‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 19 sur 34 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Quartier da Cloitre. — Rocs âe Lemioe, — 4e TEcolede-MédeciDe, — Yauthirr-le-Noir, — de la Tovroelle^ — d''Anjoa, — de la Fleur-de-L;s, — des Tovroellcs.

ors avons tu que la rue de la Peirière avait été ébrgie sar les jardins da Cloître : les maisons canoniales formèrent un de ses côtés. Nous destinons un article spécial au Chapitre et à ses dépendances. Sur son emplacement est ouverte la rue du Cloitre, dont nous parlerons ailleurs. D*un bout elle tombe sur la place Royale , et donne de l'autre dans la rue de Lorraine.

La rue qui longeait le Cloître et Tarcbevéché » nommée aujourd'hui rue de Lorraine, en Thon-

ncur de tous les prélats fournis au siège de Reims par rillustre maison qui règne sur Tcmpire d'Allemagne , se divisait en deux parties : celle dans laquelle le Cloître avait entrée était la rue de la Visitation. Elle devait son nom à une maison située vis-à-vis cette ouverture. Elle est aujourd'hui désignée par le n^ L Au-dessus de la porte d'entrée étaient des sculptures représentant la visite faite par Sainte Elisabeth à la Vierge Marie. Ce monument pouvait dater du xv' ou du xyi* siècle. Il fut plus tard remplacé par une sculpture ornée de cette légende : nVisitavit nosoriens eœalto. » Adroite et à gauche sont des médaillons , qui représentent deux profils de femmes qui sont sans doute la Sainte Vierge et Sainte Elisabeth. Des draperies et des rinceaux complètent l'ensemble du nouveau bas-relief. En 1795, la rue de k Visitation devint celle de la Maternité.

La seconde partie de la rue de Lorraine se nommait rue du Corbeau. Une sculpture placée au-dessus de la porte de la maison n^ 5 lui donnait son nom.

Dans cette rue, au coin de la rue d'Anjou dont nous parlerons bientôt, était une croix de fer dont l'origine est peu connue. Suivant les uns, elle m^ quait le champ où se vidaient jadis ks duels judiciaires ; suivant d'autres, à se^ pieds s'exécutaôent les arrêts rendus par la justice de l'archevêehé.

Dans k rue de Lorraine, vi8>-^"vis des Miments de l'archevêché , se troHve k rHe de l'École^de-

3(M Médecine. La révolution, qui nt respecta rien de ce qui rappelait les anciennes institutions et les bienfaits du clergé rémois, fit de cette rue celle de T Industrie. Vers 1610, Antoine Foumier, né dans nos murs, religieux de SAîntrDenis, chanoine primecier à» Metz , évèque de BasUite, acheta dans cette rue une maison et un jardin qu'il destinait à rétablissement d^une école de médecine. Il lui donna deux professeurs et deux bacheliers pour les aider, assura par des rentes les appointements qui leur étaient dus et devint ainsi le père de la scientifique institution ; la fondation qu'il avait ajoutée à celles créées par M. de Lorraine prit le nom de fondation furnerienne.

Il était mort avant d'avoir vu réaliser ses intentions. Mais il avait laissé à son neveu, Antoine Beauchène, le soin de les mettre à fin. Aussi Iisait«on sur un marbre noir placé au-dessus de la porte de Tédifice Finscription suivante, tracée en caractères d*or : « Ecoles fondées par les deux Antoine. » Une cloche suspendue au-dessus de cette épigraphe annonçait l'ouverture et la fin du cours. L'école prenait aussi l'épithète de fumerienne. Les professeur; étaient jadis décorés du titre de lecteurs Antooiens.

A l'entrée de la ruederEcole-de-Médecineest un espace connu jadis sous le nom de rue ou de place des Groseilliers. Jadis une haie et des jardins l'entouraient. Là se trouvait une croix dont la fondation

remonte k ane époque que nous ne pouTons déterminer ; on reproduit à son égard les conje^ures déjà émises au sujet du monument placé à rentrée de la rue d'Anjou. Dans le déele dernier, un nommé Lefèvre fit la folie de Foutrager par des blasphèmes impies ; il tira même contre la sainte effîgie un coup de pistolet.

