‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 14 sur 34 · DEUXIÈME ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ARRONDISSEMENT

Faubourg SaioUThomas. -<- Route de Laon. — Le Cimetière. — Le Mont-d'Arène.— Les Promenades. — L'Arcde-Triompbe.

RANCHissoNSun iiistant les remparts , et visitons le quartier qui fait face à celai que nous venons de parcourir. Le faubourg Saint-Thomas doit son nom à un ancien cimetière placé jadis au-delà des promenades et à peu près vis-à-vis de F arc-de-triomphe : c'était le cimetière d'une église dédiée à SaintpHilaire, et qui s'élevait devant la porte de Mars , du temps de Saint Rémi ; il la nomme dans son testament. Elle avaitété restaurée par Farchevèque Artaud [951-963] ; il fit remettre à neuf le toit et le plafond : détail qui

Sflo

supprimés à la fin du siède dernier. Il fut béni le 8juiUeti787.

A côté du cimetière de Reims s'élève en amphitliéàtre un terrain planté d'arbres verts. Là fut le calvaire érigé par la Mission en i 821 ; ce fut le 7 janvier que les prédications commencèrent; une grande processÎMi faite à Notre-Dame en signala Touverture. Le monument gigantesque resta ddwat jusqu'en 1830 : il fut renversé le 17 aoùi, aux acclamations de cette même foule qui avait applaudi à son érection.

Le calvaire fut dévasté ; sur le socle qui avait porté la croix , on posa une urne funèbre découpée dans une planche. Au-dessous on mit cette inscrip^ tion : « Aux braves morts pour la liberté dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1850. »

Du même côté , sur une hauteur, s'élève une fabrique de noir animal. La tradition place sur ce point les fourches patibulaires.

On j laissait suspendus les corps des suppliciés jusqu'à ce que la corruption , les oiseaux de proie, les bêtes féroces les eussent réduits en lambeaux et anéantis. Quelquefois, cependant, on les inhumait de suite, et on a trouvé, en creusant, des corps ajant les fers aux pieds. Au surplus , sur ce monticule fut jadis une villa romaine. A différentes reprises on a constaté les lignes de ses fondations et recueilli des fragments de marbre qui en provenaient.

Revenons sur nos pas, et avant d'entrer à Reims,

examinons à notre droite un arc-de->triomphe, la plus belle ruine peut-être qui signale dans nos contrées du nord où le climat détruit tout , le passage de la domination romaine.

A quelle époque fut-il élevé ? Sur ce point, Farchéologue peut choisir entre de nombreuse» opinions, et leur en préférer une nouvelle s'il veut se donner la peine d'en construire une.

Quoi qu'il en soit , notre arc-de-trioraphe a reçu le nom de Porte de Mars, parce que, sur l'emplacement où furent depuis l'église Saînt-Hilaire et le cimetière Saint-Thomas , s'élevait le temple du dieu de la guerre.

Sous les Romains, la ville avait quatre portes principales (i); chacune d'elles regardait un des points cardinaux : celle de Mars faisait face a a nord. C'était la plus haute, la plus belle de toutes , ainsi que nous l'apprend Flodoard. De son temps , elle servait d'entrée à la ville ; plus tard, quand un château-citadelle fut élevé par les archevêques , l'arcde-triomphe j fut compris, mais il conserva sa destination.

Vers 1334 , pour rendre la prise du château plus difficile , on mura les arcades de l'arc-de-triomphe,

(f ) Nous avons déjà vu celle de Vénus ou aux Ferrons , rue de Vesle. La voie romaioe qui venait aboutir \ la porte de Mars se trouve entre la route actuelle et rétablissement du gat.

et on ouvrit à cdté une porte dont Touvertare ogivale se dessine encore aujourd'hui dans le rempart.

Dans le xvi® siècle , vers 1544 ^ des travaux de terrassements furent faits pour fortifier celte partie de la ville, et le vieux monument romain disparut sous les matériaux, qui Fensevelirent complètement. Lorsqu'en 1594, on procédait à la démolition du château de Mars, sa partie supérieure revit un ins— tant le jour. On aperçut la voûte où Rémus et Romulus sont allaités par la louve. En 1650, de nouveaux travaux dégagèrent les deux autres ar— cades ; puis on cessa de s'occuper du monument. Des matériaux, des décombres , s'amoncelèrent sur ce point, et Tare allait disparaître de nouveau, quand Dallier, lieutenant des habitants , le mit sous la protection de la ville, et depuis 1670 son sommet ne cessa plus d'être exposé aux regards des curieux.

En 1812, le gouvernement alloua 2,000 fr» pour dégager l'édifice du haut en bas. Ce ne Ait qu'en 1816 ou 1817 qu'il fut découvert du côté de la campagne ; on eut l'idée de le restaurer entièrement : on y renonça ; ce projet sera toujours inexécutable pour de vrais archéologues. On dut se borner à réparer les parties qui menaçaient ruine.

Tel qu'il est, l'arc-de-triomphe ail mètres 2 décimètres environ ; avec l'entablement il s'élève à 15 mètres 5 décimètres; le surplus de la hauteuf échappe encore à notre appréciation. Il devait avoir 53 mètres de largeur, et 6 mètres environ de profondeur.

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Il est divisé en trois arcades : celle du millieu , plus vaste, plus élevée que les autres, à 10 m. 75 c. environ de hauteur, et 5 m. de large. Les deux autres, hautes de 9 m. 75 c. environ, n'ont guère que 3 m. 25 C. de large. Les piliers qui les séparent et dessinent Tensemble du monument, étaient décorés de vingt colonnes cannelées, surmontées et chapiteaux corinthiens. Huit d'entre elles sont aujour^ d'hui entièrement détruites. Les douze autres, quoique rongées par les siècles , conservent encore leur beauté et caractérisent magnifiquement la ruine romaine ; elles ont depuis le sommet du socle qui les supporte, jusqu'à celui de leur chapiteau, 8 m. 75 c. environ.

