‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 22 sur 34 · CHAPITRE XXVff · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVff

Palais archiépiscopal. -^ Salle au tatre. — Chapelle de Tarcheréché.

N regardant le portail de Notre-Dame, nous trouvons vers la droite le palais des archevêques. II est certain qu'il n'a pas toujours occupé la place où nous le voyons. La tradition rélève successivement prèsde Saint-Sixte et de Saint-Symphorien.

Si on nous demande sur quel point précis du terrain claustral nous plaçons le premier palais épiscopal, celui de Saint Nicaise et de Saint Rémi, celui qui reçut Glovis et sa suite, nous répondrons qa*OQ ne peut rindiquer d'une manière certaine ; peut-^ètre

se trouvait-il du côté ou »*èlève de nos jours W cliapoHe, entre les rues d^ Lorraine et de la Peirière. Peut^tre comprenait-il tout le cloître.

C'est dans Flodoard que nous trouvons les pre^ mîers détail» sur le plus ancien palais archiépiscopal dont nous ayons connaissance. Saint Remi^ dans son testament, parle de son cellier, de sa cui^ sine, de sa salle des festins, des tentures qui dèoo^ raient les portes de sa maison aux joufs de lète.

£n 933, Seuif fit feire des travaux au palais; Domtim ^iiçepakm reparami, pieturU esxohtiU dit le fidèle historien, liv. ^, chap. 9.

C'est dans cet archevêché qu'une tradition, contefitaUeiV est vrai, fait mourir Louis d'Quireme^ inhumé à Saint*^Remi.

Gervais, archev^ue de d085 à 1074, fit auAsi iravailler au palais. De son tes^is (}éjà 11 y avait une vaste cour du côté du parvis* Il y fit placer «m .CfMrfde hvoniede gçande dîmensinn. Sur le col df f a^ntKl étaieiut écrits ces mots..: Omnmd¥$ me -ftdê. Pluflhns se lisiit Tinscriptiou suivante :

Dum cenomanorum saltus lustrar$ solebat

Gervasiuê, cçrvos tune sufficienter habebut,

Huncynnemor ut patriœ sitsemper, condidU œre.

, Gervais étMt èvèquc du Mans ayant de monter ai^ lesicjge de Reims. U parait qu il aijKiail la chaise &t lei; e^c^ces jbruyaotç. Les plaines de la Chanoipagne

redessiné £l ootovert de fleurs. On j flanlà des arbres déjà grands, et d'un coup de baguette une lerre triste et nue se vit ombragée par de riants bosquets.

Au rez-de-K;haussée, on déblaya sous TéiUliee de vastes voûtes qui servirent de cuisines et d'offices. L'appartement royal comprend six pièces : on y entre par une porte ouverte sur ce qui reste de la salle du Tau. On traverse d'abord la salle des gardes, celle des huissiers, un premier salon, un autre plus grand, un cabinet, et Ton arrive à la chambre à coucher du roi.

La grande salle du sacre fut décorée à Textérieur par un vaste portique en bois découpé et peint ; ob tenta de rendre à son intérieur l'aspect qu'il reçut de Robert de Lenoncourt. La grande cheimnéè vit ses armoiries reprendre leurs brillantes couleurs. Des peintures à fresque revêtirent les murs et la Voûte. Les portraits en pied de quatorze rois de France sacrés à Reims furent posés sur les murs. Charles X fut du nombre. Au-dessus de la corniche , ou au-dessous du point où la voûte prend naissance, furent peints les portraits de seiz^ arches vêques de Reims.

. Les anciennes écuries de Maurice Le Tellier sont occupées aujourd'hui par les pièces d'artillerie confiées à la garde nationale de Reims. Un concierge habite l'ancien bailliage ducal.

Dans un des sal<ms de l'appartement royal, l'Académie de Reims tientses' séances. Le docle prélat qui l'a fondée lui donne l'hospitalité.

. Dans les mansardes dot côté de la r^c de Lorraine est la bibliothèque de rarcheyâcbé. Fondée par hb^ nor d'Ëtampes, elle compta dès son origine 18,000 .volumes. Augmentée par les archevêques , surtout par M. de Talleyrand-Périgord, elle fut, en 1792, réunie à celle des communautés rémoises. La ville la rendit plus tard à s6n dernier possesseur, qui la fit porter à Paris quand il parvint à ce siège. Peut-être aurait-il du laisser à Reiras tout ce qu'il n'y avait pas apporté.

Quoi. qu il en soit, la bibliothèque actuelle a le même fondateur que l'Académie. Monseigneur Gousset laissa dans Périgueux , qu'il quittait pour venir dans nos murs, quelques-uns de ses livres chéris, compagnons de sa jeunesse, instruments de ses doctes travaux. Il a donné les milliers de volumes qui lui restaient à l'archevêché de Reims ; comme sesdevan^ ciers il s'est montré noble de cœur ; plus qu'eux peut-être il s'est montré riche de désintéressement.