Ce malheureux fut condamné à faire amende honorable sur le parvis Notre-Dame, devant le portail de la grande église, et à avoir la langue percée avec un fer chaud. Ainsi le voulait la législation fondée par Saint Louis, et encore en vigneur. Ce ne fut que le 26 Mai 1725 que Tarrèt fut exécuté sur la place du marché. Lefèvre, après s'être long-temps soustrait aux recherches de la jipstice, avait fini par 6tre arrêté.

Depuis, de mauvais sujets, qui surent rester inconnus, brisèrent la croix des Groseilliers. Elle fut rele-» vée par un chanoine nommé Benoit, qui demeurait dans la maison contre laquelle elle était, située. Ren* versée en 1795, elle est aujourd'hui >d^)out.

La rue de TEcole-de-Médecine nous conduit dans La rue de Yauthier-le-Noir. Cette rue, qui forme un coude, se nommait rue Prison-Bonne-Semaine du. côté de la rue de rEcole-de-Médecine, et rue Vauthier4e-Noir du côté de la rue Saint-Etienne.

Sur le plan de Legendre, la rue Yauihier-le- Noir est nommée rue du Moûtierrle-Noir. On cherche à expliquer ces deux noms par une même

aUusion à la pnson dont nous alloas parler. Le moûtier noir, c'était, disait-on, Fédifice aux sombres cachots, aux ténébreuses cellules, où descendaient les condamnés ; Vautbîer le Noir, c'était Tun des geôliers notables de cette triste demeure.

Le nom de Moûtier-Noîr est de création moderne, et nous pensons qu'il a bien le sens qu'on lui donne.

Le nom de Yauthier-le-Noir est bien plus ancien : on le trouve dans les titres du xiv" siècle ; selon nous, c'est celui d'un des habitants du quarrel. En i559, nous trouvons à Reims une famille Lenoir. C'est un de ses membres, Henri Lenoir, qui défendit €ormiej contre les Anglais.

Deux monuments sont à citer dans la rue de Prison-Bonne-Semaine : l'un est un hôtel dont fut propriétaire Jean Godinot, né on 1669, mort en 1749, le bienfaiteur de la ville. A la porte de la maison on remarque une fontaine : sur une pierre plate appliquée an mur près de la porte, sont écrits ces mots : c( Eau la plus saine.» C'était sans doute un hommage fait par la ville à l'homme qui la servit si bien.

Le second monument que nous signalerons est l'élégant hôtel qui porte le no 5.

En fecede la rue Yauthier-le-Noir on voyait naguère un bâtiment aux fenêtres grillées, portant sculptées sur ses murs les armes du Chapitre et celles de l'archevêché. Là furent les dernières prisons ecclésiastiques ; là s'exécutaient les peines de détention

prononcées par les jiutâceS'CapitulaiFe et archiépiscopale.

On donnait à Fensemble de Fédifice le nom de Prison de Bonne-Semaine. Quand on y enfermait les chanoines, les revenus de leurs prd^endes étaient confisqua pendant tout le temps que durait leur détention. A la fin de chaque semaine, on les distribuait aux pauvres. C*est de là que vient le nom de Bonne^maine.

La Constituante supprima la justice ecclésiastique, et elle fit bien. La révolution conserva toutes les maisons d'arrêt. Elle en avait besoin pour faciliter le triomphe de ce qu'elle appelait la liberté. Celle dont nous parlons fut destinée à recevoir différentes catégories de condamnés. Depuis peu seulement elle est supprimée. Ses murs tombaient en ruines et touchaient à ceux du collège. Quelques évasions eurent lieu de ce côté. Les voisins se prêtaient même à les faciliter, de p^ir d'être assassinés par ceux qui les tentaient. La prison fut vendue et convertie en caves et celliers. Les travaux qui furent faits à cette occasion amenèrent de curieuses découvertes. Nous ne citerons qu'un des objets précieux qu'on mit au jour. C'est un autel qui n'est pas purement romain. La mytholo^e des Gaulas s'y mêle à celle de Rome. Il n'est pas fait, comme celui trouvé rue du Levant, pour servir de table au sacrifice. 11 devait être précédé de la tabk ; son sommet est à deux pentes comme un toit.. U se termine par un fronton triangulaire, au centre duquel est sculpté le