Entre les deux colonnes qui dessinent chaque piUer est une niche peu profonde dans laquelle sont placées des sculptures formant bas-relief; un autre bas-relief sert de base à cette niche ; elle est encadrée, de droite et de gauche , par d'autres bas-reliefs longs et étroits. Le tout est couronné d'un fronton triangulaire , séparé de la niche par une finse ornée d'élégantes sculptures. Tous ces détails sont 4e nos jours presque méconnaissables ; les bas-reliefs sont mutilés et parfois entièrement détruits ; trois des niches seulement sont debout ; celle de l'extrémité droite est anéantie. La mieux conservée est celle qui se trouve entré l'arcade droite et celle du milieu. On croit y reconnaître Enée emportant son vieux père , et tenant son jeune fils

par la main. Les sculptures qui encadrent celte nicbe représentent des figures nues : on distingue encore quelques figures humaines sur le bas-relief de la base ; au fond de la nicbe de rextrêmité gaucbe , on aperçoit à peu près un personnage assis ; deux figures mutilées et méconnaissables sont près de lui. Au centre du fronton triangulaire, on remarque quelques traits de sculptures qui ont fait penser que là devaient se trouver des tètes ou des masques.

Sur le sommet des frontons est posé de cbaque côté un génie ailé, supportant un vaste médaillon dans le centre duquel est une tète de grande dimension : ce point est un de Ceux qui nous semblent indiquer la décadence de Fart et Farrivée du mauvais goût. Les tètes sortaient du médaillon ; elles étaient plus hautes que Touverture qui leur donnait passage,et la surmontaient de quelques centimètres; elles étaient bien plus fortes que tout le corps des génies ailés qui les supportaient ; il n V a pas de proportions entre ces sculptures.

Chaque arcade est dessinée à T extérieur , le bas par deux colonnes plates , terminées par un chapiteau formé de trois lignes de sculpture. Des rinceaux tournant alternativement à gauche et à droite, ornent 4a surface plate de ces colonnes. D'autres sculptures couvrent l'espace qui les sépare des colonnes corinchiennes. Le haut de Tarcade est indiqué par trois 4ignes ciselées avec art : Tune est dentelée ; les autres

sont ornées au centre et au sommet d'aune tète élevée sur son cou ; rien ne T entoure, rien ne la supporte. Ce point est le second de ceux qui nous semblent indiquer la chute de Tart. Ces tètes sont tellement mutilées, qu'on ne peut savoir qui elles représentaient.

La voûte de Tarcade du milieu était entièrement couverte de sculptures. Au centre, dans Un carré, on dislingue une figure de femme, assise, et tenant entre ses bras des cornes d'abondance; deux enfants jouent à ses pieds avec des corbeilles de fleurs et de fruits ; deux autres figures, debout à ses côtés , sont aujourd'hui tellement rongées , qu'on ne peut les deviner. Ce carré est placé au centre de trois cercles de sculpture ; le plus grand est orné de lignes brisées à an^es droits , rentrant les uns dans les autres , connues sous le nom vulgaire de dessins grecs ; de riches ciselures et des palmes décorent les deux antres. Les angles d'un grand carré qui renferme les trois cercles sont ornés de la même manière. Autour, dans douze compartiments formant un encadrement carré, sont des sujets qui représentent, pai* des allégories, les douze mois de l'année. Sept de ces sujets sea)emeiit sont aujourd'hui visibles.

Sur les bas^ètés de la voûte sont sur chaque face^ de l'arcade trois génies sans ailes; la partie inférieure de leur corps se perd dans des rinceaux ; ils portent des guirlandes de fleurs entourées de rubans ; des eygnes aux ailes éployées sont posés dessus. Au^es'-

soas sont des corbeilles de fruits; des oiseaux perchés sur des thjrses décorés de draperies et se croisant derrière les corbeilles, viennent becqueter les fruits. La voûte des deux autres arcades est ornée de diverses sculptures formant des carrés qui s^encadrent les uns dans les autres. Au centre de Tune on voit la tendre Léda ; T Amour voltige au-dessus d'elle; sur ses genoux s'élance le cygne séducteur. Au centre de Tautre arcade on reconnaît Romulus et Rémus allaités par la louve historique. Près d'eux sont Faustulus et Acca Laurentia.

Les deux façades latérales de Tare étaient chargées de sculptures ; il est évident que le monument ne faisait pas partie du rempart. 11 devait se trouver, ou au-delà de Fenceinte dont nous perdons les traces au bout de la rue des Telliers , ou dans T intérieur de la ville.

De tous ces détails il résulte pour nous ceci : Tiirc* de-triomphe est un monument pacifique ; il »e rappelle ni la gloire des vainqueurs ni la honte des vaincus. Il peut être construit en Thonn eur de ralliancfi qui unit Reims à Rome : Taifectation avec kquelk ranrtiste à reproduit les souvenirs qui se rattachent au berceau, de la ville éternelle prouve suffisamment qu'on a eu l'intention de flatter la tradition, qui donnait Rémus pour fondateur à la cité rémoise.

Flodoard raconte que l'arc triomphal et ses détails allégoriques frappèrent Saint Sixte et Saint Sînice, lorsqu'ils vinrent les premiers prêcher la foi dans nos

contrées. La tradition qui place Toett vFe.de ces cou» ragjeax apôtres dans' le premier siècle de Tère ehré<tienne, veut^ par voie de eonséquetiee, que la ma* goifique porte, debout idlvaiit leur mivée, ait été bâtie sou£ AdgiistejMais la savante notiœdonirÂeadéaiie de Reims vient d'enricbir son édition de Marlot, en établissant que les saints évèques ne parurent aux bords de la Yesle que dans le m* siècle de Fère chrétienne, vient appuyer le système que nous croyons devoir adopter jusqu'à nouvel ordre, sur Fépoque à laquelle s'éleva le bel édifice dont nous admirons les ruines.

Ces vieux débris sont les derniers témoins de la puissance rémoise ; ils ont vu le sénat de notre cité dominer dans nos contrées, les habitants de Durocort libres , riches de crédit dans les Gaules , redoutés à la guerre, respectés pendant la paix ; ils ont vuGlovis s^incliner devant la croix, et la monarchie se faire chrétienne ; ils ont vu Reims depuis seize siècles croire, combattre et travailler. Sous cette noble voûte le vainqueur de Tolbiac passa pour aller combattre Syagrius.