G'estdansle palais, tel que nous le voyons encore, que logèrent, au jour de leur sacre, Louis XY , Louis XVI, Charles X et les princes de leur sang.

Dans l'édifice de GuiUaume Briçonnet descendirent Louis XIV, le grand Condé, François 1**^ d'autres encore. Louis XI , Charles VIII reçurent rhospitalité dans le bâtiment antérieur dontil ne reste rien.

La chapelle de l'archevêché se cache derrière la

«atlièdrâle et le pilais. La iècbe qui la décorait jadis indicpiaitavloin h place qu'elle oecapait. Maintenant elle existe obscare et sans apparente, aux pieds d« grand édifice qui Fècrase de son immensité, à Fombre des arbres du jardin archiépiscopal. Les rèvoln* tions ne l'ont pas épargnée. Jusqu'à ce jour, les gouvernements qui se succèdent en France depuis quarante ans font à peu près abandonnée.

La cbapellq actuelle est du mi" siècle ; il est évident qu'elle n'a pas vu Clovis : mais il nVn est pas de même de ]a crypte ; elle est fort ancienne et a pu survivre à toutes les constructions qui l'ont entourée. Sa conservation est d'autant plus précieuse, que c'est dans son sein qu'eurent lieu les conférences ; c'est là que prièrent Clovis, Glotilde et Snnt Rémi ; c'est là que se prépara la révolution qui changea la face des Gaules.

Le vaisseau de la chapelle archiépiscopale n'a plus rien de trè»-remarquable. Maurice Le Tellier la fit orner avec un grand luxe. En 1793, elle a perdu ses riches vitraux , ses sculptures précieuses. Le monument est percé de verrières nombreuses et élancéesqui lui donnent de la légèreté, et la faisaient resplendir quand dles étaient garnies de verres de couleur.

Ce qui dut achever de déshonorer eet antique édifice, ce fut la destination qu'il reçut en 181 i . A cette époque, les tribunaux étaient dans le palais archié* fiiscopal. On voulut en rapprocher les prisons, on

les^ètabHt dans l^storiqtae oratoire. Les trataux furent actietés en 1813.

On j enferma les prètenns et les condamnés ju^ qu'an moment, où rancien palais fut remis aunar*dievêques de Reims. A cette époque , on démolit toutes les constructions élevées dans la' chapelle, et en I8d5, on commença des restaurations auxquelles on ne donna pas de suite. Le pavé de dalles blanches est semé de fleurs-de-lys d'une autre couleur. Les marches de Tautel, composées de marbres variés formant des dessins , ne sont pas sans richesse ; mais les vitraux que Ton avait commencé à poser ne s'harmonisent pas avec le style du monument.

Nous avons parcouru toutes les parties du clottre et de r archevêché. Nous avons visité Tasile du vieux clergé rémois, le palais de ses chefs. Dans les cours silencieuses , on ne rencontre plus, pages, valets et écuyers , sénéchaux et baillis.

La chapelle archiépiscopale est en ruines; sa crypte n'est plus qu'une cave pleine de décombres ; Fouragan se fait jour dans les verrières ; les salons royaux sont déserts. Les révolutions ont passé par-là; monuments et privilèges, armoiries et droits de jns^ tice, elles ont tout détruit ; objets d'art, musées, livres, manuscrits , ornements antiques , tout a péri dans la tourmente. L'œil cherche en vain les débris de cette puissance respectée dans toute la Champagne, de ces richesses enviées par plus d'un prince;

Le souffle de la tempête a balayé même lêurfc traces.

Et pourtant ((ui donc avait mieux servi le peuple que le clergé contre lequel. on lança la foudre? Qui plus que lui avait protégé la fay>lesse contre la force brutale, la misère contre le vice ? Qui plus que lui avait porté secours aux inSrmités humaines ? Sans doute il devait perdre ses droits féodaux, puisque Tordre social changeait la forme de son gouvernement. Il devait sacrifier sans regrets aux besoins de la' patrie une partie de sa fortune. Ce pouvoir exé* cutif ne pouvait plus allerentre les mains de TÉglise : elle accepte la réforme et ne rêve pas le retour d'institutions qui sont mortes à jamais.

Mais faut -il mettre le clergé hors la loi politique? faut-il mettre TÉglise hors TÉtat, lui refuser Fhouneur de s'associer à ceux qui travaillent à la gloire, à la prospérité de la France ? estnd juste de lui dé-* nier le droit défaire entendre sa voix dans les nobles enceintes où la nation appelle les représentants, les revenus nécessaires pour maintenir son rang à la tête de cette société qui ne peut se passer de lui ? — Non, certes ; j'aime mieux Faristocratie de la religion et de la charité que celle de Fégoîsme et de la richesse cupide. Reims a vu ses archevêques, hauts et puissants seigneurs, la combler de bienfaits et veiller sur son bonheur. Elle les voit pauvres, mais toujours prêts à protéger les lumières, à teqdre la main aux malheureux, toujours dévoués au pays. Ce n'est pas 'elle qui les empêchera de remonter à la place où les. appellent les grands intérêts qu'ils représentent.

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