CHAPITRE XXVIII
Quartier des Loges Con|aattlt. — Raes des Mors , — Goa* Irai. — Les Loges Gocquault. — Raes an Bonrg»$U Denis , — Libergiar , — Porte-Saiot-Denis.
L faut revenir sur nos pas et remonter au bout de la rtte de rUniversitè. Là nous trouvons à gauche la rue des Murs. Elle date du xiv^ siècle et a succédé aux anciens remparts. CTestsur remplacement des fossés de Reims qu'elle livre aujourd'hui passage. Elle doit sans doute son nom aux débris des vieilles murailles qui restèrent quelque temps debout.
La rue de Contrai , qui fait suite à la rue des Murs , et qui , comme elle , est tracée sur la ligne des anciens fossés , existait dès le xn* siècle , ce
qui tend à faire présumer que déjà à cette époque les remparts de ce côté étaient tombés ou devenus inutiles.
Lacourt pense que le nom de Contrai vient du mot contractuel courbé. La rue est effectivement curviligne. Dans le manuscrit de 1528 et dans un titre de 1274, on lit Contrai. Si Contrai venait de contractuêf ne lirait-on pas dans nos vieux titres Contraict? Quoi qu'il en soit, reconnaissons que le surnom de Contractus fut donné à un de nos archevêques, Regnanlt-Desprez [1124-1140] , lequel était contrefait.
A Tautre bout , vers les loges Cocquault , on place la metz de Tabbaye de Sign j. Elle parait avoir été bâtie dans le xii* siècle, en un lieu dit Marochel ou Mérocbel.
Du même côté, la rue de Contrai mène à une place à peu près triangulaire où viennent aboutir diverses rues. Elle est connue sous le nom des loges Cocquault. Elle le tient d'une maison qui fait Tune de ses faces eit. regarde la rue du Bourg-Saint-Denis. Le premier étage porte sur quatre arcades semblables i celles qui font le tour de la place de la Couture. C'est là que demeurait, dès le règne de Louis XII, la famille Cocquault. Son nodeste hôtel a gardé son nom.
La famille qui avait habité cet hôtd datait du TLUt^ siècle au moins. En 1257^ elle faisait une do» nation! au monastère de Sainl^Thierry ; c'était unedfe
sttnte fille; l6 linge, Targeiit, arrivèi^nt chez ène: Le noiiibre des malades accoéillis et secourus allait toujours en augmentant ; Marguerite Rousselet lenr abandoilna le sînfple logement qu^elle occupait : elle comptait sur la Providence qui ne Tabandonna pas. Quelques fbmiUes se dévouèrent à suivre son exemple ; les unes allaient quêter dans la ville et ses environs , les autres soignaient les pauvres malades. Un chanoine de Notre-Dame , Jacques Gallon , unit ses humbles efforts aux leurs.
L'œuvre s'agrandissait et le peuple bénissait la nouvelle institution .Sa réputation s'étendait au loin, et ceux qui souffraient venaient de toutes parts' demander des soins au nom du Seigneur.
Marguerite Rousselet sentit que la charité privée ne pouvait suffire à tous les besoins d'une maison où tout était dépense. Elle comprit qu'elle devait s'adresser plus haut , et la ' pauvre journalière partit pour Paris, la grande ville, avec une lettre de l'archevêque Maurice Le Tellier. Dieu lui donna la force d'âme nécessaire pour se présenter dans ce pays où tant de vices se ihêlent à tant de vertus , où tant d'ihtrigues hypocrites font la guerre aux modestes et justes requêtes. Elle parla, se fit écouter, et bientôt elle eut la joie de rapporter dans Reims une somine assez considérable pour consolider son établissement.
Elle était connue , et bientôt par l'entremise delà protection de Colbert, elle obtîrit des lettres-pâten-
tes qui conacraent Texistence de I^ maison qu'elle avait fondéfî. Elles aont de 1683; la ville les efire-^ (^tiraen 1684.
Quelques années auparavant , Henrj Cauchon de Maupas , fJbbé de Saint-Depis^ directeur du couvent çles Béguines de Saintb-Agnès , avait cédé à la villç Tapciep Bégujnage, à condition qu'il serait réuni au nouvel hospice des. incurables. L'abbaje de Saint- Denis , qui avait jadis donné le terrain en question aux Béguines , consentit à cet abandon. Les religieuses, dépossédées, trouvèrent un asile jusqu'à Içuv mort sous le toit hospitalier de la nouvelle maison.