Ruines vénérables, vous ne pouvez périr : à vous se rattache Thistoire de nos pères. Ses pages sont écrites sur vos pierres rongées et verdoyantes. Restez debout pour raconter aux siècles futurs la gloire de la vieille cité. Vous leur direz que Reims, plus heureuse que Rome^ n'est jamais tombée ; que moins puissante, mais moins corrompue, moins fière, mais

plus énergique, |4qs laborieuse , elle a traversé les âges sans baisser la tète. Vous leur direa tout ce que donnent de force la volonté, la foi et le patriotisme ; et les fils de nos fils, oubliant Mars et Rome, répéteront avec nous : Salut à Tarc-de-triomphe de Reims 1

CHAPrrRE XVÎ.

Quartier de Mars. — Porte de Mars. — Boulevard de Mars.

— Place du Château-de-Mars.— Rue du Cœur-Navré,

— Rues du. Château-de-Mars, — Henri-IV, — de Porte- Mars, — du Tambour.

lihut longtemps de tou», ce sol du temple de MarSfCeroyattme des ruines et des morts n'était plus fréquenté que parce que la route de Laon à Reims le traversait. Cette an^ cienne ToieromMue amenait jadis le voyageur devant rarc«-de4riompbe smis lequel il passait. Âuîourd'hiii il hoi faire uncoude à gaudie et pénétrer dans Reims par une porte pour ainsi dire dérobée ; elle a gardé le nom en monument dont nous avons parlé et du ckAteau doiK nou$ parlerons bienlôi. Long-«temps

plus énergique, plus laborieuse , ellr âges sans baisser la tète. Vous leuc' donnent de force la volonté, la fir et les fils de nos fils, oubliant V rontavec nous : Salut à Taiip

.01 réla construisit o jours. Jusqu'alors .fiade sur les remparts ; une <6 a chacun de ses côtés. En 1625 ae manière à ce que sa partie supé- «iit plus que la continuation du boulevard. ^€çut^loPs du côté de la ville les ornements que ^oas y remarquons. Au sommet se dresse la statue ^ plomb du dieu des batailles ; sur un premier «fitaUelnent 4yiii sépare le toit de la voûte , étaient sculptées lesianaea de France et celles de la ville. On les >vo|!àit encore sur un second entablement plflM largo que le premier. Aocol6essur celui-ci, elles: étaient, sépacées par des linoéauï sur le second.

La façade du côté de la oàflipagBe ne date que de 1787; fà cette époque on la refit à neu£^ ou> répara la voûte et la terrasse qui la couvre ; lamèoiei aahiéeon: démolit ks fortifications avancées quila pffotégieaieiiÉ,

mw autre porte plus petite qui ouvrait à ^nt , du cèté de la glacière.

^n ville, OD trouve de suite à sa

V rue étroite, mal pavée, et dont

\lle longe le rempart, et vient

\; on en a fût un bolll^-

Avant ce récent baptême,

^ç-Culurum, ou mieux

r il est à remarquer

> ca nom.

. ^ Mars se trouve aujounfbui

ou vont se ranger les voitures

^e campagne aux jours de marché : là

dit le château féodal des archevêques, dues et

pairs de Reims. Après être touàiè entre les mains

de la Ligue qui s'en servit pour prolonger la guerre

civile et punir par sa tyrannie les Rémois de

leur aveuglen^ent, il fut remis au Béarnais. En

1595, on paya huit mille écus la permission de le

démolir. Après avoir ordonné sa destraction, la cour

avait changé d'avis. Mais nos devanciers avaient

chargé de tant de malédictions ce vieil édifice , de^

pais si long'-temps ils Tavaient pris en haine, que

quuid r heure de sa chute eut sonné, chacun se mit

à Toeuvre et en une journée il lut jeté en bas.

On n'est pas d'aooord dur Tépoqne à laquelle fut construit cet antique édifice ; on liiî donne généralement pour foiMkteurrarchevèque Henri de Braine; la date de sa création -serait alors de iSiS à 1250 ; il

2iO

est cerUin que Henri de Bntoc, s'il ne le fonda fns, FaugnienU ; c'est lui qn y enfenna ran>de4rioinphe dont il lui donna le nom. Mais fl parait qae Tarcbeyéqae Henri de France y avait lait travailler en 1170; on pense que celni-ci n\ a fait , comme le premier , que des additions ; si on en croit nos cfarooiqnes, qui malbeoreosement ne sont pas toujoors authentiques et certaines de ce quelles avancent , les premières constructions avaient été faites par les ordres de Senlf, successeur d^Hincmar [9%K-925]. Ce qu'il y a de certain, c'est qn^on aperçoit sur la vue hite par Chàtillon une construction ep ruines qui semble antérieure de beaucoup à Tépoque gothique ; on lui a même fait T honneur de lui donner une origine romaine. Elle paraissait constituer un bâtiment circulaire , orné de colonnes à Texterieur et divisé en deux étages ; il était percé à chacun d'eux de fenêtres à plein-cintre ; le tout était crénelé par le haut.

Quoi qu'il en soit ^ le palais fot habité par les archevêques sans interruption au moins depuis le xiii^ siècle jusqu'en i4â2. Cette année, le 25 mars , un vi<4ent incendie le détruKit en partie : on Fattribua à la malveillance des Anglais, alors maîtres dansR0ims.Ils vottfasrent sans^oute se venger de rarchevèquè Renaud de Chartres, fidèle à son roi , et chassé de son siège pari-étranger. Dans des temps plus heureux , le prélat , rentra dans ses biens. De suite il prit ioin de feire relever le château de ses pré-

décesseurs , et c'est de son temps [14^-1444] que date en partie F édifice détruit en 1595. Cependant en 447711 n*était pas entièrement rebâti. Raulin Cochinard lit enlever les matériaux réunis pour les ré^ parationft restant à faire; par ses ordres on démolit une partie des murs encore existants ou déjà relevés.

