CHAPITRE XIV
Quartier du Petit-Cerf. — Rues du Petit-Cerf, — det Ecrefés, — du Petit-Four, — BtMe-da-Rempart, — de la Tirelire, — des Tellien.
^ OURNONS à droite , s'il vous plait , revenons sur nos pas vers la rue Saint-Guillaume , elle nous conduit dans celle du Petit-Cerf. Celle-ci empruntait son nom à une sculpture qui décorait le dessus d'une de ses portes.
Entre les rues Saint-Guillaume et du Petit-Cerf vient aboutir celle des Ecrevès ; elle est connue sous ce nom dans l'histoire de Reims bien avant le xiv« siècle; elle le devait à une fondation religieuse faite pour donner de l'éducation aux jeunes
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gens qui cherchaient à s'instruire ou se destinaient à Tétat ecciésijaistique. Elle avait pour auteur un bourgeois de Reims dont le nom n'est pas arrivé jusqu'à nous sans altération ; on Ta nommé André Le Cœur, Oubril L'Écrevé, Aubery Le Oévé, Aubry Le Crevet, Albéric Le Crevé. Ce qu'il y a de certain, c est que son surnom est resté à la maison créée par lui. Dans le xiv® siècle Guarin (k)ijyon fait un legs clericis domûê de Crevet, Dans le manuscrit de 1528, nous trouvons le quarrel des Crevés, rhôtellerie Aubery Le Crevé. Les jeunes gens élevés sous ce toit ho^italier furent appelés les Écrevés. Au-dessus de la porte d'entrée on voyait encore, au xvn* siècle, une inscription ainsi conçue : CoUegium Screveorum.
L'institution dont nous parlons ne survécut pas au moyennâge, et dans le cours de cet ouvrage nous avons vu et nous verrons encore la maison des Écrevés devenir pour ainsi dire une hètellerie ouverte par le Chapitre et le conseil de ville aux communautés qui demandaient à s'établir à Reims.
Le collège des Écrevés occupait un partie de rem{^cement compris entre les rues de la Grosse- Écritoire, Saint--Guillaume et celle des Écrevés. On distingue encore dans cette dernière rue un bâtiment assez considérable, orné d'une frise à son sommet, pouvant remonter au xvi* siècle : il dut en faire partie. La Renfermerie des femmes et des filles, que nous avons indiquée au coin des rues St-
Guillaume et des Écrevés, occupa, jusqu'en 1685, une portion de cet ancien établissement. Il avait fini par être réuni aux propriétés de THèpîtal-Général, ainsi que toutes les institutions de charité qui n*étaient plus en activité.
La rue du Petit-Cerf, que nous avons laissée de côté, nousconduisakàla rueBasse-du-Rempart.Là, nous apercevons la place où fut le château des archevêques de Reims. A notre gauche est la rue de la Tirelire. La tradition y place un petit oratoire dont les ruines sont comprises dans une maison qui a pris pour enseigne ces mots : «A la Sainte Chapelle, d La rue doit-elle son nom à une tirelire sculptée audessous d'une niche renfermant une Vierge] placée à Textérieur d'une maison qui porte le n^* 10 î ou plutôt , n'est-ce pas le nom de la rue qui put donner au propriétaire de la maison dont s'agit l'idée de faire placer une tirelire au-dessus de sa porte? 11 parait que ce bâtiment date de 1502 ; à cette époque, les troncs placés au-dessous des vierges étaient désignés à Reims sous le nom d'épargnemaille.
Au moyen-âge et dés le berceau de la langue française, on croyait rendre les sons du chant delV louette par les syllabes qui composent le mot tirelire. Nos vieux poètes français, y compris Marot, ont tenté d'imiter la chansonnette de l'oisel en combinant de mille façons le mot tirelire avec leurs vers. Rien n'est commun comme de trouver dans
nos chansons patriarcales le fameux refrain de Lan lan la tirelire lire. Ion lan la tire lire lo.
Nous pensons donc que la ferme canoniale a pu recevoir le nom de la Tirelire, comme on eût pu lui donner celui du Ghant-d'Oisel, du Chanta' Alouette. Nous le pensons d'autant plus que si nous prolongeons les deux courbes tracées par les rues des Telliers et de Talleyrand, qui représentent, la première les anciens remparts, la seconde les anciens fossést une grande partie de la rue de la Tirelire se trouvera extra muroê et dans les champs.
Au bout de la rue de la Tirelire est la rue ou place de la Corbeille-d'Or, nom emprunté à une enseigne de maison. Cette place fait partie du vieux carrefour du Quarrouge ; c'est peutrètre par-là que passaient les anciens remparts pour suivre une partie de la rue duPetitrFour.
A la même place vient encore aboutir Fantique rue des Telliers. C'est à cette voie, aujourd'hui si peu fréquentée, si pauvre de monuments, que se rattache un des plus brillants souvenirs de l'indus trie rémoise. C'est là que les marchands toiliers ou teliers avaient leurs boutiques, leurs tables en temps de foire. Non-seulement on tissait à Reims beaucoup de toiles , mais celles qu'on savait j faire avaient une grande réputation de finesse. L'origine de ce commerce se perd dans la nuit des temps ; Pline en parle.
La réputation des toiles de Reims s'étendait à
Tétranger, et dans le xv* siècle, le savant italien Cœlius Rhodiginus vantait le pretioêiisimum telœ genus rememe. Les toiles de Reims s'offraient alors aux empereurs, aux rois, aux princes qui visitaient nos murs. Après la fatale bataille de Nicopolis, on en donnait à Bajazet parmi les objets précieux qui com— posaient la rançon du comte de Nevers. C'était à Reims que nos rois commandaient leurs services de table, leur linge de toilette. Dans le siècle dernier, on voyait encore dans les armoires de nos vieilles familles de ces serviettes dont le renom était européen. Cette industrie atteignit son maximum de gloire et de prospérité dans les xrv* et xv« siècles.
Au bout de la rue des Telliers , du côté de la ville, était Téglise de Saint-Pierre-le-Yleux. A Tautre extrémité on trouvait, en 152B, le rempart et une poterne qu'il fallait franchir pour arriver au cimetière de la paroisse, situé rue Noël. Il se trouvait alors hors de la cité. Ce fait vient confirmer ce que nous avons dit au sujet de la rue de la Tirelire.