CHAPITRE VI
Quartier des Capucins. — Rues de la Tannerie, — D'Amour^ — Des Carmélites, — Des Capucins.
uivoNS les nouveaux quais et retournons vers la porte de Yesle. Là nous trouvons la courte rue de la Tannerie:
elle doit son nom au genre de métier qui s'y exerce depuis longues années. Noua avons vu les tanneurs de Reims vouloir au xvi® siècle laver leurs cuirs le long de la tranchée et renvoyés au pied de la tour Saint-Victor. Ils y sont restés.
En descendant la rue de Vesle, on trouve bientôt à sa droite la petite rue d'Amour ; elle donne de
voitare d'abord à Fiâmes, puis à Paris. Ceci se passait en mars 1596.
Malgré ce rude échec, les remuants exilés ne se liarenjt point condamnés sans retour. Deux ans après, ils suppliaient TarchesTèque Philippe du Bec de faciliter leur rentrée dans Reims ; celuFci sollicita dV bord avec prudence Tagrément du conseil de ville, qui repoussa nettement les ouvertures qu'on lui faisait.
Cependant André Goujon, sieur de Bouzy , lieutenant des habitants, avait un fils qui avait pris le froc chez les capucins. Il désirait le voir habiter Reims , et se laissa gagner. Il convoqua sans bruit à rhôtel-de-ville les habitants favorables aux requérants. On déclara consentir à les admettre , pourvu qu'ils ne soient pas plus de dix ou douze. Les échevins et les élus protestèrent aussitôt ctmtre cette illégale délibération; ils en appelèrent au parlement, qui ordonna qu'une assemblée générale et pu* Mkpie des habitants aurait lieu régulièrement, et que la requête des capucins lui serait présentée ; elle se tint le 14f juin i61â, et fut présidée par le duc de Nevers, gouverneur de Champagne.
Ce vieux chef de la Ligue sentait encore le levain : décida les habitants à recevoir les capucins, et cèuxrci i^nrent enfin, en 1613, des lettrespatentes qui furent enregistrées à Thétel-de-ville.
Ce fiit encore dans l'inépuisable territoire du Jacd <pie Tarchevèque Louis de Lorraine da^a leur faire une concession. La première pierre de leur église fut
posée par le prélat et Fabbesse de Saint-Pierre, Renée de Lorraine.
L'église des capucins* fut consacrée le 28 août iOâO ; elle fût éélmile en 1790. Ses autels regar* daient Forieifit : ce &it n'a. d'importance que parce c|tt'on aremarcpié que dans d'autres raaisMis du même ordre, ils étaient tournés Ters l'occident. L'église était située dans la cour à droite en entrant par la me des Gapucii^ ; elle était peu profonde, mais assez large ; elle compI^enait trois nefs qui ne communiquaient entre elles que par une seule arcade. Chacune d'dles avait une entrée sur la façade donnant sur la cour, au centre de laquelle s'élevait une croix. Le clocher du saint écbfice, carré sur sa base, pointa au sommet, était à cheval sur la nef principale ; sous sa voûte silencieuse rqiosait un enfant de Reims, mort en 1640, par suke des blessures qu'il avait reçues au siège d'Arras, Gauchon de Maupas , baron du Tour, il disait à sa, dennère heure : «J'aime mieux mourir que de vivre inutile à la France et au roi. »
A gauche dans la cour, vis^à-vis. de l'église, étai ledeltre.
En creusant, en 1613, les fondations nécessaires aux constnictions de la communauté, on trouva, à neuf pieds de profondeur, les traces d'un aqueduc qui se dirigeait vers le Chapitre^ et d'une voie romaine que le savant Bergier fit ouvrir. Il constata qu'elle se composuit de trois couches. Des
pierres larges et plates, épaisses de 10 pooees, jointes avec du ciment et posées sur un lit de sable et de chaux, formaient la première ; la seconde était construite de pierres tantôt culHqiies, tantôt longues ou ovales , grosses comme des balles d'eniant et en^ tassées k coups de marteau , sur une épaisseur de 8 pouces ; la troisième couche était un m^nge de terre glaise et de chaux réunies à coups de masse ; elle était épaisse de il pouces, surmontée d'un lit de cailloux ayant 6 pouces de profondeur. Cet encaissement avait en tout 5 pieds de hauteur.
Dans la rue des Capucins on remarque, n* 3, une niche placée au-dessus d^une porte-cockère, et assez antique. Au-dessus de la porte de la maison portant le n« 32, on voit les débris d'une descente de croix; la Vierge est assise, elle tient sur ses genoux le corps du Christ. Ces figures sont mutilées. Elles doivent remonter au dix^eptième siècle. Audessous étaient écrites ces paroles, si bien comprises de toutes les mères : Stabat mater dolaroia.
Ijk rue des Capucins prit le nom de Guillaume Tell pendant la révolution. Plus tard, sans recevoir ses anciens hôtes, dont on n'a jamais eu besoin à Reims, elle reprit son premier nom : cela suffisait.
En mars 1789, la rue des Capucins fut le théâtre de graves désordres. Le pain était cher et le peuple murmurait. Quelques émeutiers envahissait le mar* ché, délient les sacs de blé et de farine, fixent le prix de la vente , et forcent les marchands à livrer
leurs denrées pour les sommes qu ils désignent. On ne s>n tient pas là : la foule s'empare d'une voiture de farine , jette les sacs à terre et en distribue le contenu gratis. Cette première spoliation , qu'on ne peut empocher, encourage la populace. Bientôt elle assiège les maisons des sieurs Laverne, brasseur, Pré voteau- Ville , laboureur , s'empare des grains qu'elle y trouve, et se les partage. Elle se précipite dans la rue des Capucins, où demeurait un cultivateur nommé Petit. Sa porte esLenfoncée ; on le force à donner sa récolte k vil prix. La boutique d'un boulanger voisin est pillée. Les officiers de police sont méconnus et meurtris de coups. La force armée, la justice finissent pourtant par reprendre le dessus, et quelque temps ensuite, les principaux coupables, après avoir subi la peine du carcan sur la place de la Couture, étaient envoyés aux galères. Ainsi l'anarchie préludait aux troubles qui laissèrent loin derrière eux les violences de la Ligue , et firent facilement oublier les fantaisies des capucins.