Les archevêques sortaient de temps à autre^ de cette demeure sûre, mais un peu sombre. Ils descendaient dans une habitation de plaisance, peu considérable, mais mieux éclairée et phis riante, élevée au-delà des fossés. Un jardin riche de fleurs, un verger soigneusement entretenu, une garenne bien peuplée de timides et fugitifs lapins, embellissaient cette résidence presque champêtre. A la moindre alerte , les archevêques passaient le pontlevis et rentraient dans le chàteau-fort. Cette maison d'agrément et ses dépendances furent en partie détruites et absorbées par les fortifications élevées en

Au château se substitua la grande place qui porte son nom. Elle devint en 1795 la place de la Réserve; c'était sous une voûte ménagée dans les remptqrts , reste probable des anciennes fortifications, et ouvrant sur cette place , que la ville renfermait depuis la fin du XVI* siècle son artillerie et ses munitions de guerre. C'est encore là que de nos jours on garde les poudres déposées à Reims.

Du même côté, la ville fit cession àJ'Etat,en 1719, d'un em^acement sur lequel on bâtit un hôtel de

monnaies d'ordre inférieur ; onn'y fitqaedes pièces de cuivre ; cet établissement dura peu.

Sur la place de Mars vient aboutir la rue du Gœur-Navré ; die doit son nom à renseigne sculptée auHlessuâ de la seule maison qu'elle renferme : elle représente un cœur percé d'une flèche. Cette maison, fort ancienne, fut rétablie en 1756. I^ rue portait aussi, dans le siècle dernier, le nom de rue de la Ci* devant-Monnaie. 11 est probable que la fabrique de billon dont nous avons parlé n'en était pas éloignée.

En passant devant la maison du Cœur-Navré, nous arrivons dans la rue du Cbàteau-de-Mars ; à la rue qui a toujours porté ce nom, on vient de réunir celle du Jardinet, qui lui faisait suite. Celle-ci ne rappelle aux imaginations rémoises que de riants souvenirs. Là se trouvait une maison où l'on était plein d'égards pour les amis de la joie ; là, sous le berceau de vigne on entendait la gaillarde chanson marier ses refrains grivois au choc bruyant des verres.

Au bout de la rue du Cœur*Navré se présente la rue Henri4V. Le nom du bon roi a remplacé celui d^une enseigne , la Come-de-Cerf , qui avait fini par s'imposer à la voie ou elle'se trouvait. C^te rue, av* jourd'hui déserte, dut être jadis la principaie de Reims. Elle menait à rarc-d&-4riomphe, porte de la ville ; et par les rues du Tambour et de la Peirière, elle conduisait jusqu'à la porte Basée.

La rue Henri-lV tombe dans la rue de Mars ou de Porte-Mars ; ce point, où viennent aussi aboutir

les mes de la Grosse-Écritoire et de Sedan, forme lia carrefour qui a fkris le n(Mn de Croisée de Mars. Â cet endroit, la rue dont nous parlons changeait de nom et prenait celui de la Grosse-Bouteille ; elle le devait sans doute à une antique scidpture. On vient de k supprimer.

La rue de Mars nous ramène place de rHôteMe- Ville ; de là nous entrons dans la rue. du Tambour. Voie romaine, habitée au moye»égeparla haute no^ blesse de nos contrées, théâtre d'anciennes insti-^ tutions, elle est digne d'un sérieux examen.

Elle doit son nom , suivant les uns , â une figure de pierre jouant du tambour et décorant un des édifices qu'elle contient ; suivant les autres , à ce qu'elle donnait asile au tambour de la ville. Ds ten^s immémorial , c'est au son de cet instrument que se font à Reim3, comme ailleurs , les proclamations qui intéressent le public.

L'auditoire de l'écbevinage se tenait au bout de la rue, vers le marché , à droite.

Les magistrats qui y jugeaient relevaient en la forme du bailliage dueal, puisqu'ils prêtaient serment entre les mains du bailli. Leur tribunal re-* présentait les anciens plaids publics tenus sur le faru/m et plus tard dans la loge située près du Marcbé-4u-Blé.

En i&75, le vieil auditoire devint la loge des sergents du bailliage dueal, puis il fut donné par Maurice Le Tellier au collège des Bons-Enfants, et

venda sous la république comne propriété nationale. Une boutique s'ouvre aux lieux où siégèrent leséchevins.

11 est un bâtiment qui effiice tous les autres, par rimportance et la richesse des sculptures qui le décorent. Le public ne fait qu'un hôtel et même qu'un palais des diverses propriétés qui portent les n"^ 32, 35, 34 et 35. On leur donne pour fondateurs les Templiers, les comtes de Champagne ou les comtes de La Mark.

Si on en croit la tradition, ces vastes édifices s'éten* daient au loin et composaient un quartier ; ils faisaient face sur les rues Cotta, de la Hure, du Marc et du Tambour. Ce ne sont plus, de nos jours, que des monuments sans nom , sur lesquels nos chroniques sont muettes. Avouons que nos recherches ne noos ont rien appris sur leur histoire.

Peutrètre ces vieux hôtek n'entrîls pas Tim* portance qu'on leur attribue. Nos historiens , qui nous ont conservé des détails sur des édifices bien moins remarquables, n'auraient pas oublié tous, tour à tour, des monuments aussi dignes d'attention. I^s comtes de Champagne n'avaient rien à faire à Reims : ils n'étaient pas seigneurs en pajs. Les archevêques n'auraient pas souffert qu'ils y prissent pied. Nous trouverons les Templiers sur un autre point de la ville. Quant aux comtes de La Mark, leur famille ne parait pas cownine avant les^prèniières années du xni* sièicle , et notfs allons citer des dé-

Uiils qui font remonter quelques constructions à Tépoque romane. D'ailleurs à cette époque MM. de La Mark étaient plus allemands que français. Tout ee qu'on peut concéder à cet égard, c'est qu'un membre de cette famille a demeuré rue du Tambour.