L'hospice xpmptait parmi ses bienfaiteurs J'abbé jGodinot. La: charité publique, les secours de la ville .SQutinrent la fondation de Marguerite Rousselçt; elle arriva florissante jusqu'en 1793. La rqp^- .Uique, qui ne trouva pas le secret de supprimer Içs humeurs froides, fut contrainte de conserver. la maison de Saint-Marcoul ; mais.çu^ revanche^ elle eut soin de faire incarcérer l^s reli^euses hospitalières. Cette intelligente ijuesure ,^'^ut pas de. suite. Elles furent rendues à la liberté. Ce. ne fut.^qu'en ; 1 81 fu'el^e^ ^eqtrèrçnt dans leur$ pénibles fonctioifs; on. avait teij^té de les remplacer par 4es joi^rnalières. Jl fallut 7 renoncer ; les anciennes Soeurs furent rappelées et reprirent le costume qu'elles portaient avant Ja révolution. . ., i . , .
. . ^ L? chfi^çUe qui,avait se.rvi de,.<^lul) à<la.S(^c.tipn de
k rènoioii" ne fut restaurée qa*en 4818. On releva la trâmne qui recevait les malades et les Sœurs hospitaliers.
Aujourd'hui la maison est soumise à la même administration que riUteM)leu4 Les malades ont le droit d^y passer leurs jours. Les jeunes enfants re* çoitent rèducatioil dont ils ont besoin. Tous ceux qui peuvent s'occuper exercent une industrie. La prière et le travail font ^NiMier la douleur et consolent au milieu des souffrances qui ne finiront peut-être qu'avec la vie.
L'autre portion de la rue du Ëourg-Saint-Denis, connue sous le nom de rue Saint-Denis ou Comte* d'Artois, formait en 1528 le quarrel de porte Val-* loise. On désignait alors sous ce nom la Porte-aux-* Ferrons. Là demeurait à la même époque Aubéry le ferron.
Au sacre de Louis XYI, M. le comte d'Artois descendit dans cette rue chez le marquis de Sainte- Claire, qui lui céda son hétel. La me prit son nom. L'hètel honoré de l'auguste visite porte aujourd'hui le n» 10,
Dans celle sise à l'ange de la rue, à droite en entrant dans la rue de Veslc, mourut, en 1786 , Jeaniacqtte»-Félix de La Salle, que nous avions ihal à pro^ poa &it demeurer rue de La Salle. C'est là qu'était sa belle et riche bibliothèque; c'est là qu'il réunissait kt beaux esprits de Reims. En ili9 il tenta d'y fonder une académie.
En fece 4e Tancien couvtnt de SidBi«-BeiiîSv qui avait le premier imposé $<» nom à la nie, esl une maison désignée par le n° 15, dont la porte mérite o» coup-d'ceil. Elle a la forme ogivale. La partie supérkive de Togive est remplie par un baft*reUef : il représente un homme amaé d'un conteau-oa d'une* épée^ et.<în frappant un animal qoi vent le dévorer. Cette sculpture est assez grossière. L'animal est» on loup, un ours ou un chien. La tradition inontre là un hôpital dédié à Saint Hubert, et destiné à rece* voir les malheureux mordus par les chiens enragés. Aucun monument historique ne vient la confirmer. Il est même probable qu'elle se trompe. Nous avons vu la maison de Saint-Hubert vers la rue de la Tournelle. La maison dont s'agit est sans doute décorée d'une de ces sculptures qui rmnplaçaient les numéros au moyen-âge.
Yis-4-vis du bâtiment dont nous venons de parler se trouvait l'abbaye de Saint^Denis.