3(fô

p^C si cher mx Gaulois. Au-dessous est un bas^ P0lieC orné 4e trois figures. On voit, à gauche, Apollon ou B^énus et sa lyre, à droite. Mercure ou Tfaeutatès avec sa bourse, son caducée, son chapeau garni d'ailes.. Au centre est assise et accroupie s^r ses jambes une ligure d'homme dont la tète est gartiie de (îornies. Le collier Gaulois décore son cou. Il ti^nt entre ses bras une corne d'abondance dont le conteniii est difficile à préciser. Ce contenu tombe devant . la bizarre divinité , arrive sur un autre bas-^relief placé au-dessous , où se trouvent UQ bœuf et un cerf qui semblent en prendre leur part. Cette drconstance nous fait présumer que de la corne d'abondance jaillit un cours d'eau, que la divinité qui la porte est le' géaie de cette onde écumante. Nous mtUchonft oeUe interprétation à Tétymologie que no«s adoptons pour le vieux nom de Dorocort.

Le long de rhdtel qui a remplacé la prispn de Bonne-Semaine, passe la rue de la Tournelle. La révolution en6t celle de F Antiquité.. On. y remarque un édifice dont Tangle porte une tourelle suspendue. Des croix de pierte séparent ses fenêtres en quatre parties. Au-dessus d'une d'elles , ouverte dans le toit, on distingue les armes de F archevêché eli exilés du Chapitré, placées les unes à côté des atotrés.

Aa' surplus^ ce n'est pas la tourelle dont nous avdns parlé qui donne son nom à la rue. La rue de la Tonrnelk était déjà eonnoe dès 15^8; elle conduit

Dans leurs caves, dans leurs fondalions, on retrouve les bases des vieux murs rémois.

Il m'a toujours semblé que le nom de la rue devait être des Fuseliers, et non des Fusiliers, comme on récrit parfois. Je pense que dans cette rue demeuraient les fabricants de rouets et de fuseaux. Cette industrie était importante avant les découvertes faites par les mécaniciens modernes. Dans une ville de fabrique, ce commerce devait avoir une grande extension ; il a dû avoir son centre à une époque où tous les artisans d'un même métier savaient former un corps etvivre en famille. Notre rue dut être celle des Fuseliers.

Elle nous conduit par la rue de la Porte-Saint- Denis, qui appartient à Tun des chapitres suivants, sur la place du parvis Notre-Dame.

Elle doit son nom au grand monument qu'elle possède. Pendant la révolution, on en fit le parvis du temple de TÉtre-Supréme.

Entre la grande porte de F-arcbevéché et la base de la tour du midi , se voit une fontaine construite dans le siècle dernier en Fhonneur du chanoine Jean Godinot dont nous avons déjà parlé. La tradition rapporte que, sur cet emplacement ou aux environs, s'élevait une chapelle placée sous l'invocation du Saint-Sauveur ; elle surmontait une voûte dans laquelle jaillissait une eau vive et limpide : on admirait la beauté de ses ornements, et l'art avec lequel le monument était construit. Si on ne se trompe , il

«waît été démdi>en-970, sous le pëiitîficat d'Adalbèroo/

Sur la place en Parvis, du côté de la tour du "nord , doneait une de» façades de rancien Hétel-Dieu : les deux lyattants de la porte étaient séparés par «ne statue de là Vierge. Au^lessus on lisait ces mots : « Notre Dame de Bon Secours.>Y A cèté s^ouvraH une petite porte réservée aux religieuses. Sur le terrain du pieux édifice , dont Aotts allons bientdt parler avec plus de détails , se sont élevées, depuis quelques années, les prisons pu- Idiques. Leur enti'ée donne sur le parvis.

• Plus loin et du même côté, dans la rue du Parvis, on remarque une maison au sommet dé laquelle on lît ces trois mots qui résument le christianisme : Spe9 — Fidts — Charitas.

Au-dessus de la porte, on voit sur une plaque de marbre cette inscription : A fimdafMfUis restau-^ rata ^ an/no Domni 1615. Ce bâtiment appartenait an Chapitre ; il était connti sous le nom de maison dé la Chrétienté.

A droite, en regardant la cathédrale, nous voyons une auberge qui porte aujourd'hui le n« 21 . Si nous n*j lisions une inscription gravée sur marbre noir, die n'altâreralt pas notre attention.