Le livre de 1528 ne dit rien de tous ces tieux manoirs : se tairait-il si les comtés de Champagne, si les Templiers , dont les cendres étaient encore chaudes, avaient passé par*là ? Notez qu'il indique les maisons franches d'impôts. Son silence tue à nos yeux toutes les traditions sur lesquelles on vit depuis long-temps/

Décrivons ce qui reste de ces mystérieux édifices, et commençons par la maison qui porte le n<^ 55. La porte est large et se termine en cintre écrasé ; des colonnettes la garnissaient des deux côtés ; des sculptures décorèrent jadis son sibmmet. A une des extrémités du cintre, on voit un oiseau de proie chasseur ; il tient un oiselet dans ses serres. Au' dessus, un singe accroupi supporte un socle où devait se trouver une statue ou un écusson. La façade était éclairée par des fenêtres ogivales ; une rose à trois feuilles les terminait ; une colonne de pierre divisait leur partie inférieure en deux ogives longues et élancées. De chaque côté de ces fenêtres, vers le haut, étaient des sculptures qui durent- représenter des tètes* Une d'elles n'est pas mal conservée* Dans labour , on trouve à gauche, immédiatement apcès avoir pa^è la voûte; qui sert d'entrée, une porte

2i4 venda sous la républû|uecoiiiBie proprj^ Une boutique s'ouvre aux lieux où si^ ^ vins. I I I ^

11 est un hàtiment cpii effao^ %%^^ Firaportance et la richesse dcr ^. | W rent. Le public ne £ût qi^ % %% \^ palais des diverses propre §• ? ^ *| 1 ^ 33, 54 et 35. On Xnmi %\r \\\, Templiers, les €onitaf| e f ? 1 * il de La Mark. ^tïi\i^<*

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. armes de guerre ; sur l'autre cheminée on remarque un bas-relief sur lequel sont sculptées deux figures de femmes : l'une d'elles tient une urne d'où s'échappe une onde bouillonnante , près d'elle est un dauphin ; l'autre caresse un paon.

Âure»le-chaussée, du mèmecdté, était un grand salon éclairé par trois fenêtres ; aujourd'hui quelques eloisons en ont fait plusieurs pièces. Le plancher de

encore revêtu de son antique

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cujourd^hbi murée ; elle a la fonne ogivale et dat être riche de sculptures : on y reconnaît encore un gai ménestr^ jouant du violon.

L'intérieur de la cour est beaucoup plus moderne que ce que nous venons de décrire ; les bâtiment<t qui Tentourcnt peuvent remonter tout au plus à la fin du XV* siècle. Mille détails annoncent l'arrivée de la renaissance. Jadis une tourelle s'élevait dans cha* que angle de la cour. Aujourd'hui on n'en voit plus qu'une à droite en entrant : elle est peu élevée ; son toit est pointu ; la porte est à cintre déprimé et trois clochetons à fines sculptures en décorent le sommet.

Au fond de la cour est une autre porte du même stjle : elle dut présenter bien plus de ciselures et d^ornements. Dans l'angle situé à droite toujours et encore au Yond de la cour sont deux chambre» remarquables par les cheminées qui les décorent : eUes doivent remonter à la fin du ivi* ou au commencement du xvn* siècle. L'une d'elles est ornée de sculptures représentant des fleurs, des fruits et des armes de guerre ; sur l'autre cheminée on remarque un bas^relief sur lequel sont sculptées deux figures de femmes : l'une d'elles tient une urne d'oà s'échappe une onde bouillonnante , près d'elle est un dauphin ; l'autre caresse un paon.

Au rez-de-chaussée, du même côté, était un grand salon éclairé par trois fenêtres ; aujourd'hui quelques eloisons en ont fait plusieurs pièces. Le plancher de

cette grande salle est encore revêtu de son antique pavage : il est composé de carreaux en terre cuite, peints et vernissés : ils représentent sur un fond vert et jaune des rosaces jaunes et rouges. Les couleurs du fond sont presque enlevées : les dessins sont mieut conservés. Devant la cheminée qui récbaufTait la salle, est un pavé composé d'ardoises po^ Sées de champ et formant des dessins carrés et carrée longs qui se croisent.

La maison désignée par le n^ 32 est de tous les édifices de la rue celui qui a conservé Taspect le plus monumental. Au sommet nous remarquons une frise qui se dessine en festons formés par des trèfles. Audessous, au premier étage, sont des fenêtres ayant la ^forme d'un carré un peu allongé et garnies de croix de pierre qui les divisent en quatre. Entre ces croisées se dessinent de gothiques ogives ; leur intérieur renferme d'autres ogives terminées en trèfle ; elles représentent des chaires ou stalles d'église. Dans chacune est assise une statue de pierre plus grande que nature; un support sculpté soutient le siège grossier sur lesquelles elles posent ; elles sont au nombre de cinq : Tune d'elles tenait jadis sur le poing un oiseau de proie dressé pour la chasse ; l'oiseau a été cassé. Les compagnons du veneur sont de joyeux musiciens iouant de divers instruments ; on reconnaît entre leurs mains la flûte, le violon, la harpe et la cornemuse. Toute cette partie du monument rappelle les arts aux xiii* et

Peut-être doit-elle son nom à une sculpture de pierre qui servait à désigner Tune de ses maisons.

Sur la place du Marché et faisant suite à la rue du Tambour se présente la rue Bertin. Elle occupe en partie remplacement de l'ancienne rue de r Épicerie, et par suite de la voie romaine qui menait à la porte Basée par la rue de la Peirière. Construite en 1772 sur le plan de Legendre, elle prit le nom de M. Bertin, ministre d'Etat et contrôleur général des finances, qui avait contribué à faire pleuvoir sur Reims les munificences royales. En 1795 elle devint la rue Lepelletier.

Revenons place du Marché , nous y trouvons à droite la rue de Monsieur. Elle fut divisée en deux parties distinctes qui eurent chacune plusieurs noms. La portion qui aboutit au Marché fut, jusqu'au sacre de Louis XYI , la rue d'Oignon : elle devait sans doute ce nom, qu'elle portaUdéjà en 1528,àresti* mable légume dont une de ses maisons devait porter l'effigie. C'est ce que dit la tradition ; elle pourrait bien sç tromper : en 1325 et 1528 on trouve à Reims une famille Oingnon , et le nom de la rue s'écrivait alors de la même manière.