L'origine de cette illustre commuikaulé se perd dans la nuit des temps, et son berceau paraît placé vers l'époque carlovingienne. Hors des remparts de l'ancienne ville était un terrain destiné à recevoir les dépouilles mortelles des chanoines de Notr^-Dame. Suivant l'usage, une chapelle dominait le champ du repos. ËUe fut élevée^ dit-on, par le docte Hincmar [845-^3], et dédiée à Saint Thomas. D'autves lui 4dnnent pour fctodateur l'archevêque Turpin en Tilpin [756-795],
Qvnpd les faibles descendants du grandi ne swrent plus défendfe la France contre les Barba* res, les Normands ravagèrent notre littoral et remontèrent nos fleuves ; la Seine vit sur ses bords fleuris descendre leurs bordes sauvages, et les^ nu»nés de Saint-Denis en France durent cbercber un asile, sous un autre del. Ils^se réfugièrent à Reims et déposèrent les reliques de leur saint patron dans k petite chapelle dont nous avons parlé. Foulques f882*900] la lui ouvrit, et depuis elle g^orda le nom de rbote illustre dont elle avait abrité les restes.
Comme elle gênait les travaux faits dans k f&* siècle pour la défense de la ville , elle fut démolie.
Sous Farchevèque Hervé [900-922] k Chapitre la fil rekver à ses frais en dehors et aux pieds des rem-« parts
Cette chapelle n'eut pas une longue durée, et dans le u* siècle, sous rarchevëquc Gervais [1055-^ 1069], ks chanoines firent rebâtir de nouveau Té*^ glise qui protégeait les cendres de leurs frères.
Elle fut consacrée le 10 septembre 1067, et on y plaça des religieux appelés de Saint-Micaise.
En 1301, le couvent fut remis à des chanoines ré« gibiers de Tordre de Saint-Auguslin ; ils s'j sont maintenus jusqu'en 1790.
La primitive chapclk, devenue église, conserva sa destination ju^qu au milieu du xi** siècle. Les cha-* neîaes furent inhumés sous la terre qui Tentoùrait^ antérieurement ik recevaient k sépulture au c»^
metière de Saint-Hilaire, bon la ville. Depuis ^1067, on creusa leurs tooibes dans le cloître du Chapitre de Notre-Dame.
Depuis, on ne déposa plus dans ce terrain qae les religieux de Saint-Denis, leurs paroissiens, les Frères et Sœurs de F Hôtel-Dieu et leurs malades.
Dans le cloître était une pierre tumulaire sur laquelle on lisait :
« Ci-git Robert de Coucy, maistre de Notre-Dame et de Saint-Nicaise, qui trespassa Tan 131 ié »
C'était la tombe du célèbre architecte à qui notre ville doit d'immortels chefs-d'œuvre. On prétend que la même pierre couvrait le père et le fils, tous deux maîstres des œuvres de nos églises ; on aurait eu la preuve de ce foît, lorsque par suite de travaux faits au xviii® siècle, on eut dérangé la pierre dont s'agit. Certes, on avait le droit de toucher à cet illustre tombeau, mais on devait conserver le souvenir du lieu qu'il occupait, et sauver la pierre qui le signalait au voyageur. Les moines de Saint- Denis n'en ont rien fait : c'est une faute.
Les écoles de Saint-Denis n'étaient pas sans importance, et la communauté savait défendre les privilèges de ses écoliers ; elle avait le droit de les envoyer aux écoles du Chapitre dans la rue des Tapissiers. Quand celles-ci furent transférées, au xvi* siècle^ dans le, collège desBons-EufiMits, Messieurs de Saint-Denis prétendirent avoir le droit de conduire leurs bpursiers aux nouvelles daises , «t
exifèrenl. pour eiix un professeur particulier ; on s'y refusa, mais on leur permit d* avoir un maître dans une classe située hors des murs de Tantique cité.
Au XTii^ siècle, on tenait à Saint-Denis une classe de diéologie. Antoine Fournkr avait, par son testament, pourvu aux frais de cet enseignement. Ce coiirs s'appelait : Les lectures de Saint-Denis.
Dans les grandes saUes du couvent les habitants venaient, au xiv* siècle, et depuis encore à d'autres époques, tenir ce qu'on appelait alors les conseils du bien commun. Dans ses dépendances, lés bourgeois, moyennant une modique rétribution , déposaient leurs équipages et leurs chevaux* La noblesse des environs de Reims y trouvait des appartements quand elle venait en ville.
Dessous Téglîse était un vaste et solide caveau dont le prieur portait la clef sur lui. C'était là qu'en cas de guerre ou d'alarme , les Rémois venaient apporter leurs titres, leur argent , leurs bijoux ; on les gardait moyennant un léger salaire.
