temps on continua les offices dans la chapelle abandonnée; puis on finit par n'y

plus revenir. Elle devint un loeal vide qu'on louait pendant la foire. On prétend même qu'on y vit des baladins donner spectacle à la foule vers 1739. Ce scandale ne devait pas durer. En 1750 on décida que Tantique édifice menaçait ruine. M. de Rohan, cardinal archevêque de Reims, le fit démolir. Une partie de ses murs est restée debout, et Ton voit encore un des piliers qui les soutenaient au dehors.

L'hôpital où couchaient les malades et les pèlerins, le corps de logis occupé par les Sœurs converses et le Bénédictin qui dirigeait la maison , tenaient à la chapelle , donnaient sur la cour Saint-Remi, et se prolongeaient jusqu'à la place de Lenoncourt.

Quelques débris de ces antiques édifices subsistent encore. On les trouve sur la place de Lenoncourt, à droite en arrivant par la place Saint-Remi, et sur la place St-Remi, dans la maison qui porte le no 7.

Sur la place de Lenoncourt on n'aperçoit qu'une fenêtre divisée en deux par une colonne de pierre Son double sommet à plein-cintre est formé d'une seule pierre. L'architecture romane qui l'a construite se révèle d'une manière bien plus complète dans la maison voisine.

Le bâtiment qui donne sur la cour Saint-Remi porte sur des bas-celliers voûtés à plein-cintre. Les nervures qui se croisent sous ses voûtes aboutissent à des tètes sculptées grossièrement et d'autres ornements antérieurs au xie siècle.

Sur la cour de l'édifice sont encore ouvertes deux fenêtres semblables à celle que nous avons indiquée sur la place de Lenoncourt. On dit que sur l'édifice s'élevait un clocher.

Ces ruines curieuses rappellent des souvenirs bien plus importants que ceux de l'église Saint-Laurent. La tradition les donne comme celles d'un palais habité par nos rois jusqu'au xie siècle.

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