La seconde portion de la rue de Monsieur se nommait rue de Berry depuis 1722. Il parait que c'est là que descendit, au sacre de Louis XV, Mariç- Louise-Elisabeth d'Orléans, veuve de Charles de France, duc de Berry, petit-fils de (uouis XIV. Cette princesse , fille du régent, célèbre par son in-

Gonduite et ses imprudeacea, méritait pea Thonneur que lui fit la Tille en gardant son nom. Sans dcrate on voulut faire ckose agréable au père.

Dans la rue de Monsieur, nous trouvons à droite , d'abord la rue de Nanteoil, jadis rue de la Vache. On a substitué au nom d'une enseigne celui de ce fiimeux graveur, une des gloires de la France, . un des princes de son art. H naquit à Reims et s'j maria. Sa famille existait dans nos murs dés le xiv^ siècle. Il ne put Y trouver de moyens d'existence, et la misère l'en fit sortir; il partit pour Paris, où la fortune et les lauriers ne lui manquèrent pas.

Plus loin et encore à droite est la rue de Luxem* bourg. C'était jadis une cour connue sous le nomdt cour Cfaàlons ; ses portes existent encore , et pour entrer dans la rue, il faut passer sous leur ancienne travée. Cette cour était encore fermée en 1665, et elle est indiquée sur le plan de CoUin comme un lieu clos; elle fut ouverte en 1684 et reçut le nom de Luxembourg en l'honneur de nos victoires : les armées nationales venaient de s'emparer de cette importante cité.

Après la rue de Luxembourg, nous rencontrons toujours à droite la rue du Petit-Arsenal. La ville y eut jadis un dépôt d'armes ; on le nommait la Grange de la ville. Dans les bâtiments qui en dépendaient, on donnait asile aux troupes qui passaient à Reims.

Au bout de la rue qui nous occupe se trouve la rue Legendre , naguère rue du Cheval-*Rlanc ; au

naient s'approvisionner les maîtres sergiers et drapiers.

Lorsque en 1359 Tarrivèe des Anglais força les Rémois à raser les maisons élevées hors des remparts, on fut contraint de détruire le^aubourg Gérés. Ses habitants se réfugièrent en ville ^t obtinrent comme indemnité la permissi(Ki de se bâtir des maisons sur la place du Marché-aux-Laines : ils laissèrent autour de cette petite colonie une rue qui devint remplacement du marché. Une des quatre faces de ce quarrel avait dans Torigine le nom de rue Saint-Jean ; les réfugiés retournèrent plus tard habiter leur faubourg. Leur départ comme leur arrivée ne changea pas la destination du quartier. Quand, en 1592, le faubourg Gérés fut de nouveau détruit par la Ligue, les habitants demandèrent la permission de se réfugier dans les maisons du Marché-à-la-Laine , et même d'en bâtir de nouvelles sur les emplacements disponibles. Les possesseurs du quartier s'opposèrent à leu^ requête, mads ils finirent par voir leur résistance condamnée, et les habitants du faubourg, en payant de légers droits , purent se fixer aux lieux où lefars pères avaient déjà reçu l'hospitalité.

La rue de l'Avant-Garde nous conduit à cdle de l'Ëchauderie. Au moyen-âge, la fabrique des écbaur dés n'était pas peu importante^ et ksmaistreséchaiidéeurs allaient de pair avec les autres industriels. Alors il n'y avait pas plus de bonnes fOtes sans échaudés qu'il n'y en a aujourd'hui laus gendarmes t

Au coin de la rue de TEclnuderie nous tronvoiM la rue Saint-Hilaire. Elle aboutit aujourd'hui aux remparts. Jadis elle menait à Féglise dont elle a pris le nom.

Nous avons vu qu^ la première église SainIrHi-laire, celle qui eA désignée dans le testament de Saint Rémi, ei;lstait horS de la porte de Mars et fut détruite lors du siège de 1359* Il s'en trouvait une autre du même nom dans l'intérieur de la ville et au bout de la rue où nous arrivons. On a pensé qu'elle avait été élevée par Jean de Craon en 1562 : cela n'est pas. Cette basilique est nettement désignée dans le livre de la TaiHe de 1528. On y lit : a C'est le quarrel devant SaintrHilaire, entre la , rue Saint-Hilaire et rue de Ifontienglon. » On in* dique la position du presbytère et les propriétés des chartriers de Saint-Hilaire à quelques pas de là. Que Jean de Craon, pour réparer la démolition de l'é-* glise placée près de la porte de Mars, ait restauré, embdli celle dont s'agit, cela nous parait trè»*vraisemblable ; mais l'antique édifice que nous allons décrire remontait à une époque bien plus reculée. J^'lodoard la désigne avec précision en rapportant un çiiracle qui y fut opéré de son temps. Et l'ancienve basilique était certainement antérieure à l'é-^ poque ogivale.

Le portail de l'église était pauvre de sculpture : une porte carrée surmontée d'une petite rosace, trois yerrières placées dfna la partie supérieure corn-

posaient' sa décoratioiif A droite du portail s^élevait vne tour carnée assez haute, éclairée à Tintérieur par cinq étages de petites fenêtres ; dans la partie inférieure était une porte qui donnait dans fun des basâtes. Dons ]e haut était un toit à mansardes, surmonté ë'«n clocheton aigu renfermant le timbre de rborloge. Sur le chevet' de Téglise s'élevait un clocher construit tout en bois, léger et hardi ; il s'élançait au milieu de quatre aiguilles de pierre, et renfermait quatre cloches ; deux fenêtres allongées, ouvertes sur chaque face^ donnaient sur Fintérieur. La nef était plus basse et moins ornée de sculptures que le chœur ; les basses-nefs étaient couronnées par une rangée de petits toits au nombre de six de chaque côté ; entre chacun s'élevait un arc-boutant. Une fenêtre éclairait chaque maisonnette.

