‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 5 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qttartier de VeaÎM.*^ Rue de Vesle. — Rue de Saiat-Jvan*sar-le-Jard. -» Le Canal. — La Vesle.

ÀiULLÈUiMEifT à la rue du Jard se placent celles qui sont nommées en tète de ce chapitre ; elles n*en font qu^une qui aboutit d'un côté à la rue Neuve , de Fautre au canal et jadis aux remparts» Elles furent tracées sur les terrains situés hors de Tancienne cité. Les murs qui les réunissaient à la yille, et qui viennent de tomber, furent élevés par le roi Jean : ils achevèrent la grande enceinte, et] fermèrent la dernière partie ouverte à Fennemi.

Sous Philippe de Valois, les fortifications entouraient la ville, excepté Fespace compris entre la

la ville aux mille canaux et la nouvelle commune arrosée de niisselets. La maison du maire oumayeur était elle-même entourée de rigoles ; pour y parvenir , il fallait franchir un petit pont de bois : aussi désignait-on le tribunal du lieu sous le nom de la Planchette de Venise.

Quoi qu'il en soit, vers 1358 la Vesle fut rejetée au-delà des remparts : le territoire de Venise fut desséché et ne garda plus d'eau que ce qu'il lui en fallait pour la culture des terres. Des abreuvoirs , des fossés d'irrigation sont tout ce qui reste de l'ancien état des lieux , et rien aujourd'hui ne raf^lle aux yeux les rapports qu'ils pouvaient avoir avec Venise la belle , Venise aux gondoliers chanteurs.

Les bas-côtés de la rue de Venise ne furent pavés qu'en 1824.

La rue St-Jean-sur-le-Jard, qui commençait au carrefour qu'elle formait avec les rues de Venise, de la Chasserie et de Folle^Peine , allait abouUr aux remparts. Peut-être son nom vient-il de ce que Les boitants de ce quartier, qui n'avaient pas d'église, étaient attachés à la paroisse de Saint-Jean-Cé$arée, située prés de Saint-Nicaise.

La chute des remparts a changé l'aspect de ce quartier, jadis triste et désert ; la Vesle, qui passait à leurs pieds, vient d'être rejetée plus loin et de faire place au canal qui joint l'Aisne à la Marne. Reims est ainsi comprise dans le vaste réseau de navigation qui lie le nord de la France aux provinces du midi.

Depuis près de trois siècles on pensait à rendre la Vcsle navigable : on ne Feut pas plus tôt jetée hors de la ville , que Ton s'aperçut de la perte que Ton avait faite ; on songea dans les xv*, xvi* et XTU' siècles à réparer cette faute. Le 32 septembre 1574, Messieurs Dorignj, Bignicourt et Gillet cbargèrent au loin un bateau de transport, et parvinrent à le &ire arriver à Reims. Le peuple, debout sur la rive, applaudissait à ces généreux ef* forts, et saluait de ses acclamations^les nouveaux Ar« gonautes.

En 1605 et 1615, le conseil de ville faisait sonder la rivière et commencer des études pour la rendre à la navigation. En 1614, il allouait une somme de 72,000 livres pour entrepr^dre les travaux qui devaient la faire rentrer en ville et agrandir son lit. En 1622 il follut renoncer à ce projet : l'argent avait une autre destination.

En 1635, la commune, qui cherchait à utiliser son cours d'eau, disait élever une foulerie du côté de la tour Chantereine. En 1658, elle bâtissait près de là une papeterie, qui fut détruite en 1725. La foulerie lui survécut.

Aujourd'hui les vœux des anciens Rémois vont être comblés : une nouvelle enceinte renfermera le canal et le nouveau lit de laVesle dans Tintérieur de la ville. Un vaste port s'ouvre sur les terrains jadis concédés par les archevêques. Un quai l'encadre et s'étend de la porte de Vesle à celle de Fléchambault.

Sans doute des plantations vont le décorer. Puisse leur frais ombrage abriter un jour les matelots fatigués ! puissent ces rives nouvelles voir arriver matériaux, denrées et marchandises ! puisse un jour la rue de Venise mériter de nouveau son nom et conduire aux bords où retentiront les chants graves des mariniers, où flotteront les riantes banderolles!

Dans Fancien temps , aux jours de fête, on donnait au peuple , sur la Vede , le divertissement du jeu de Fanguille. Un jeune peuplier, dépouillé de son écorce, frotté d'huile ou de savon, était incliiié ma les eaux. Son tronc était fixé sur la terre. Sa fine tète effleurait Tonde; de ce côté, à Taide dHin fil,était attachée Tanguille mince et fugitive. 11 fallait s'avancer sur cette perche flexible jusqu'au bout, là se baisser et prendre la mobile captive : il est inutile de dire combien le triomphe était difficile. Les gens assez hardis pour entrer en liée tombaient presque toujours à rea«. D'ailleurs, il était défendu de revenir sur ses pas, il fallait vaincre ou périr, c'est-àdire se jeter dans l'onde. La foule, rangée sur les rives autour des prétendants, encourageait lès plus habiles, raillait les plus maladroits, et riait sans pitié lorsque le courage malheureux cachait sa débite dans l'humide élément. Les graves conseillers de la ville ne dédaignaient pas d'assister à cette joyeuse fête, c'est ce qu'ils firent notamment le 50 mai 1659. Celui qui triomphait recevait une récompense ; puis vainqueurs et vaincus arrosaient d''innombrables et

bruyantes libations une savoureuse matelotte, dont la pauvre anguille faisait le morceau d^honneur.

Pourquoi ces jours de joie ne reviendraient-ils pas sur ces rives que Tbomme vient d'embellir ? Aux murs noircis par le temps , qui rendaient la ville captive, succède une vue riante. L'œil découvre de toutes parts jardins et pradries ; au loin la forêt de Montchenot, les pampres de Sillerj parent Fhorixon, comme en un jourde fête Famitié décore de fleurs son toit hospitalier. Sur le miroir des eaux viennent se refléter de riants bosquets, et avec eux les premiers rayons du soleil levant , les flammes d^adieu qu'il jette à son déclin. De ce côté, Fâme oublie la vie des villes, ses chaînes de fer , ses déceptions cruelles et ses soucis brûlants. Là Fair est pur , et devant ces verts coteaux, devant le soleil qui s'en va si majestueux, il est impossible de ne pas croire un instant que Fhomme est bon et qu'il peut être heureux.

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