Après la perte de la désastreuse bataille de Poi^ Uers, oii cacha dans le caveau de Saint-Denis tous les deniers royaux ; on les réserva pour les remettre plus tard au duc de Normandie, depuis Charles V«
L'église était assez belle ; elle avait été élevée à l'aide d'indulgences. "Son élégante façade était parallèle à la rue Saint-Denis. La flèche du clocher &*él6vaàt au miHeu de quatre clochetons qui garni»-
salent sa hase. On voyait dans Téglise deux gnmpcs de sculpture : l'un représentait la rèsarrection, Fautre le Christ au tombeau. Les figures ètaieflit grandes, mais assez grossièrement faites.
£n 1604, Antoine Fournierfit rélever ou créa le jubé ; un autel qui s'y trouvait fut béni en 460^. Quand on le démolit, en 1717, on le remplaça par une balustrade ; on construisit alors dans le bas de la nef une tribune où on aUait chanter (l'ëvan^^e . Près de là était une diaire où avait prêché le h^ meux Gerson^ lors du concile tenu à Reims «n 1408.
L'église fut déasMâie en 1796, après avoir servi de remise. Sur son emplacement fut ouverte la rue Libergier. La maison qui fiiit Tadgle de cette me til de la rue Saint-Denis , à gauche en entrant, rue Li^ bergier, présentait encore , il y a peu dé temps , quelques débris de -sculptures qui provenaient de randen portail.
~ Quant au couvent, après avoir servi de magasin, .de collège, d'hépital militaire, de caserne auxRiïsse^ lors de Vinvasion, de sousrpréfecture en 18âO, il finit par recevoir une pieuse destination. Mu de Coivcy , ai^chevèque de Reims, y plaça eti 18ââ le grand séminaire On voit encore sur la porte de ce vasite édifice des sculptures mutilées, au miKeu desquelles étaient jadis les armes de Tabbaye.
Le 14 juin 1830, M. de Latil posa la première pierre de la chapelle où les séminaristes suivent au^ jourd'bui les ofiRces. En regardant la façade.du i
Tell étaifUifemout, on trooire à sa droite tiM grande ^rte. L!éëifice sniqoel elle dohne accès était nnë ferme bp|)QPteiia|[iti rabbafâi connue sons le nom' de la €ense'Saiiit'<-I>ef]îs.
MM. de Sairit-*Denis ayaienf uffe aumônoriie tsofiniiie spuB le nom d^liôpital de Sainte-'Gàtherine: Elle fut réunie à la mansb abbatiale eti lli^ùà. 1755. Cette maison était située en face de Téglise, au coin de la rue de la Porte-Saint-Denis, de celle du Bourg-Saint-Denis, et portait le n^i. On ne sait dans quel siècle elle fut. fondée. Le livre de la Taille, en 15^8 , signale son existence. Elle devait remonter beaucoup plus loin ; car à cette époque elle possédait déjà sept maisons dans le quartier. Elle était instituée pour recevoir tous les jours dix-huit femmes ou filles sans asile. On leur donnait du pain et un lit pour une nuit. Qu'on n'aille pas croire que cette hospitalité était exercée directement par les chanoines. La maison était dirigée par une religieuse qui en était supérieure. Elle avait une servante à ses ordres. La chapelle était dédiée à Sainte Catherine. Cet établissement n'auraitril pas dû être conservé ?
A Tangle où se trouvait Taumônerie, arrive la rue de la Porte-Saint-Denis; elle mène au parvis de la cathédrale. Elle devait son nom à une poterne située sur les anciens remparts en face Notre-Dame, et ouvrant sur le Bourg-Saint-Denis et Tabbaye du même nom. Quand les fossés furent comblés , quand Fancienne ville absorba la nouvelle, la poterne Saint-
Denis fut inutile et devint un monument que Ton respecta quelque temps comme une relique des anciens jours. Elle ne fut démolie qu*en 1651.
En face la rue de la Porte-Saint4)eDis s'ouYie ftujourd*bui la me Libergier. Elle a pris le nom du célèbre architecte de Saint-Nicaise. Elle passe sar le sol que GouTrait Téglise Saint-Denis*