La porte principale de l'église ouvrait sur la rue du Cimetière. Une autre entrée donnant sur la rue Saint-Hilaire conduisait a une des nefs latérales. Rien n*était irrégulier comme Fensemble de cet édifice. Il y avait dans les bas-côtés diverses chapelles : on en comptait trois dans Tabside et une de chaque côté éa chcêur. Cette église n'était pas Fœuvre d'un seiil architecte , le monument d'une époque : tous les sièdes y avaient mis leur cachet. On la faisait remonter jusqu'à l'époque romaine, et on h croyait assise stlr les fondations d'Otto temple. Nous croyons peu à cette tradition. Plodoard, qui parlé de notre église, hVnf (ïi< rien. Il la désigne' même comme plus nouvelle que celle de la porte Mars.

Au surplus, en laio, on avait élargi le porUil de Téglise ; un peu après on refaisait ses voûtes. En 1720, OB démolissait la vieille tour qui remontait peut-être à Tépoque romane. De 1719 à 1751 on reconstruisait le chœur.

Les chanoines de Notre*-Dame, curés primitifs de Li paroisse, présentaient à la cure. Il y avait à Saint*- Hilaire une confrérie de F Adoration perpétuelle de Jésus-Christ au très-saint Sacrement de i*Autei, érigée en 1684 sous Innocent XI. C'est là qu'en 1619 fut baptisé le grand Colbert. Ce souvenir authentique aurait du sauver Téglise : elle fut détruite en 1791 . Des jardins la remplacèrent. Les murs qui les entourèrent étaient en partie ceux du vieux monument. On voulut anéantir jusqu à son nom , et la rue qui Tavait pris devint celle de la Gloire.

La rue du Cimetière-Saii\tr-Hilaire devint Ja rue de rimmortalité en 1795.

Au bas de la rue Saint-Hilaire et à la suite, de celle de FEchauderie nous trouvons la rue du Temple ; elle doit son nom à 1- établissement religieux qui y subsista jusqu'en 1795. On n'est pas fixé d'une manière bien positive sur la date à laquelle fut construite la première église qui s'éleva sur son emplacement. Voici ce que racontent nos chroniques : Saint Rémi célébrait l'office divin à Saint-Agricole (depuis Saint-Nicaise) , lorsqu'on vint le prévenir qu'un horrible incendie ravageaitla ville de Reims. Il quitte l'autel , descend à la hâte

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les raârdieft qui précèdent rentrée de Téglise où il officiait, et se hàle de courir an secours de la cité dont il est père; il invoque le Seigneur, etrincendie recule devant lui ; le génie du mal est vaincu : le feu, réduit à un globe de flamme, fuit devant le saint prélat et sort de la ville par une porte qui se trouvait alors entre la porte de Mars et celle de Ce* rès. Ce passage étroit ne se fermait jamais; la garde en était facile et, même en temps de guerre, oa le laissait ouvert pour Ibeiliter l'entrée des approvisionnements ; aussi le nommait-on farta Pa-- Um (i). Saint Rémi, depuis le jour du miracle opéré par le Très-Haut, ne voulut plus qu^elle s^ouvflt, la 6t murer et lança les foudres de Téglise contre (pieonque tenterait de s'y frayer nn passârge. Flodoard raconte qu'un bourgeois de R^ms, nommé Fortin, n'ayant pas ret^ecté la défense du saint évèque, vit périr dans l'année sa famille et ses bes* tiaux, et mourut bientôt lui-même, frappé de Fanathème.

On montrait au portail du Temple, à cehii de Saiim^-Rfêmi, et à la petite porte de SaintrPierre^e- Vieii, de» i»èrf es enlevées ai»t degrés de Saint-Nicaise, sur lesqudles Itteu Avait permi» que les pas de rhomme qui allait sauver Reims en son noib , restassent empreiMs.

(f) €e(te porte ouvrait sur un ehémio qoi fîtiii.'éai( p«r H^éteTcélui éeTrë^é»'.

La tradition rapporte que Saiot Renii éleva sur le sol où 1e miracle s'était opéré une église qnMl dédia à Saint Martin et à tous les confesseurs. Dans son testament, il parle bien et du miracle et de la basilique qu'il éleva pour en perpétuer le souvenir, mais il n'indique le lieu où il la plaça que par les mots : infrà urbem. Cette désignation n'a pas paru suffisante à tout le monde. Ce qu'il y a de cer* tain, c'est que le monument qui rappelait le miracle devait être près du lieu où il arriva. Or, la porte connue sous le nom de jKtrta Patens était près du Temple. De plus, une plaque de marbre noir placée au portail de l'église racontait en vers latins le pro* dige que nous Racontons et la construction de l'église qui en fut le Bnonument. Ainsi, la tradition , non-seulement parlait, mais elle écrivait, et personne ne réclaflHiit : il est donc probable quVUe disait vrai.

Quoiqu'il en soit, il est certain que de temps imnémorial il y eut une église sur l'emplacement du Temple. En 1040, elle tombait en ruines. Un chanoine de Notre-Dame de Reims, doyen du Chapitre et nommé Constant , la répara et la plaça sous l'invocation de la Sainte-Trinité. 11 releva te portail , fonda quatre prébendes pour fixer dans cette église quatre ecclésiastiques. Un de ses neveux en créa six autf^s: Cette église fiit donnée aux Templiers , en 1170 , par le Chapitre de Notre-4)ame , du consentement de l'archevêque Henri de France. 11 parait cependant que les canonicats de la Trinité Aireal

exceptés de la donalion. Lacoort a vu des actes émanés des chanoines, datés du xiiie siècle. Après les chevaliers du Ten^^le , Téglise passa à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem , ^«i s'en mit en possession en 1511, et la conserva jusqu'en 1790. A cette époque elle était desservie par deux religieux, et la commanderie valait près de 10,000 livres de rente. En 1792 , les bâtiments' furent vendus et détruits presque en totalité. Les mai^ns qui portent sur la rue du Temple les n?Mo et 17 ont remplacé l'antique église et ses dépendances.