En 143^ , Charles Vil entrait en Champagne et cfaerchaità pén^rer dans Reims pour s'y faire sacrer. La Pucctie raccompagnait. Elle avait Tinten-^ tion de s'emparer de Troyes et de Chllons avant de se

Dans leurs caves, dans leurs foi^

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Jti le désir de voir

af à tour Frédéric, Guillaume III, «silîngton, Temperèur Akitandre. De- .otte iBéme porte relayait le soldat que DièU •>i empereup : il venait de perère aux ohaïupB de Waterloo sa couronne et ses derniers pre«itw Quelques! jours flfirèa le même kôtel voyait arriver lès députés qui allaient prier la sainte alliance de laisser à Na^ paiéoQ II le trône de son père.

A une époque plus heureuse, Thâtel du Moulinet &Wvcait devant ka équipages de Vambassadeur d'AngtÉsftérre. Le duc de Nortbumberland venait ^présenter, au sacre de Gharks X, un prince qui prenait le titre de roi de France, et écraser par son fitste cdiui de notre aristocratie.

Là desoen^t ausri le duc d'Orléans , ce jeune prince, aimaUe et artiste comme François I*', bra*' ve, \ixpl et populaire comme Henri lY, ce jeune prince qui n'tut d'ennemis que ceux que lut £aiisait

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présenter devant nom murs roussi émvit^'^e mhi Troyens une lettre dont ils envoyèrent copie à leuH amis et confédérés les gens de Reims#

Les Bourguignons et ies Anglais, à Reims comme à Troyes, rirent de cette épllre. Cependant, quelques semaines après, Troyes, ChâloBs et d^autres villes avaient arboré le dra|peau national ; Charles VII e^ Jeanne d'Arc entraient dans nos murs< Il existait à la cathédrale une vieille tapisserie des plus curieuses, qui représentait cet heureux évènemeiH. EU^ a disparu depuis 1795.

Cette tapisserie, par bonheur^ avait été gravée et publiée en 1618 par Charles du Lys, descendant du frère de Fillustre hér<ti(ne« On y voyait Charles le Victorieux, entouré de ses cousins les ducs de Bourbon et d'Alençon, Jeanne et la bannière de France, des archers , des trompettes, des arquebusiers. Dans le lointain on apercevait cheminant dans une route de traverse, au milieu des bagages du roi, un brave homme de campagne et sa fidèle épouse. Qui donc étaient ces paisibles et humbles voyageurs? que venaient-ils faire à Reims au milieu de cette marche guefrière et triomphale ? Certes, ils avaient drdtd'y avoir place ; ils arrivaient de Vaucouleurs voir leur fille Jeanne au plus beau jour de sa vie. La ville de Reims les hébergea dignement et leur donna pour hôtel la maison que je viens de âgnaler. Aujourd'hui elle a nom la Maison-Rouge ; jadis elle avait pour enseigne un âne rayé.

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Lea bJAiBiéÉla csmtraita^pan:i|i ra^é que nous venons de citer jn«pi'au bts de }a place du Partris,' foniiaient leiqaamt dn Grand^ouKnet. Près de FantiquebâteU connu sous «e noméès «ette époque • se treutaît une autre makon moins Hnportante , eoonue au» ie nom de Petit**Môu1tnet. Pevt*-é«m arrt-«lk fini |iarètre réunie à Tauberge qui subsiste aotts renseigne du Lion d'or. De lottt temps elle eut rhonneur- de donner rhespitfilitè aux grands personnages que les csrconstances et le désir de voir amenaient k Reims.

Là s'arrètèreftktourà tour Frédéric, Guillaume III, le duc de Wellington , Tempereur Alexandre. Devant cette même porte relayait le soldat que Dlèil iiemporeup: il venait de perdre aux ohamps do Waterloo sa couronne et ses derniers prevx. Quelques jours flores le même hôtel vojut arrirér lès députés qui allaient prier la sainte alliance de laisser à Na-* poléoa II le trène de son père.

A une époque plus heureuse, Thétol du Moulinet s'ouvrait devant les équipages de Vamfaassadeur d'AttgkAérre. Le duc de Northumberland venait représenter, au sacre de Charles X, un prince qui prenait le titre de roi de France, et écraser par son fastei celui de notr^ aristocratie.

Là descend aussi le duc d'Orléans, ce jeune prince, aimaUe et artiste comme François I*', brave, lojal et populaire comme Henri IV, ce jeune prince qui n'eut dTeunemis que ceux que lui faisait*

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