. L'église avait la forme d'u»e croix, le chœur était presque aussi long que la nef. Le transept filait à peu près aussi considérable. L'abside et le transept se terminaient carrément. La nef était plus large que les trois autres branches de la croix. Ses piliers n'avaient pas de chapiteaux ; 1^ arcades qu'ils soutenaient étaient à plein-cintre. L'abside s'inclinait vers l'Orient, au point que du milieu du portail on ne pouvait voir le fond du choenr.

Dans l'église était un groupe de statues que l'acquéreur de l'éjglise, M. Lemoine;, fit transporter à Saint-Remi. C'était une descente du Christ au torab,eau. Elle était assis» entre le msuitrenautel et une cha^ pelle qui terminait l'abside.

La commanderie étendait sa juridiction sur les terrains compris entre les remparts, les rues Cana; êfk Temple, et une partie de la rue Linguet^ cxHvnue squs.te nom de la me des Bouchers. Son titulaire

avait une vaste Labitation et des jardins assez considérables à côté de l'égHsc.

Dans tous les temps on considéra le Temple comme un terrain neutre et indépendant, et le peuple avait adopté la grande salle de la commanderie pouf y faire les élections des échevins et plus tard celles des conseillers de ville.

Sur la place, qui précédait Téglise, nous avons vu une fontaine qui prenait le nom de fontaine du Temple. Avant 1792, au milieu de cette place et devant le portail de Téglise , s'élevaient deux gracieux obélisques de pierre: le plus grand était assis sur quatre lions de bronze ; il était surmonté d^unc croix de Malte du même métal, ciselée à jour et posée sur un globe de cuivre. Il avait été élevé par le commandeur Bellotte, le même qui répara Téglise en 1675 ; il remplaçait une ancienne croix indiquée sur le plan de 1665 , et remontant aux temps les plus reculés. Une tradition vague prétendait qn*il marquait le lieu du miracle opéré par Saint Rémi, ou remplacement occupé par Féglise qu'il éleva : il est plus probable qu'il était simplement le signe protecteur du cimetière des anciens cbanoines de Féglise de la Trinité , et des chevaliers qui leur succédèrent : il était devant l'église. Le temps avait fini par niveler ce terrain, dans lequel on n inbumait plus personne, et le dimanche qui suivait la fête de Saint-Georges on j tenait une foire connue sous le nom du Saint-

Guerrier. L'église renfermait dans sa croisée droite un puits placé sous son invocation. Les malades venaient boire de ses eaux.

La rue du Temple devint, en 1795, la rue de la Vérité. On y voit, o*" 12, une modeste maison qui fut une des écoles de filles, tenues gratuitement dans le siècle dernier par les Filles du Saint-Enfant» Jésus ; une inscription sur marbre noir, une petite statue de la Vierge placée dans une niche grillée, la signalent aux passants. On vient de réunir à la rue du Temple celle des Écus, qui la séparait jadis de la rue de TÉchauderie. La rue des Écus était ainsi nommée, parce qu'elle passait derrière Thôtel des Monnaies dont nous parlerons bientôt ; la révolution en fit la rue de la Justice.

La rue qui vient ensuite est celle des Bouchers. Ils avaient leurs étaux à la grande Boucherie, mais ils habitaient la rue dont nous parlons. On montre encore dans différentes caves qui s'y trouvent des crochets de fer fixés aux voûtes; ils servaient à sus* pendre les bestiaux que Ton voulait dépecer.

La rue des Bouchers nous mène dans la rue Montginglon ; leur point de jonction fait un coude.

Ce que nous avons de plus certaine dire sur le mot de Montginglon, c'est qu'il est fort ancien. Nous le trouvons dans le livre de la Taille de 1328, écrit Montienglon, Monjenglon. Nous y lisons : a Quarrel de la Grange-Crossart , commençant au pignon devant Montjenglon. » Au xv® siècle on écrivait

MoDt-Jainglon. On Aûmmak aiosi sans doute le monticule qui faisait une plate-formedevant la rue dont nous parlons et auquel eUe menait.

La rue de Sedan, jadis rue de TËcossais, puis rue de TÂmitié en 1793, dut ces deux premiers noms à des enseignes. Elle n'a de remarquable que deux hôtels des xvii^ et xviir siècles.

A la suite de la rue du Temple se trouve la rue de Coucy. Elle a pris le nom d'une ancienne famille existant à Reims dès le xiy* siècle ; elle le portait déjà en 15^.

Le quartier que nous venons de parcourir est limité par les remparts. On n'y avait ménagé qu'une seule ouverture garnie d'un parapet, en face de l'église Saint-Hilaire. Quatre tours défendaient ce côté de la ville. Après la porte Mars on trouvait la tour Ghapelais. Ce nom était celui d'un cordier qui l'habitait. On trouvait ensuite la tour Saint-Adrien et la tour Sainte-Anne. Leurs noms étaient gravés en creux au-dessus de leur porte, du côté de la ville. La tour Sainte-Anne était nommée aussi tour de la Poterne du Temple. Cette poterne , ouverte près du Temple, pouvait bien avoir remplacé la porte condamnée par Saint Rémi. La tour avait été construite en 1494 par Oudinet Navarre. 11 avait pour pièges ou cautions Jehan Colbert et Jehan Lemoine, maîtres maçons. Enfin, devant l'église Saint-Hilaire s'élevait une tour qui avait pris son nom. Elle avait reçu du peuple le sobriquet de

Tour-Moineau , parce qu'on trouvait que la charpente et la toiture semblaient prêtes à s^nvoler comme un moineau. On nommait jadis moineau, en terme de fortification , un petit bastion obtus que Ton plaçait de distance en distance pour briser la longue ligne de remparts sans tour. Il parait que près de la tour du Temple il y avait un moineau. En 4517 on \è démolit et on le remplaça peut-être par la tour Saint-Hilaire. Inde nomen. Ces vieux remparts, que le temps mine, sont élevés par le patriotisme de nos devanciers. Us ont reçu les flèches des archers d'Angleterre ; ils ont vu fuir le léopard d'AllMon. Que Dieu les ait en sa garde !

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